‹ Jésus mieux connu et plus aimé dans son sacerdoce (volume 2)Chapitre 31 sur 40 · I. — Jésus Médiateur · texte numérisé non relu

I. — Jésus Médiateur

Le Verbe de Dieu, en se faisant Homme, ne vient pas seulement sur la terre pour y mener la vie dont II jouit de toute éternité au sein de la Divinité, autrement II n'aurait eu nul besoin de l'Incarnation ; mais II vient encore pour y accomplir une mission spéciale dont II tire la raison et l'essence, à la fois de sa nature divine et de sa nature humaine.

Le péché avait détruit l'accord parfait qui existait entre Dieu et l'humanité ; depuis lors, aucune voix humaine n'avait été assez pure pour se faire entendre de la Divinité, aucune prière n'avait été assez puissante pour toucher le cœur de Dieu, aucune satisfaction n'avait été assez méritoire pour obtenir le pardon de la justice divine offensée. Il existait une véritable désunion entre Dieu, dont la justice réclamait une réparation, et l'humanité qui était impuissante à la lui donner. Autant Dieu était inaccessible dans les hauteurs d'où il régnait et gouvernait, autant l'humanité était malheureuse dans la malédiction qui pesait sur elle et dans la misère où elle gisait.

Pour rétablir l'union brisée, il fallait un être qui pût atteindre ces deux extrêmes et qui ne fût ni uniquement Dieu, Dieu ne pouvant s'humilier,

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ni uniquement homme, l'homme ne pouvant monter jusqu'à Dieu ; mais qui fût l'un et l'autre à la fois, et qui pût ainsi devenir le point de contact entre le ciel et la terre. C'est ce que fait le Verbe en s'incarnant : Il s'établit le trait d'union nécessaire et II se constitue solennellement le Médiateur officiel entre Dieu et les hommes '.

Lui seul a le droit de représenter dignement l'humanité et de parler en son nom -. Il en a pris la nature et II personnifie en Lui-même tout le genre humain. Il en connaît les immenses besoins ; Il sait de quel poids pèse sur elle l'inimitié de son Créateur ; Il en a vu à travers les siècles les innombrables infidélités et les noires ingratitudes ; Il en analyse les passions mauvaises et les penchants au mal ; Il la voit plongée dans les ténèbres de l'erreur et dans la tristesse de ses mortelles impuissances. A côté de ses misères, Il voit ses aspirations vers le bien, ses efforts pour remonter le courant qui i'entraîne à sa ruine ; Il entend ses cris de détresse et ses déchirantes

1 « L'office de médiateur, dit Saint Thomas, demandait que le Christ eût en commun avec nous une chair passible et mortelle, et avec Dieu la puissance et la gloire, afin qu'en détruisant en nous ce qu'il avait de commun avec nous, savoir la souffrance et la mort, il nous fît parvenir à ce qui lui était commun avec Dieu ; car il fut médiateur pour nous unir à Dieu. » S. Thom., Contr. Gent., L. 4, c. 55.

2 « Il n'y a <\uun seul médiateur de Dieu et des hommes, c'est Jésus-Christ homme. » 1 Tim., ii, 5.

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supplications ; Il est témoin de ses désirs de réhabilitation et de ses élans infructueux vers une Divinité dont la justice reste inexorable. Il s'empare de ce mélange de bien et de mal, et II s'en charge miséricordieusement ; puis, prenant sur Lui toute responsabilité et se portant garant, vis-à-vis de l'humanité, de ses démarches, Il se présente devant le trône de Dieu et II plaide la cause du genre humain depuis si longtemps abandonné l.

Il s'est chargé de tous les péchés du monde et Il en demande le pardon total. Il porte les prières de tous les hommes et II les fait siennes. Il expose leurs besoins les plus essentiels et II réclame un secours efficace. Il n'y a plus dans l'humanité une misère qu'il ne soulage» un soupir qu'il n'entende, une souffrance qu'il ne console, une prière qu'il ne fasse passer par son Cœur, une espérance qu'il n'affermisse, une résolution qu'il ne fortifie, une confiance à laquelle II ne réponde, un effort qu'il ne soutienne, une fidélité qu'il ne récompense.

Jésus s'est fait comme le réservoir de toutes les aspirations, de tous les besoins et de toutes les misères de l'humanité ; Il transforme tout en

1 « Mes petits enfants, je vous écris afin que vous ne péchiez point ; mais quand même quelqu'un aurait péché, nous avons un avocat auprès du Père, Jésus-Christ le Juste. C'est lui qui est une propitiation pour nos péchés ; et non seulement pour les nôtres, mais pour ceux du monde entier. » I Jean, h, i, 2.

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Lui, et c'est lorsqu'il a tout purifié et tout sanctifié qu'il intercède auprès de son divin Père. Jamais avocat n'avait été plus attitré pour se faire le défenseur des malheureux et des repentants, plus puissant pour plaider efficacement leur cause, plus digne de la confiance de tous pour devenir leur confident, leur conseiller et leur médiateur l.

Comment n'aurait-Il pas le droit de recueillir toutes les prières humaines, Celui qui les inspire à tous les cœurs et les fait monter, depuis le Paradis terrestre, vers le trône de l'Eternel ! Comment n'aurait-Il pas le pouvoir de réunir en Luimême toutes les misères de l'humanité pour en soulager les hommes, Celui qui n'est descendu du ciel que pour guérir, purifier et consoler ! Comment n'aurait-Il pas qualité pour présenter à Dieu les besoins et les supplications du genre humain, Celui qui n'en a pris la nature que pour

1 Aussi Saint Thomas affirme-t-il qu'il n'y a aucune autre médiation qui puisse être parfaite, que celle du Fils de Dieu fait homme. « Il n'y a que le Christ qui soit un médiateur parfait entre Dieu et les hommes, en tant que par sa mort il a réconcilié le genre humain avec Dieu. Il appartient proprement à l'office de médiateur de lier et d'unir ceux entre lesquels il interpose sa médiation ; car les extrêmes s'unissent dans un milieu. Or, il convient au Christ d'unir les hommes à Dieu d'une manière parfaite, puisque c'est par lui qu'ils ont été réconciliés avec Dieu, d'après ces paroles de Saint Paul (II Cor., v, 19) : « Dieu était dans le Christ, réconciliant le monde avec lui. » S. Thom., III p., q. 26, a. l.

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s'en faire l'intrépide défenseur ! Comment n'aurait-Il pas la confiance universelle, Celui qui donne tout et n'a rien à recevoir, Celui qui se substitue au coupable afin de pouvoir, dans sa puissance, le sauver plus sûrement î Comment enfin ne serait-Il pas écouté, Celui qui, tout en portant les livrées de l'humanité pécheresse, est l'Envoyé du Ciel pour racheter le monde !

Et ici, considérant le Verbe Incarné dans ses rapports non plus seulement avec l'humanité mais encore avec la Divinité, nous entrons sur un nouveau théâtre, nous touchons à l'autre extrémité qu'il faut rapprocher de la première. Jusqu'à l'avènement de l'Homme-Dieu, l'humanité avait prié, mais ses prières n'avaient été qu'en partie exaucées ; c'est à distance que les hommes parlaient à Dieu, et nulle créature humaine n'avait pu se prévaloir d'aucun titre pour mériter d'être entendue et exaucée.

Mais quand Jésus lève les bras au ciel, le ciel fait silence ; quand la prière monte de son Cœur et tombe de ses lèvres, Dieu prête l'oreille ; quand la supplication se fait plus ardente, elle pénètre jusqu'au trône de Dieu ; quand l'amour donne à ses paroles des accents enflammés, Dieu reconnaît son éternelle charité dans le cœur du suppliant ; et quand le Fils de l'homme fait appel à

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l'amour du Père pour le Fils de Dieu, ses prières deviennent presque des ordres et Dieu accorde tout au Fils de ses éternelles complaisances l.

Jésus n'a à recourir à aucune assistance pour traiter avec Dieu ; Il est à Lui-même sa propre recommandation, et ce que, en Lui, l'Homme demande, le Dieu l'accorde. C'est moins la Divinité qui s'abaisse que l'humanité qui s'élève. Jésus montre à son divin Père comme une humanité transfigurée, et quoique ce soit en faveur de celle-ci qu'il intercède, Il fait valoir ses titres divins, afin que la sainteté infinie de sa Divinité couvre la misère et la culpabilité de l'humanité. Il rappelle à son Père qu'en donnant son Fils au monde, il ne l'a fait que par bonté et miséricorde, et que cette donation n'ayant rien changé entre eux de leurs relations divines et essentielles, le Fils a toujours les mêmes droits d'être écouté et exaucé 2.

D'ailleurs, Jésus a les mêmes intérêts que son

1 « Le Père aime son Fils, et zV lui a tout livré. » Jean, m, 35. — « Mon Père, je vous rends grâces de ce que vous m'avez écouté. Pour moi, je savais que vous /n'écoutez toujours. » Jean, xi, 41, 42.

- « Aux jours de sa vie mortelle, le Christ offrit à Celui qui pouvait le préserver de la mort, ses prières et ses supplications accompagnées d'un grand cri et de larmes, et il fut exaucé à cause de l'excellence de son hommage... Ainsi, ayant achevé sa mission, il est devenu pour ceux qui lui obéissent la cause du salut éternel. » Hébr., v, 7, 9.

divin Père à sauvegarder l'honneur, la dignité et les droits de Dieu ; et s'il fait appel à son amour et à sa miséricorde, Il ne porte néanmoins aucun préjudice à sa justice et à sa majesté. Il se fait en quelque sorte garant de tous les droits de Dieu comme de tous les devoirs de l'homme. Ce qu'il veut, c'est que les relations intimes, quasi interrompues depuis l'origine, soient renouées, qu'en Lui l'humanité puisse être entendue et que, par Lui, les pardons comme les ordres de Dieu puissent être communiqués aux hommes.

Agréé de part et d'autre, Jésus devient l'intermédiaire nécessaire et le représentant officiel des deux parties adverses. Il jouera le rôle de l'accusé vis-à-vis du juge et II remplira l'office du juge dans les sentences qu'il rendra ; Il parlera comme un esclave parle à son maître, et II donnera des ordres à celui qui Lui doit l'obéissance ; Il se fera mendiant devant le souverain Seigneur de qui II dépend, et II distribuera ses largesses à celui qui est dénué de tout ; Il suppliera dans l'humilité et l'impuissance le Tout-Puissant qui seul peut Le secourir, et II se montrera prodigue de ses dons ; Il s'adressera comme un condamné à la clémence de son libérateur, et, Sauveur, Il prononcera la grâce du coupable ; Il fera valoir les motifs les plus touchants pour attendrir le

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cœur de Celui qui a le droit absolu de prononcer des arrêts de vie et de mort, et, Dieu de l'éternelle charité, Il laissera tomber sur le monde une pluie de miséricorde et de pardons.

Désormais, quand Dieu voudra parler aux hommes, il empruntera la voix de Jésus ; quand il voudra se révéler à l'humanité, il lui enverra Jésus ; quand il voudra faire respecter ses droits, il les confiera à Jésus ; quand il exaucera les prières des humains, il chargera Jésus de leur transmettre ses grâces et ses bienfaits ; quand l'heure du salut définitif aura sonné, il déposera sur Jésus les péchés du monde et il en fera la Victime universelle.

Quelle admirable économie du plan divin ! Jésus est un Médiateur nécessaire ; la Divinité et l'humanité ne peuvent aller l'une vers l'autre que par Lui. Jésus reprend ainsi comme en sousœuvre l'humanité qu'il a créée, afin de la transformer et de la refaire sur l'idéal primitif ; puis, Il se sert de sa Divinité pour exaucer ses propres prières et les rendre efficaces '.

1 Remarquons, avec l'Ange de l'Ecole, que Jésus n'a pu être médiateur qu'en tant qu'homme ; car s'il lui convient comme Dieu ôteffacer les péchés, c'est comme homme qu'il satisfait pour les péchés. « Dans le médiateur, dit-il, nous pouvons considérer deux choses : \n sa nature d'intermédiaire ; 2" l'office qu'il a d'unir ce qui est séparé. Or, il est de l'essence d'un moyen d'être séparé des deux extrêmes ; et le médiateur unit, par là même qu'il porte à l'un ce qui appartient à l'autre. Aucune de

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Ce premier caractère essentiel en Jésus est un caractère qui demeure : Jésus est et sera éternellement un Médiateur. C'est par son Nom que l'Eglise nous fait constamment prier1; c'est par Lui que nous allons à son Père2; c'est en Lui que nous sommes réhabilités3 ; c'est en nous couvrant de ses mérites que nous pouvons nous présenter à Dieu4; c'est en usant de ses grâces que

ces deux conditions ne peut convenir au Christ comme Dieu, mais seulement comme homme. Car, comme Dieu, il ne diffère du Père et du Saint-Esprit ni en nature, ni en puissance. Mais ces deux choses lui conviennent comme homme ; parce que comme homme il est éloigné de Dieu par la nature, et il l'est des hommes par la dignité de la grâce et de la gloire.

« Comme homme, il lui convient aussi d'unir les hommes à Dieu, en leur transmettant les préceptes et les dons de Dieu, et en satisfaisant à Dieu en le priant pour eux. C'est pourquoi il est appelé très véritablement médiateur comme homme. » S. Thom., III p., q. 26, a. 2.

1 L'Eglise dans sa liturgie ne cesse, en toutes ses prières et toutes ses louanges à la majesté divine, d'invoquer la médiation de Jésus. De là ses formules : « Par Jésus-Christ Notre Seigneur..., Par le même Notre Seigneur Jésus-Christ... » qui terminent les Oraisons.

! « Personne ne vient au Père que par moi. » Jean, xiv, 6. — « Si vous demandez quelque chose à mon Père en mon nom, il vous le donnera. » Jean, xvi, 23.

3 « Il vous a réconciliés par la mort de son Fils en son corps de chair, pour vous rendre devant lui saints, sans tache, irrépréhensibles. » Col., 1, 22.

4 « Ainsi donc, mes frères, puisque nous avons l'assurance d'entrer dans le sanctuaire par le sang du Christ, et que nous avons un grand prêtre établi sur la maison de Dieu, approchonsnous avec un cœur sincère » Hébr., x, 19, 21, 22. — « Et parce

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nous sommes pardonnes1 et que nous nous sanctifions2; c'est en nous baignant dans son Sang que nous sommes sauvés3; c'est en demeurant dans son amour que nous ne faisons qu'un avec Lui4 et que l'éternelle dilection du Père qui est en Lui reste également en nous à jamais5.

Quelle confiance réconfortante cette vérité ne doit-elle pas entretenir dans nos âmes ! Jésus veut que nous allions à Lui, que nous priions par Lui, que nous demandions en son Nom, parce qu'il a été établi notre Médiateur nécessaire et que son divin Père ne vient à nous que par Lui, ne nous bénit et ne nous accorde ses bienfaits que par l'intermédiaire de son Fils.

Entendons Jésus Lui-même nous enseigner

qu'il possède un sacerdoce éternel, il peut sauver pour toujours ceux qui s'approchent de Dieu par lui, étant toujours vivant pour intercéder en notre faveur » Ibid., vu, 24, 25.

1 •< Dieu a réconcilié le monde avec lui dans le Christ, ne lui imputant plus le péché. » II Cor., v, 19.

- « Il nous a donné les plus grandes et les plus précieuses promesses, afin que par elles vous deveniez participants de la nature divine. » II Pierre, i, 4.

3 « Il a plu au Père de se réconcilier toutes choses par Jésus- Christ, pacifiant par le sang de sa croix et ce qui est sur la terre et ce qui est dans les cieux. » Col., i, 20.

'' « Si quelqu'un m'aime, il gardera ma parole, et mon Père l'aimera, et nous viendrons à lui, et nous ferons en lui notre demeure. » Jean, xiv, 23.

5 « Père, que l'amour dont vous m'avez aimé soit en eux. » Jean, xvii, 26.

cette admirable doctrine, lorsqu'il nous dit : « Tout ce que vous demanderez à mon Père en mon nom, je le ferai '. » On s'adresse au Père, et c'est le Fils qui exauce ; on supplie au nom du Fils, et le Père qui est supplié se repose sur le Fils du soin d'accorder ! Peut-il y avoir une recommandation plus pressante de nous adresser à Jésus dans tous nos besoins, et d'en faire la raison suprême de notre confiance et le centre unique de notre vie ? Soyons donc tout entiers à Jésus et demeurons-Lui fidèles ; Il se chargera de nos intérêts et, avant même que nous ayons formulé une prière, Il nous aura déjà exaucés.

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