IX. — Son état glorieux
Le dernier état dans lequel il nous est donné de contempler Jésus est son état glorieux. C'est le couronnement nécessaire de tous les autres. Le Verbe s'était profondément abaissé et humilié
dire la chair de Dieu, la chair humaine unie au Verbe de Dieu — est vraiment une nourriture » ; c'est-à-dire, ma chair est une nourriture efficace pour tout l'homme, pour son âme et pour son corps. — Le Seigneur (Jean, vi, 55) dit de l'esprit : « Celui qui mange ma chair a la vie éternelle » ; et du corps : « Je le ressusciterai au dernier jour. » S. Thom., Op. 5j, c. 6.
1 « Si vous ne mangez la chair du Fils de l'homme et si vous ne buvez son sang, vous n'aurez pas la vie en vous. » Jean, vi, 54.
* « Je suis le pain vivant, qui suis descendu du ciel. Si quelqu'un mange de ce pain, il vivra éternellement. Celui qui me mange vivra par moi. » Jean, vi, 5i, 52, 58.
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en s'incarnant * ; sa vie terrestre n'avait été qu'un ensemble d'humiliation, de pauvreté, de dépendance, de mortification, de renoncement et de sacrifice2; sa vie publique s'était écoulée au milieu des travaux, des contradictions et des persécutions3; sa Passion avait accumulé sur sa tête toutes les malédictions et L'avait plongé dans des abîmes de souffrances et d'opprobres i ; sa mort avait été le démenti apparent à toutes ses promesses et le triomphe suprême de l'enfer qui Lui infligeait la plus honteuse et la plus solennelle des défaites s.
1 Saint Paul résume tous les abaissements et toutes les humiliations du Sauveur, quand il nous dit dans son langage énergique : « Le Christ s'est fait malédiction pour nous. » Gal., m, i3.
2 « Le Fils de l'homme n'est point venu pour être servi, mais pour servir et donner sa vie pour la rédemption de plusieurs. » Matth., xx, 28.
3 « Cet enfant a été établi pour être un signe de contradiction. » Luc, n, 34.
C'est dans le même sens que Saint Paul appelle Jésus la pierre d'achoppement : « Ils se sont heurtés contre la pierre d'achoppement » (Rom., ix, 32) ; et Saint Pierre, « la pierre vivante, rejetée par les hommes » (J Pierre, 11, 4).
Jésus lui-même fait allusion, dans les trois Synoptiques, à la prophétie messianique (Ps. cxvn, 22) qui transforme cette pierre d'achoppement en pierre angulaire destinée à soutenir tout l'édifice : « La pierre qu'ont rejetée ceux qui bâtissaient est devenue la tête de l'angle. Quiconque tombera sur cette pierre sera brisé, et elle écrasera celui sur qui elle tombera. » Luc., xx, 17, 18.
1 « Il est écrit (Deut., xxi, 23) ; Maudit quiconque est pendu au bois. » Gal., m, i3.
s « Va, toi qui détruit le temple de Dieu et le rebâtis en trois
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Il fallait à Jésus des compensations et des compensations divines ' ; Il devait être exalté autant qu'il avait été humilié1; Il devait remonter dans la gloire jusqu'aux sublimités d'où II était descendu ;j. N'ayant jamais cessé d'être Dieu, Il n'avait pas quitté dans sa Divinité le sein de son Père i ; mais l'Humanité dont II s'était revêtu et qui Lui avait servi si admirablement à s'abaisser, à souffrir et à mourir, réclamait sa part de gloire
jours, sauve-toi toi-même ; si tu es le Fils de Dieu, descends de la Croix... Il a sauvé les autres, et /'/ ne peut se sauver luimême... Il se confie en Dieu ; qu'il le délivre maintenant, s'il l'aime ; car il a dit : Je suis le Fils de Dieu. » Matth., xxvh, 40, 43, 43.
1 « Il s'est humilié lui-même et s'est fait obéissant jusqu'à la mort, et la mort de la croix. C'est pourquoi Dieu l'a exalté, et lui a donné un nom au-dessus de tout nom, afin qu'au nom de Jésus tout genou fléchisse dans le ciel, sur la terre et dans les enfers, et que toute langue confesse que le Seigneur Jésus- Christ est dans la gloire de Dieu le Père. » Phil., ii, 8-it.
3 « Celui qui est descendu dans les parties inférieures de la terre est le même que celui qui est monté au-dessus de tous les deux, afin de remplir toutes choses. » Ephés., iv, 9, 10.
« Il n'y a pas, dit Saint Thomas, d'humilité égale à celle du Christ qui, étant Dieu, a voulu se faire homme, et qui étant Maître, a consenti à prendre la forme d'esclave. Il est descendu jusqu'aux enfers, et c'est pourquoi il a été exalté jusqu'au ciel, élevé jusqu'au trône de Dieu. » S. Thom., Op. 6, c. 9.
3 « Maintenant, glorifiez-moi, vous Père, en vous-même, de la gloire que j'ai eue en vous avant que le monde fût. » Jean, xvii, 5.
4 « Personne n'est monté au ciel si ce n'est celui qui est descendu du ciel, le Fils de l'homme, lequel est dans le ciel. » Jean, m, i3.
éternelle l. Tous les actes de vertu posés pendant sa vie, toutes ses souffrances endurées, chaque humiliation que les hommes Lui avaient infligée, chaque plaie de son corps meurtri, chaque douleur de son âme angoissée, chaque instant de cette vie mortelle de l'Homme-Dieu avait droit à une gloire spéciale, que la terre n'était pas en mesure de Lui donner et dont seul Dieu le Père pouvait couronner son divin Fils dans les siècles des siècles2.
Depuis lors, tout est devenu glorieux en Jésus. Il n'est plus environné des ténèbres qu'il était venu éclairer ; Il est à jamais éclatant et lumineux. Il n'est plus retenu dans les liens d'un corps mortel ni soumis à ses lois ; Il ne connaît ni les distances ni les obstacles. Il ne peut plus souffrir; Il jouit éternellement d'un bonheur sans mélange dans une gloire sans fin 3.
1 « Ne fallait-il pas que le Christ souffrit ces choses et entrât ainsi dans sa gloire ? » Ltc, xxiv, 26.
« J'ai vaincu, et je me suis assis avec mon Père sur son trône. » Apoc, m, 21.
4 « C'est mon Père qui me glorifie. » Jea.n, vin, 54. — « Mon Père, l'heure est venue : glorifiez votre Fils. » Jean, xvii, 1.
3 Le bonheur éternel dont jouit notre adorable et divin Maître est évidemment le bonheur le plus grand qui puisse être goûté par aucune créature angélique ou humaine. L'Union hypostatique a fait la nature humaine participante d'une manière tellement intime des attributs divins que, pour comprendre un peu ce bonheur de l'Homme-Dieu, il nous faut pénétrer dans la félicité même des trois Personnes divines, cet abîme insondable de
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Jésus est revenu à son point de départ, emportant les trophées de ses humiliations et de ses souffrances, avec la source intarissable des mérites infinis acquis pendant sa vie. Et dans son ascension, Il entraîne avec Lui toutes les âmes purifiées dans son Sang, et que sa miséricorde a marquées du sceau des prédestinés.
Entouré des Anges et de tous les Elus ses rachetés, en compagnie de sa divine Mère qu'il associe plus directement à sa gloire, Il reçoit les adorations et les hommages de toute la cour céleste ; Il est acclamé comme le souverain Seigneur régnant éternellement ; Il est le centre divin où converge tout l'amour de la Patrie, la vie essentielle d'où tout émane, la félicité parfaite qui se donne sans cesse et ne s'épuise jamais1.
l'infinie béatitude. Ces belles paroles de l'angélique Docteur nous en feront pressentir les sublimités.
« Dieu le Père se délecte outre mesure dans la béatitude du Fils, et le Fils semblablement dans celle du Père ; et le Père et le Fils se délectent dans la béatitude du Saint-Esprit ; et le Saint-Esprit se délecte pareillement dans la béatitude de l'un et de l'autre. Chacune des trois Personnes jouit autant dans les autres que dans elle-même, parce qu'elles n'ont qu'une seule et même béatitude ; et cette mutuelle jouissance se trouve dans les trois Personnes par une mutuelle et très véritable charité. Chacune des trois Personnes adresse à l'autre cette parole que, dans Saint Jean (xvn, 10), le Seigneur Jésus adresse au Père : « Tout ce que vous avez est à moi, et tout ce que j'ai est à vous » ; donc je suis tout ce que vous êtes, et vous êtes réellement tout ce que je suis. » S. Thom., Op. 62, c. 3.
1 « Je vis quelqu'un qui ressemblait au Fils de l'homme, vêtu
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Nous sommes tous destinés à partager cette gloire du Verbe Incarné ; notre résurrection est garantie par la sienne '. Mais, comme notre Maître, il nous faut auparavant passer par l'épreuve2 et nous acheminer vers la gloire par
d'une longue robe, et ceint d'une ceinture d'or autour de la poitrine... Il posa sa main droite sur moi en disant : Ne crains point, je suis le premier et le dernier et le vivant ; j'ai été mort et voici que je suis vivant pour les siècles des siècles, et j'ai les clefs de la mort et de l'enfer... Je regardai et j'entendis la voix d'anges nombreux... et il y en avait des milliers et des milliers qui disaient d'une voix forte : l'Agneau qui a été immolé est digne de recevoir la puissance, la divinité, la sagesse, la force, l'honneur, la gloire et la bénédiction... Et toutes les créatures au ciel, et sur la terre et dans la mer, disaient : A Celui qui est assis sur le trône et à l'Agneau, bénédiction, honneur, gloire, puissance dans les siècles des siècles. Amen. » Apoc, i, 13, 17, 18 ; v, n-i3.
1 « Dieu le Père nous a arrachés à la puissance des ténèbres et transférés dans le royaume du Fils de sa dilection. C'est en celui-ci, c'est par son sang que nous avons la Rédemption. » Col., 1, i3, 14.
a La résurrection du Christ, dit Saint Thomas, est la cause efficiente et exemplaire de la nôtre : la cause efficiente par la vertu divine, dont le propre est de vivifier les morts ; la cause exemplaire, parce qu'elle est la première en dignité et en perfection et que ce qui est le plus parfait est toujours le modèle de ce qui l'est moins selon son mode. »' S. Thom., III p., q. 56, a. 1, ad 3.
2 « Si quelqu'un veut venir après moi, qu'il se renonce luimême, qu'il prenne sa croix et me suive. » Matth., xvi, 24.
« Le royaume des cieux souffre violence, et ceux-là seuls le conquièrent qui se font violence. » Matth., xi, 12.
« Il faut que nous entrions dans le royaume des cieux par une foule de tribulations. » Act., xiv, 21.
« Je vous envoie comme des agneaux au milieu des loups. » Matth., x, 16.
« On vous livrera aux tribulations, on vous tuera ; vous serez
la voie des humiliations, des sacrifices et des souffrances1.
La Crèche de Bethléem annonçait des abaissements inouïs et la Croix du Calvaire venait les couronner dans un effondrement général ; mais quand cette vie de prodiges et de vertus fut ensevelie dans le tombeau, de ce tombeau sortit le triomphe dans les gloires de la résurrection, prélude des gloires éternelles -. Renonçons-nous, souffrons, sacrifions-nous, pratiquons toutes les vertus, vivons pour Jésus et mourons avec Lui ; et de notre calvaire, composé de toutes les peines et de toutes les croix de la vie, nous nous cnvo-
en haine à toutes les nations à cause de mon nom. » Matth., xxiv, 9.
« Si le monde vous hait, sachez qu'il m'a haï le premier. Parce que vous n'êtes pas de ce monde, mais que je vous ai choisis du milieu du monde, le monde vous tient en haine. S'ils m'ont persécuté, ils vous persécuteront aussi ; le serviteur n'est pas plus que le maître. » Jean, xv, 18-20.
1 « Puisque le Christ a souffert dans la chair, vous aussi armez-vous des mêmes sentiments... Mes bien-aimés, ne soyez pas surpris du feu qui sert à vous purifier, comme s'il vous arrivait quelque chose d'étrange ; mais parce que vous participez aux souffrances du Christ, réjouissez-vous, afin que lorsque sa gloire vous sera manifestée, vous soyez aussi dans la joie et dans l'allégresse. » I Pierre, iv, 1, 12, i3.
« Le Dieu de toute grâce qui nous a appelés dans le Christ Jésus à son éternelle gloire, vous perfectionnera, vous affermira et vous fixera après que vous aurez souffert un peu de temps. » I Pierre, v, 10.
2 « Le Christ est mort et il est ressuscité, afin de dominer et sur les vivants et sur les morts. » Rom., xiv, 9.
lerons, sur les traces de notre divin Sauveur, dans le royaume de sa gloire et de l'amour sans fin '.
1 « Courons avec une persévérante patience dans la carrière, les yeux fixés sur l'auteur et le consommateur de la foi, Jésus ; au lieu de la joie qui s'offrait à lui, il a souffert la Croix, dédaignant son ignominie ; et le voilà maintenant assis à la droite du trône de Dieu. Pensez donc en vous-mêmes à Celui qui a souffert de si grandes contradictions de la part des pécheurs, afin que vous ne vous lassiez point, et que vous ne laissiez point vos âmes succomber à l'abattement, car vous n'avez pas encore résisté jusqu'au sang, en combattant contre le péché. » Hébr., xii, 1-4.
A Jésus, dans sa vie mortelle
O Jésus, mon adorable Maître,
venu pour m'enseigner, me sanctifier
et me sauver ;
je comprends vos divines leçons
et je veux, aidé de votre grâce, vous suivre de près,
pratiquer vos vertus, m'inspirer de votre esprit,
brûler de votre amour et ne soupirer plus
qu'après le bonheur de Vous mieux connaître,
pour Vous imiter plus fidèlement
et Vous glorifier tous les jours de ma vie.
Vos abaissements me jettent dans l'admiration.
Vos vertus m'animent à marcher sur vos traces.
Vos souffrances m'aident à supporter les miennes.
Votre amour pour moi ravive celui que j'ai pour vous.
Votre zèle pour la gloire de votre Père
devient la règle et le soutien du mien.
Votre ardeur pour le salut des âmes
m'excite à souffrir et à travailler pour elles.
J'aspire à mourir pour Vous qui êtes mort pour moi.
Puissé-je faire de l'Eucharistie
mon ciel sur la terre,
avant de faire de votre possession éternelle
mon ciel dans la gloire!