‹ Jésus mieux connu et plus aimé dans son sacerdoce (volume 2)Chapitre 22 sur 40 · VIII. — Son état eucharistique · texte numérisé non relu

VIII. — Son état eucharistique

Avant de mourir, Jésus, voulant perpétuer sa présence parmi les hommes, inventa, dans son amour, un moyen mystérieux de ne point les quitter. Jusque-là II avait vécu de leur vie, ses relations avec eux avaient eu le caractère de toutes les relations humaines, et c'est sous les dehors de son Humanité visible qu'il les avait instruits, édifiés, sanctifiés, et qu'il avait accompli sa mission. En mourant, son état physique et corporel changeait forcément ; ne pouvant plus continuer à vivre sur la terre d'une vie passible et conforme aux corps soumis aux lois naturelles, Il devait embrasser un état nouveau, et c'est l'état eucharistique.

Dans l'Eucharistie, Jésus est tout aussi présent que pendant sa vie mortelle ; Il n'y est aucunement diminué ou amoindri. Il y est avec ses deux natures dans l'unité de Personne ; Il n'y est

ni moins Dieu ni moins Homme ; Il y vit d'une même vie divine indéfectible et d'une vie humaine réelle mais désormais immortelle ; Il y conserve l'exercice parfait de ses facultés, et 11 continue d'y faire toutes les opérations qui conviennent à sa Personne d'Homme-Dieu.

Les habitants de la Palestine ne Le possédaient pas plus que nous Le possédons ; seulement les manifestations extérieures de sa présence étaient autres. Ils Le voyaient de leurs yeux; nous, nous ne Le voyons que par la foi. Ils conversaient avec Lui ; nous, nous n'avons avec Jésus-Eucharistie que des entretiens silencieux. Ils allaient à Lui et Lui venait vers eux ; nous, nous sommes les seuls à nous mouvoir, tandis que Lui reste constamment immobile. Ils entendaient ses prédications et ils voyaient ses miracles ; nous, nous ne L'entendons que dans l'intime de notre âme et nous croyons, sans les voir, à ses miracles renouvelés à l'autel. Ils étaient témoins de ses bontés sans nombre et de son immense amour ; sur ce point, nous sommes encore plus privilégiés qu'eux, car ses bienfaits se sont accumulés depuis vingt siècles et sa permanence au Très Saint Sacrement, durant tout ce temps, nous crie éloquemment la charité infinie de son Cœur.

Serait-ce que le Sacrifice de la divine Victime sur le Calvaire et l'effusion de son Sang divin

eussent donné aux Juifs de son temps quelque chose de Jésus que nous ne puissions posséder nous-mêmes ? Il est vrai que Jésus n'est mort qu'une fois ' et qu'éternellement II ne peut plus mourir- ; il est vrai qu'il a versé tout son sang et qu'il ne Lui en restait plus une goutte dans les veines. Mais Jésus a repris le sang qu'il avait perdu et II s'est redonné Lui-même la vie qu'il avait librement abandonnée. Sa puissance est restée la même et son amour aussi. Il peut donc renouveler ce qu'il a fait une lois ; mais avec cette différence, qu'il doit harmoniser ses actes avec le nouvel état glorieux dans lequel II est entré pour toujours 3. De sorte que, pour mourir

1 « Le Christ est mort une fois pour toutes. » Rom., vi, 10.

- « Le Christ ressuscité des morts ne meurt plus, la mort n'aura plus d'empire sur lui. » Rom., vi, 9.

3 « La foi catholique croit, dit Saint Thomas, et la sainte Eglise enseigne, que le corps glorieux du Christ est réellement dans le Sacrement de l'autel, et qu'il y est vraiment dans son état de gloire. Cependant il ne montre pas à nos yeux corporels cet état, cette manière d'être, parce qu'il nous en réserve la vision pour la patrie, et que cette ostension glorieuse ne conviendrait ni au Sacrement ni à notre foi, puisque nous marchons encore vers le terme, sous le voile de l'énigme, et ne percevons qu'à travers un miroir la divine lumière. » S. Thom., Op. 58, c. 11.

Cet état glorieux, inséparable désormais de la Personne de l'Homme-Dieu, n'est nullement incompatible avec les humiliations et les abaissements de l'état eucharistique, comme nous le démontrerons amplement plus tard ; pas plus que la présence de la Divinité était incompatible avec son Humanité, pendant sa vie mortelle, et que la gloire éternelle est inséparable, au ciel, de « l'Agneau toujours immolé »,

DE LA CONDITION DE L HOMMK-DIEl'

de nouveau, Il ne le fera plus d'une manière sanglante mais seulement mystique.

Et c'est pourquoi II a voulu que ses autels soient d'autres calvaires, que ses Prêtres soient de réels sacrificateurs et que la Victime du Sacrifice soit la même que celle de la Croix. Il institue ce Sacrement à l'heure où commence sa Passion ' :

1 Le Docteur angélique énumère trois raisons de l'Institution de l'Eucharistie, le soir de la Cène, au seuil de la Passion du Sauveur.

« Il est convenable que l'Eucharistie ait été instituée dans la Cène, où le Christ s'est trouvé pour la dernière fois avec ses disciples. t° — En raison de ce que ce Sacrement renferme. Car le Christ lui-même est contenu dans l'Eucharistie, comme Sacrement. C'est pourquoi quand le Christ devait s'éloigner de ses disciples sous sa propre forme, il s'est laissé lui-même à eux sous l'espèce sacramentelle.

« 2° — Parce qu'on n'a jamais pu être sauvé sans avoir foi dans la passion du Christ, d'après ces paroles de Saint Paul (Rom., m, 25) : « Dieu l'a destiné pour être la victime de propitiation par la foi qu'on aurait en son sang. » C'est pourquoi il a fallu quV/i tout temps il y eût parmi les hommes quelque chose qui représentât la passion du Seigneur. — Dans l'Ancien Testament, son principal sacrement était l'agneau pascal. D'où l'Apôtre dit (I Cor., v, 7) : que « le Christ, notre pàque, a été immolé ». — Dans le Nouveau Testament, il a été remplacé par le Sacrement de l'Eucharistie, qui rappelle la passion passée, comme l'Agneau pascal a figuré à l'avance la passion future. C'est pourquoi il a été convenable, qu'au moment où la passion était imminente, il établit le nouveau Sacrement lorsqu'on célébrait l'ancien.

« 3° — Parce que c'est surtout ce que disent les amis en dernier lieu, lorsqu'ils se retirent, qui se grave plus profondément dans la mémoire ; parce qu'alors on leur est plus attaché et que ce sont les choses pour lesquelles nous avons le plus d'affection, qui s'impriment dans l'esprit le plus vivement. Car,

Il lui donne tous les caractères du Sacrifice sanglant du Calvaire, et II y dépose les mérites infinis de l'effusion de son Sang. Il ordonne à ses Prêtres de répéter jusqu'à la fin des temps ce qu'il vient de faire, et II leur communique sa propre puissance pour accomplir les mêmes merveilles1. A partir de ce moment, le monde a possédé Jésus sous une forme nouvelle, voilée mais réelle, et dans un état d'immolation permanente comme celui dans lequel a été réduite la Victime du Calvaire.

comme le dit le Pape Alexandre I»1, (Epist. i, cap. 4), dans les sacrifices rien ne peut être plus grand que le corps et le sang du Christ, et aucune offrande n'est préférable à celle-là. C'est pourquoi, pour qu'on l'eût en plus grande vénération, le Seigneur a institué ce Sacrement au moment où il allait se séparer de ses disciples. Et c'est la pensée de Saint Augustin, dans les réponses qu'il adresse à Janvier (Epist. liv, cap. 6) : Le Sauveur, pour mieux faire connaître la profondeur de ce mystère, a voulu que cette action étant la dernière fût plus profondément gravée dans les cœurs et dans la mémoire de ses disciples, qu'il quitta pour aller accomplir le sacrifice de sa passion. » S. Thom., III p., q. 73, a. 5.

1 Saint Thomas fait ressortir l'amour de Jésus dans l'universalité de sa Présence eucharistique, en ce qu'il a conféré à tous ses Prêtres, même aux indignes, le pouvoir de le consacrer et de le garder au monde. « Pour nous prouver son affection, dit-il, le Christ consacra son très saint Corps et son Sang adorable, et donna le pouvoir de le consacrer non pas à un seul homme vertueux, pour un temps et pour un lieu, mais ce pouvoir il le donna aux Prêtres même criminels, afin qu'en tout temps et en tout lieu les hommes trouvassent dans la sainte Eucharistie et les autres sacrements, des consolations spirituelles et un remède à leurs fautes. » S. Thom., Op. 62, c. t.

L'état eucharistique donne quelque chose de plus que n'avait donné Jésus dans sa vie mortelle. Pendant trente-trois ans II avait vécu avec les hommes et s'était montré plein de bonté à leur égard ; c'était en leur faveur qu'il avait fait tant de miracles ; Il n'avait rien négligé pour les gagner à son amour, et II s'était en quelque sorte épuisé à leur enseigner la science du salut. Néanmoins son action divine s'exerçait encore à distance ; sa vérité pénétrait bien dans les esprits, son amour dans les coeurs et sa grâce dans les âmes, mais ce n'était pas là sa Personne tout entière ; Il ne s'était pas livré totalement, comme II le fait dans l'Eucharistie ; Il n'avait pas donné sa chair à manger ni son sang à boire. Il avait bien annoncé ce mystère, mais II ne L'avait pas réalisé1.

Le jour où II institue son Sacrement sous forme de nourriture2, Il impose en même temps

1 Jean, vi, 32-5g.

2 Saint Thomas dit avec beaucoup d'à-propos au sujet de la Communion : « En tant que les deux natures, Yâme et le corps, sont personnellement unies par une alliance intime et un merveilleux amour, la créature raisonnable a besoin, pour le salut éternel de ces deux éléments, d'une nourriture unique qui convienne à tout l'homme, c'est-à-dire ses deux natures, spirituelle et corporelle. Elle a besoin du Verbe fait chair, qu'elle puisse manger sous le voile d'un Sacrement, afin que, par sa vertu, Yâme parvienne de la misère présente à la vie d'éternelle béatitude, et que le corps, conservé pour un temps au sein de la terre, ressuscite enfin glorieux.

a Le Seigneur dit, en Saint Jean (vi, 56) : « Ma chair — c'est-à-

à ses enfants le devoir de venir y alimenter la vie spirituelle de leurs âmes '. Devoir doux et sacré entre tous, qui nous unit à Jésus sur cette terre autant qu'il est donné à une créature mortelle de le faire, et qui nous rend participants de la vie divine dont Jésus est le principe et la source 2. Ineffable union qui transforme l'exil en un vrai Paradis et qui nous fait goûter par anticipation les joies immenses et éternelles des Bienheureux.

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