II. — Jésus, Docteur et Législateur
Si le caractère de Médiateur est manifeste et essentiel en Jésus, le caractère de Docteur ne l'est pas moins. A l'heure où le Verbe divin se fait chair, l'humanité n'est pas seulement impuissante à obtenir grâce auprès de la justice divine, mais encore elle est tellement enveloppée de ténèbres et plongée dans l'erreur et l'ignorance, qu'elle n'aurait pas su comment traiter avec Dieu de ses propres intérêts.
Dès le commencement, l'homme, trompé par
1 Jean, xiv, i3.
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la malice du démon, avait voulu connaître la science du bien et du mal, et cette ambition, en le poussant à la désobéissance, le conduisit à sa perte. A partir de ce moment, son intelligence s'obscurcit, le soleil de la vérité cessa pour lui de briller avec le même éclat ; il fut sujet à l'erreur et hélas ! il n'en fit que trop la compagne de sa vie. En brisant les liens sacrés qui l'unissaient à la Divinité, l'homme avait violenté tout son être, et la conséquence en fut terrible : autant auparavant tout en lui le portait vers Dieu, autant, après sa chute, tout l'en éloignait.
Dieu, de son côté, pour le châtier, s'éloigna de lui, et s'il ne l'abandonna pas tout à fait, il se retira néanmoins dans les hauteurs inaccessibles de sa Divinité, n'ayant plus guère avec l'humanité que des rapports de puissance et de majesté. C'est en Maître absolu et en Seigneur souverain qu'il lui parlait et lui imposait ses lois et ses volontés ; et c'est en servante et en esclave qu'elle lui obéissait. La loi de crainte avait tari l'amour au cœur de l'humanité et l'intérêt était devenu son mobile, sinon unique, du moins le plus puissant '.
1 La crainte, en effet, est capable d éloigner du mal, mais par elle-même elle ne porte pas au bien. Pour éprouver en son cœur le désir de la vertu et le besoin de plaire à Dieu, il faut Y amour. Car, comme s'exprime Saint Thomas : « une condition de la vertu, c'est que l'homme vertueux déploie de l'énergie dans ses opérations et s'y délecte; et l'amour surtout produit cet
Détachée ainsi de son centre vrai et privée de ces communications intimes et assidues avec la Divinité, l'humanité perdit peu à peu la science du salut et la notion des vérités éternelles. D'un côté, Dieu n'avait plus de relations avec elle qu'à de rares intervalles ; encore
effet, car nous faisons énergiquement et avec délectation ce que nous entreprenons par amour. » S. Thom., Contr. Gent., L. 3, c. 116.
Ailleurs, le saint Docteur dit clairement : « Deux choses retirent l'homme du mal et le ramènent au bien. La première, c'est la crainte ; ce qui d'abord lui fait éviter le péché, c'est la considération des peines de l'enfer et le jugement. C'est pour cela que l'Ecclésiaste dit (Prov., i, 7) : « La crainte du Seigneur est le commencement de la sagesse » ; et encore (Ibid., viii, î3) : « La crainte du Seigneur bannit le péché ». Bien qu'il ne soit pas juste, celui que la crainte seule empêche de pécher, c'est par là cependant que commence la justification. C'est là la manière dont la loi de Moïse retirait l'homme du péché et le portait au bien. Mais comme cette loi ne retirait du mal que de cette manière, et que ce mode était insuffisant, la loi le fut elle-même. Cette loi retenait, en effet, la main, mais ne retenait pas le cœur. Il fallait donc à l'homme, pour le retirer du mal, un autre moyen qui pût en même temps le porter au bien. Ce dernier moyen c'est l'amour, et la loi du Christ, la loi évangélique, qui est une loi d'amour, le lui donne. » S. Thom., Op. 4, ci.
De son côté, l'Apôtre de la dilection nous dit que « la crainte n'est point dans l'amour, mais l'amour parfait bannit la crainte, car la crainte suppose une peine, et celui qui craint n'est point parfait dans l'amour » (I Jean, iv, 18). C'est pourquoi Saint Paul écrivait aux Romains : « Ce n'est pas l'esprit de servitude et de crainte que vous avez reçu ; mais l'esprit des enfants d'adoption » (Rom., viii, i5). Saint Thomas, dans ses Opuscules, nous donne comme un commentaire de ces paroles. « La loi de crainte, dit-il, fait de ceux qui l'observent des es-
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n'était-ce qu'avec son peuple choisi et, le plus souvent, pour lui faire des menaces et pour le châtier. D'un autre côté, le péché faisant ses ravages et la corruption devenant universelle, le genre humain avait abandonné ses voies célestes, s'était livré à l'idolâtrie et était tombé dans
claves, la loi d'amour, au contraire, les rend libres. Celui, en effet, qui n'agit que par crainte, agit comme un esclave ; celui, au contraire, qui agit par amour, agit comme un homme libre, comme un enfant. C'est ce qui fait dire à l'Apôtre (II Cor., m, 17) : « Où est l'Esprit du Seigneur, là est la liberté », c'est-à-dire que ceux qui agissent par amour le font comme des enfants » S. Thom., Op. 4, c. 1.
Avant Jésus-Christ, les hommes qui vivaient sous la loi de crainte, pratiquaient peu la vertu ; pour les sortir du péché et les entraîner à sa suite dans la voie de la vertu et de la perfection, Jésus promulgue la loi de l'amour, et, depuis lors, les âmes sont appelées à se sanctifier dans cet esprit nouveau, qui n'exclut nullement la crainte filiale mais qui bannit la crainte servile. « La crainte filiale, selon Saint Thomas, est celle par laquelle on craint d'offenser son père ou d'être séparé de lui, et la crainte servile celle par laquelle on redoute le châtiment. Or, il est nécessaire que la crainte filiale augmente à mesure que la charité augmente elle-même, comme l'effet augmente en proportion de la cause ; car plus on aime quelqu'un et plus on craint de l'offenser et d'être séparé de lui. Mais la crainte servile est totalement détruite quant à la servilité, lorsque la charité arrive. Toutefois la crainte de la peine reste substantiellement, mais cette crainte diminue à mesure que la charité augmente, car plus on aime Dieu et moins on craint la peine. » S. Thom., II II, q. 19, a. 10.
Ces quelques citations sont de nature à nous faire mieux saisir l'état de l'humanité avant l'Incarnation et à nous faire mieux apprécier la grâce immense que Jésus nous a faite, en nous appelant à vivre sous la loi d'amour qui dilate si suavement les âmes et les transforme si divinement.
des abîmes effrayants d'erreurs et d'iniquités '. Tout était à refaire pour le Verbe Incarné ; l'humanité devait être pour ainsi dire totalement remaniée. Il fallait faire reluire la lumière dans les ténèbres ; parler de vérité là où on ne connaissait plus que l'erreur ; rappeler aux hommes leur origine qu'ils avaient oubliée et leur fin dernière dont ils n'avaient plus qu'une vague idée ; faire entendre des paroles de vie au milieu de cette mort morale universelle ; ramener les esprits aux croyances fondamentales ; raviver dans les cœurs l'amour du Créateur ; rectifier les volontés égarées et inoculer dans les veines de l'humanité un sang nouveau qui la fît vivre d'une vie toute divine.
1 Cette lamentable situation des Gentils et des Juifs, Saint Paul, dans son Epitre aux Romains (ch. i, a, m), la dépeint d'une manière frappante. Pour ce qui regarde les Gentils : « la colère de Dieu, écrit-il, se révèle du haut du ciel contre toute l'impiété et l'injustice des hommes » (i, 18) ; parce que, alors que la notion de Dieu et des choses divines, la toute-puissance, la divinité, se révèlent dans les créatures de ce monde d'une manière manifeste et intelligible à tous, « ils ont changé la vérité de Dieu en mensonge ; ils ont adoré et servi la créature au lieu du Créateur » (25). C'est pourquoi Dieu les a abandonnés à la plus ignominieuse dégradation morale (26). De là toutes les turpitudes du paganisme décrites sommairement (2ç)-3i).
Pour ce qui regarde les Juifs : « A quoi leur sert la circoncision ? » (ni, 1). « Il n'y a plus de juste ; nul n'est intelligent ; personne ne cherche Dieu ; il n'y en a point qui cherche le bien ; la crainte de Dieu n'est pas devant leurs yeux...» (10, 11, 12, 18). Et l'Apôtre de conclure : « Tous ont péché, tous ont besoin de la gloire de Dieu qui les justifie par sa grâce et par la rédemption qui est dans le Christ Jésus » (23, 24).
Mais quelle tâche ! Que de préjugés à détruire, que d'erreurs à combattre, que d'ignorances à vaincre, que de difficultés à surmonter, que de ténèbres à dissiper, que d'habitudes invétérées à faire disparaître ! Avant d'éclairer, il fallait purifier ; avant de polir, il fallait façonner ; avant d'élever, il fallait déblayer. Et après avoir ainsi préparé les âmes, que de choses à enseigner ; que de vérités à faire entendre ; que de mystères à révéler ; que de beautés célestes à faire briller ; que de droits divins à rappeler ; que de devoirs sacrés à imposer ; que d'enseignements de tout genre à répéter, pour les graver plus profondément dans les cœurs et les volontés !
Jésus descend du ciel et II veut y conduire l'humanité ; aussi ouvre-t-Il tout grand le livre des éternelles vérités. Il parle des infinies perfections de Dieu, de ses attributs divins, de ses droits imprescriptibles, de son essence et de ses œuvres. Il révèle l'adorable Mystère de la Trinité sainte, l'unité de nature dans les trois Personnes divines, leur égalité parfaite et leur coopération simultanée dans le Mystère de l'Incarnation. Il se présente comme l'Envoyé de Dieu, le Messie promis, le Sauveur de l'humanité. Il affirme qu'il vient du ciel, qu'il est sorti du sein de son divin Père, sans cependant cesser de lui être uni dans une essence commune et dans une harmonie
parfaite de pensées, de sentiments, de volontés et d'actions l.
Il présente aux hommes la Divinité sous un aspect nouveau ; Il en parle de manière à la faire aimer en même temps que respecter ; Il fait ressortir en Dieu les perfections qui sont le plus de nature à toucher les cœurs ; Il le montre bon, comme on ne l'avait jamais compris ; Il revient sans cesse sur sa miséricorde, afin de gagner la confiance des pécheurs et de les exciter au repentir ; Il parle de son amour et de sa tendresse, comme quelqu'un qui en est divinement embrasé.
Comment résister à ces divins enseignements, lorsqu'on voit Celui qui les donne les faire revivre si éloquemment dans sa personne ? Tout ce que Jésus enseigne, Il le pratique ; Il prêche tout autant par ses exemples que par ses paroles. C'est un Docteur agissant ; aussi, ne cesse-t-Il d'enseigner, sa vie étant la garantie de sa doctrine.
Il est venu pour instruire les hommes et II s'applique à leur faire aimer ses enseignements. II ne leur cache aucune vérité, mais II leur en fait comprendre les raisons profondes et l'importance
1 Dans 1'énumération que nous venons de faire, comme dans celles qui vont suivre, une multitude de textes du Saint Evangile trouveraient naturellement leur place ; mais pour éviter des redites, nous ne les citons point. Le lecteur néanmoins trouvera un admirable commentaire des pages qui vont suivre, dans les textes cités précédemment.
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pour leur salut éternel. Il leur parle avec force de leurs vices et de leurs passions, mais II leur en montre la laideur et les terribles conséquences, pour les en détourner et les leur faire mépriser. Il les excite à la pénitence, mais après les avoir attirés par ses bontés et les avoir assurés de ses miséricordieux pardons.
Il leur rappelle leur origine, non pour les humilier, mais pour leur dire qu'ils sont créés à l'image de Dieu. Il refait l'histoire de la chute de l'homme et de la punition de son péché, mais pour leur faire entrevoir le pardon et le salut dans le Sauveur promis. Il reprend un à un les commandements de Dieu, mais pour en faire ressortir la justice et se donner l'occasion d'en ajouter d'autres empreints de miséricorde, d'amour et de charité. Il les détourne de la voie qu'ils ont suivie jusque-là, mais pour leur montrer la voie nouvelle qui doit infailliblement les conduire au ciel. Il les prévient que cette voie est étroite et que la douleur y chemine à leurs côtés, mais II leur assure les secours voulus et une assistance paternelle qui les accompagnera partout.
Il leur dit bien que les disciples ne sont pas au-dessus du Maître et qu'ils devront porter leur croix à sa suite, mais à l'avance II verse du baume sur leurs blessures ; Il les console par les joies de la vertu ; Il les attire par les douceurs de son
amitié ; II leur apprend comment ils peuvent être toujours heureux, s'ils veulent bien ne chercher en tout que la sainte volonté de Dieu.
Il les invite à marcher sur ses traces dans la pratique de toutes les vertus, mais II leur en fait goûter en même temps les charmes. Il leur montre tous les défauts dont ils doivent se corriger, mais Il les prévient de sa grâce et II leur assure la victoire s'ils ont soin de mettre en Lui toute leur confiance. Il les anime à ne point s'arrêter dans le chemin de la perfection et II leur en indique les règles et les différents degrés, mais II leur donne, comme un idéal divin à atteindre, la perfection de son Père et sa propre sainteté.
Il réclame de tous un service filial et tout d'amour, mais Ii leur promet des récompenses éternelles. Il les fait assister à la scène saisissante du jugement dernier, mais II les prévient de ce qu'il faut faire pour être du côté des bons et non du côté des méchants. Il parle de l'enfer et des peines éternelles en des termes qui font frémir, mais II met en garde contre les péchés qui y conduisent. Il fait entrevoir la béatitude des Elus sous des aspects qui ravissent, mais II appuie sur la nécessité de se vaincre et de mener une vie pure pour s'en assurer la possession.
Et quand Jésus a parlé de tout, qu'il a donné Dieu aux hommes dans ses perfections, dans ses
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mystères, dans ses grâces, dans ses miséricordes, dans son amour et dans ses éternelles récompenses ; quand II a rendu les hommes à Dieu dans la purification, dans la vérité, dans la vertu, dans l'amour et dans la fidélité : Il revient sur ce qui fait la base de la Révélation, le Mystère adorable de son Incarnation. Réunissant en Luimême tous les enseignements donnés, Il montre que tout repose sur sa Divinité ; Il affirme sans cesse sa divine origine. Il déclare qu'il a tout pouvoir au ciel et sur la terre ; qu'il est le Maître absolu du monde, puisque toutes les nations Lui ont été données en héritage ; qu'il est l'unique voie pour aller au ciel ; que celui qui ne croit pas en Lui ne peut être sauvé ' ; qu'il est le principe de la vie et le gage assuré de la résurrection future. Il proclame qu'il vient du ciel et qu'il y retourne; qu'il a été parlé de Lui en tête du livre de l'histoire du monde - ; qu'il est Celui que les Patriarches ont désiré :î et que les Prophètes ont annoncé '' ;
1 « Celui qui croit au Fils a la vie éternelle ; quant à celui qui ne croit pas au Fils, il ne verra pas la vie, mais la colère de Dieu demeure sur lui. » Jean, iii, 36.
2 « Scrutez les Ecritures, puisque vous pensez avoir en elles la vie éternelle : ce sont elles qui rendent témoignage de moi. » Jean, v, 3g.
3 « Abraham, votre père, a tressailli pour voir mon jour ; il l'a vu et s'en est réjoui. » Jean, viii, 56.
4 « Voilà que s'accomplira tout ce qui a été écrit par les prophètes touchant le Fils de l'homme. » Luc, xvm, 3t.
qu'une fois sa mission accomplie II entrera dans sa gloire ', et qu'un jour viendra où II apparaîtra sur les nuées du ciel - pour juger les vivants et les morts 3.
Mais auparavant II devra suivre une voie douloureuse et Lui, à qui rien n'est caché du passé et de l'avenir, Il entre dans les détails de tout ce qui doit Lui arriver. Il prévient qu'il passera par des humiliations inouïes, des souffrances excessives, des amertumes insondables et des angoisses atroces ; Il sera insulté, outragé, cruellement torturé, abandonné des siens, renié, trahi, délaissé même par le ciel ; son sang coulera à flots, ses forces L'abandonneront, ses yeux se fermeront, son cœur cessera de battre ; Il exhalera un
1 « Père, glorifiez-moi de la gloire que j'ai eue en vous avant que le monde fût. » Jean, xvii, 5. — « Désormais le Fils de l'homme sera assis à la droite de la puissance de Dieu. » Luc, xxii, 69.
'- « Alors apparaîtra le signe du Fils de l'homme dans le ciel, alors toutes les tribus de la terre pleureront et elles verront le Fils de l'homme venant sur les nuées du ciel avec une grande puissance et une grande majesté. Et il enverra ses anges, ils rassembleront ses élus des quatre vents de la terre et des extrémités des cieux. » Matth., xxiv, 3o, 3i.
3 « Quand le Fils de l'homme viendra dans sa majesté, environné de tous les Anges, il s'assiéra sur le trône de sa gloire. Devant lui seront rassemblées toutes les nations. Il séparera les uns d'avec les autres, comme le pasteur sépare les brebis d'avec les boucs. » iMatth., xxv, 3i-33. — « Alors, il rendra à chacun selon ses œuvres. » Id., xvi, 27.
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dernier soupir dans un dernier acte d'amour et Il mourra '.
Mort ignominieuse, plusieurs fois prédite par Lui, mais qu'il aura annoncée comme devant clore une vie d'humiliation, de pauvreté, d'obéissance et de pénitence, et commencer en même
1 Les Evangélistes rapportent les nombreuses allusions que Jésus fait de sa Passion, les humiliations et les divers genres de souffrance par lesquels il annonce devoir passer, et la mort ignominieuse qui doit les couronner. Rien n'est touchant comme la description anticipée de cette cruelle Passion par l'auguste Victime elle-même, qui bientôt va en subir par amour toutes les horreurs. Enumérons-en seulement les traits principaux :
L'annonce générale. — « Voici donc que nous montons à Jérusalem. Le Fils de l'homme sera livré aux Gentils qui le feront mourir. » Luc, xviii, 3i, 3ù.
La trahison. — « L'un de vous me trahira. » Matth., xxvi, 21 ; Marc, xiv, 18 ; Luc, xxh, 21 ; Jean, xiii, 21.
L'abandon des Apôtres. — « Cette nuit même vous serez scandalisés à mon sujet, car il est écrit : Je frapperai le Pasteur et les brebis du troupeau seront dispersées. » Matth., xxvi, 3i ; Marc, xiv, 27.
Le reniement de Pierre. — « En vérité, cette nuit même, avant le chant du coq, tu me renieras trois fois. » Matth., xxvi, 34 ; Marc, xiv, 3o ; Luc, xxn, 34 ; Jean, xiii, 38.
Les auteurs de sa mort. — « Le Fils de l'homme sera livré aux princes des prêtres, aux scribes et aux anciens qui le condamneront à mort et le livreront aux Gentils. » Matth., xx, 18, 19 ; Marc, x, 33.
Quelques détails de sa Passion :
« Ils le traiteront avec mépris. » Marc, ix, 11.
« Ils se moqueront de lui. » Matth., xx, 19 ; Luc, xviu, 32.
« Ils se joueront de lui. » Marc, x, 34 ; Luc, xvm, 32.
« Ils lui cracheront au visage. » Marc, x, 34 ; Luc, xvm, 32.
« Ils le flagelleront. » Matth., xx, 19; Marc, x, 34; Luc, xvm, 32.
« Ils le crucifieront. » Matth., xx, 19.
« Ils le feront mourir. » Marc, x, 34 ; Luc, xvm, 33.
temps une vie glorieuse de triomphe sur la mort et de règne éternel dans les Cieux *.
Toutefois, l'enseignement du divin Docteur, dont la science ne peut être sujette à l'erreur et dont les maximes vont former le code dogmatique et moral d'après lequel le monde devra désormais vivre et se gouverner2, n'aurait pas été complet s'il n'avait révélé aux hommes le mystère adorable qui couronne sa vie de Sauveur et assure la perpétuité de sa présence dans l'humanité. A côté de la croix du Calvaire devait se dresser la table de la Cène, la même Victime devait y être immolée par la puissance du même Sacerdoce ; avec cette différence, que la Croix ensanglantée ne devait porter qu'une fois son divin fardeau, tandis que sur la table du banquet eucharistique, convertie en tous les autels du monde, coulera mystiquement jusqu'à la fin le Sang de l'auguste Sacrifice.
Consommation suprême de l'amour de Jésus, l'Eucharistie apparaît à la fin de sa vie comme une nouvelle Incarnation. Tous ses désirs d'Homme- Dieu se concentrent dans ce Sacrement de charité, qui va Lui permettre de se survivre à Lui-
1 « Mais /'/ ressuscitera le troisième jour. » Matth., xx, 19 ; Marc, x, 34 ; Luc, xvm, 33.
i « Qui croira et sera baptisé sera sauvé ; mais qui ne croira pas sera condamné. » Marc, xvi, 16.
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même. Mystère insondable auquel les hommes devront croire, malgré toutes les contradictions apparentes, et sur lequel repose la vitalité de l'Eglise.
Sur ce point de doctrine Jésus se montre particulièrement formel. Il dit clairement qu'il est le Pain de vie descendu du ciel et qu'il donnera sa chair à manger et son sang à boire ; et, pour faire mieux comprendre le Mystère par une application pratique, Il profite du miracle de la multiplication des pains et II précise davantage son enseignement1. Quand l'heure de l'institution de ce Sacrement est venue, Il parle un langage qui ne laisse place à aucun doute : « Prenez et mangez, ceci est mon Corps, gui sera livré pour vous ; buvez tous de ceci, car ceci est mon Sang gui sera répandu pour vous-. » Et II communie Lui-même ses Apôtres.
1 « En vérité, en vérité, je vous le dis : vous me cherchez, non parce que vous avez vu des prodiges, mais parce que vous avez mangé des pains et avez été rassasiés. Travaillez, non pour la nourriture périssable, mais pour celle qui demeure jusqu'à la vie éternelle et que le Fils de Dieu vous donnera. » Jean, vi, 26, 27. — « Vos pères ont mangé la manne dans le désert, et ils sont morts. Mais voici le pain qui descend du ciel. Celui qui mangera de ce pain vivra éternellement. » Ibid., 49, 5o, 52. — « C'est moi le pain de vie. C'est moi le pain vivant descendu du ciel. » Ibid., 35, 5i. — Or, « le pain que je donnerai, c'est ma chair que je livrerai pour la vie du monde. Car ma chair est une véritable nourriture et mon sang est un véritable breuvage. » Ibid., 52, 56.
2 Matth., xxvi, 26-28 ; Marc, xrv, 22-24 '■> Luc, xxn, 19, 20.
Mais ce Sacrement de vie est institué pour tous les hommes, jusqu'à la fin des temps; pour en assurer la dispensation, Jésus institue en même temps le Sacrement de l'Ordre. Il consacre ses premiers Prêtres et à eux, ainsi qu'à leurs successeurs, Il ordonne de renouveler partout ce même adorable Mystère pour lequel II leur communique, avec sa propre puissance, son caractère sacerdotal '. Déjà II leur avait annoncé qu'il en ferait des pêcheurs d'hommes-, Il leur avait confié quelques missions3, Il s'en était entouré, Il avait vécu dans leur compagnie'1 et II leur avait dit tout ce qu'il avait appris de son Père5. A cette
1 « Faites ceci en mémoire de moi. » (Llc, xxii, 19). Paroles que l'Eglise traduit au Canon de la Messe : « Chaque fois que vous ferez ces choses, vous les ferez en mémoire de moi. »
'2 « Venez à ma suite, et je vous ferai devenir pêcheurs d'hommes. » Matth., iv, 19.
3 « Il appela les Douze et commença à les envoyer deux à deux, et il leur donna puissance sur les esprits immondes. » Marc, vi, 7. — « Il les envoya prêcher le royaume de Dieu et guérir les malades. » Luc, ix, 2.
4 En lisant l'Evangile, on constate en effet que Jésus, après avoir choisi ses Apôtres, ne s'est pas séparé d'eux, si ce n'est, et parfois la nuit, pour prier. Il les associe à ses travaux, à ses courses, à ses miracles, etc. Avec eux il accepte l'hospitalité à Béthanie, chez Matthieu, etc. Un jour qu'on annonce à Jésus : « Voici que votre Mère et vos frères sont dehors et vous cherchent » ; Il répond : « Qui est ma Mère, et qui sont mes frères ? » Et, étendant la main vers ses disciples : « Voilà, dit-il, ma mère et mes frères. » Matth., xii, 47-49.
5 « Tout ce que j'ai appris du Père, je vous l'ai fait connaître. » Jean, xv, i5.
heure, Il met le couronnement à sa tendresse, en les associant à son Eucharistie, dont II les établit officiellement les consécrateurs, les gardiens et les dispensateurs l.
Par l'institution de l'Eucharistie, Jésus clôt ses enseignements divins dans un acte de suprême amour qui, avec celui du Calvaire, consomme icibas la mission divine du Sauveur de l'humanité.
Après cet exposé, nous devons mieux comprendre la tâche immense que Jésus s'était imposée d'instruire les hommes, et jusqu'à quel point ce caractère de Docteur en Lui est essentiel *. Il
1 « Que les hommes nous regardent comme les ministres du Christ et les dispensateurs des mystères de Dieu. » I Cor., iv, 1.
2 A Jésus seul convient essentiellement le caractère de Docteur, car Lui seul a une connaissance complète de la vérité, et Lui seul peut, dès lors, l'enseigner parfaitement. C'est ce qu'exprime Saint Jean, au commencement de son Evangile, lorsque pour la première fois il écrit le nom adorable de Jésus- Christ, comme s'il eût voulu montrer que la mission enseignante de Jésus était un caractère inséparable de sa divine Personne. « La vérité, dit-il, a été faite (c'est-à-dire, a pris naissance avec Jésus, en ce sens qu'il est la source de la vérité) par Jésus- Christ. Jamais personne n'a vu Dieu ; le Fils unique qui est dans le sein du Père l'a lui-même fait connaître. » (Jean, i, 17, 18).
Jésus lui-même nous dit expressément que l'enseignement de la vérité est une des raisons de son Incarnation : « Je suis né et je suis venu dans le monde, afin de rendre témoignage à la vérité. » (Jean, xviii, 37). Il affirme qu'il a rempli fidèlement sa mission : « J'ai parlé publiquement au monde. J'ai toujours enseigné dans la synagogue et dans le temple où se rassemblent tous les Juifs. » (Jean, xviii, 20). Il a enseigné avec d'autant plus de zèle que, étant venu pour accomplir toutes les volontés de
ne pouvait être vraiment Médiateur qu'à ia condition de rétablir les relations nécessaires entre Dieu et l'humanité. Mais comment aurait-Il pu le faire, si les hommes n'avaient été plus éclairés ; s'ils n'étaient revenus à une connaissance plus exacte de Dieu et à un accomplissement plus fidèle de leurs devoirs vis-à-vis de lui ; s'ils n'avaient eu la connaissance du Verbe Incarné
son divin Père, il ne faisait en quelque sorte que transmettre au monde sa doctrine : « Ma doctrine n'est pas de moi, mais de Celui qui m'a envoyé » (Jean, vu, 16). Aussi, proclame-t-il solennellement que sa doctrine est infaillible, qu'elle est à l'abri des assauts de l'erreur et du temps, et qu'elle restera à jamais la règle de la sagesse et de la vérité : « Le ciel et la terre passeront, mais mes paroles ne passeront pas. » (Luc, xxi, 33).
Ce caractère de Docteur paraissait, d'ailleurs, tellement essentiel à la mission que Jésus était venu remplir dans l'humanité, qu'au début de sa vie publique, un prince des Juifs, un membre du Grand Conseil, ne peut s'empêcher de le constater et de reconnaître que c'est de Dieu même que Jésus tient son pouvoir d'enseigner : « Rabbi, dit Nicodème à Jésus, nous savons que vous êtes venu de Dieu en tant que Maître. » (Jean, in, 2).
Dès lors, c'est avec autorité que Jésus enseignait. On sentait en lui et le Docteur qui parlait et le Législateur qui édictait des lois et les expliquait. C'est ce qui fait dire à Saint Matthieu (vu, 29) « qu'il enseignait comme ayant autorité » (tamquam potestatem habens). Ce qui explique l'admiration et le ravissement dans lesquels étaient ceux qui l'entendaient : <■ Ils étaient ravis de sa doctrine » (Luc, rv, 32).
Ah ! reconnaissons, avec Saint Paul (Ephés., iv, 21) que « la vérité est en Jésus », et faisons de ses enseignements, comme de son amour, la vraie demeure de nos âmes ; car, nous dit Saint Jean (II Jean, 9) : « Celui qui demeure dans la doctrine du Christ, possède et le Père et le Fils », et (I Jean, iv, 16) « Celui qui demeure dans l'amour, demeure en Dieu et Dieu en lui. »
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et s'ils n'avaient cru à sa mission ; si par tous ses enseignements Jésus n'avait pas été le trait d'union constant qui, d'une part, révélait Dieu aux hommes et, de l'autre, portait à Dieu leurs hommages, leur repentir et leurs promesses de fidélité ' ?
Jésus vient, en outre, pour enseigner tout autant que pour se sacrifier. Son Sacrifice ne pouvait être compris qu'à la condition d'être fortement appuyé sur une doctrine qui révélât aux hommes la Divinité de la Victime et, dès lors, l'efficacité infinie de ses mérites. Ce principe, une fois admis, donnait à tout le reste de la vie du Sauveur, une teinte divine ; ses enseignements prenaient l'importance souveraine des enseignements divins ; sa parole avait autant de majesté que la voix de Jéhovah se faisant entendre sur les hauteurs du Sinaï; sa puissance Lui conférait le droit d'édicter des lois ; son autorité devait être universellement reconnue ; le dévouement et la charité avec lesquels II daignait instruire les hommes étaient de nature à les ravir et à les gagner irrévocablement à son amour.
Si Jésus n'avait pas enseigné, Il aurait dû for-
1 « Tous ceux qui invoqueront le nom du Seigneur seront sauvés. Mais comment l'invoqueront-ils, s'ils ne croient point en lui ? Et comment croiront-ils en lui, s'ils n'en ont point entendu parler ? La foi vient de ce que l'on a entendu, et l'on a entendu grâce à la parole du Christ. » Rom., x, i3, 14, 17.
CARACTÈRES ESSENTIELS EN JÉSUS 33g
cément prendre un autre moyen d'instruire l'humanité ; mais en se faisant homme, Il n'en avait point de plus en harmonie avec sa condition.
Ce qu'il a été, Jésus le demeure; dès lors, quoique sous une autre forme, Il continue à enseigner les hommes comme à les édifier et à les sanctifier. A nous d'être attentifs à ses divines leçons. Nous avons toute l'histoire de sa vie, nous possédons son Evangile, nous vivons à côté de l'Eucharistie et nous nous en nourrissons. Il ne nous manque donc rien pour devenir savants dans la science de Jésus, pas plus que rien ne manque et ne manquera jamais, en Jésus, à son caractère essentiel de Maître, d'Educateur, de Docteur et de Législateur.