‹ Jésus mieux connu et plus aimé dans son sacerdoce (volume 2)Chapitre 19 sur 40 · V. — Son état d'enfance · texte numérisé non relu

V. — Son état d'enfance

Quand Jésus apparaît dans le monde, Il se montre avec tous les charmes mais aussi avec toutes les faiblesses de l'enfance. Il ne marche pas et II est porté dans les bras de sa Mère ; Il ne parle pas et ses sourires remplacent ses paroles ; Il ne commande pas et II obéit en tout ; Il n'y a en Lui rien qui éloigne mais au contraire tout nous attire : et sa candeur, et sa simplicité charmante, et ses cris de joie enfantine, et tout cet ensemble attrayant qui donne un langage de douceur et de pureté aux moindres mouvements de l'enfance.

Oui, Jésus est bien un tout petit enfant qui extérieurement ne se distingue pas des autres enfants. Peu à peu on Le verra se développer ; son intelligence semblera s'ouvrir, sa raison s'éveiller, son cœur contrôler ses sentiments, sa volonté se déterminer. En apparence, Il agira d'après ses premiers sentiments et selon la progression de ses connaissances ; l'expérience semblera L'instruire comme elle instruit tous les hommes. Il aura recours aux mêmes paroles que

Très-Haut a sanctifié son tabernacle » (Ps. xlv, 5), il en a tait le ciel de ses premières adorations dans l'humanité et de ses i ne fiables supplications en faveur de ceux qu'il était venu sauver.

tous pour exprimer sa pensée ; Il s'aidera de tout ce qu'il verra et entendra pour agir ensuite en conformité avec les conventions humaines, les habitudes et les mœurs de ceux qui L'entourent.

En Le voyant, on croira voir un enfant ordinaire ; et pourtant, sous cette fragile enveloppe et sous ces dehors humbles et modestes, il y a la sagesse et la science d'un Dieu, il y a la sainteté infinie, il y a toutes les perfections divines. L'impuissance, la faiblesse, l'ignorance ne sont qu'apparentes chez Lui. Jésus n'a rien perdu des perfections de sa conception ; Il est et II sera toute sa vie aussi parfait, aussi illuminé, aussi savant, aussi puissant, aussi saint, aussi aimant, aussi adorable qu'au premier marnent de son Incarnation. Bien plus, chaque jour et chaque instant de la durée ajoute quelque chose, non à ses perfections divines, qui ne peuvent être plus grandes, mais à ses perfections humaines.

Sa nature humaine, ayant ses opérations propres, est susceptible de perfectionnement. Jésus opère dans ses deux natures ; son intelligence divine et son intelligence humaine ne se confondent pas l'une dans l'autre, pas plus que ses deux volontés'. Ses opérations divines sont

1 Le Docteur angélique explique pourquoi il y a en Jésus deux opérations distinctes, à cause de ses deux natures, tandis

toujours nécessairement parfaites, sans limites d'aucune sorte ; ses actes humains, tout en étant toujours parfaits, comme tout ce qui est en Jésus, sont néanmoins finis et limités et, à ce titre, ils sont susceptibles d'un accroissement successif. C'est ce qui fait que chaque acte surnaturel en Jésus est un acte méritoire et que la multiplicité de ses vertus ' accumule une infinité

que dans la Sainte Trinité il n'y a qu'une seule opération, par suite de l'unité de nature. « Si nous considérons le Christ comme le suppôt entier de deux natures, il n'y a en lui qu'un seul être comme un seul suppôt. Et comme les opérations sont le fait des suppôts, il en est qui ont pensé que, de même qu'il n'y a dans le Christ qu'un seul suppôt, il n'y a aussi qu'une opération unique. Mais ils n'ont pas mûrement réfléchi ; car dans tout individu on trouve plusieurs opérations, lorsqu'il y a plusieurs principes d'opérations, comme dans l'homme il y a une opération d'intellection et une opération de sensation, à raison de la différence de la sensibilité et de l'intellect.

« Or, la nature est comparée à l'opération comme son principe. Il n'y a donc pas qu'une seule opération dans le Christ à cause d'un seul suppôt, mais bien deux opérations à cause des deux natures ; tandis qu'au contraire, dans la Sainte Trinité, il n'y a qu'une seule opération, à cause de l'unité de nature. » S. Thom., Op. 2, c. 212.

Ces explications nous feront mieux comprendre ce que nous dirons ci-après des mérites en Jésus, comme fruit de ses opérations humaines.

' De ce que Jésus a possédé la plénitude de la grâce, Saint Thomas en déduit qu'il a eu toutes les vertus. « Comme la grâce se rapporte à l'essence de l'âme, ainsi la vertu se rapporte à ses puissances. Par conséquent il faut que, comme les puissances de l'âme découlent de son essence, de même il est nécessaire que tes vertus soient des dérivations de la grâce. Or, plus un principe est parfait, et plus il imprime profondément ses effets.

de mérites pour le salut du monde. Pendant les années de son enfance, lorsque les hommes croyaient lame de cet enfant endormie, cette âme sainte et parfaite vivait intensément d'une vie toute divine '.

Pas un instant ne s'écoulait qui ne fût occupé

Ainsi, puisque la grâce du Christ a été la plus parfaite, il s'ensuit qu'il en est résulté les vertus nécessaires pour perfectionner chacune des puissances de son âme relativement à tous leurs actes et que par conséquent /'/ a eu toutes les vertus. » S. Thom., I p., q. 7, a. 2.

( D'après ce que nous avons dit précédemment, et en particulier sur la plénitude de la grâce en l'âme de Jésus dès le premier instant de sa conception, il résulte que tous les actes de Jésus ont été des actes humains, c'est-à-dire des actes posés sous le contrôle de la raison, et, dès lors, des actes méritoires. « Le Christ, dit Saint Thomas, a été sanctifié par la grâce dès le premier instant de sa conception. Mais la sanctification du Christ ayant été la plus parfaite, il s'ensuit qu'il a été sanctifié selon le mouvement propre de son libre arbitre vers Dieu ; et comme ce mouvement du libre arbitre est méritoire, il s'ensuit que le Christ a mérité dès le premier instant de sa conception. » S. Thom., III p., q. 04, a. 3.

Notons cependant que chaque acte, en Jésus, a été méritoire, non en ce sens que le mérite initial se soit accru, puisque la charité de Jésus ayant toujours été la même, son mérite l'a été aussi ; mais parce que ses actes méritoires successifs ont été autant de titres nouveaux à l'obtention des mêmes grâces. C'est la doctrine qu'expose l'Ange de l'Ecole, à propos de la gloire de l'immortalité que Jésus a méritée pour lui-même. « Rien n'empêche, dit-il, qu'une chose appartienne au même sujet pour des causes différentes. Ainsi le Christ a pu mériter par des actes postérieurs et par ses souffrances la gloire de l'immortalité qu'il a méritée dès le premier instant de sa conception, non pour qu'elle lui fût due davantage, mais pour qu'elle lui fût due à plusieurs titres. » Ibh>.

ou à l'adoration de Dieu, ou à la reconnaissance pour ses bienfaits, ou à l'amour qui lui est dû, ou à l'hommage envers ses perfections infinies, ou à la supplication pour le monde coupable, ou à la soumission amoureuse à la volonté divine, ou au zèle de la gloire de Dieu, ou à la sanctification des âmes, ou à l'accomplissement surnaturel d'un devoir, ou à la pratique d'une vertu quelconque. De l'âme de Jésus montait un concert harmonieux de toutes les vertus pratiquées dans la perfection suprême et dans un amour tout divin.

Mais Jésus, qui avait choisi de vivre humble et ignoré, cachait ces perfections aux yeux des hommes. Son divin Père seul savait tout ce qu'il y avait de sainteté et d'amour dans un seul de ses'-Sourires, et ce que lui procurait de gloire un simple mouvement de cet Enfant grandissant, qui ne se mouvait spirituellement que dans les splendeurs et les perfections de la charité divine. La vue seule de ce Fils de ses divines complaisances lui faisait aimer l'humanité; il voyait dans les âmes l'image de son Fils, et il L'aimait en elles * ; il entendait monter de la terre des chants

* C'est ce qui fait dire à Saint Thomas que « Dieu aime plus la nature humaine ennoblie par son Verbe, dans la personne du Christ, que tous les anges ; et elle est en effet meilleure principalement par suite de cette union. » S. Thom., I p., q. 20, a. 4, ad 2.

de gloire et d'amour, dans lesquels il reconnaissait la voix de son Verbe, et il prêtait l'oreille aux supplications que Celui-ci mêlait à ses chants.

Lorsque la douce Victime implorait miséricorde, la Justice divine s'apaisait et laissait tomber sur le monde des pluies de grâces et de pardons1. Une seule prière, comme un seul acte de vertu de Jésus tout petit enfant, aurait suffi pour réconcilier le ciel et la terre et pour donner à Dieu pleine satisfaction.

Comprenons, d'après cela, combien fut glorieux à Dieu et méritoire pour nous cet état de vertus cachées en Jésus, pendant toute son enfance. Revivons avec Jésus ces années de bénédictions et, à son exemple, pratiquons dans le secret les vertus qui réjouiront le Dieu qui voit au fond des cœurs - et qui se plaît parmi les âmes humbles.

1 Que de fois, dans le cours de sa vie mortelle, Jésus, « le Fils de la dilection du Père », comme l'appelle Saint Paul (Col., i, i3), a dû faire monter vers le ciel la tendre supplication qu'il adressait à son divin Père, à l'heure du grand Sacrifice : « Père, Père saint, Père juste, faites que l'amour dont vous m'avez aimé soit en eux ! » (Jean, xvii, 26). Comment Dieu le Père aurait-il fermé l'oreille aux cris miséricordieux de son Verbe Incarné, lorsque Jésus nous dit lui-même que son Père l'a toujours écouté ? (Jean, xi, 42). Ah ! comprendrons-nous jamais jusqu'à quel point nous avons été aimés, et quelle accumulation de miséricorde et de pardon a méritée pour toujours à l'humanité la supplication incessante de notre adorable et divin Sauveur !

- I Rois, xvi, 7 ; Ai'oc, 11, 23.

204 DE LA CONDITION DE l'hOMME-DIEU

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