‹ Jésus mieux connu et plus aimé dans son sacerdoce (volume 2)Chapitre 33 sur 40 · III. — Jésus, Victime · texte numérisé non relu

III. — Jésus, Victime

Le caractère le plus essentiel en Jésus, celui qui explique et appelle tous les autres, c'est celui de Victime. Nous n'avons pas à nous occuper de l'hypothèse de l'Incarnation en dehors du fait de la Rédemption, nous nous trouvons ici en face du Verbe de Dieu fait Homme pour sauver l'humanité pécheresse l. Le motif premier de l'Incar-

1 II ne nous est nullement utile de considérer ici la possibilité de l'Incarnation du Verbe dans l'hypothèse où l'homme, n'ayant point péché, n'aurait pas eu besoin de rédemption. C'est là plu-

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nation, comme nous l'avons vu dans le chapitre des diverses Missions en Jésus, est de rendre à Dieu la gloire extérieure que le péché lui avait enlevée et d'arracher le genre humain à la condamnation qui pesait sur lui.

Il s'agit donc réellement d'une réparation à offrir à Dieu pour satisfaire à sa justice, et d'une substitution de l'Homme-Dieu à l'humanité pour porter sa peine et expier à sa place. L'un et l'autre ne se peuvent faire sans sacrifice.

D'une part, Dieu ne peut se déclarer satisfait

tôt une discussion d'école, et d'autant plus étrangère à notre sujet que nous sommes en face d'un fait accompli et que nous avons en vue l'étude des caractères essentiels et précis de l'Homme-Dieu qui ressortent nécessairement de son état de Sauveur et de Rédempteur.

Ce qui nous intéresse par-dessus tout, c'est l'étude du Sacerdoce de Jésus, Le constituant Sacrificateur d'une Victime dont l'immolation doit être la rançon du salut du monde. Dans l'opinion hypothétique contraire, il aurait pu se trouver, sans doute, un sacrifice de louange et d'adoration comportant une certaine idée de sacerdoce dans l'oblation qui en aurait été faite à Dieu par le Verbe Incarné ; mais ce sacrifice d'un autre genre eût été incomplet et n'eût point correspondu à la notion actuelle et essentielle du sacrifice, lequel comprend et l'oblation et l'immolation. Par suite, ce sacerdoce n'ayant point à immoler la Victime mais simplement à l'offrir, eût été comme un sacerdoce diminué, sans un vrai et réel sacrifice.

Laissant donc de côté toute considération autre que celle du Sacrifice sanglant de Jésus, divine Victime que le même divin Sacrificateur offre et immole à la gloire de Dieu pour le salut de l'humanité, cherchons à avoir une intelligence exacte et approfondie de son caractère de Victime pour comprendre mieux ensuite celui de son Sacerdoce.

que par une réparation égale à l'offense. Or, l'humanité, en péchant, a enlevé à Dieu toute la gloire extérieure qu'elle était en mesure de lui donner ; elle ne peut maintenant la lui rendre qu'en se dépouillant elle-même de tout ce qu'elle a reçu de Dieu et en le lui immolant. A l'excès de la révolte doit correspondre un excès de réparation. Et c'est pourquoi Dieu exige ce sacrifice total, lequel toutefois serait insuffisant à compenser l'outrage, si Celui qui doit le lui offrir n'était infini en perfections et égal à lui en dignité.

D'autre part, l'humanité, pour être pardonnée, devait subir un châtiment qu'elle ne pouvait éviter ; si donc, par un mystère de charité et d'amour infinis, le Verbe Incarné se substitue à elle, Il ne le peut faire sans prendre sur Lui la peine que la justice divine lui avait infligée1. Aussi, il entre dans les décrets éternels que le

1 « L'homme, nous dit Saint Thomas, avait contracté par le péché une double obligation : i° Il avait été lié par la servitude du péché, parce que « celui qui fait le péché en est esclave » (Jean, vhi, 34). Ainsi, comme le diable avait vaincu l'homme en l'engageant à pécher, l'homme était devenu l'esclave du démon. 2° Il avait été lié quant à la dette de la peine, qui obligeait l'homme selon la justice de Dieu. — Par conséquent, la passion du Christ ayant été une satisfaction suffisante et surabondante pour le péché du genre humain et pour la peine qu'il avait méritée, sa passion a été une sorte de prix par lequel nous avons été délivrés de cette double obligation. C'est pourquoi il est dit que la passion du Christ est notre rédemption. » S. Thom., III p., q. 48, a. 4.

Verbe de Dieu naisse pour mourir ; qu'il vienne pour souffrir et non pour jouir ; qu'il soit constitué dès l'origine dans un état de victime et qu'il n'accomplisse pleinement sa mission que par le sacrifice suprême de sa vie1.

Tout dans sa vie devra donc L'orienter vers cette fin sublime de son existence terrestre. Pas un instant II ne perdra de vue son Sacrifice ; Il aura constamment devant les yeux l'honneur de Dieu qu'il est venu venger et le salut du monde

I Parmi les raisons qu'indique Saint Thomas, pour lesquelles il était convenable que Jésus passât par la mort, la première est de subir à notre place la peine que nous avions méritée, à savoir de mourir : « Pour satisfaire, dit-il, pour le genre humain, qui avait été condamné à mort à cause du péché, d'après ces paroles de la Genèse (u, 17) : « Le jour où vous en mangerez, vous mourrez de mort. » Or. c'est une manière convenable de satisfaire pour un autre que de se soumettre à la peine qu'il a méritée. C'est pourquoi le Christ a voulu mourir, pour satisfaire pour nous par sa mort, d'après ces paroles de Saint Pierre (I Pierre, ni, 18) : « Le Christ est mort une fois pour nos péchés. » S. Thom., III p., q. 5o, a. 1.

II dit encore plus clairement ailleurs : « Non seulement le Christ a pris notre passibilité pour nous sauver, mais encore il a voulu souffrir pour satisfaire pour nos péchés. Or, il a souffert pour nous ce que nous avions mérité de souffrir par le péché de notre premier père, en quoi le principal est la mort à laquelle toutes les autres passions humaines sont coordonnées comme à leur dernière fin. « La solde du péché est la mort », comme dit l'Apôtre aux Romains (vi, 23) : voilà pourquoi le Christ a voulu souffrir la mort pour nos péchés, afin de nous délivrer de la mort, en prenant, lui l'innocent, la peine qui nous était due, comme un coupable serait délivré de la peine qu'il devrait subir, si un autre se soumettait pour lui à cette peine. » S. Thom., Op. 2, c. 227.

qu'il veut à tout prix opérer. L'amour éternel qu'il porte à son divin Père Le pressera sans cesse de s'immoler ; l'amour miséricordieux qu'il a pour les hommes Le poussera avec non moins de force vers le sacrifice auquel II aspire.

Sans être privé de la vision béatifique, puisqu'il la possède essentiellement par l'Union hypostatique et qu'il est à Lui-même sa propre béatitude, Jésus vivra en face d'une autre vision, infiniment douloureuse celle-là, mais qu'il aura librement voulue, celle du Calvaire, où se dresse lugubre et ensanglantée la Croix de son supplice '. D'un côté, la vision du ciel avec ses beautés ravissantes, ses splendeurs éternelles, ses suavités ineffables et ses délices enivrantes ; de l'autre, la vision du grand drame de la mort avec tout son cortège d'ignominies, d'outrages, de douleurs et d'abandon universel. D'une part, l'éternelle lumière brillant dans l'immensité et sortant de son sein ; d'autre part, les ténèbres épaisses qui montent de l'enfer et L'enveloppent

1 « Il arriva, dans le Christ, par une disposition divine, que son corps resta susceptible de souffrir, quoique l'âme jouît de la vision de Dieu, par la suppression de cet écoulement de la gloire de l'âme dans le corps... De là vient que, dans la passion, le Christ souffrit des douleurs extrêmes dans son corps, parce que les douleurs corporelles n'étaient en rien mitigées par les joies supérieures de la raison, de même que, d'autre part, les douleurs corporelles ne mettaient pas d'obstacles aux joies de la raison. » S. Thom., Op. 2, c. 23i.

tout entier. En haut, les chœurs angéliques qui chantent sa gloire ; et, en bas, les clameurs déicides qui Le maudissent. Au ciel, les torrents de vie dont II est la source éternelle ; et, sur la terre, les horreurs de la mort qui Lui arrachent la vie. Dans le sein de Dieu, le Fils de ses éternelles complaisances ; et, ici-bas, le maudit qui meurt en supplicié.

Jésus voit tout cela, Il le sent, Il le veut. Il comprend la grandeur du sacrifice et toute l'horreur de l'immolation ; et II n'en veut point perdre une parcelle. C'est son amour qui L'a jeté dans les filets de l'humanité, et II ne peut plus s'en défaire. Il ne veut d'ailleurs rien changer, tout au contraire ; son amour continue à Lui ouvrir des horizons plus étendus sur les souffrances et les humiliations qui L'attendent. Il est anxieux de souffrir, Lui qui est venu pour mourir. Il sait que sa mort est nécessaire pour tenir sa parole vis-à-vis de son divin Père, comme II comprend qu'elle est inévitable pour sauver l'humanité. A cause de cela, ce qu'il aime en Lui-même, c'est son état de Victime ; ce qu'il veut par-dessus tout, c'est de souffrir et de couronner par la mort une vie qu'il n'a prise que pour l'offrir '.

1 Jésus lui-même nous exprime clairement les désirs ardents de son cœur, quand il dit : « Il est un baptême dont j'ai à être baptisé, et comme je me sens pressé jusqu'à ce qu'il s'accomplisse » (Luc, xn, 5o). Presque tous les commentateurs, en effet,

Dès le premier instant de son Incarnation, Jésus révèle son caractère essentiel de Victime. Il commence par immoler pour ainsi dire sa Divinité, en la voilant, en Lui enlevant tout son éclat extérieur, en la réduisant apparemment à un tel état d'impuissance, qu'à moins d'une révélation formelle les hommes n'eussent jamais connu qu'il était Dieu. Son Humanité devient un obstacle à la dignité extérieure de sa Divinité ',

ont compris que Jésus parle ici du baptême de son sang, c'està-dire de sa passion, qui comme des eaux amères allaient bientôt passer sur lui et l'inonder.

Jusque dans la plus grande manifestation de sa gloire, lorsqu'au Thabor il apparaît transfiguré aux yeux de ses Apôtres, Jésus songe à sa passion et il s'en entretient avec Moïse et Elie comme d'un sujet qui convient à l'éclat de sa transfiguration : « Ils parlaient de sa sortie du monde qu'il devait accomplir à Jérusalem » (Luc, ix, 3i).

Ces sentiments intimes de son cœur, Jésus les manifeste une dernière fois, à l'heure de son sacrifice suprême, lorsqu'il dit à Pierre qui venait de tirer l'épée contre ceux qui voulaient s'emparer de lui : « Mets ton glaive dans le fourreau. Le calice que le Père m'a donné, ne le boirai-je pas ? » (Jean, xviii, il) c'est-àdire, je suis prêt, je le désire, n'y mets pas d'obstacle ; toutes les volontés de mon Père sont sacrées pour moi, j'ai vécu et je veux mourir pour les accomplir.

1 « Les Juifs entourèrent Jésus et lui dirent : Jusques à quand tiendrez-vous notre esprit en suspens ? Si vous êtes le Christ, dites-le nous ouvertement. Jésus leur répondit : Je vous parle et vous ne croyez pas. Les œuvres que je fais au nom de mon Père rendent elles-mêmes témoignage de moi... Moi et le Père nous ne sommes qu'un. Alors les Juifs prirent des pierres pour le lapider. Jésus leur dit : Je vous ai montré beaucoup d'œuvres bonnes par la vertu de mon Père ; pour laquelle de ces œuvres

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et s'il ne se fût rendu à Lui-même, par sa nature humaine, les hommages auxquels avait droit sa nature divine, Il aurait été méconnu comme Dieu et sans honneur ici-bas.

Mais cette première immolation n'était que le prélude d'une autre plus frappante, ayant tous les caractères d'un sacrifice matériel et sanglant. C'est en cela surtout que Jésus est Victime ; c'est en tant qu'Homme qu'il peut s'immoler d'une immolation proprement dite1; c'est afin de pouvoir souffrir qu'il a pris un corps ; c'est pour pouvoir offrir sa vie en holocauste qu'il se l'est donnée. Il vivra un nombre déterminé d'années, mais sa vraie vie, « son heure», « son temps» à Lui, c'est sa mort-. Il aurait pu mourir en nais-

me lapidez-vous ? Les Juifs lui répondirent : Ce n'est pas pour une bonne œuvre que nous vous lapidons, mais pour un blasphème ; car vous n'êtes qu'un homme et vous vous faites Dieu. » Jean, x, 24. 25, 3o-33.

1 « Le prix de notre rédemption est le sang du Christ ou sa vie corporelle, qui réside dans le sang et que le Christ a sacrifiée. C'est pourquoi il est propre au Christ, comme homme, d'être immédiatement notre Rédempteur. » S. Thom., III p., q. 48, a. 5.

2 II est fait, dans le saint Evangile, de fréquentes allusions à « cette heure » de Jésus. Deux fois de suite, Saint Jean prend la peine de nous dire que les ennemis du Sauveur, qui cherchaient à le prendre, ne mirent pas les mains sur lui, « parce que son heure n'était pas encore venue » (Jean, vu, 3o ; vin, 20). — Après son entrée triomphale à Jérusalem, lorsque quelques jours seulement le séparent de sa passion et de sa mort, Jésus, y faisant allusion, dit ouvertement : « L'heure est venue où le Fils de l'homme doit être glorifié » (Jean, xii, 23). — La Pàque,

sant, et II aurait sauvé le monde ; le temps qui s'écoule entre sa naissance et sa mort n'est pas nécessaire à son immolation en elle-même, quoique fort utile et nécessaire pour accomplir toute sa mission telle qu'il avait résolu de la remplir. Ce qui nous fait comprendre que, de tous ses caractères, celui de Victime est le plus essentiel en notre adorable Sauveur.

C'est d'ailleurs parce qu'il est Victime, qu'il est Médiateur et Docteur. Sans doute, étant Dieu et Homme à la fois, tout en Lui avait un mérite infini, et II pouvait offrir à son divin Père la moindre de ses pensées et une seule de ses paroles comme un hommage suffisant pour en obtenir des grâces de salut en faveur de l'hu-

qui doit sonner l'heure solennelle du Sacrifice suprême approche, et « Jésus, dit Saint Jean, sachant que son heure était venue de passer de ce monde au Père, comme il avait aimé les siens qui étaient en ce monde, il les aima jusqu'à la fin » (Jean, xiii, 1). Allusion à la Cène, où Jésus devait instituer le Mystère adorable de l'Eucharistie, et qu'il prépare en envoyant deux de ses Apôtres orner la salle du Cénacle, avec cette recommandation pour le maître de la maison : « Le Maître dit : Mon temps est proche, je ferai la Pâque chez vous avec mes disciples » (Matth., xxvi, 18). — Enfin, avant de se diriger vers le jardin de l'Agonie, Jésus, taisant écho à sa parole du Dimanche des rameaux, et s'adressant à son divin Père, « les yeux levés au ciel, il dit : Père, l'heure est venue, glorifiez votre Fils, pour que votre Fils vous glorifie » (Jean, xvii, 1). C'est déjà le « Consummatum est » qui se fait entendre; l'heure de Jésus, c'est sa mort dans le sacrifice volontaire et tant désiré de sa vie pour le salut du monde.

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manité. Néanmoins, ce qui était souverainement agréable à Dieu, ce qui mettait le couronnement à tous les mérites du Sauveur, et ce qui correspondait essentiellement au mode de Rédemption décrété par la Trinité Sainte : c'était l'état de Victime du Verbe Incarné et son immolation suprême l. C'est en vue de cette satisfaction pleine et entière que sa mort devait donner à Dieu, que toutes ses vertus et tous les actes de sa vie, déjà parfaits en eux-mêmes, acquéraient une efficacité complète et infinie.

Aussi, Jésus intercède non seulement au nom de sa Filiation divine et du fait de son Incarnation, mais surtout au nom de son Sacrifice et en tant que Victime. A cause de la réparation parfaite qu'il apportera alors à la justice divine et de l'expiation totale de tous les péchés du monde, Il demande à Dieu de regarder les hommes dans sa miséricorde, Il lui présente leurs requêtes et

1 « Chacune des passions du Christ, dit le Docteur angélique, toute petite qu'elle ait été, était suffisante pour racheter le genre humain, si l'on considère la dignité du patient. Plus, en effet, la personne qui souffre est élevée en dignité, plus l'injure est grande ; comme, par exemple, il serait plus grave de frapper le prince qu'un homme du peuple. En conséquence, le Christ étant d'une dignité infinie, chacune de ses souffrances a une valeur infinie, de sorte qu'elle serait suffisante pour effacer des péchés infinis. Néanmoins, la Rédemption du genre humain ne fut pas consommée par quelqu 'une de ces souffrances, mais par la mort qu'il voulut subir, afin de délivrer le genre humain de ses péchés. » S. Thom., Op. 2, c. 23t.

II en obtient le pardon plénier. C'est vraiment sur la Croix que la Divinité et l'humanité se donnent le baiser de paix et se réconcilient dans l'effusion du Sang de Jésus.

Jésus n'a jamais été plus éloquent dans sa médiation que quand II a présenté son corps aux coups de la justice de Dieu ; qu'il a ouvert ses veines pour en faire couler tout son sang ; qu'il a laissé les flots de l'amertume et de la douleur envahir son âme ; qu'il a en quelque sorte imposé silence à sa Divinité, pour qu'elle ne vînt point Le réconforter à ce moment de l'angoisse suprême et de l'universel délaissement. Jésus entre dans la mort comme un suppliant, dont la puissance de prière est pourtant aussi grande que celle de la création des mondes ; comme une victime, que toutes les tendances poussent à l'immolation pour ensuite sortir du sacrifice glorieuse et triomphante.

C'est parce qu'il est voué à la mort, que Jésus vit à l'avance de son Sacrifice et qu'il en parle à son divin Père, pour mieux l'attendrir en faveur de l'humanité ; c'est parce qu'il meurt, qu'il donne une suprême efficacité à toutes ses prières et qu'il remplit divinement son sublime office de Médiateur.

De la même manière, Jésus est Docteur particulièrement parce qu'il est Victime. Tous ses

enseignements sont fondés sur le fait et la fin de son Incarnation. Or, le Verbe Incarné vient se constituer Victime ; l'Union hypostatique n'a de principale raison d'être que parce qu'il a besoin d'un corps pour l'offrir en sacrifice; et son Immolation n'aura de valeur que parce qu'il est une Personne divine unie à la nature humaine.

Toute la science de Jésus, de ses mystères, de ses perfections, de ses vertus, de ses mérites, de sa vie et de sa mort, c'est-à-dire tout ce qu'il est comme Dieu et ce qu'il est comme Homme, repose sur cette vérité : qu'il est une Victime vouée à l'immolation, et que sa mission divine ne prendra fin ici-bas que lorsqu'il se sera offert en sacrifice et aura versé tout son sang.

Son Immolation devient ainsi et un terme et une garantie de ses enseignements. Jésus se sacrifiant et mourant, c'est la réalisation de la promesse d'un Libérateur; c'est la réalité remplaçant les figures ; c'est le Sacrifice nouveau que signifiaient imparfaitement les sacrifices anciens; c'est le culte parfait rendu à Dieu par l'offrande de l'unique Victime capable de sceller dans son sang le pacte de la réconciliation entre la Divinité et l'humanité.

Il suffit de voir mourir Jésus pour croire à tout ce qu'il a dit. Il n'y a qu'à constater ce couronnement sanglant de sa vie, pour admirer avec

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quelle exactitude II a réalisé ce qu'il avait annoncé ; pratiqué ce qu'il avait enseigné ; donné ce qu'il avait promis ; sacrifié ce qu'il avait reçu ; accepté et voulu les volontés divines qu'il était venu accomplir.

Pour comprendre jusqu'à quel point son Immolation est une partie intégrante de sa vie et combien sa mission ici-bas trouve sa complète consommation dans le Sacrifice de la divine Victime : il n'y a qu'à contempler Jésus se préparant toute sa vie au sacrifice ; à entendre les fréquentes allusions qu'il y fait ; à Le voir se réjouir de ce que les humiliations, les souffrances et les opprobres vont s'abattre sur Lui, puisque, dit-Il, c'est l'heure de ses plus ardents désirs1. Il n'y a qu'à considérer avec quel empressement Il va au-devant du traître "2 ; avec quelle dignité sereine II supporte les insultes de ses ennemis3;

1 « J'ai désiré d'un grand désir manger cette Pâque avec vous avant de souffrir. » Luc, xxn, i5.

2 « Levez-vous, allons, voici qu'approche celui qui me livrera. » Matth., xxvi, 46.

3 « Un des serviteurs qui était présent donna un soufflet à Jésus, disant : Tu réponds ainsi au pontife? Jésus lui répondit : Si j'ai mal parlé, rends témoignage du mal, et si j'ai bien parlé, pourquoi me frappes-tu ? » Jean, xvih, 22, 23.

« Comme il était accusé par les princes des prêtres et les anciens, il ne répondit rien. Alors Pilate lui dit : N'entends-tu pas combien de témoignages ils profèrent contre toi ? Mais il ne lui répondit pas une seule parole, de sorte que le gouverneur était grandement étonné. » Matth., xxvii, 12-14.

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avec quelle soumission II obéit à ses bourreaux ; avec quel courage II s'étend Lui-même sur le bois de sa Croix ; avec quelle sublime grandeur II supporte sa dernière agonie ; avec quel héroïsme surhumain II attend la mort qu'il salue par l'immortel cri du « Consummatum est ' ».

Sublime conception d'une réparation nécessaire, qui ne pouvait surgir que de la miséricorde divine, qui ne pouvait être embrassée que par la charité d'un Homme-Dieu, qui ne pouvait être réalisée que par une puissance illimitée au service d'un amour infini.

Eternellement Jésus restera notre divine Victime, et nous demeurerons ses rachetés 8. A notre tour de L'aimer comme II nous a aimés, de Lui consacrer notre vie comme II nous a donné la sienne, de L'accompagner jusqu'au Calvaire pour souffrir et mourir avec Lui 3.

1 Jean, xix, 3o.

2 « Jésus est entré dans le ciel même, afin de se présenter pour nous devant la face de Dieu... Il est entré une fois pour toutes dans le sanctuaire, avec son propre sang, ayant obtenu une rédemption éternelle... Il peut sauver pour toujours ceux qui s'approchent de Dieu par lui, étant toujours vivant pour intercéder en notre faveur. » Hébr., ix, 24, 12 ; vu, 25.

3 « Pour moi, à Dieu ne plaise que je me glorifie, si ce n'est dans la croix de notre Seigneur Jésus-Christ, par qui le monde est crucifié pour moi, comme je le suis au monde. » Gal., vi, 14. — « Notre vieil homme a été crucifié avec le Christ. Si nous sommes morts avec le Christ, nous croyons que nous vivrons aussi avec le Christ, » Rom., vi, 6, 8.

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