I. — Le Verbe Incarné
objet des complaisances infinies
de Dieu le Père
Le Verbe de Dieu est et sera éternellement l'objet ineffable des infinies complaisances de son divin Père. Partout où il est, son Père l'aime ; sous quelque apparence qu'il se présente il ne cesse d'être son Fils bien-aimé ; même dans les abaissements et les humiliations de son Incarnation, il demeure à ses yeux ce qu'il est de toute éternité. Bien plus, s'il était possible d'ajouter quelque chose à ce qui est infiniment parfait et ne peut, par conséquent, recevoir d'accroissement, Dieu le Père aimerait davantage son Fils à cause de son Incarnation, tant il en reçoit, par ce Mystère, une preuve d'amour incomparable.
Le Père, qui connaît essentiellement tous les sentiments et tous les désirs de son Fils, sait
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avec quel zèle de sa gloire celui-ci s'est incarné. Vivant éternellement d'amour pour son divin Père, le Verbe veut lui procurer la gloire extérieure que le péché de l'humanité lui a enlevée, et il prend pour cela le moyen du plus inconcevable abaissement, comme pour donner plus d'intensité à l'amour qui le presse. Et c'est sous les dehors de la nature humaine révoltée qu'il se présente à son Père, qu'un tel excès d'amour attendrit. Sous ces haillons d'emprunt, il reconnaît son Fils ; sous cette difformité du péché dont il s'est chargé, il contemple son Verbe avec une tendresse presque de reconnaissance et il se complaît dans le Fils de son éternelle charité.
L'amour a entraîné le Verbe jusqu'à descendre dans les profondeurs de l'humanité coupable, afin de la guérir et de la sauver. L'humanité est l'œuvre de Dieu et le chef-d'œuvre de toutes les créations terrestres ; la pensée de la rétablir dans sa beauté première et de la rendre à Dieu purifiée et sanctifiée, est une pensée toute divine et sa réalisation équivaut à une seconde création.
C'est là l'œuvre que Jésus est venu accomplir et pour laquelle II ne reculera devant aucun sacrifice ; Il ne cessera d'y travailler, qu'il n'ait épuisé toutes ses forces et versé tout son sang.
En voyant son divin Fils occupé à une tâche aussi ingrate mais en même temps aussi noble
AMOUR DU A JÉSUS VERBE INCARNÉ 3yg
et aussi digne de la majesté divine qui a droit de trouver son honneur et sa gloire dans ses œuvres, Dieu le Père ne peut méconnaître le bienfait immense qui en revient aux hommes, qu'il aime souverainement puisqu'il leur a livré son Fils ; et en voyant combien ce Fils bien-aimé met son amour à l'unisson du sien, il l'aime particulièrement et il l'aime dans ces mêmes preuves d'amour qu'il en reçoit1. Sa tendresse l'accompagne partout, et partout le Verbe humilié dans sa chair reste pour le Père le Verbe glorifié dans son sein, dont il ne se sépare jamais et en qui il continue de se complaire.
La terre n'est pas témoin de ces relations ineffables entre le Père et le Fils ; elles sont invisibles, mais elles existent partout où Jésus porte ses pas; et si ses contemporains avaient pu pénétrer dans l'âme du Sauveur, ils y auraient vu la Trinité tout entière avec les adorables communications mutuelles des trois Personnes divines. Ils y auraient éprouvé les ardeurs infinies de la charité éternelle qui les unit entre elles ; ils y auraient contemplé l'amour particulier des deux autres Personnes pour le Verbe Incarné ; ils y auraient entendu des paroles sublimes comme celles qui, par deux fois pendant la vie mortelle
1 « Le Père m'aime parce que je donne ma vie. » Jea.n, x, 17.
du Sauveur, tombèrent de la bouche de Dieu le Père : « Voici mon Fils bien-aimé . en qui j'ai mis mes complaisances l. »
Qu'il est adorable cet amour du Père pour son Verbe fait Homme ! Et qu'elles sont touchantes les allusions que Jésus Lui-même y fait, lorsqu'il nous dit que leur amour mutuel les consomme dans l'unité - ; que cette dilection dont L'aime son divin Père, Il la veut voir en nous3; et que le grand motif pour lequel son Père nous aime, c'est parce que nous L'aimons, Lui, le Fils de ses complaisances '' !
Pensons souvent à cet amour ineffable que Dieu le Père a pour son Fils en tant que Verbe Incarné, et cherchons à faire nôtres ces sentiments divins, pour aimer Jésus comme II mérite d'être aimé et pour en faire, nous aussi, à l'exemple du Père, l'objet de nos contemplations assidues et de nos amoureuses complaisances s.
1 Matth., in, 17 ; xvii, 3.
2 « Moi et mon Père nous sommes une seule chose. » Jean, x, 3o. :; « Je leur ai fait connaître votre nom, afin que l'amour dont
vous m'avez aimé soit en eux. » Jean, xvh, 26.
1 « Mon Père vous aime, parce que vous m'avez aimé. » Jean, xvi, 27.
5 « Soyez donc les imitateurs de Dieu, comme des enfants bien-aimés, et marchez dans l'amour, comme le Christ qui nous a aimés, et qui s'est livré lui-même pour nous en oblation à Dieu. » Ephés., v, 1, 2.
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