‹ Jésus mieux connu et plus aimé dans son sacerdoce (volume 2)Chapitre 26 sur 40 · II. — Réhabiliter et sauver l'humanité · texte numérisé non relu

II. — Réhabiliter et sauver l'humanité

En donnant à Dieu une satisfaction digne de lui, le Verbe Incarné apaisait la justice divine3. Depuis la chute du premier homme, le bras de Dieu était armé pour la vengeance ; et il se serait abattu sur l'humanité coupable, si un amour mystérieux et une miséricorde infinie

1 « Vous avez été achetés un grand prix ; glorifiez donc Dieu et portez-le dans votre corps. » I Cor., vi, 20.

1 « Nous prions sans cesse pour vous, afin que le nom de notre Seigneur Jésus-Christ soit glorifié en vous, et que vous le soyez en lui, par la grâce de notre Dieu et du Seigneur Jésus- Christ, h II Thess., 1, 11, 12.

3 « Il a effacé l'acte qui s'élevait contre nous par ses décrets, qui nous était contraire, et il l'a mis de côté, en le clouant à la croix. » Col., 11, 14.

n'étaient venus s'interposer et obtenir le pardon1.

Pourquoi Dieu a-t-il aimé les hommes plus que les anges? C'est son secret. Son amour n'a d'autre loi que sa volonté : il a voulu nous aimer jusqu'à l'excès, et il l'a fait. Afin que nous ne puissions en douter, il nous a donné son propre Fils et dans des conditions d'une telle infinie miséricorde, qu'il L'a substitué à nous-mêmes, au point de frapper sur Lui les coups qui nous étaient destinés *.

Le Verbe, entièrement à l'unisson des sentiments de son divin Père, se livre Lui-même librement et s'éprend pour l'humanité du même amour dont II était déjà embrasé pour les deux autres Personnes de la Très Sainte Trinité. Il voit les hommes coupables et constamment sujets au péché ; et II veut les purifier3. Il est témoin de leur impuissance absolue à se relever par euxmêmes et à sortir de l'abîme où ils sont tombés ; et II vient avec amour leur tendre la main, les

1 « Lorsque vous étiez morts par vos offenses, il vous a fait revivre avec lui, vous pardonnant tous vos péchés. » Col. h, i3.

2 « Dieu n'a pas épargné son propre Fils, mais il l'a livré pour nous. » Rom., vin, 32.

« Nous l'avons considéré comme un lépreux, frappé de la main de Dieu. Il a été frappé à cause de nos iniquités ; il a été broyé à cause de nos scélératesses... Le Seigneur a mis sur lui toutes nos iniquités. » Is., un, 4-6.

3 « Je ne suis pas venu appeler les justes à la pénitence. mais les pécheurs. » Luc, v, 32.

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aider à se redresser et les inviter à regarder de nouveau avec confiance vers le Ciel1.

Il entend monter de tous les points du globe et du sein de toutes les générations qui se succéderont jusqu'à la fin des temps, des clameurs déchirantes et des cris de désespérance ; et, les mains pleines de bienfaits et de tendresses, Il s'approche de toutes les misères pour les soulager2.

Il cicatrise toutes les plaies3. Il remplit les intelligences de vérité4. Il détourne les coeurs des affections qui souillent et 11 les inonde de divine charité 5. Il rectifie les volontés qui s'égarent et Il ramène dans le droit chemin les âmes qui ne connaissent plus que la voie qui mène à la perdition H. Il inocule dans les veines de l'humanité

1 « Dieu lui-même a dit : Je ne te délaisserai pas, je ne t'abandonnerai pas ; de sorte que nous pouvons dire avec confiance : le Seigneur est mon aide. >•> Hébr., xiii, 5, 6.

2 « Humiliez-vous sous la puissante main de Dieu, vous déchargeant sur lui de tous vos soucis, parce qu'il a lui-même soin de vous. » I Pierre, v, 6, 7.

3 « C'est par ses meurtrissures que nous avons été guéris. » I Pierre, ii, 24.

i « Nous savons que le Fils de Dieu est venu, et qu'il nous a donné l'intelligence, afin que nous connaissions le vrai Dieu, et que nous soyons en son vrai Fils. C'est lui qui est le vrai Dieu et la vie éternelle. » I Jean, v, 20.

"■ « L'amour de Dieu a été répandu dans nos cœurs. » Rom., v, 5.

0 « Par le sang de l'alliance éternelle, notre Seigneur Jésus- Christ est devenu le grand pasteur des brebis. » Hébr., xiii, 20.

un sang nouveau qu'il a puisé dans son Coeur, et dont II demeurera toujours le principe vivifiant et divinement fécond *.

Plus Jésus trouvera l'humanité misérable, et plus II l'aimera'2; plus II rencontrera de pécheurs obstinés, et plus II s'acharnera après eux pour les toucher et les convertir3 ; plus II verra s'accroître

I « Je suis venu pour que mes brebis aient la vie et qu'elles l'aient plus abondamment. » Jean, x, 10.

i C'est ce qui fait dire si justement à Saint Thomas : « Ce qui a porté Dieu à prendre notre nature, ce n'est pas qu'il ait aimé l'homme davantage, absolument parlant, mais c'est que l'homme avait plus de besoin. Ainsi, le bon père de famille donne à son serviteur malade des choses précieuses qu'il ne donne pas à son fils en bonne santé. » S. Thom., I p., q. 20, a. 4, ad 2.

3 Les divers enseignements de Jésus, de même que sa conduite pendant sa vie publique, prouvent son immense bonté et sa touchante miséricorde à l'égard des pécheurs. Il n'y a qu'à ouvrir l'Evangile, pour y lire presque à chaque page les sentiments d'amour qui animent le cœur de l'Homme-Dieu envers l'humanité coupable.

II se plaît dans la compagnie des pécheurs, parce qu'il veut les convertir : « Je n'ai été envoyé, dit-il, qu'aux brebis perdues de la maison d'Israël » (Matth., xv, 24). « Le Fils de l'homme est venu sauver ce qui avait péri » (Matth., xviii, 11).

Les paraboles les plus touchantes ne sont-elles pas celle du Bon Pasteur, qui laisse là ses quatre-vingt-dix-neuf brebis pour courir après la brebis égarée, jusqu'à ce qu'il la retrouve, la charge sur ses épaules et la ramène au bercail (Luc, xv, 4-6) ; et celle de V Enfant prodigue qui, après avoir déserté la maison paternelle et vécu dans le désordre, revient repentant à son Père et est reçu par lui avec des démonstrations de joie telles, que le fils demeuré fidèle s'en offusque et lui en fait un reproche (Luc, xv, 11 -32).

Jésus nous donne lui-même le sens profond de sa doctrine

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chaque jour le nombre des âmes lâches et tièdes qui ont peur du sacrifice et font passer leurs plaisirs et leur satisfaction avant l'accomplissement de leurs devoirs, et plus II se montrera bon et condescendant pour les gagner par des témoignages de tendresse.

Jésus veut visiblement employer vis-à-vis des hommes, pour les toucher, les mêmes moyens qu'il emploie vis-à-vis de son Père pour en obtenir miséricorde : Il veut aller jusqu'aux dernières limites de l'amour, afin de l'emporter par des excès de charité • sur toutes les résistances de la

toute de condescendance et de miséricorde : « Je vous dis qu'il y aura plus de joie dans le ciel pour un pécheur faisant pénitence que pour quatre-vingt-dix-neuf justes qui n'ont pas besoin de pénitence. » (Luc, xv, 7). On comprend mieux, après cela, sa bonté à l'égard de la Samaritaine, de Madeleine la pécheresse, de la femme adultère et de tant d'autres à qui il accorde le pardon des péchés en même temps que la guérison corporelle.

Oui, vraiment notre Dieu est un « Dieu bon et miséricordieux » (Ps. ex, 4) ; « toutes ses voies sont miséricorde et vérité » (Ps. xxiv, 10) ; il est « le Père des miséricordes et le Dieu de toute consolation » (II Cor., 1, 3).

1 L'Ange de l'Ecole, qui se plaît parfois à illustrer ses hautes conceptions par des comparaisons simples et frappantes, se sert d'une image particulièrement saisissante pour essayer de nous donner une idée de la bonté et de l'amour infinis de Dieu.

« La bonté de Dieu est si étendue qu'on ne saurait ni la décrire, ni la raconter, ni se l'imaginer.

« En effet, si tous les esprits célestes et infernaux, si toutes les âmes créées et celles qui doivent l'être, voulaient tracer par écrit la bonté divine, quand chacun d'eux aurait la mer pour encrier, et pour papier l'étendue des deux. Dieu est si immense que chacun d'eux aurait mis la mer à sec et aurait rempli le

malice humaine ' et de la justice divine. Il s'est porté garant vis-à-vis de Dieu du repentir et de l'expiation de l'humanité ; son honneur comme son amour sont en jeu, Il ne faiblira pas, Il ira jusqu'au bout, et puisqu'il faut une réparation suprême II sera la Victime. Il aime assez le genre humain pour se charger de tous les crimes, son sang a un prix assez infini pour les effacer tous2. Et quand II aura donné sa vie pour tous les hommes, l'humanité sera complètement réhabilitée ; elle aura reconquis ses droits à la vision

ciel, qui ne pourrait plus contenir une seule lettre, avant qu'ils n'eussent tracé la moitié de cette bonté.

« Mais on parle plus vite qu'on écrit. Eh bien, quand toutes les étoiles, quand toutes les gouttes de pluie seraient des langues et se proposeraient de raconter cette même bonté, elle est si ineffable, qu'elles seraient toutes muettes avant qu'elles en eussent raconté la troisième partie.

« On pense plus rapidement qu'on ne parle ou qu'on n'écrit. Eh bien, quand chaque grain de sable de la mer, quand chaque plante de la terre seraient autant de cœurs et voudraient scruter la bonté de Dieu, elle est si excellente, qu'ils seraient entièrement brisés avant d'en avoir découvert même la dixième partie. » S. Thom., Op. 62, c. 3.

1 « Pourquoi, s'écrie Saint Paul, le Christ est-il mort, au temps marqué, pour les impies ? Car à peine quelqu'un mourrait-il pour un juste ; peut-être néanmoins quelqu'un se résoudrait-il à mourir pour un homme de bien. Mais Dieu fait éclater son amour pour nous en ce que, lorsque nous étions encore des pécheurs, au temps marqué, le Christ est mort pour nous. » Rom., v, 6-9.

2 « Il s'est fait victime de propitiation non seulement pour nos péchés, mais encore pour ceux du monde entier. » I Jean, h, 2.

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béatifîque et à la possession éternelle de Dieu1. Jésus pourra alors remonter vers son Père, sa mission sera accomplie ; Il aura payé à la justice divine la dette de l'humanité et II aura sauvé le monde "-'.

S'il est quelque chose capable de nous atten-

1 « Vous êtes la race choisie... le peuple conquis pour annoncer les grandeurs de celui qui vous a appelés des ténèbres à son admirable lumière ; vous qui avez reçu miséricorde, et qui êtes maintenant le peuple de Dieu. » I Pierre, ii, 9, 10.

Un des effets du péché, comme dit Saint Thomas, « c'est de nous bannir du royaume qui nous est promis. Ceux, en effet, qui offensent les rois, sont contraints de quitter leur royaume ; de même, à cause du péché, l'homme est chassé du paradis. Jésus-Christ, par sa passion, a rappelé dans son royaume ceux qui en avaient été chassés. « Nous avons l'assurance, dit Saint Paul (Hébr., x, 19), d'entrer dans le sanctuaire par le sang du Christ. » S. Thom., Op. 6, c. 6.

Eu égard à la dignité de la nature humaine faite pour jouir éternellement de Dieu, et aussi à l'amour que Dieu avait voué à l'humanité, le saint Docteur va jusqu'à dire que Dieu était en quelque sorte tenu de sauver l'humanité. « La nature humaine ne pouvait pas arriver à la béatitude parfaite, sans que la corruption du péché eût disparu ; parce que la béatitude étant le bien parfait ne souffre aucun défaut, et surtout la défectuosité du péché, lequel est en quelque sorte opposé à la vertu, qui est la voie qui y conduit. Ainsi, / 'homme étant fait pour le bonheur, qui est sa dernière fin, il s'ensuivrait que l'œuvre de Dieu serait privée de résultat dans une si noble créature : ce que le Psalmiste juge peu convenable, lorsqu'il dit (Ps. lxxxviii, 48) : « Est-ce donc en vain que vous avez créé les enfants des hommes ? » La restauration de la nature humaine était donc une nécessité. » S. Thom., Op. 2, c. 199.

2 « Vous n'avez pas été rachetés par l'or ou l'argent corruptibles, mais par le précieux sang du Christ. » I Pierre, i, 18, 19.

drir, c'est bien cette considération de la miséricorde mystérieuse de Jésus à notre égard. Rien dans le passé ni dans l'avenir ne pouvait justifier une semblable conduite envers une humanité qui ne devait cesser de se montrer rebelle et ingrate vis-à-vis de son Sauveur, comme elle l'avait été auparavant vis-à-vis de son Créateur. Même après le sang répandu de l'auguste Victime, combien d'âmes, dans la suite, devaient en rendre pour elles l'effusion stérile ; par leurs péchés elles renouvellent pour ainsi dire la nécessité d'une rédemption personnelle, et pourtant cette rédemption pourrait bien leur être refusée, malgré l'amour qui porte Jésus à toujours pardonner '.

Jésus étant venu sauver l'humanité tout entière -, Il paie la rançon de tous les hommes individuellement, en mettant à la disposition de chacun d'eux les mérites infinis et les grâces innombrables dont II inonde le genre humain 3. Il veut rendre à son divin Père tout l'honneur

1 « Vous me chercherez et vous ne me trouverez pas. » Jean, vii, 34.

2 « Dieu notre Sauveur veut que tous les hommes soient sauvés. » I Tim., 11, 3, 4.

:i « La justice de Dieu par la toi en Jésus-Christ est destinée à tous et sur tous ceux qui croient en lui. Car il n'y a pas de distinction : parce que tous ont péché, tous ont besoin de la gloire de Dieu, étant justifiés gratuitement par sa grâce, par la rédemption qui est en Jésus-Christ. » Ro.n., m, 22-24.

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qui lui revient dans chaque âme en particulier, et pour cela II la baigne dans son sang1, Il la purifie totalement, Il lui rend ses droits à la gloire éternelle, en un mot II la refait sur le modèle de son innocence primitive : et c'est ainsi qu'il rend à Dieu son œuvre complètement réhabilitée et transformée2.

Jésus accomplit cette sublime mission avec d'autant plus d'amour que l'humanité est l'œuvre de ses mains3; qu'il est le Verbe divin par qui tout a été fait 4 ; qu'il est la lumière du monde 5 et que c'est Lui qui remet dans la vérité6; qu'il est la manifestation authentique de l'amour éternel7 et qu'il est venu pour embraser les cœurs8;

1 « 11 nous a lavés de nos péchés dans son sang. » Apoc, i, 5.

2 « Pour délivrer le genre humain du péché commun, il fallait que quelqu'un satisfît qui fût homme, capable de satisfaire, et qui eût quelque chose de p/us que l'homme, afin que son mérite suffit à satisfaire pour le péché de tout le genre humain. » S. Thom., Contr. Gent., L. 4, c. 54.

3 « Dieu créa l'homme à son image. » Gen., i, 27.

4 Jean, i, 3. — « Dans ces derniers temps Dieu nous a parlé par le Fils par lequel il a fait les mondes. » Hébr., i, 2.

5 Jean, i, 9. — « Dieu est lumière et il n'y a point en lui de ténèbres. » I Jean, i, 5.

6 « Le Dieu qui a dit à la lumière de resplendir du sein des ténèbres, a fait luire aussi sa clarté dans nos cœurs. » II Cor., rv, 6.

7 « Nous avons connu l'amour de Dieu en ce qu'il a donné sa vie pour nous. » I Jean, hi, 16.

8 « Je suis venu jeter le feu sur la terre ; et que veux-je, sinon qu'il s'allume ? » Luc, xu, 49.

que, de même qu'il est la puissance du Père *, agissant en son nom, Il est aussi la voie nécessaire qui ramène à lui, puisque personne ne va au Père si ce n'est par son entremise 2 ; et qu'enfin II a reçu les nations en héritage 3 et qu'il Lui appartient éminemment de les purifier et de les sauver4.

Aussi, avant de mourir, prie-t-Il avec ferveur son divin Père de préserver ceux qu'il Lui avait donnés \ les « siens » qu'il avait tant aimés, qu'il aima jusqu'à la fin 6 et à qui II allait donner la plus grande preuve d'amour, en mourant pour eux7.

Et à côté de ceux qui profiteront de sa ré-

1 « Père, vous avez donné à votre Fils puissance sur toute chair, afin qu'à tous ceux que vous lui avez donnés il donne la vie éternelle. » Jean, xvii, 2.

- « Personne ne vient au Père que par moi. » Jean, xiv, 6.

3 « Il a constitué son Fils héritier de toutes choses. » Hébr., 1, 2. — « Le Seigneur m'a dit : demande-moi et je te donnerai les nations en héritage. » Ps. u, 7, 8. •

4 « Il n'y a pas de salut en aucun autre ; car aucun nom sous le ciel n'a été donné aux hommes, par lequel nous devions être sauvés. » Act., iv, 12.

5 « Père, ceux que vous m'avez donnés, je les ai gardés et pas un seul d'entre eux n'a péri, si ce n'est le fils de perdition. Je ne vous demande pas de les retirer du monde, mais de les préserver du mal. » Jean, xvii, 12, i5.

0 « Jésus, sachant que son heure était venue de passer de ce monde à son Père, comme il avait aimé les siens qui étaient en ce monde, il les aima jusqu'à la fin. » Jean, xiii, 1.

7 « Nul ne peut avoir un plus grand amour que de donner sa vie pour ses amis. » Jean, xv, i3.

2<j2 de la condition de i.'homme-diei

demption, Il voit hélas ! la foule de ceux qui se perdront quand même, parce qu'ils mépriseront les grâces de salut dont II voudrait les combler1. Lui qui est venu pour sauver tous les hommes, Il se verra rejeter par un grand nombre de malheureux qui ne voudront pas entendre ses divines supplications, qui fermeront leur cœur à son amour, et qui auront le courage de recueillir le sang qui coule de ses plaies pour le Lui jeter à la face '. Cette horrible vision de tous les pécheurs de l'avenir sera une des plus grandes douleurs de sa Passion, douleur qui Lui occasionnera une sueur de sang et qui Lui arrachera sur la croix ce dernier cri de miséricorde et de pardon : « Mon Père, pardonnez-leur, car ils ne savent ce qu'ils font \ »

Voilà qui est aimer jusqu'à la fin, et aimer

' « Jérusalem, Jérusalem ! combien de lois ai-je voulu rassembler tes enfants, comme la poule rassemble ses petits sous ses ailes, et tu ne l'as point voulu. » Matth., xxiii, 3~.

- « Il est certain, dit le Docteur angélique, que le Christ est venu en ce monde non seulement pour effacer le péché qui s'est transmis originellement à la postérité, mais encore pour effacer fous les péchés qui ont été ensuite commis : ce qui ne signifie pas que tous les péchés sont effacés, car il y en a qui ne le sont pas par la faute des hommes qui ne s'attachent pas au Christ, d'après ces paroles de Saint Jean (ni, 19): « La lumière est venue en ce monde, et les hommes ont mieux aimé les ténèbres que la lumière. » Mais ces paroles indiquent qu'// a fait de son côté ce qu'il fallait pour effacer les péchés. » S. Thom., III p., q. 1, a. 4.

3 Luc, xxiii, 34.

comme un Dieu seul peut aimer. Cet amour qui pardonne à ses bourreaux jusque dans la mort, grandit la mission du salut du monde de toute la hauteur qui sépare la charité divine de l'ingratitude humaine l. On ne peut bien comprendre la sublimité de l'œuvre de la Rédemption, qu'en mettant en regard des pardons de Dieu offerts à tous les hommes les péchés de l'humanité accumulés depuis le Paradis terrestre jusqu'à la fin du monde. Montagne d'iniquités que l'amour du Verbe Incarné fera fondre en un instant, et qu'il consumera dans l'immense brasier où son sang divin fera l'effet d'un feu dévorant qui détruira jusqu'aux dernières traces du péché '-'.

0 amour incompréhensible d'un Dieu épris de folie divine pour le salut des âmes ■ ! Comment ne pas répondre à de semblables excès de charité ? Comment pécher encore, après avoir été si miséricordieusement pardonné? Comment se souiller de nouveau, après avoir été si divinement purifié ? Comment ne pas vivre de reconnaissance,

1 « L'iniquité des bourreaux, comme s'exprime admirablement Saint Thomas, n'était pas de taille avec la charité sublime du Christ souffrant pour nous. » S. Tho.m., III p., q. 49, a. 4, ad 3.

- « Sachez que notre vieil homme a été crucifié avec le Christ Jésus, afin que le corps du péché soit détruit, et que désormais nous ne soyons plus asservis au péché. » Rom., vi, 6.

3 « Vous pardonnez à tous parce que tout est à vous, Seigneur, qui aimez les âmes. » Sag., xi, 27.

d'amour et de fidélité, après avoir été si ineffablement comblé 4 ?

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