I. — Jésus est Dieu
ses œuvres le prouvent
Jésus était venu demeurer parmi les hommes pour vivre de leur vie et pour pouvoir, par là, leur faire plus de bien '. Il fallait donc qu'il leur apparût comme l'un d'eux, et c'est pourquoi
1 « Ce n'est pas aux anges qu'il vient en aide, mais il vient en aide à la race d'Abraham. C'est pourquoi il a dû en toutes choses être rendu semblable à ses frères, afin de devenir un pontife miséricordieux et fidèle dans le service de Dieu, pour expier les péchés du peuple. Car c'est par les souffrances et les humiliations qu'il a lui-même subies qu'il peut secourir ceux qui sont tentés. » Hébr., ii, 16-1S.
Jésus mène pendant trente ans une vie ordinaire, sans éclat, humble et pauvre comme la majorité des vies humaines l. Dans l'ensemble de sa vie, rien d'extraordinaire ne paraît ni ne frappe ; sa Divinité est tellement voilée, que rien n'en transpire au dehors.
Cet état humble et modeste entrait dans les desseins de Jésus venant enseigner aux hommes toutes les vertus ; néanmoins, il ne pouvait durer, non pas que le Verbe Incarné ne s'en fût point contenté, Lui qui avait choisi librement et volontairement pour compagnes l'humiliation et la souffrance, mais parce qu'il avait une mission qu'il ne pouvait accomplir qu'en manifestant sa Divinité. Il voulait bien montrer aux hommes qu'il était leur frère, mais II voulait aussi leur prouver qu'il était leur Dieu.
S'il eût toujours vécu pauvre et ignoré, Il aurait pu quand même sauver les hommes, mais II ne les aurait pas enseignés. S'il fût mort dans l'ombre et le secret, sa mort eût eu la même efficacité intrinsèque, mais Jésus n'ayant point été connu comme Dieu, l'humanité n'aurait pas vu en Lui son Sauveur.
Autant donc il était utile aux âmes que Jésus
1 « Il s'est anéanti jusqu'à prendre la nature de l'esclave. Il s'est fait en tout semblable aux hommes ; 11 a revêtu tous les caractères de l'homme. » Phil., ii, 6, 7.
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donnât l'exemple de toutes les vertus dans l'humble condition d'une vie obscure et cachée, autant il était nécessaire qu'il se révélât au monde pour donner à sa mission le caractère qui lui convenait '. Venu du ciel pour en rapprendre le chemin aux hommes qui l'avaient oublié, Il devait leur manifester sa divine origine -. Entré dans l'humanité pour l'unir plus
1 Le Docteur angélique, en ses divers écrits, donne de nombreux motifs de l'Incarnation du Verbe ; il en est plusieurs qui se rapportent directement aux idées que nous exprimons ici ; nous les citerons à mesure pour l'édification du lecteur.
« Nous sommes attirés à la vertu, dit Saint Thomas, par les exhortations et les exemples ; et les exemples et les exhortations d'une personne nous portent d'autant plus efficacement à pratiquer la vertu, que nous sommes plus affermis dans la bonne opinion que nous en avons. L'homme avait donc nécessairement besoin, pour être confirmé dans la vertu, de recevoir de Dieu fait homme des préceptes et des exemples de vertu. C'est pourquoi le Seigneur lui-même nous dit (Jean, xiii, 15) : « Je vous ai donné l'exemple, afin que vous agissiez comme j'ai agi à votre égard. » S. Thom., Contr. Gent., L. 4, c. 54.
2 « Comme l'homme s'était éloigné des choses spirituelles et s'était livré tout entier aux choses corporelles, auxquelles il n'aurait pu lui-même s'arracher pour revenir à Dieu, la sagesse divine qui avait créé l'homme, en prenant la nature corporelle, visita l'homme engourdi dans les choses corporelles, afin de le ramener aux choses spirituelles par les mystères de son corps. » S. Thom., Op. 2, c. 2i3.
« Aussi, lisons-nous ailleurs, nous voyons que, par suite de l'Incarnation de Dieu, les hommes renonçant en grande partie au culte des anges, des démons et des créatures de tout genre, méprisant même les voluptés sensuelles et tout ce qui est matière, se sont consacrés exclusivement au culte de Dieu, en qui seul ils attendent la réalisation complète du bonheur, confor-
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étroitement à la Divinité, Il devait prouver qu'il avait la puissance divine pour opérer une œuvre aussi sublime1. Voulant enseigner au monde les secrets cachés dans le sein de l'adorable Trinité, Il devait chercher à donner à sa parole l'autorité suprême capable d'appuyer une doctrine aussi élevée2. Résolu de passer par toutes les ignomi-
mément à cet avertissement de l'Apôtre (Col., ni, 12) : « Cherchez ce qui est dans le ciel, où le Christ est assis à la droite de Dieu ; ayez du goût pour ce qui est dans le ciel, et non pour ce qui est sur la terre. » S. Thom., Contr. Gent., L. 4, c. 54.
1 « Dieu a donné par là à l'homme une sorte d'exemple de cette heureuse union qui existera, par l'opération de l'intellect, entre l'intellect créé et l'esprit incréé. Il n'est plus incroyable, en effet, que l'esprit de la créature puisse être uni à Dieu par la vision de son essence, depuis que Dieu s'est uni à l'homme en se revêtant de sa nature. » S. Thom., Op. 2, c. 21 3.
Dans un autre ouvrage, Saint Thomas, formulant plus expressément l'objection de la quasi impossibilité de l'union étroite de l'homme avec Dieu, y répond victorieusement par le fait du mystère de l'Incarnation. « On pourrait s'imaginer, dit-il, qu'il ne sera jamais possible à l'homme d'arriver à être dans une condition telle que son intelligence s'unisse immédiatement à l'essence divine elle-même, de la même manière que l'intelligence à l'objet intelligible, à cause de la distance incommensurable des natures. Mais, dès lors que Dieu a voulu s'unir personnellement la nature humaine, cela prouve à l'homme avec la plus entière évidence qu'il peut s'unir à Dieu par son intelligence en le voyant immédiatement. » S. Thom., Contr. Gent., L. 4, c. 54.
2 « Afin que le genre humain tout entier pût jouir de la vraie connaissance de Dieu, Dieu le Père a envoyé dans le monde le Verbe, génération unique de sa puissance, pour initier le monde entier à la vraie connaissance du nom de Dieu ; et Notre Seigneur a, en effet, commencé cette œuvre dans ses disciples,
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nies et de donner son Sang pour le salut du genre humain1, il devait tout d'abord établir solidement la foi en sa Divinité, sous peine de voir sombrer son œuvre dans le doute et l'incrédulité. Pour arriver à cette fin, Jésus n'était pas à court de moyens. Il Lui eût suffi, il est vrai, de
suivant ces paroles de Saint Jean (xvii, 6) : « J'ai manifesté votre nom aux hommes, que vous m'avez donnés du milieu du monde. » Et son intention ne se bornait pas à eux seuls dans cette diffusion de lumière ; mais il voulait qu'ils la répandissent dans le monde entier. C'est pourquoi il ajoute (Ibid., 21) : « Afin que le monde croie que vous m'avez envoyé. » S. Thom., Op. 2, c. 8.
1 « La fin pour laquelle le Verbe de Dieu a revêtu la nature humaine, est le salut et la réparation de cette même nature. » S. Thom., Op. 2, c. 2i3.
Dans sa Somme théologique, le Docteur angélique démontre pourquoi le Verbe Incarné est directement et personnellement notre Rédempteur ; nous n'en citerons qu'un passage qui complétera l'assertion précédente. « Pour racheter il faut deux choses : l'acte du paiement et le prix payé. Car si on paye pour le rachat de quelqu'un une somme qu'on n'acquitte pas de ses propres deniers, mais avec l'argent d'un autre, on ne dit pas qu'on est son principal rédempteur, mais on accorde plutôt ce titre à celui qui a fourni le prix du rachat. Or, le prix de notre rédemption est le sang du Christ, ou sa vie corporelle qui réside dans le sang et que le Christ a sacrifiée. Par conséquent ces deux choses appartiennent l'une et l'autre immédiatement au Christ comme homme. C'est pourquoi il est propre au Christ, comme homme, d'être immédiatement notre Rédempteur. » S. Thom., III p., q. 48, a. 5.
Et c'est dans le même sens qu'il dit ailleurs : « Dieu pouvait adopter un autre plan pour réparer le genre humain, et s'il l'avait choisi, ce dessein eût été parfaitement convenable ; mais alors c'eût été une délivrance, non pas une rédemption, parce qu'il n'y aurait pas eu la solution d'un prix. » S. Thom., III Sent. dist. 20, q. 1, a. 4.
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vouloir donner à sa parole une efficacité capable de subjuguer complètement les esprits et les cœurs, pour gagner l'assentiment de l'humanité tout entière au dogme de sa Divinité ; Il a voulu néanmoins obtenir cette croyance par un mode plus conforme à la dignité humaine. Il laissera aux intelligences leur pouvoir de raisonnement, mais II les éclairera de vives lumières et les frappera par des faits qui les amèneront victorieusement à la vérité. II respectera les volontés humaines et ne fera que les inciter sans les violenter, afin qu'elles conservent tout le mérite de leurs actes. Il parlera aux sens et à l'âme en même temps et II les forcera, par la logique des choses, à confesser sa Divinité *.
Il opérera de telles œuvres, que les foules émerveillées accourront à Lui et Le proclame-
1 « Il fallait, dit encore Saint Thomas, pour que l'homme devînt parfaitement certain de la vérité de la foi, que Dieu même fait homme l'instruisît, afin que l'homme reçût les enseignements divins d'une manière conforme à sa condition. Et l'Ecriture l'exprime en ces termes (Jean, i, 18) : « Personne n'a jamais vu Dieu ; le Fils unique qui est dans le sein du Père, l'a fait connaître lui-même. » Et le Seigneur dit lui-même (Jean, xviii, 37) : « Je suis né et je suis venu dans le monde afin de rendre témoignage à la vérité. » — Et nous voyons, pour cette raison, qu'après l'Incarnation du Christ les hommes ont reçu une instruction qui leur a fait connaître Dieu avec plus d'évidence et de certitude, selon cette parole d'Isaïe (xi, 9) : « La terre a été remplie de la science du Seigneur. » S. Thom., Contr. Gent., L. 4, c. 54.
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ront l'Envoyé du Seigneur1. Il accomplira des actes d'une puissance si étonnante, qu'on Le regardera d'abord comme le plus grand des Prophètes et qu'on ne tardera pas à voir en Lui le Messie promis'2. Il bouleversera à un tel point les lois de la nature et II exercera un tel empire sur les éléments et les esprits immondes, qu'on tombera à genoux et qu'on Le confessera hautement le Fils de Dieu3.
1 Les Samaritains disaient : « Nous l'avons entendu nousmêmes, et nous savons qu'il est vraiment le Sauveur du monde. » Jean, iv, 42.
« La foule qui précédait et celle qui suivait criaient, disant : Hosanna au fils de David ! Béni soit celui qui vient au nom du Seigneur ! Hosanna au plus haut des cieux ! » Matth., xxi, 9.
2 Tous les témoins de la résurrection du fils de la veuve de Naïm « furent saisis de crainte et ils glorifiaient Dieu en disant : Un grand prophète a paru parmi nous, et Dieu a visité son peuple. » Luc, vu, 16.
De même, après la multiplication des pains, la multitude disait : « Celui-ci est vraiment le prophète qui doit venir dans le monde. » Jean, vi, 14.
Nicodème, pharisien et prince des Juifs, venant de nuit à Jésus, lui dit : « Rabbi, nous savons que vous êtes venu de Dieu en tant que Maître, car personne ne peut faire les prodiges que vous faites, si Dieu n'est avec lui. » Jean, in, 1, 2.
3 Marthe dit à Jésus : « Oui, je crois que vous êtes le Christ, le Fils du Dieu vivant, qui êtes venu en ce monde. » Jean, xi, 27.
Jésus ayant rencontré l'aveugle-né, qu'il avait guéri, lui dit : « Crois-tu au Fils de Dieu ? Il Ihî répondit et dit : Oui est-il, Seigneur, afin que je croie en lui ? Et Jésus lui dit : Tu l'as vu, et celui qui te parle, c'est lui. Il répondit : Je crois, Seigneur. Et, se prosternant, il l'adora. » Jean, ix, 35-38.
Les démons, chassés du corps des possédés, criaient : « Tu es le Fils de Dieu. » Luc, rv, 41.
Personne n'aura jamais accompli de tels prodiges : on n'a jamais entendu dire, s'écriera l'aveugle-né guéri par Lui, que quelqu'un ait donné la vue à un aveugle de naissance1. Jésus Lui-même attestera qu'il a fait des œuvres que nul autre n'a faites - : les foules s'en approcheront pour pouvoir simplement toucher le bord de ses vêtements, afin d'être soulagées dans leurs maux3 ; les malades feront appel à son simple bon vouloir pour être guéris : si vous le voulez, vous pouvez nous guérir, Lui crieront-ils '' ; toutes les misères imploreront son secours et seront soulagées r' ; la mort même ne pourra Lui résister, et 11 lui arrachera ses victimes".
1 Jean, ix, 32.
2 « Si je n'avais pas fait au milieu d'eux des œuvres que nul autre n'a faites, ils seraient sans péché. » Jean, iv, 24.
3 « Et voilà qu'une femme, affligée d'un flux de sang, s'approcha de Jésus et toucha la frange de son manteau... et à l'heure même cette femme fut guérie. » Matth., ix, 20, 22.
« Et ils le priaient de leur laisser toucher seulement la frange de ses vêtements, et tous ceux qui la touchèrent furent guéris. » Matth., xiv, 36.
1 Matth., viii, 2. — Marc, 1, 40. — Luc, v, 12.
5 « Allez, rapportez à Jean ce que vous avez entendu et vu. Les aveugles voient, les boiteux marchent, les lépreux sont purifiés, les sourds entendent, les morts ressuscitent, les pauvres sont évangélisés. » Matth., xi, 4.
i; « Comme le Père réveille les morts et les rend à la vie, ainsi le Fils fait vivre ceux qu'il veut. » Jean, v, 21.
Résurrection du (ils de la veuve de Naïm : Luc, vu, 11, 17. — Celle de la fille de Jaïre : Matth., ix, 18. — Marc, v, 22. — Luc, viii, 41. — Celle de Lazare : Jean, xi, 1.
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Pendant trois ans Jésus sèmera ainsi les miracles sur ses pas. Ce sera son langage divin. Il proclamera sans doute Lui-même sa Divinité, mais II voudra confirmer ses dires par ses actes, et ce sont ses miracles plus que ses paroles qui feront croire en Lui. Les merveilles qu'il opérera seront une preuve si éloquente de sa Divinité que, lorsqu'il reprochera à ses ennemis leur incrédulité, Il fera appel à ses miracles et leur dira que rien ne les justifie de ne pas croire aux œuvres qu'il accomplit : « Si vous ne voulez pas me croire, croyez à mes œuvres '. »
Viendra le jour néanmoins où le grand Thaumaturge sera réduit à l'impuissance apparente. Sa parole se sera tue, et II devra écouter les sarcasmes et les blasphèmes de la foule'2 ; sa majesté aura comme sombré dans l'ignominie ; à la marche triomphale du Dimanche des Rameaux succédera la montée du Calvaire ; sa puissance auparavant sans limites sera réduite à la dernière infirmité ; II aura sauvé les autres, et II ne pourra se sauver Lui-même, ricaneront ses ennemis3; Il
1 Jean, x, 38.
5 « Les passants le blasphémaient branlant la tête. Les princes des prêtres, avec les scribes et les anciens, se moquaient aussi de Lui... Les voleurs crucifiés avec lui l'insultaient de la même manière. » Matth., xxvii, 39, 41, 44.
3 Matth., xxvu, 4a.
aura fait sortir les morts de leur tombeau et maintenant II ne pourra même pas descendre de sa Croix '.
Et Lui qui faisait sans crainte de si fortes leçons aux pharisiens, ennemis de sa mission et de sa doctrine, sépulcres blanchis - et race de vipères", Il est maintenant à leur merci ; ils L'ont garotté et crucifié, ils L'insultent à plaisir et ils branlent la tête en signe de triomphe et de joie haineuse. La Victime va mourir; les dernières gouttes de sang s'échappent de tout son corps en lambeaux ; l'enfer se prépare un triomphe décisif.
Et pourtant, jusqu'à la lin, Jésus doit prouver qu'il est Dieu. S'il meurt dans l'ignominie, parce qu'il Lui a plu de choisir ce dernier supplice comme mode de rédemption du genre humain, II veut néanmoins, jusque dans la mort, montrer la Divinité de sa Personne et de sa mission. Et
1 « Si tu es le Fils de Dieu, descends de la croix... S'il est le roi d'Israël, qu'il descende maintenant de la croix et nous croirons en lui. » Matth., xxvii, 40, 42.
2 « Malheur à vous, Scribes et Pharisiens hypocrites, parce que vous ressemblez à des sépulcres blanchis, qui au dehors paraissent beaux aux hommes, mais au dedans sont pleins d'ossements et de pourriture. » Matth., xxiii, 27.
3 « Race de vipères, comment pouvez-vous dire de bonnes choses, méchants comme vous l'êtes. » Matth., xii, 34.
« Serpents, race de vipères, comment éviterez-vous d'être condamnés à la «jéhenne ? » Matth., xxiii, 33.
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lorsqu'on attendait son dernier soupir dans un râle étouffé et quasi imperceptible comme celui des mourants, voilà que, dominant de nouveau les impuissances de la mort et renversant les lois de la nature, Jésus pousse un grand cri et expire1. Ce cri du divin Crucifié mourant est comme un cri de victoire, il a la même puissance que la parole miraculeuse du Prophète de Galilée commandant aux éléments et ressuscitant les morts.
1 « Jésus, jetant un cri. d'une voix forte, rendit l'esprit. » jMatth., xxvii, 5o.
Saint Thomas dit à ce sujet : « Le Christ, pour montrer que la passion qu'il souffrait ne lui enlevait pas la vie par violence, conserva sa nature corporelle dans toute sa force, de manière qu'étant à l'extrémité il poussa un très grand cri, ce que l'on compte parmi les autres miracles qui ont accompagné sa mort... Comme il conserva par sa volonté sa nature corporelle dans toute sa vigueur jusqu'à la fin, de même, quand il le voulut, elle succomba immédiatement aux mauvais traitements qu'elle avait reçus. » S. Thom., III p., q. 47, a. 1, ad 2.
Dans ses Opuscules, il fait ressortir encore davantage combien ce genre de mort manifeste la toute-puissance de notre divin Sauveur. « Il était au pouvoir du Christ, dit-il, de rendre permanente, à son gré, l'union de son âme avec son corps, ou de s'en séparer. Le centurion présent au crucifiement du Christ, comprit cet indice de la puissance divine, lorsqu'il le vit pousser, en expirant, un cri qui montrait évidemment qu'il ne mourait pas, comme les autres hommes, par une défaillance de la nature. Car les hommes ne peuvent rendre l'âme en poussant des cris, puisque, dans ce moment suprême, ils peuvent à peine produire, en palpitant, un léger mouvement de langue. C'est pourquoi le Christ, par ce cri qu'il poussa en expirant, a manifesté en lui la puissance divine; et c'est pour cette raison que le centurion s'écria (Matth., xxvii, 54) : « Cet homme était vraiment le Fils de Dieu. » S. Thom., Op. 2, c. 23o.
Jésus tombe dans l'impuissance et l'immobilité de la mort, mais II bouleverse la nature et II ébranle les fondements de la terre ' ; Il meurt, mais II rend la vie aux morts dans leurs tombeaux2; c'est l'accomplissement de sa prophétie : (f L'heure arrwe oh tous ceux qui sont dans les sépulcres entendront la voix du Fils de Dieu 3. » Ses ennemis eux-mêmes sont terrifiés et, en descendant du Calvaire, confessent que Jésus est bien vraiment le Fils de Dieu 4.
1 « La terre trembla et les pierres se fendirent. » Matth., xxvii, 5i.
2 « Les tombeaux s'ouvrirent et beaucoup de corps de saints qui étaient endormis se levèrent. » Matth., xxvii, 52. — Sans entrer dans la discussion des diverses opinions émises par les exégètes au sujet du moment précis de la résurrection de ces morts dans leurs tombeaux, nous nous contentons de signaler le fait ; car lors même que le miracle de la résurrection des corps n'aurait eu lieu qu'après la résurrection de Jésus, en même temps que leur apparition dans la ville de Jérusalem, il reçoit néanmoins un commencement d'exécution, à la mort de Jésus, en ce que les tombeaux s'entr'ouvrent pour en laisser sortir les morts qu'ils détiennent.
3 Jean, v, 28. — Nous ferons la même remarque qu'à la note précédente : quoique ces paroles fassent allusion plus directement au jugement, elles peuvent néanmoins s'appliquer aussi au cas présent, la voix du Fils de Dieu s'étant fait entendre par les phénomènes extraordinaires de la nature qui accompagnèrent sa mort.
4 « Or, le centurion et ceux qui avec lui gardaient Jésus, voyant le tremblement de terre et ce qui arrivait, furent saisis d'une grande crainte et dirent : Vraiment celui-ci était le Fils de Dieu. » Matth., xxvii, 54. — L'évangéliste Saint Marc attribue cette confession du centurion au grand cri que poussa Jésus ne
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Un miracle avait annoncé sa venue dans le monde, par le chant des anges appelant les bergers à la crèche ' ; un miracle, plus grand que tous les autres, termine la vie de l'Homme-Dieu et vient mettre le sceau à la vérité incontestable de sa Divinité. Jésus s'est montré Dieu et Homme jusque dans la mort-. Il n'y a qu'à lire dans sa vie les miracles dont II l'a remplie, il n'y a qu'à voir
expirant, ce qui fait ressortir encore plus le caractère miraculeux de la mort du Sauveur : « Le centurion, dit-il, qui était debout en face, voyant qu'il avait expiré en jetant un tel cri, dit : Vraiment cet homme était le Fils de Dieu. » Marc, xv, 39.
1 « Et voilà qu'un ange du Seigneur apparut près d'eux et une clarté divine brilla autour d'eux, et ils furent saisis d'une grande crainte. Et l'ange leur dit : Ne craignez point, car voici que je vous annonce une grande joie, qui sera pour tout le peuple ; car il vous est né un Sauveur, qui est le Christ, le Seigneur, dans la ville de David. Et voici le signe pour vous : vous trouverez un enfant enveloppé de langes et posé dans une crèche. Et soudain se joignit à l'ange une troupe de l'année céleste, louant Dieu et disant : Gloire à Dieu au plus haut des cieux, et sur la terre paix aux hommes de bonne volonté. » Luc, 11, 9-14.
- C'est ce contraste qui tait dire à Saint Thomas : « Dans les actions et les souffrances du Christ, on voit unies ensemble la faiblesse humaine et la puissance divine. A sa naissance, enveloppé de langes, il est placé dans une crèche ; mais ce sont les anges qui chantent ses louanges, ce sont les mages qui, conduits par une étoile, l'adorent. — Il vit pauvre et malheureux, mais il ressuscite les morts et rend la vue aux aveugles. — Il meurt attaché à une croix, confondu avec des voleurs, mais quand il expire, le soleil s'obscurcit, la terre tremble, les rochers se fendent, les tombeaux s'ouvrent et les corps des morts ressuscitent. » S. Tho.m., Op. 3, c. 7.
DEUX NATURES ET UNE PERSONNE EN JÉSUS 3g
comment II vit et comment II meurt, pour tomber à genoux et s'écrier avec Saint Pierre : « Vous êtes le Christ, Fils du Dieu vivant K. »