‹ Jésus mieux connu et plus aimé dans son sacerdoce (volume 2)Chapitre 35 sur 40 · CHAPITRE SEPTIEME · texte numérisé non relu

CHAPITRE SEPTIEME

De l'amour dû à Jésus, Verbe Incarné

(. L'amour du Christ nous presse. » // Cor., V, 14.

« Si quelqu'un n'aime pas notre Seigneur Jésus - Christ, qu'il soit anathème. »

/ Cor.. XVI, 22.

Toutes les relations de Dieu avec l'homme et de l'homme avec Dieu sont fondées sur l'amour. C'est uniquement parce que Dieu est essentiellement aimant, qu'il se répand au dehors et qu'il a créé l'humanité ; c'est parce que l'humanité est l'œuvre de Dieu, parce qu'elle a tout reçu de lui, parce qu'elle en dépend essentiellement et qu'il est sa tin dernière, qu'elle doit l'aimer souverainement.

Les mêmes raisons de charité se rencontrent en Jésus, dans les rapports mutuels qu'il a avec nous. C'est l'amour qui L'a fait s'incarner et se sa-

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crifier pour les hommes ' ; c'est par l'amour, avant tout, que les hommes, de leur côté, doivent reconnaître ces immenses bienfaits et y répondre 2. De même que tout l'amour de Dieu pour l'homme s'est concentré en Jésus, qui en est la preuve constante et la plus manifeste3; de même notre amour pour Dieu doit se diriger tout naturellement vers le Verbe Incarné. Jésus est ainsi un centre nécessaire de charité divine et humaine.

Dieu le Père n'aurait fait rien d'autre que de nous donner son Fils, qu'il aurait atteint les dernières limites de la charité divine4, tout le reste découlant nécessairement de ce don inénarrable ou y étant ordonné5. Aussi, quand l'Evangéliste veut nous faire comprendre cet amour éternel et infini, nous dit-il que Dieu l'a poussé jusque-là,

1 « Le Christ nous a aimés et s'est livré lui-même pour nous à Dieu, comme une oblation et un sacrifice d'agréable odeur. » Ephés., v, 2.

2 « Marchez dans l'amour, comme le Christ qui nous a aimés. » Ibid.

3 « L'amour de Dieu s'est manifesté parmi nous en ce que Dieu a envoyé son Fils unique dans le monde. » I Jean, iv, 9.

4 Saint Paul ne craint pas de dire qu'en nous donnant Jésus pour nous sortir de la mort et nous rendre à la vie, Dieu ne l'a fait que par un véritable excès d'amour : « Dieu, qui est riche en miséricorde, à cause de l'amour extrême dont il nous a aimés, nous a rendu la vie dans le Christ, lorsque nous étions morts par nos péchés. » Ephés., h, 4, 5.

5 « Dieu n'a pas épargné son propre Fils, mais il l'a livré pour nous tous ; comment avec lui ne nous a-t-il pas tout donné? » Rom., vin, 32.

comme pour nous taire entendre qu'il ne peut aller plus loin l. L'humanité, de son côté, n'offrirait à Dieu, en hommage de louange et d'amour, que le Verbe Incarné avec ses œuvres, ses mérites et l'effusion de son sang, que Dieu y trouverait un juste retour d'amour à sa charité infinie 2.

Ne perdons pas de vue que Jésus, étant Dieu et Homme tout à la fois, n'abandonne rien de ce qu'il était avant son Incarnation et conserve éternellement tout ce qu'il a pris de la nature humaine en s'incarnant. Dès lors, l'amour dont Il est l'objet comme Fils de Dieu éternellement engendré par le Père, se retrouve inévitablement et dans sa perfection infinie, dans le Verbe Incarné 3 ; de même, tout l'amour que les créatures doivent à Dieu, elles le lui rendent en le donnant à Jésus, sans omettre pour cela l'amour

1 « Dieu a tant aimé le monde qu'il lui a donné son Fils unique. » Jean, m, 16.

- « Offrons donc sans cesse à Dieu par Jésus-Christ un sacrifice de louange. » Hébr., xiii, i5.

3 « Le Père aime son Fils et a tout mis entre ses mains. »> Jean, ni, 35. — « Le Père aime son Fils et lui montre tout ce qu'il fait. » Jean, v, 20. — Dans sa dernière prière, lorsque Jésus intercède pour nous auprès de son divin Père, il dit : « Je suis en eux et vous êtes en moi, afin qu'ils soient consommés dans l'unité, et que le monde connaisse que vous m'avez envoyé et que vous les avez aimés du même amour dont vous m'avez aimé... Vous m'avez aimé avant la constitution du monde. » Jean, xvii, 23, 24.

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plus personnel qu'elles doivent à l'Homme-Dieu comme Sauveur *.

Nous ne pouvons donc pas nous contenter d'aimer Dieu, en conservant de Dieu une simple idée générale de la Divinité, d'un Etre suprême, créateur de toutes choses, souverain dominateur, bienfaiteur et rémunérateur ; nous sommes tenus d'aimer personnellement, individuellement, Jésus, le Dieu avec nous, qui s'est fait connaître à l'humanité, qui en a revêtu la nature, qui a traité avec les hommes, qui a souffert et qui est mort pour eux.

Nous ne pouvons davantage restreindre notre amour à un culte du Verbe Incarné, que nous appellerions volontiers indirect, en l'attribuant uniquement et collectivement aux trois Personnes de la Sainte Trinité. Ce Mystère est le plus grand de tous, le Mystère fondamental de la sainte Religion, et nous lui devons un culte d'amour souverain. Néanmoins, il est un fait aussi réel que le premier, il est un Mystère, le plus grand après celui de la Sainte Trinité et qui lui est intimement lié : c'est celui de l'Incarnation. Ce ne sont pas les trois Personnes divines qui se

1 « L'amour du Christ nous presse. Le Christ est mort pour tous, afin que ceux qui vivent ne vivent plus pour eux-mêmes, mais pour celui qui est mort et ressuscité pour eux. » II Cor., v, 14, i5.

sont incarnées, mais bien la deuxième Personne, le Verbe, le Fils éternellement engendré par le Père ; c'est ce Verbe divin, qui a nom Jésus, qui personnellement nous a aimés, nous a sanctifiés, nous a sauvés. A cause de cela, il Lui est dû un amour tout spécial, un amour personnel, qu'aucun autre amour ne peut remplacer '.

Si nous voulions aller jusqu'au bout de notre pensée, nous dirions que cet amour est pratiquement le premier de tous et que c'est celui qui doit dominer tous les autres dans notre vie2. Le premier, parce qu'il contient en même temps l'amour que nous devons à Dieu comme Créateur, puisque le Verbe est Celui par qui tout a été fait ; le premier, parce qu'il comprend l'amour que nous devons aux deux autres Personnes de la Trinité Sainte, dont le Verbe est insépa-

1 « Si quelqu'un n'aime pas notre Seigneur Jésus-Christ, qu'il soit anathème. » I Cor., xvi, 22.

* L'une des raisons, donnée par Saint Thomas, c'est que Jésus est pour nous le plus puissant mobile d'accomplir le premier des préceptes, qui est l'amour de Dieu. « Il n'y a rien de plus puissant, dit-il, pour provoquer notre amour envers Dieu que son Verbe, par qui tout a été fait, qui a pris notre nature pour la réparer, étant en même temps Dieu et homme. Parce que par là il nous est parfaitement démontré combien l'amour de Dieu pour l'homme est grand, puisque, pour le sauver, il s'est fait homme lui-même. » S. Thom., Op. 3, c. 5.

3 « Il a loué le Seigneur de tout son cœur, et /'/ a aimé le Dieu qui l'a créé. » Eccl., xlvh, io. — « Tout a été créé par lui et en lui. » Col., i, 16.

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rable ' ; le premier, parce qu'il est celui que Dieu réclame d'abord de nous pour le plus grand bienfait que jamais le ciel ait fait à la terre"2; le premier, parce qu'il nous est personnel et qu'il exprime plus directement notre reconnaissance pour la grâce suprême de notre salut éternel3.

1 Aimer le Fils, c'est évidemment aimer le Père par qui il est engendré et dont il est l'image substantielle ; d'autant plus que Jésus est l'Envoyé du Père précisément pour manifester l'amour de Dieu aux hommes, « Dieu a tant aimé le monde qu'il lui a donné son Fils unique » (Jean, ni, 16), et pour recevoir d'eux les hommages et l'amour qu'ils doivent à Dieu : « Qui me reçoit reçoit celui qui m'a envoyé » (Jean, xiii, 20) ; « iMon Père vous aime parce que vous m'aimez » (Jean, xvi, 27). — Aimer Jésus, c'est également aimer le Saint-Esprit qui, procédant du Père et du Fils par un mutuel et substantiel amour, est honoré de tout ce qui est fait à l'une des deux autres Personnes divines, desquelles il reçoit tout ce qu'il possède, selon ces paroles mêmes de Jésus, en Saint Jean (xvi, 14, i5) : « Cet "Esprit de vérité me glorifiera, parce qu'il recevra de ce qui est à moi et vous l'annoncera. Tout ce qu'a le Père est à moi ; c'est pourquoi j'ai dit qu'il recevra de ce qui est à moi et vous l'annoncera. »

C'est bien là, d'ailleurs, la pensée de l'Eglise qui, dans le Canon de la Messe, nous laisse entendre clairement que Jésus est le centre divin dans lequel se concentrent tous les hommages de l'humanité en l'honneur de la Trinité tout entière : « Par Lui, avec Lui, en Lui tout honneur et toute gloire vous sont rendus, Dieu Père tout-puissant en l'unité du Saint-Esprit. »

- « Que le Christ habite par la foi dans vos cœurs, afin qu'étant enracinés et fondés dans la charité, vous puissiez connaître l'amour du Christ, qui surpasse toute connaissance, de sorte que vous soyez remplis de toute la plénitude de Dieu. » Ephés., m, 17. >9-

'■' « La grâce de notre Seigneur a été surabondante, en me remplissant de la foi et de la charité qui est en Jésus-Christ. » I Tim., 1, 14.

AMOt'R Ut' A JÉSUS VERBE INCARNÉ 5"]5

Cet amour doit dominer tous les autres, car de sa nature il a plus d'attrait, en ce qu'il nous montre plus près de nous le Dieu que nous devons adorer et aimer, qu'il nous le fait palper en quelque sorte et nous rend témoins de tout ce que sa charité divine Lui inspire pour nous1. Il est le plus vivace, parce qu'il nourrit en même temps notre foi dans le plus important des mystères, sur lequel repose toute l'histoire de l'humanité, et qu'il donne à nos espérances un fondement inébranlable comme celui de la vérité de l'Incarnation du Verbe et de la Rédemption du genre humain'2. Il est le plus fécond, parce qu'il nous anime sans cesse à marcher sur les traces de Celui que nous aimons et à L'imiter dans les vertus qu'il a pratiquées le premier, pour nous en appliquer ensuite les grâces et les mérites 3. Il est le plus efficace, parce qu'il ne connaît au-

1 « Nous avons vu et nous attestons que le Père a envoyé son Fils comme Sauveur du monde. Nous avons connu l'amour que Dieu a pour nous, et nous y avons cru. Dieu est amour, et celui qui deineure dans l'amour demeure en Dieu, et Dieu en lui. » I Jean, iv, 14, 16.

- « Avec le Christ j'ai été cloué à la croix. Et je vis, non, ce n'est plus moi, mais c'est le Christ qui vit en moi. Je vis dans la foi au Fils de Dieu qui m'a aimé et qui s'est livré luimême pour moi. » Gal., h, 19, 20.

:; « Si quelqu'un garde sa parole, l'amour de Dieu est vraiment parfait en lui ; et par là nous savons que nous sommes en lui. Celui qui dit qu'il demeure en lui, doit marcher aussi comme il a marché lui-même. » I Jean, ii, 5, 6.

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cune borne et que, cherchant à atteindre la perfection de l'amour même de Jésus pour nous, sur lequel il se modèle, il suscite tous les héroïsmes et conduit jusqu'au sommet de la sainteté '.

Ne craignons donc point de rien enlever à l'amour que nous devons au Père et au Saint- Esprit, en concentrant toutes les affections de notre cœur sur Jésus, le Verbe Incarné. Tout au contraire, le grand moyen d'aimer Dieu le Père, c'est d'aimer le Fils qu'il nous a donné, lequel saura nous révéler le Père qu'il aime souverainement et qu'il veut nous voir aimer du même amour dont II l'aime. Egalement, le meilleur moyen d'aimer Dieu le Saint-Esprit, c'est encore d'aimer le Verbe dont il procède éternellement ainsi que du Père, dans un substantiel amour; le Verbe, que nous ne pourrons aimer sans vouloir reporter une partie de notre amour sur la troisième Personne divine qui a coopéré si divinement au Mystère de l'Incarnation.

Jésus, le Verbe Incarné, devient ainsi le di-

1 « Qui donc nous séparera de l 'amour du Christ ? Sera-ce la tribulation, ou l'angoisse, ou la faim, ou la nudité, ou le péril, ou la persécution, ou le glaive ? Je suis certain que ni la mort, ni la vie, ni les anges, ni les principautés, ni les puissances, ni les choses présentes, ni les choses à venir, ni la violence, ni ce qu'il y a de plus élevé, ni ce qu'il y a de plus profond, ni aucune autre créature, ne pourra nous séparer de l'amour de Dieu, manifesté dans le Christ Jésus notre Seigneur. » Rom., vui. 35, 38, 3g.

vin foyer où se rencontrent l'amour de Dieu et l'amour de l'homme dans un ineffable embrassement qui se prolongera pendant toute l'éternité. Voyons-en les divers aspects, et dans l'amour qui descend du ciel, et dans l'amour qui monte de la terre, et dans l'amour qui vivifie le cœur même de l'Homme-Dieu.

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