V. — Fonder son Eglise
Tout ce que Jésus avait dit et tait pendant sa vie constituait un tond de doctrines et de vertus, dont il était souverainement important de conserver le dépôt sacré. Jésus n'avait pas parlé seulement pour ses contemporains. Il avait l'humanité devant les yeux et II prétendait faire entendre sa voix au-delà des siècles. Il s'était manifesté le Dieu puissant, juste et saint, plein de condes-
1 Jean, vi, 35, 5i.
* Matth., xxvi, 26.
3 Jean, vi, 55, 59.
cendance pour les malheureux, de bonté et de miséricorde pour les pécheurs, d'amour et de tendresse pour tous. Mais tous ceux qu'il voulait entraîner à sa suite, ne pouvaient être témoins de ses vertus ; il fallait, dès lors, qu'il restât en quelque sorte élevé au-dessus du monde matériel et que, échappant au contrôle du temps, Il demeurât sans ombre ni affaiblissement le Maître et l'exemplaire éternel, sur lequel se modèleraient les saints de l'avenir et tous les élus de la Patrie future.
Réunissant le passé et l'avenir dans un éternel présent, Jésus, rentré dans sa gloire, reste le Dieu immuable devant lequel se succèdent les nations et s'évanouissent les siècles1. A mesure que passent les générations, Il leur parle le langage qu'il tenait aux hommes pendant sa vie mortelle ; Il les attire par les mêmes attraits ; Il leur prodigue le même amour ; Il les assiste des mêmes grâces ; Il leur promet les mêmes récompenses et les conduit aux mêmes victoires.
Pour réaliser un semblable idéal, Jésus, fidèle à sa manière d'agir, aura recours aux moyens humains. Il ne fera pas que des miracles, Il se servira des causes secondes ; Il mettra en œuvre
J « Au commencement, Seigneur, c'est vous qui avez créé la terre ; les cieux sont l'ouvrage de vos mains ; ils périront et ils vieilliront tous comme un vêtement ; mais vous, vous êtes toujours le même, et vos années ne passeront point. » Ps. ci, 26, 27.
l'action des créatures ; Il utilisera les lois ordinaires qu'il a Lui-même établies; Il se soumettra aux conditions de toute société humaine. Lorsqu'il ne sera plus là, Il mettra d'autres Lui-même pour tenir sa place ; ne paraissant plus visiblement, Il donnera à ses représentants l'autorité qu'il possède ; ne pouvant plus converser corporellement avec les hommes, Il déposera sa vérité sur les lèvres de ceux qu'il chargera d'annoncer sa doctrine ; ne vivant plus de sa vie mortelle, Il en conservera toutefois l'histoire complète et, l'Evangile en mains, tous les peuples pourront la lire et la méditer1.
Il ne pourra plus se pencher en personne sur les misères d'ici-bas, mais II aura d'innombrables disciples qui seront animés des mêmes sentiments de bonté et de charité et qui parcourront le monde pour soulager les malheureux. Il ne pourra plus lever la main pour bénir et pardonner, mais sa miséricorde comme sa puissance opéreront encore les mêmes merveilles par le ministère de ses Prêtres. Il voudra crier son amour aux hommes, et II mettra des paroles de
1 « Maintenant la grâce a été manifestée par l'apparition de notre Sauveur Jésus-Christ, qui a détruit la mort et mis en lumière la vie et l'immortalité par V Evangile. » II Tim., i, 10. — « Cet Evangile du royaume sera prêché dans le monde entier, en témoignage à toutes les nations. » Matth., xxiv, 14. — « Que la vérité de l'Evangile demeure parmi vous. » Gal., 11, 5.
feu sur les lèvres sacerdotales. Dévoré du zèle du salut des âmes, Il leur communiquera abondamment la vie par les Sacrements qu'il aura institués pour eux. Aimant sans distinction les hommes de tous les temps et de tous les lieux, Il confiera à ses représentants ses mérites infinis pour en faire profiter tous ses enfants. Ayant aimé les siens jusqu'à l'excès, Il voudra encore mourir mystiquement tous les jours, pour rappeler son Sacrifice sanglant sur la Croix, et II instituera un Sacrement de vie qui réunira dans une sublime et divine immolation l'amour du Cénacle et celui du Calvaire. Bien plus, comme pour compenser sa présence visible et animée, Il fera pour ses enfants de l'avenir plus que pour ses contemporains, et II se donnera en nourriture aux âmes par la manducation du Pain de vie descendu du ciel 1.
1 « Puis donc que le Christ, dit Saint Thomas, devait priver l'Eglise de sa présence corporelle, il était nécessaire qu'il établît d'autres hommes pour ses ministres, afin de dispenser les sacrements aux fidèles, selon cette parole de l'Apôtre (I Cor., iv, 1) : « Que les hommes nous regardent comme les ministres du Christ et les dispensateurs des mystères de Dieu. » Aussi, il a confié à ses disciples la consécration de son corps et de son sang, en leur disant (Luc, xxn, 19) : « Faites ceci en mémoire de moi. » 11 leur a aussi donné le pouvoir de remettre les péchés, selon ce que nous lisons (Jean, xx, 23) : « Les péchés seront remis à ceux à qui vous les remettrez. » Il leur a encore imposé l'obligation d'enseigner et de baptiser, en ces termes (Matth., xxvni, 19) : « Allez, enseignez toutes les nations, les baptisant. » S. Thom., Contr. Gent., L. 4, c. 74.
2q2 DE LA CONDITION DE L HOMME-DIEU
Voilà pourquoi Jésus constitue l'Eglise dépositaire à la fois de ses trésors de mérites et de grâces, aussi bien que de sa doctrine et de son autorité universelle. A cet effet, Il lui donne un chef pour la conduire et lui conserver la foi • ; avec des Evêques pour coopérer à son gouvernement universel '2 ; avec des Prêtres pour en administrer les Sacrements ; avec des vérités et des enseignements pour instruire les peuples ; avec une puissance divine pour fermer l'enfer et
1 « Pour la même raison, parce qu'il devait priver l'Eglise de sa présence corporelle, il fallait que le Christ commît quelqu'un pour administrer à sa place l'Eglise universelle. C'est pourquoi, avant son Ascension, il dit à Saint Pierre (Jean, xxi, 17) : « Pais mes brebis »; et avant sa Passion (Luc, xxu, 32) : « Quand tu seras converti, affermis tes frères. » Et il ne fit qu'à lui cette promesse (Matth., xvi, 19) : « Je te donnerai les clefs du royaume des cieux » ; pour montrer que la puissance des clefs doit arriver aux autres par lui, afin de conserver l'unité de l'Eglise. » S. Thom., Contr. Gent., L. 4, c. 76.
- « Puisque tous les Ordres sont conférés au moyen d'un sacrement, et que certains ministres de l'Eglise doivent dispenser les sacrements de l'Eglise, il est nécessaire qu'il y ait dans l'Eglise une puissance supérieure, et dont le ministère soit plus élevé, pour dispenser le sacrement de l'Ordre. Cette puissance est celle de XEvêque ; et quoiqu'elle ne soit pas plus étendue que celle du Prêtre pour la consécration du corps du Christ, elle l'excède cependant pour les choses qui regardent les fidèles. Car la puissance sacerdotale elle-même dérive de la puissance épiscopale ; et tout ce qui est d'une exécution difficile dans le gouvernement du peuple fidèle est réservé aux Evêques, par l'autorité desquels les Prêtres eux-mêmes peuvent accomplir les choses qui leur sont commises. Ainsi donc, il est manifeste que la puissance souveraine pour le gouvernement du peuple fidèle appartient à la dignité épiscopale. » S. Thom., Ibid.
ouvrir le ciel ; avec des Mystères pour exercer la foi ; avec des promesses éternelles pour raviver l'espérance ; avec un foyer d'amour inépuisable pour inoculer dans les âmes la charité divine et la charité fraternelle ; avec des sources de vie pour rendre les vertus divinement fécondes ; avec un Sacrifice perpétuel qui rend à Dieu tout l'honneur et toute la louange que lui ont rendus la vie, les souffrances et la mort du Fils de l'homme.
Ainsi Jésus se survit à Lui-même : aucune de ses paroles ne sera perdue ; aucune de ses vertus ne restera dans l'ombre ; aucun de ses gestes ne sera sans signification ; aucune de ses grâces ne restera stérile ; aucun de ses exemples ne sera sans imitateur ; aucun de ses enseignements ne restera incompris ; aucune de ses souffrances ne sera inutile ; aucune goutte de son sang ne sera versée en vain. L'Eglise continuera à réunir ses enfants autour du même Chef; elle groupera les brebis autour du même Pasteur ; elle enseignera aux disciples les leçons du même Maître ; elle présentera aux âmes les vertus du même Modèle; elle jettera les pécheurs aux pieds du même Miséricordieux ; elle appellera les parfaits à la suite du même Sauveur ; elle conduira les victimes volontaires au même divin Sacrificateur ; elle baignera toutes les âmes dans le sang de la même unique et divine Victime.
Jésus restera le thème de ses constants enseignements ; la beauté de sa divine doctrine ; la vérité inébranlable de ses dogmes ; la pureté de sa morale ; le foyer de son inépuisable charité ; la garantie de ses espérances ; la sécurité de ses promesses ; la source de sa vie ; l'assurance de ses victoires et l'objet de ses éternelles récompenses.
En fondant son Eglise, Jésus y a déposé Luimême cette vie divine qui fait sa force ' ; cette foi infaillible qui ne saurait s'obscurcir2; cette espérance qui s'appuie sur des promesses divines :1 ; cette charité dont II s'est constitué personnellement le foyer toujours agissant '. Il y fait jaillir
1 Du fait de l'action constante et vivificatrice que Jésus exerce dans son Eglise, le Docteur angélique en déduit qu'il en est naturellement le chef, et qu'à ce titre il communique la vie à tous ses membres. « Parce que la grâce découle du Christ dans les autres hommes, il est convenable qu'il soit la tête de l' Eglise ; car c'est de la tête que la sensibilité et le mouvement se communiquent aux autres membres qui lui sont conformes dans la nature. C'est ainsi que du Christ la grâce et la vérité passent aux autres hommes. D'où l'Apôtre dit (Eph., i, 22, 23) : « Il l'a établi le chef de toute l'Eglise, qui est son corps. » S. Thom., Op. 2,'c. 214.
- « Je vis dans la foi au Fils de Dieu, qui m'a aimé et qui s'est livré lui-même pour moi. » Gal., h, 20.
3 « L'espérance ne trompe point, parce que l'amour de Dieu a été répandu dans nos cœurs par l'Esprit-Saint, qui nous a été donné. » Rom., v, 5.
4 « La grâce de notre Seigneur a été surabondante, en me remplissant de la foi et de la charité qui est en Jésus-Christ. » I Tim., 1, 14.
PRINCIPALES MISSIONS DE JÉSUS 2Çp
des eaux de grâces jusqu'à la vie éternelle ' ; Il y maintient des principes de résurrection qui défient la mort - ; Il assure la victoire finale contre tous les ennemis ■ et II y proclame le triomphe futur dans une gloire éternelle 5.
Jésus réunit tout ce qu'il a accumulé de mérites et de grâces et II les confie à son Eglise, pour qu'elle en fasse une maternelle distribution aux âmes. Il se livre Lui-même et II devient la propriété divine de son Eglise, qui a le droit de disposer de Lui suivant les besoins de ses enfants. Compagnon des hommes et leur prisonnier d'amour au Très Saint Sacrement, Il fait encore partie de l'humanité. La barque de Pierre porte à son bord son divin Pilote, qui lui évitera de sombrer contre les écueils et la conduira sûrement au port.
Ainsi, Jésus termine sa mission en assurant celle de son Eglise ; ainsi, Jésus est fidèle à sa
1 « La grâce de Dieu, c'est la vie éternelle en Jésus-Christ notre Seigneur. » Rom., vi, 23.
- « Si nous croyons que Jésus est mort et ressuscité, croyons aussi que Dieu amènera avec Jésus ceux qui se sont endormis en lui. » I Thess., iv, i3.
3 « Nous demeurons victorieux par celui qui nous a aimés. » Rom., vin, 3/.
1 « Ce n'était pas assez à Jésus-Christ notre Seigneur, de nous avoir obtenu notre réconciliation : par lui, nous allons jusqu'à nous glorifier en Dieu. » Rom., v, il.
296 DE LA CONDITION DE l'hOMME-DIEU
parole : « Voici que je suis avec vous tous les jours jusqu'à la consommation des siècles '. »
VI. — Remplacer les sacrifices anciens par un Sacrifice nouveau
La mission de Jésus sur cette terre n'eût pas été complète, s'il se fût contenté d'édifier et d'enseigner les hommes, de fonder son Eglise et d'en assurer la perpétuité ; le couronnement nécessaire de ses vertus et de ses enseignements était de les imprimer avec son sang dans le cœur de l'humanité. La vertu qui va jusqu'au sacrifice suprême de la vie, est une vertu héroïque qui s'impose à l'admiration ; et, lorsque le principe en est puisé dans un amour souverain, elle inspire l'imitation dans le même esprit de dévouement et de charité. La doctrine qui se confirme par une telle élévation de sentiments, par une déclaration aussi solennelle de sa véracité et par une persuasion plus forte que la mort, est une doctrine qui prouve la divinité de son origine et qui nécessairement doit rester dans le monde la source et la gardienne de la vérité.
La fondation de son Eglise n'exigeait pas seu-
1 Matth., xxviii, 20. — C'est par cette parole solennelle de Jésus, que Saint Matthieu termine son Evangile.
lement de Jésus qu'il édictât des lois, qu'il constituât une société parfaite capable d'en assurer la stabilité et qu'il établît une hiérarchie apte à la gouverner sagement. II ne suffisait même pas qu'il lui confiât le trésor de ses mérites et la dispensation de ses grâces : Il devait constituer dans son sein un Sacrifice qui fût le centre de toute sa Religion. Toute religion consiste essentiellement dans le sacrifice, le sacrifice étant l'hommage le plus solennel rendu à la souveraineté de Dieu en même temps que l'expression de la dépendance absolue de la créature1. Jésus venant instituer une Religion parfaite — en dépouillant l'ancienne de tout ce qui la souillait et la dénaturait, et en dotant la nouvelle de dons précieux qui en assureraient la perpétuité et l'infaillibilité — devait avant tout se préoccuper de lui donner un Sacrifice qui fût sa joie, sa force, sa fécondité et sa vitalité.
D'ailleurs, sa double mission de Réparateur de
1 Par sa nature même, l'obligation d'offrir des sacrifices à Dieu est de droit naturel. « Puisque le mode le plus convenable à l'homme pour exprimer ses pensées, dit Saint Thomas, c'est d'avoir recours aux signes sensibles, parce que c'est par les choses sensibles que la connaissance se développe ; il s'ensuit que la raison porte naturellement l'homme à faire usage de ces choses sensibles, en les offrant à Dieu en signe de la soumission et de l' honneur qui lui sont dûs. Et comme c'est là ce qui constitue l'essence du sacrifice, il s'ensuit que son oblation appartient au droit naturel. » S. Thom., II II, q. 85, a. t.
298 DE LA CONDITION DE i/hOMME-DIEU
l'outrage fait à Dieu par le péché et de Sauveur du genre humain réclamait aussi un Sacrifice nouveau. Jusque-là tous les sacrifices anciens n'avaient pu honorer dignement la Divinité et lui donner une compensation suffisante pour l'offense reçue. Tant que cette réparation n'aurait pas été faite, le bras de la Justice divine serait resté armé et aurait pu exercer ses terribles vengeances contre l'humanité.
Ni la vertu des justes, ni les supplications des Patriarches et des Prophètes, ni les mortifications des pénitents, ni les sacrifices des saints, ni même la sainteté de Marie l'Immaculée, n'avaient pu apaiser la Justice de Dieu ; les menaces restaient suspendues au-dessus de l'humanité coupable.
Les sacrifices auraient donc pu encore se multiplier, les autels auraient eu beau ruisseler de sang, les victimes choisies avec soin auraient pu être offertes pendant des siècles, et toujours la Justice de Dieu aurait réclamé une victime que l'humanité n'aurait pas su lui fournir '.
C'est alors que le Verbe divin, dévoré de zèle pour la gloire de son Père et animé d'une miséricorde infinie pour les hommes, quitta le sein de
1 « Vous n'avez pas voulu de sacrifices et d'offrandes, non plus que les holocaustes pour les péchés, et vous n'avez pas agréé ces choses qu'on offre selon la loi. » Hébr., x, 8.
Dieu et fit son entrée dans l'humanité. Entrée modeste, cachée, ignorée, humiliée, comme il convient à une victime qui n'a de raison d'être que pour être immolée et d'ambition que pour courir au sacrifice. « O mon Père, s'écrie Jésus, vous n'avez plus voulu des sacrifices anciens, vous m'avez adapté un corps, me voici pour faire votre volonté^. »
Jésus connaissait la volonté de son Père, Il l'avait acceptée, Il la voulait autant que lui. La même justice armait le bras du Père et celui du Fils ; la même sainteté réclamait une réparation parfaite ; la même miséricorde les portait à pardonner aux coupables ; le même amour infini les poussait au sacrifice, le Père en donnant son Fils unique, le Fils en se laissant immoler par son Père. De sorte que lorsque le Verbe divin apparaît dans le monde, c'est déjà une Victime qui commence son Sacrifice. Mais comme l'immolation n'est complète que dans l'effusion du sang, le Sacrifice n'est parfait que par la mort de la
1 Hébr., x, 5, 7. — « C'est en vertu de cette volonté que nous avons été sanctifiés par l'oblation du corps de Jésus-Christ, faite une fois pour toutes. Tandis que tous les Prêtres de l'ancienne loi se présentent chaque jour pour accomplir leur ministère et pour offrir tous les jours les mêmes victimes, incapables à jamais d'ôter les péchés, le Christ, après avoir offert une seule hostie pour les péchés, est assis pour toujours à la droite de Dieu. » Ibio., 10-12.
Victime ; c'est pourquoi Jésus fait allusion à tant de victimes immolées et à leur sang versé.
Ces sacrifices, sans cloute, n'étaient pas inutiles, quoique inefficaces, car ils étaient une forme nécessaire d'un culte extérieur et matériel. Ils étaient, en outre, une figure du vrai et souverain Sacrifice qui devait s'opérer un jour et dont ils annonçaient le futur avènement. Leur valeur était dans leur signification et, par cela seul, ils devaient en être totalement dénués à l'apparition de la divine Victime qui venait les abolir et les remplacer '.
Comme elle est significative cette parole de Jésus : « Vous m'avez adapté un corps, me voici. » Pour glorifier Dieu et pour sauver le monde, il fallait du sang -. Depuis des milliers d'années, le sang des animaux coulait en l'honneur de la Divinité ; pour abolir ces sacrifices sanglants, il
1 « Si donc la perfection avait pu être réalisée par le sacerdoce lévitique (car c'est sous lui que le peuple reçut la loi), qu était-il encore besoin qu'il se levât un autre prêtre selon l'ordre de Melchisédech, et non selon l'ordre d'Aaron ? Le Sacerdoce étant changé, il est nécessaire qu'il y ait aussi changement de loi. Il y a ainsi abolition de la première ordonnance, à cause de son impuissance et de son inutilité. Car la loi n'a rien amené à la perfection, mais elle est simplement l'introduction d'une meilleure espérance, par laquelle nous approchons de Dieu. » Hébr., vu, 11, 12, 18, 19. — « Il abolit ainsi le premier sacrifice pour établir le second. » Hébr., x, 9.
- « Tout est purifié avec du sang, et sans effusion de sang il n'y a pas de pardon. » Hébr., ix, 22.
en fallait un dont le sang pût purifier universellement l'humanité et qui, une fois répandu, demeurât la source inépuisable du salut et de la vie. Ce sang, Jésus le fait circuler dans ses veines, Il le vivifie sans cesse comme pour le rendre plus pur, et quand toutes les figures s'évanouissent et que tout ce qui a été écrit de Lui est accompli, Il le laisse se répandre comme un parfum précieux qui monte jusqu'au trône de l'Eternel et qui, après en avoir obtenu le suprême pardon, retombe sur le genre humain en une pluie abondante de grâces et de miséricordes.
Tout a pris fin, l'œuvre sublime de la Rédemption est accomplie : la vie et la mort de Jésus ont été scellées dans un Sacrifice qui réunit tous ses mystères, qui rappelle toutes ses vertus et tous ses enseignements, qui contient toutes ses perfections, tous ses mérites et toutes ses grâces, qui proclame éloquemment son mystérieux et ineffable amour, qui demeure ici-bas la glorification permanente de Dieu et la source inépuisable de la vie des âmes.
« Consommatum estK », criera la divine Victime en achevant son Sacrifice, faisant écho une dernière fois aux paroles qu'elle avait prononcées peu auparavant à la Cène : » Mon Père,
1 « Tout est consommé. » Jean, xix, 3o.
302 DE LA CONDITION DE l'hOMME-DIEU
j'ai achevé V œuvre que vous m'aviez donnée à faire^ », ma mission est remplie, je retourne vers vous d'où je suis sorti "2, afin que vous me glorifiiez à votre tour, comme je vous ai glorifié moi-même 3.
Partez, ô Jésus, votre gloire est dans les cieux; mais revenez, puisque votre Sacrifice est parmi nous. Vous nous avez laissé des autels et donné des Prêtres ; il nous faut une Victime, et notre Victime unique, c'est Vous, Vous dont le Sang restera éternellement notre divine rançon. Ah ! continuez votre mission, et ne cessez de nous pardonner, Vous qui ne cessez de nous aimer.
1 Jean, xvii, 4.
- Id., xvi, 28.
3 Id., xvii, 4, 5.
A Jésus, l'Envoyé de Dieu
O Jésus, Vous que j'adore à genoux,
que je contemple comme un présent des Cieux
et que j'aime comme le don ineffable de la Divinité
fait à la terre ;
je Vous vois sortir du sein de votre Père
pour le glorifier et faire ses divines volontés.
Je Vous considère tout rempli d'amour
et de miséricorde
pour le salut des hommes.
Je Vous admire pratiquant toutes les vertus,
Vous la sainteté infinie.
Je Vous écoute m'enseignant votre céleste doctrine,
Vous la vérité éternelle.
Je Vous retrouve dans ma mère la sainte Eglise,
que Vous avez fondée.
Je Vous loue, je Vous bénis, je Vous adore
et je Vous aime
dans l'ineffable Sacrifice que votre divin Sacerdoce
conserve au monde,
pour continuer à le baigner dans votre Sang
et à le réchaufi/er des feux de votre éternel amour.
O Jésus, Vous que votre divin Père nous a envoyé,
restez avec nous
et soyez à jamais notre félicité.