II. — Jésus est Dieu
les Mystères de sa vie l'enseignent
Jésus apparaît dans l'humanité comme un rayonnement de la Divinité « candor lucis xterniB- ». Flambeau divin venant éclairer le monde, briller dans les ténèbres \ illuminer les esprits, réchauffer les cœurs, diriger les volontés 4, ensoleiller les âmes des clartés éternelles \ Il res-
1 « Matth., XVI, 16.
- « Splendeur de la lumière éternelle. » Sac, vu, 26.
3 « Et la lumière brille dans les ténèbres. » Jean, i, 5.
5 « Jésus vous a appelés des ténèbres à son admirable lumière. » I Pierre, ii, 9.
« Le même Dieu qui a dit à la lumière de resplendir du sein des ténèbres, a fait luire aussi sa clarté dans nos cœurs afin que nous fassions briller la connaissance de la gloire de Dieu selon qu'elle apparaît en Jésus-Christ. » II Cor., iv, 6.
5 C'est ce que nous enseigne Saint Jean, au commencement de son Evangile : « Il était la vraie lumière qui illumine tout homme venant en ce monde. » (Jean, i, 9). — En Jésus, la lumière est quelque chose de vital et d'essentiel ; elle fait partie de luimême, au même degré que la vie. C'est le même Evangéliste qui nous le dit expressément : « En lui était la vie, et la vie était la lumière des hommes. » (Ibid., 4). — Dans sa première Epître, Saint Jean est encore plus explicite. Empressé de faire connaître Jésus en tant que Verbe de vie, il est tout heureux d'annoncer
40 DE LA CONDI lION DE L HOMME-DIEU
semble à ces brillants météores qui laissent après eux une longue traînée de lumière et de feu. Il n'y a qu'à contempler Jésus pour comprendre qu'il descend du ciel, il n'y a qu'à Le suivre pour y entrer avec Lui. Son arrivée en ce monde et son départ nous parlent d'immortalité ; son origine et son éternité nous parlent de sa Divinité.
Dans le cours de sa vie, Jésus brillera souvent avec éclat ; Il laissera parfois percer des rayons de sa Divinité, comme au Thabor ' ; Il se proclamera Lui-même la lumière du monde-, et II jettera dans les âmes des flots de vérité et d'amour qui les éclaireront sur les choses du temps et sur les choses éternelles. Mais il y a dans le passage
ce qu'il a appris de Lui. à savoir que Dieu est lumière : « Le message que nous avons appris de Jésus, et que nous vous annonçons, est que Dieu est lumière. » (I Jean, i, 5). Cette expression fait clairement comprendre que la lumière en Dieu n'est pas un attribut, mais qu'elle forme son essence ; comme quand il est dit que « Dieu est amour », « Dieu est vérité ». C'est encore dans ce sens que Saint Jacques appelle Dieu « le Père des lumières » (Jac, i, 17) ; et que Saint Paul dit que « le Christ Jésus habite une lumière inaccessible, que nul homme n'a vu et ne peut voir » (I Tim., vi, 16).
1 « Il fut transfiguré devant eux. Sa face resplendit comme le soleil et ses vêtements devinrent blancs comme la neige. » Matth., xvii, 2.
- « Je suis la lumière du monde... » Jean, viii, 12.
« Tant que je suis dans le monde, je suis la lumière du monde. » Jean, ix, 5.
« Moi la lumière, je suis venu dans le monde, afin que quiconque croit en moi ne demeure pas dans les ténèbres. » Jean, xii, 46.
de Jésus en ce monde des points plus lumineux encore qui nous révèlent son origine éternelle et qui marquent comme des étapes divines dans les sublimes manifestations qu'il a daigné faire de Lui-même aux hommes : ce sont ses Mystères. Mystères de puissance infinie, mystères de sainteté divine, mystères d'éternelle beauté et d'ineffable charité. A les considérer, on se sent dans le voisinage de l'éternité ; à les méditer, on reconnaît en Jésus les traits de la Divinité.
Tout en Jésus repose sur sa Divinité ; et c'est pourquoi nous ne pouvons Le voir se joindre à l'humanité, qu'en Le considérant en même temps sortant du sein de l'Eternel où II est Dieu de toute éternité.
Quand Jésus est annoncé au monde, un ange est député par Dieu à une humble Vierge à qui est révélé le Mystère ineffable de l'Incarnation. C'est bien le Fils éternel de Dieu le Père qui va devenir le Fils mortel de Marie ; le Très-Haut couvrira la Vierge de son ombre et le Saint- Esprit opérera divinement dans son sein, avec la substance propre de Marie, la conception du Verbe Incarné1. Génération unique qui n'appar-
1 « Vous concevrez dans votre sein et vous enfanterez un fils, et vous l'appellerez du nom de Jésus. Il sera grand et sera appelé le Fils du Très-Haut... L'Esprit-Saint surviendra en vous et la
tient qu'à un Dieu ; maternité unique qui est le privilège de la Mère de Dieu.
Malgré ce que l'Eglise nous enseigne de l'Incarnation du Verbe, ce Mystère reste impénétrable. On est comme écrasé par la grandeur et la sublimité de ce Dieu qui daigne se faire Homme ; et plus on médite sur cet adorable Mystère, plus on entrevoit des abîmes insondables de perfections infinies que semble ne pouvoir contenir l'enveloppe mortelle de notre pauvre humanité1.
C'est le premier éclat du Soleil de Justice
vertu du Très-Haut vous couvrira de son ombre. C'est pourquoi le fruit saint, qui naîtra de vous, sera appelé le Fils de Dieu. » Luc, i, 3i, 32, 35.
1 II est dans la nature même du mystère de ne pouvoir être compris complètement, non qu'il soit métaphysiqueinent incompréhensible, mais parce que notre intelligence créée est limitée et qu'à cause de cela elle ne peut embrasser dans toute son étendue l'immensité de la vérité incréée. C'est ce qu'explique le Docteur angélique par une comparaison : « Notre intelligence, dit-il, se comporte vis-à-vis des phénomènes les plus évidents de la nature comme Y œil de l'oiseau nocturne en face des rayons du soleil. Que l'œil de l'oiseau nocturne ne puisse voir clairement la lumière du soleil, ce n'est point un défaut qu'il taille imputer à cette lumière, mais à Y infirmité visuelle de l'oiseau de nuit : de même, en nous, le défaut de vision provient de ce que notre intelligence n'est point proportionnée à l'immensité de la lumière divine ; voilà pourquoi il y a tant de choses que notre raison ne peut comprendre. De là, le cri de l'Apôtre en son épître aux Romains (xi, 33) : « O profondeur des trésors de la sagesse et de la science de Dieu ! Que ses jugements sont incompréhensibles, et ses voies impénétrables ! » S. Thom., Op. 58, c. 1.
venant éclairer le monde, mais combien lumineux et déjà éblouissant ! Et dans cette lumière éclatante de Jésus entrant dans l'humanité, combien est douce et attrayante la physionomie de ce Verbe Incarné venant nous livrer la Divinité M C'est l'Emmanuel -, c'est Dieu avec nous, Dieu l'un de nous, Dieu en nous î II n'y a plus de distance entre le ciel et la terre ; au lieu de monter jusqu'au trône de Jéhovah, les hommes n'auront qu'à regarder à côté d'eux pour s'adresser à Dieu, pour Le palper en quelque sorte, selon l'énergique expression de Saint Jean', et pour Lui
1 « La bonté de Dieu, notre Sauveur, et son amour pour les hommes ont apparu. » Tit., m, \.
C'est ce que chante avec suavité l'Eglise, aux Laudes de la Circoncision et de l'Epiphanie : « O commerce admirable ! Le Créateur du genre humain prenant un corps animé, a daigné naître d'une Vierge, et se faisant homme /'/ nous a livré sa Divinité. »
- « On l'appellera du nom d1 Emmanuel, qui signitie Dieu avec nous. » Matth., i, 23. — Isaie, vu, 14.
:l « Nous vous annonçons ce qui était au commencement, ce que nous avons vu de nos yeux, ce que nous avons contemplé et ce que nos mains ont touché, concernant la parole de vie... la vie éternelle qui était auprès du Père et qui nous est apparue » (I Jean, i, 1, 2). C'est-à-dire, le Verbe de vie, le Fils éternel du Père, qui possède la vie en plénitude et la communique aux âmes, selon ce que dit le même évangéliste au commencement de son Evangile : « En Lui était la vie, et la vie était la lumière des hommes » (Jean, i, 4), et dans sa première épître : « Dieu nous a donné la vie éternelle et cette vie est dans son Fils. Celui qui a le Fils a la vie ; celui qui n'a pas le Fils n'a pas la vie. » I, Jean, v, 11, 12.
rendre leurs hommages de respect, d'adoration et d'amour.
Tout repose sur la loi en ce divin Mystère, et c'est pourquoi Jésus Lui-même ne cesse de nous l'enseigner sous toutes les formes. Si nous croyons véritablement que Jésus vient du ciel ', qu'il est la deuxième Personne de la Trinité Sainte2, l'image parfaite du Père3 et le Fils consubstantiel de ses éternelles complaisances 4, et qu'il est venu pour sauver tous les hommes 5,
1 « Je suis descendu du ciel. » Jean, vi, 38.
- « Je suis sorti du Père et je suis venu dans le monde. » Jean, xvi, 28.
« Nous avons cru et nous avons connu que vous êtes le Christ, Fils de Dieu. » Jean, vi, 70.
:i « C'est lui qui est X image du Dieu invisible. » Col., i, l5.
Voici comment Saint Thomas s'exprime à ce sujet : « Il est évident qu'en Dieu le Verbe est Xiinage de celui de qui il procède ; coéternel avec lui, puisqu'il n'a pas été plutôt susceptible d'être formé, qu'il a été formé et qu'il est toujours en action ; égal au Père, puisqu'il est parfait, l'expression tout entière du Père ; coessentiel avec le Père et consubstantiel avec lui, puisqu'il subsiste dans sa nature.
« Il est clair également que dans toute nature ce qui procède ayant la ressemblance et la nature de celui de qui il procède, est appelé son fils. C'est ce qui a lieu pour le Verbe, qui en Dieu est appelé Fils ; et la manière dont il est produit, s'appelle génération. » S. Thom., Op. i3.
4 « Celui-ci est mon Fils bien-aimé en qui je me suis complu. » Matth., m, 17.
5 « Dieu a envoyé son Fils unique dans le monde, pour que le monde soit sauvé par lui. » Jean, m, 17.
nous éclairerons d'une lumière divine tout l'ensemble de sa vie. Nous croirons en Lui lorsqu'il parlera, parce que ce sera la parole d'un Dieu ; nous admirerons la sagesse, la puissance et la sainteté de ses actions, parce que ce seront les actions d'un Dieu ; nous adorerons les mystères de sa vie, parce que ce seront les secrets d'un Dieu ; nous nous attacherons à ses pas, pour Le suivre et imiter ses vertus, parce que ce seront les vertus d'un Dieu ; nous voudrons souffrir avec Lui, pour partager les souffrances d'un Dieu ; nous vivrons et nous mourrons pour Lui, afin de répondre aux excès d'amour d'un Dieu *. Croire à Jésus Dieu et Homme, tout est là-! Mais encore faut-il y croire dès le principe, afin d'établir solidement notre foi. Cette vérité étant admise, il ne peut plus y avoir ni doute ni hési-
1 Rien, en effet, plus que ce mystère adorable, ne pouvait prouver éloquemment aux hommes l'amour de Dieu pour eux et les soumettre à lui par amour. « Dieu, en se faisant homme, dit Saint Thomas, a montré évidemment X immensité de son amour pour les hommes, afin que désormais ils n'eussent pas pour motif de leur soumission à Dieu la crainte de la mort, que le premier homme avait méprisée, mais bien X affection et X amour. » S. Thom., Op. 2, c. 201.
« Il n'est aucune preuve plus évidente de l'amour divin, dit-il encore, que de voir Dieu créateur de tout ce qui existe, qui s'est fait créature. Notre Seigneur qui s'est fait notre frère, le Fils de Dieu qui s'est fait le Fils de l'homme. » S. Thom., Op. 6, c. 5.
2 « Qui est celui qui est vainqueur du monde, sinon celui qui croit que Jésus est le Fils de Dieu ? » I Jean, v, 5.
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tation pour aucun autre des Mystères de Jésus. S'il est Dieu, Il peut tout ; et s'il peut tout, Il n'a qu'à vouloir pour réduire sa puissance en acte. Ce qu'il ne fait pas, Il peut le faire : ce qu'il fait, est adorable.
Quelle lumière jette cette vérité sur l'existence terrestre de Jésus ! S'étant incarné par pur amour, Il vivra et II mourra par amour1 ; tout ce qu'il fera, Il le fera par amour ; ayant à la disposition de son amour une puissance illimitée, Il accomplira des excès de charité tels que nous n'y croirons que parce qu'il est Dieu, infini en amour comme en puissance-.
De toutes ses preuves d'amour, il en est une supérieure aux autres et qui les résume toutes : c'est le Sacrement par excellence de la charité divine que Jésus institue la veille de sa mort, au soir de la Cène.
En se faisant Homme, le Verbe de Dieu avait voilé sa Divinité, pour l'abaisser au niveau de la condition humaine ; Dieu seul pouvait opérer une telle merveille, l'union de l'infïniment grand avec l'infiniment petit ne pouvant se faire que
1 « Il nous a aimés et nous a lavés de nos péchés dans son sang. » Apoc., i, 5.
s « Nous avons vu et nous attestons que le Père a envoyé son Fils comme sauveur du monde. Nous avons connu l'amour que Dieu a pour nous et nous y avons cru. » I Jean, iv, 14, 16.
par une puissance unique, la puissance divine. En se faisant Sacrement, Jésus voile à la fois et sa Divinité et son Humanité1 ; Il les abaisse toutes deux aux dimensions intimes d'un être aux apparences inanimées-; seule la puissance divine, au service d'un amour infini, pouvait opérer cette merveille des merveilles :î.
Il y a dans ce Mystère une double manifestation de la Divinité de Jésus. Pour se réduire à cet état d'anéantissement, où rien ne paraît plus ni de Dieu ni de l'Homme, où l'Humanité, qui déjà avait comme absorbé extérieurement la Divinité de Jésus, disparaît elle-même dans une destruction apparente qui ne laisse plus rien des conditions physiques des êtres humains, et où toutes les lois de la nature sont renversées4; pour
1 « Sur la Croix Jésus voila sa Divinité ; mais dans son Sacrement Jésus a voilé et la Divinité et l'Humanité. » S. Thom., hymne Adoro te.
'2 « Sous les deux espèces, qui sont seulement des signes et non des substances, se trouvent voilées les divines réalités. » S. Thom., Séquence de la Messe du T. S. S1.
3 « Le Seigneur a institué un mémorial de ses merveilles, lui qui est miséricordieux et compatissant ; il a donné une nourriture à ceux qui le craignent » (Ps. ex, 4, 5). Le Psalmiste fait ici allusion à la manne du désert ; mais l'Eglise a de bonne heure rattaché ce psaume au grand mystère de l'Eucharistie, dont la manne n'était qu'un symbole.
'' Rappelons ici, pour les graver dans notre mémoire, les miracles qui s'opèrent à l'autel, au moment de la consécration. Miracle de la transsubstantiation, par le changement du pain et du vin dans le Corps et le Sang de Jésus ; miracle de la pré-
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restreindre ainsi à un point presque imperceptible la présence d'un Dieu qui remplit le ciel et la terre et celle d'un Homme qui naturellement devrait occuper un lieu circonscrit et un espace délimité, il faut user d'une puissance souveraine qui ne connaît aucune limite et qui ne peut rencontrer aucun obstacle l.
sence sacramentelle de Jésus, qui ne cesse peint, pour cela, d'être présent dans le ciel ; miracle de la multiplication Je cette présence, en autant de lieux qu'il y a d'hosties consacrées ; miracle du mode de la présence sacramentelle, par lequel Jésus est tout entier en chaque hostie, et en chaque partie de l'hostie ; miracle des accidents ou apparences du pain et du vin, qui demeurent sans aucune substance qui les soutienne ; miracle de la parole consécratrice du Prêtre qui, par quelques mots, opère toutes ces merveilles.
1 « Pour avoir l'intelligence de ce prodige, dit Saint Thomas, il faut considérer que le corps du Christ n'est point naturellement, mais sacramentellement sous l'hostie ; et, par suite, qu'il n'y est pas comme une chose placée dans un lieu, ni avec les dimensions qui lui sont propres, mais sous les dimensions antérieures à la consécration, autrement dit, sous les dimensions qu'avaient le pain et le vin. C'est pourquoi la substance, par elle-même et en tant que substance, n'occupant point de lieu, et n'en requérant qu'autant qu'elle se trouve sous les dimensions de la quantité, il s'ensuit que le corps du Seigneur, dans le Sacrement, ne demande et n'occupe pas plus d'espace que n'en demandent et n'en occupent les dimensions du pain, dimensions sous lesquelles il se voile et se dérobe à nos regards. » S. Thom., Op. 58, c. 3.
Et afin de mieux faire comprendre sa pensée, le Docteur angélique se sert de deux comparaisons empruntées l'une à la présence de l'âme dans le corps et l'autre au phénomène de la vision. « Notre âme, ajoute-t-il, ainsi que le dit Saint Augustin, est tout entière dans le corps tout entier, et tout entière dans chaque partie du corps ; elle est aussi grande dans le doigt seul
Jésus n'aurait point manifesté autrement sa toute-puissance divine, que l'Eucharistie suffirait amplement à nous la révéler. Jamais puissance créée n'aurait pu atteindre à de telles merveilles ; jamais génie humain n'aurait pu concevoir et encore moins réaliser une pareille sublimité dans un si extrême anéantissement.
Quand Jésus annonçait ce Mystère aux Juifs, ils étaient scandalisés de ce qu'ils regardaient comme une extravagance de langage : « Coin-
que dans tout le corps, aussi grande dans un corps d'enfant que dans un corps de géant, parce que l'âme n'est ni augmentée ni diminuée par l'accroissement du corps, par sa diminution, voire par la mutilation de l'un de ses membres. Tout entière dans le tout, et dans chacune de ses parties, elle ne déborde point le tout et n'en est point débordée. Que si l'homme ne peut parfaitement comprendre ce phénomène qui s'accomplit en lui-même, il n'est pas étonnant que le prodige analogue ne puisse être parfaitement compris dans le Très Saint Sacrement de l'autel. » « La longueur d'une tour, dit-il encore, est égale à la tour ellemême ; et ainsi de sa largeur et de sa circonférence. Cependant l'œil, qui est petit, perçoit et embrasse dans toute son étendue l'image et la figure de la tour ; car si cette image de la longueur n'était dans l'œil, l'homme ne pourrait juger par la vue de la longueur elle-même, ce qu'il fait néanmoins, puisque bien souvent il apprécie et juge des dimensions sur les seules données que les yeux lui fournissent. On peut en dire autant d'une montagne, du soleil, de la lune, de la sphère céleste, et de tous les autres corps semblables, dont la grandeur, encore qu'elle soit immense, n'en est pas moins saisie et embrassée par l'œil aux si étroites dimensions. Si donc ce phénomène est tout à la fois merveilleux et certain, il n'est point incroyable que le corps du Christ puisse être contenu dans les étroites limites de l'Hostie, bien que nous ne puissions comprendre parfaitement le prodige. » Ibid.
50 DE LA CONDITION DE I.'lIOMME-DIEl'
ment, disaient-ils, peut-Il nous donner sa chair à manger? » et ils s'éloignaient les uns après les autres. C'est alors que Jésus, s'adressant à ses Apôtres, leur dit ces paroles où l'on sent une douce tristesse en face de l'inintelligence des hommes pour son plus grand amour : « Et vous aussi, voulez-vous vous en aller? » Saint Pierre répondit bien vite : « Mais à qui irions-nous, Seigneur, vous avez les paroles de la vie éternelle '?» C'est-à-dire, puisque vous le dites, c'est vrai ; puisque vous annoncez ce miracle, vous le ferez. A ce moment Saint Pierre n'avait pas l'intelligence complète de l'Eucharistie, mais il savait que Jésus avait une puissance illimitée, et il trouvait dans la promesse du Sacrement de vie une raison de confesser la Divinité de son Maître.
La puissance divine en Jésus ne s'exerce que quand elle est mue par un mobile quelconque. Jésus pourrait encore créer des mondes, et II ne le fait pas ; Il a toujours le pouvoir de suspendre les lois de la nature et de multiplier les miracles dans le monde entier, et II respecte l'ordre établi par Lui. Il Lui faut un motif pour agir, et plus l'acte à poser est grand et excellent, plus aussi le mobile est élevé.
1 Jean, vi, 53, 67-69.
DEl'X NATURES ET UNE PERSONNE EN JESUS 31
Dans l'Institution de l'Eucharistie, la puissance en Jésus obéit à son amour ; l'une et l'autre atteignent la même sublimité et portent le cachet de la Divinité. En face de ce Mystère incomparable, on est tenté de croire que la puissance divine a rencontré une limite qu'elle ne peut dépasser ; et lorsqu'on considère l'amour qui l'a inspiré, on se demande s'il est possible que cet amour puisse jamais s'élever à de plus sublimes excès '.
11 a vraiment fallu un amour grand comme l'immensité divine, mystérieux comme les secrets impénétrables cachés dans le sein de Dieu, miséricordieux comme la compassion infinie qui anime le Cœur du Sauveur des hommes, tendre comme les ineffables ardeurs de l'éternelle charité, pour inspirer à Jésus de se réduire aux dimensions d'un apparent morceau de pain et de vivre pendant des siècles, en compagnie des hommes, dans un état qui ressemble bien plus à la mort qu'à la vie et où toutes ses beautés divines et humaines sont à jamais éclipsées-. Si
1 Saint Augustin exprime la même pensée, quand il dit : « Dieu, tout savant qu'il est, ne connaît rien de meilleur ; tout puissant qu'il est, il ne peut rien de plus excellent ; tout riche qu'il est, il n'a rien de plus merveilleux que l'Eucharistie. »
« C'est là le plus grand des miracles que Jésus ait opéré », dit Saint Thomas. (Séquence de la Messe du T. S. S1.)
- Saint Thomas voit dans l'Eucharistie une preuve de la charité la plus grande, en ce que Jésus ait voulu demeurer parmi
52 DE LA COiNDITION DE L'HOMME-DIEU
Jésus n'avait pas été épris de l'humanité comme Il l'est, Il n'aurait jamais poussé jusque-là la folie de l'amour. Si Jésus n'était pas Dieu, Il n'aurait jamais imaginé une telle merveille d'amour et II n'aurait pas eu à sa disposition une puissance capable de la réaliser.
Si le Verbe de Dieu ne se fût fait Homme, Il n'aurait pas pu nous donner sa chair en nourriture, et nous n'aurions jamais connu ni les sublimités du Mystère de l'Incarnation ni les ineffabilités du Mystère de l'Eucharistie. De même, si la Victime qui s'est offerte en holocauste pour les péchés du monde, n'avait été Dieu avant d'être créature, l'Incarnation n'eût été qu'un mot sans signification et l'Eucharistie qu'une figure sans réalité. Ces deux Mystères ont des rapports tellement étroits qu'ils sont inséparables. Tous deux procèdent du même ineffable amour : l'Incarnation, de l'amour éter-
les hommes : « Parce que le propre de l'amitié, dit-il, est surtout de vivre avec ses amis, le Christ nous promet sa présence corporelle comme récompense, en disant (Matth., xxiv, 28) : « Où sera le corps, là aussi se rassembleront les aigles. » Cependant, en attendant, il ne nous a pas privés de sa présence corporelle pendant ce pèlerinage, mais il s'est uni à nous dans l'Eucharistie par son corps et son sang véritables. D'où il dit (Jean, vi, 57) : « Celui qui mange ma chair et boit mon sang demeure en moi et moi en lui. » Ce Sacrement est donc le signe de la charité la plus grande, et il excite notre espérance par suite de l'union intime et familière qu'il établit entre nous et le Christ. » S. Thom., III p., q. 75, a. 1.
nel et incréé ; l'Eucharistie, du même amour uni à l'amour terrestre du Fils de l'homme. Tous deux également nous révèlent admirablement la Divinité de Jésus : ce que l'Incarnation nous en enseigne, l'Eucharistie nous le confirme ; ce que l'Incarnation nous en donne, en faisant vivre Dieu même au milieu de nous, l'Eucharistie nous le conserve à jamais par la présence permanente du même Verbe Incarné sous les voiles du Sacrement l.
Quand Jésus entra dans l'humanité, Il ne faisait qu'un premier pas dans la révélation de son amour et de sa Divinité, un second devait venir couronner le premier : l'Eucharistie sera le dernier rayonnement de l'amour d'un Dieu qui ne s'est fait Homme que pour nous aimer de plus près et, en nous nourrissant de Lui, par le mode si humain de la manducation, nous faire participer aux grâces et aux perfections de son essence divine-.
1 L'Incarnation et l'Eucharistie sont l'expression sublime d'une même puissance et d'une même charité divines. C'est également la pensée qu'exprime Saint Thomas dans le passage suivant : « La puissance divine s'est surtout manifestée quand le Créateur a pu se faire créature, l'impassible a pu souffrir, l'immortel a pu mourir, l'invisible a pu être vu, l'immense a pu et peut encore, sous les apparences du pain et du vin, être mangé et bu sacramentellement par l'homme. » S. Thom., Op. 62, c. 5.
2 « Celui qui mange ma chair et boit mon sang, demeure en
Il est une autre manifestation de la Divinité de Jésus, inséparable de l'Eucharistie, comme le sont entre eux l'effet et la cause. Jésus s'est fait Sacrement ; son amour et sa puissance L'ont enfermé dans l'Hostie, et c'est pour toujours. Il s'est enlevé à Lui-même la possibilité d'abandonner jamais la demeure qu'il s'est choisie jusqu'à la fin des siècles parmi les enfants des hommes. Tant qu'il y aura sur cette terre des créatures qui croiront en Lui, des cœurs qui L'aimeront, des âmes qui s'en nourriront, Jésus ne désertera point son poste d'amour ; Il sera toujours là pour veiller, pour aimer, pour bénir, pour sanctifier et pour sauver.
Et pourtant, rien n'est fragile comme une Hostie : comment Jésus pourra-t-Il s'en couvrir pendant des siècles ? Elle est immobile et ne se meut point par elle-même : comment pourra-t-eile se transporter au loin, selon le besoin des âmes? Elle tient peu de place, mais elle occupe quand même un espace déterminé : comment pouvoir alors la multiplier assez, pour que, partout dans le monde, les âmes puissent jouir de sa présence et s'en nourrir ?
La puissance divine de Jésus qui a permis à
moi et moi en lui. Comme le Père qui est vivant m'a envoyé, et que je vis par le Père, de même celui qui me mange vivra aussi par moi. » Jean, vi, 57, 58.
son amour de se localiser dans un apparent morceau de pain l, doit pouvoir également Lui fournir les moyens de se perpétuer sous la forme eucharistique jusqu'à la fin des temps. Et le même amour qui a fait descendre Jésus du ciel et L'a constitué Sacrement, se doit d'assurer aux hommes la réalisation de la solennelle promesse
1 L'amour de Jésus dans l'Eucharistie est sujet aux mêmes lois qui régissent sa présence corporelle sous les voiles de l'Hostie. La présence sacramentelle de Jésus est contenue dans l 'Hostie et n'en dépasse pas les bornes ; de même son amour, en tant que Sacrement, s'exerce dans les limites de l'Hostie. Il y est comme localisé; et c'est en toute vérité que l'on peut dire de la charité sacramentelle de Jésus, qui est immense comme la charité même de Dieu, qu'elle est restreinte à l'espace qu'occupent les Saintes Espèces, au même titre que la Personne Sacrée de l'Homme-Dieu est tout entière contenue sous les dimensions commensurables de l'Hostie.
Ces termes naturellement ne signifient point que Jésus ne nous aime que dans l'Eucharistie, mais que dans ce Sacrement il nous aime pour ainsi dire localement ; et, dès lors, cet amour eucharistique de Jésus pour nous, étant le plus voisin de nous et le plus adapté à notre condition humaine, nous lui devons des actions de grâces et des hommages particuliers. De même que nous ne devons point nous contenter d'adorer Jésus dans les splendeurs de sa gloire éternelle, où il réside localement, mais que nous avons le devoir plus strict encore de l'adorer dans sa Présence Eucharistique, où il réside sacramentellement, et qu'il a instituée directement pour les hommes voyageurs sur cette terre ; de même l'amour que Jésus nous porte dans l'Eucharistie doit plus spécialement faire l'objet de nos réflexions et attirer de notre part un constant retour d'amour, en réponse à la bonté ineffable de notre divin Sauveur, qui a créé, au Sacrement, un foyer aussi intense de charité divine, que l'est celui qui brûlera éternellement au ciel le cœur des bienheureux.
56 DE LA CONDITION DE l'hOMME-DIEU
de ne les abandonner jamais '. Oui, Jésus conservera l'Eucharistie au monde, et Lui, dont la puissance est infinie comme sa Divinité, et dont l'amour égale la puissance, Il se donnera des représentants investis de son éternel Sacerdoce, lesquels, parcourant le monde, feront revivre sans cesse le Dieu du Sacrement et en nourriront les âmes affamées du Pain de vie -,
1 « Voici que je suis avec vous tous les jours jusqu'à la consommation des siècles. » Matth., xxviii, 20.
2 Nous ne pouvons mieux faire que de citer encore l'Ange de l'Ecole, si exact et si clair en cette matière. « Relativement à ce qu'on appelle le « lieu eucharistique », notre foi crpit fermement que le corps du Christ est vraiment au ciel, et que, de plus, il est vraiment sur la terre, en tous les lieux où se trouve le pain de froment consacré par le Prêtre dans la forme requise. Il y a là un très grand miracle, et ce miracle consiste en ce qu'un même corps, un corps numériquement un et identique, se rencontre en des lieux multiples et divers.
« La raison pour laquelle un seul et même corps ne peut pas se trouver, en même temps, dans divers lieux, c'est que naturellement un corps placé dans un lieu est défini, circonscrit par ce lieu, que sa mesure est égale à celle du lieu qu'il occupe, et qu'ainsi la totalité du corps se mesure superficiellement sur la totalité, et ses parties sur les parties correspondantes du lieu occupé. Mais dans l'Eucharistie le corps du Christ n'est pas ainsi localisé. Il n'y est pas dans les conditions de mesure et de circonscription qui régissent la relation naturelle du corps placé dans un lieu, au lieu qu'il occupe. Car le corps du Christ, encore qu'il soit dans un lieu, n'y est point sous ses propres dimensions, sous sa quantité propre, mais sous la quantité et les dimensions sous lesquelles se trouvait le pain, avant la consécration.
« Pour les autres corps, placés en un lieu, suivant les lois naturelles et communes, leur substance occupe le lieu par Vin-
Les Prêtres, participant au Sacerdoce de Jésus, ont la même puissance que Lui ' et continuent de
termédiaire de leur quantité propre ; aussi est-ce à leur quantité qu'il convient proprement et principalement d'occuper ce lieu qui la mesure, tandis que cette localisation ne convient à leur substance que médiatement et par voie de conséquence.
« Pour le corps du Christ au Sacrement il en va d'une manière différente, parce que ce corps adorable n'occupe le lieu que par l'intermédiaire de la quantité qui était propre au pain, avant la consécration. Et bien que la quantité propre et véritable du corps du Christ se trouve réellement au Sacrement de l'autel, elle n'y est que par l'intermédiaire et comme suite de sa substance elle-même, laquelle ne pourrait subsister sans sa quantité propre. Telle est la raison pour laquelle le corps du Christ peut être en divers lieux à la fois. » S. Thom., Op. 58, c. 8.
Saint Thomas, suivant sa méthode adoptée dans les Opuscules, en traitant de l'Eucharistie, illustre ces explications par une comparaison matérielle. « Si vous présentez votre visage, dit-il, à plusieurs miroirs en même temps, votre visage vous apparaîtra également et intégralement un dans tous les miroirs ; et si vous brisez l'un de ces miroirs en plusieurs morceaux, même fort petits, votre visage tout entier, et unique, se reproduira encore d'une manière parfaite dans chacun de ces débris. Bien que le miroir soit brisé, fractionné, votre visage restera néanmoins un et parfait dans chacune des fractions, /'/ ne subira lui-même aucun changement.
« De même en est-il réellement dans le Sacrement du Christ, qu'on appelle justement le miroir et l'image de sa bonté. Si donc le miroir, c'est-à-dire la forme du pain, se trouve divisé en plusieurs parties, chacune de ces parties restera unie à Dieu, et contiendra le vrai corps du Seigneur. » S. Thom., Op. 57, c. i3.
1 « Toute puissance m'a été donnée au ciel et sur la terre. Allez donc et enseignez toutes les nations, les baptisant au nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit, leur apprenant à observer tout ce que je vous ai commandé. » Matth., xxviii, 18-20. — « Les péchés seront remis à ceux à qui vous les remettrez, et ils seront retenus à ceux à qui vous les retiendrez. » Jean, xx, 23.
58 DE LA CONDITION DE l'hOMME-DIEU
remplir la même mission '. Indépendamment de leur caractère sacré, ils ne sont que des hommes ; considérés dans leur Sacerdoce, ils sont des dieux. Leur âme porte gravé un caractère indélébile qui les associe à la toute-puissance divine'2. Ils ne sont Prêtres que par la communication que le Souverain Prêtre leur fait de son Sacerdoce, mais comme Lui ils font des œuvres divines et ils continuent dans le monde la manifestation que Jésus faisait de sa Divinité.
Aucune autre puissance que la puissance même de Dieu ne pouvait instituer le Sacerdoce catholique. Il ne s'agit plus ici de rappeler un simple souvenir, de commémorer des faits qui, une fois accomplis, ne se renouvellent plus jamais ; mais bien d'une réalité précise, de la perpétuation actuelle et réelle d'un fait divin, d'une présence formelle et substantielle de Jésus produite par les paroles de la Consécration 3. Il n'est pas da-
1 « Comme le Père m'a envoyé, moi aussi je vous envoie. » Jean, xx, 21.
- « Le caractère s'attache à l'âme d'une manière indélébile, non en raison de sa perfection propre, mais à cause de la perfection du Sacerdoce du Christ, d'où /'/ découle comme une vertu instrumentale. » S. Thom., III p., q. 63, a. 5, ad 1.
3 « De ce que le Christ a prononcé les paroles de la Consécration, ces paroles ont acquis une puissance consécratoire qu'exerce tout prêtre qui les prononce, absolument comme si le Christ était présent et qu'il les prononçât lui-même. » S. Thom., III p., q. 78, a. 5.
Ailleurs, le même saint Docteur établit cette vérité par une
DEUX NATURES ET UNE PERSONNE EN JÉSUS 5g
vantage question de constituer des ministres qui seront simplement chargés des cérémonies extérieures du culte ; mais Jésus, en consacrant ses Prêtres, les établit maîtres de sa propre Personne ; ils ont sur Lui, par la force de la parole consécratrice, un pouvoir qui évoque la puissance de la parole créatrice '.
comparaison avec les effets produits par la parole humaine. « Les choses humaines nous fournissent aussi une similitude du mystère. Ne voyons-nous pas, en effet, que la parole de l'homme dépasse, en efficace, la puissance et la vertu de celui gui la profère ? La parole du pape, promulguée par son envoyé, réunit en un concile tous les prélats de l'Eglise, et le pape, sans la parole, ne pourrait en aucune façon produire ce résultat. — La parole d'un empereur ou d'un roi quelconque réunit en très peu de temps toute une armée. — Un maître enfin, quel qu'il soit, produit par la parole sur ses subordonnés des effets que sa propre puissance, sans la parole, n'obtiendrait jamais.
« Personne donc ne doit estimer impossible que Dieu ait conféré à sa parole, prononcée par les prêtres, ses envoyés sacrés, la même efficace, la même vertu, et même une vertu plus grande que celle dont il a pourvu la nature corporelle, par laquelle nous voyons se produire tant et de si grands prodiges semblables. « La voix du Seigneur est pleine de vertu, s'écrie le Psalmiste (xxvm, 4), la voix du Seigneur est pleine de magnificence. » S. Thom., Op. 58, c. 2.
1 « Si la parole de Dieu, dit Saint Jean Damascène (Hb. iv, cap. 5), cité par Saint Thomas, est vivante, active, capable de produire la lumière au seul mot : « Que la lumière soit » ; si les cieux, avec toute leur splendeur, ont été affermis par cette parole, comment Celui qui, du très pur sang de la Vierge bienheureuse s'est fait homme, ne pourrait-il changer le pain et le vin en son corps et en son sang? » Il ne doit donc point paraître inadmissible, ajoute le Docteur angélique, que la parole divine proférée par le prêtre ait la même vertu, voire une vertu plus grande que celle de la nature, dépassant cette force
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Le Prêtre sacrificateur renouvelle chaque fois, en quelque sorte, le Mystère de l'Incarnation en redonnant Jésus au monde, et celui de la Rédemption en immolant mystiquement mais réellement la divine Victime. A lui seul, le fait, en Jésus, de posséder essentiellement ce pouvoir et de le communiquer aux autres est une preuve évidente de Divinité.
Ce qu'était la sainte Humanité de Jésus à l'égard de sa Divinité qu'elle tenait voilée ; ce qu'est le Mystère eucharistique par rapport à la
qui réside dans les choses, et en vertu de laquelle les aliments pris par Tanimal se convertissent en sa chair et en son sang. » S. Thom., Op. 58, c. 12.
Citons encore ces paroles devenues classiques de Saint Ambroise, que nous lisons dans la vc Leçon du mercredi dans l'Octave du T. S. Sacrement : « C'est donc la parole du Christ qui effectue ce Sacrement. Quelle est la parole du Christ? C'est celle par qui toutes choses ont été faites. Le Seigneur commanda, et le ciel fut créé ; le Seigneur commanda, et la terre fut faite ; le Seigneur commanda, et les mers sortirent du néant ; le Seigneur commanda, et toute créature prit naissance. Vous voyez donc combien la parole du Christ est puissante et efficace. Si donc il y a dans la parole du Seigneur Jésus tant de force et de vertu qu'elle a donné l'existence aux choses qui n'étaient pas, combien à plus forte raison aura-t-elle le pouvoir de changer, en d'autres substances, les substances qui existent. Le ciel n'était pas, la mer n'était pas, la terre n'était pas ; mais écoutez l'Ecriture (Ps. 32, 9) : « Il a dit, et les choses ont été faites ; il a commandé et elles ont été créées. » Pour vous répondre, je vous dirai donc que ce n'était pas le corps du Christ avant la consécration, mais après la consécration, alors, c'est le corps du Christ. Jésus lui-même a parlé, et cela a été fait ; il a commandé, et cela a été réalisé. » S. Ambroise {De Sacram., lib. iv, cap. 4).
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Divinité et à l'Humanité du Sauveur qu'il cache et réduit à l'inanition : les Prêtres le sont relativement à Jésus, dont ils ne sont que les instruments, mais dont ils possèdent la puissance et la fécondité sacerdotales. Trois Mystères en un seul, qui nous révèlent le plan divin dans l'économie des révélations de la puissance et de l'amour de Dieu aux hommes : l'Incarnation qui fournit la Victime du Sacrifice, l'Eucharistie qui la contient sous une forme nouvelle mais réelle, le Sacerdoce qui continue sans cesse le Sacrifice et perpétue la présence eucharistique de la Victime.
Tout éloquents que soient les enseignements de la Divinité de Jésus puisés dans son Incarnation et dans la double institution de l'Eucharistie et du Sacerdoce, la croyance de l'humanité à ce dogme fondamental aurait nécessairement sombré avec la mort du Sauveur des hommes, si Jésus ne se fût point relevé de ses suprêmes humiliations l. Il ne pouvait rester l'esclave de la
1 « La résurrection du Christ, dit Saint Thomas, a été nécessaire pour l'instruction de notre foi. En effet, notre foi a pour objet la divinité et Yhumanité du Christ ; car il ne suffit pas de croire l'une sans l'autre. C'est pourquoi, pour confirmer la foi dans la vérité de sa divinité, il a fallu qu'il ressuscitât» promptement. D'un autre côté, pour établir la foi dans la vérité de son humanité et de sa mort, il a été nécessaire qu'il y eût un intervalle entre sa mort et sa résurrection ; car s'il eût res-
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mort, sous peine de n'être point Dieu ; Il devait sortir de son tombeau, s'il était réellement le principe de la vie '.
Tout ce qu'il avait dit pendant sa vie pour démontrer sa Divinité, tout ce qu'il avait fait pour le prouver, ne pouvait avoir de valeur que si vraiment 11 remportait sur la mort une éclatante victoire qui Lui rendrait la vie pour toujours. Jésus avait dit que Lui seul avait le pouvoir de s'enlever la vie et de la reprendre "2. Déjà Il avait permis à ses ennemis, à l'heure marquée par son divin Père, de la Lui ravir ; c'est Lui, à vrai dire, qui s'immolait par la main de ses bourreaux. Le moment ne pouvait tarder, où sortant
suscité immédiatement après sa mort, on pourrait croire que sa mort n'a pas été véritable et que par conséquent sa résurrection ne l'a pas été non plus. » S. Thom., III p., q. 53, a. 2.
1 Saint Thomas dit encore à ce sujet : « Il faut que la résurrection du Christ soit cause de la nôtre ; et c'est ce qui fait dire à Saint Paul (I Cor., xv, 20) : « Jésus-Christ est ressuscité d'entre les morts comme étant les prémices de ceux qui sont dans le sommeil de la mort ; car c'est par un homme que la mort est venue, et c'est aussi par un homme que la résurrection des morts doit venir également. » Et c'est avec raison ; car le principe de la vie de l'homme est le Verbe de Dieu, dont il est dit (Ps. xxxv, 10) : « C'est en vous qu'est la source de vie ». C'est pourquoi il dit lui-même (Jean, v, 21) : « Comme le Père ressuscite les morts et les vivifie, de même le Fils vivifie ceux qu'il veut. » S. Thom., III p., q. 56, a. 1.
2 « Personne ne me ravit ma vie, mais je la donne de moimême ; j'ai le pouvoir de la donner, et j'ai le pouvoir de la reprendre. » Jean, x, 18.
de l'humiliation du tombeau, II reprendrait une vie cette fois impassible et glorieuse1.
Il était mort en perdant tout son sang, Il ressuscite en le faisant de nouveau circuler dans ses veines; son cœur, dont les battements avaient un instant cessé, reprend ses pulsations normales ; la vie renaît dans ce corps meurtri et défiguré, et le supplicié de tout-à-1'heure réapparaît aux hommes plus beau, plus puissant et plus glorieux que jamais 2. N'étant plus soumis ni aux lois du
1 Saint Thomas donne cinq raisons de la Résurrection du Sauveur. « 1° Pour manifester la Justice divine, à laquelle il appartient ^exalter ceux qui s' humilient à cause de Dieu. Le Christ s'étant humilié jusqu'à la mort de la croix par amour et par obéissance pour Dieu, il fallait que Dieu l'exaltât jusqu'à la gloire de la résurrection. — 2° Pour établir notre foi ; parce que, par la résurrection du Christ, notre foi dans sa divinité a été confirmée. C'est pourquoi Saint Paul dit (I Cor., xv, 14) : « Si le Christ n'est pas ressuscité, notre prédication est vaine et votre foi est vaine aussi. » — 3° Pour exciter notre espérance ; parce qu'en voyant ressusciter le Christ qui est notre chef, nous espérons que nous ressusciterons. — 4° Pour la réformation de la vie des fidèles, d'après ces paroles de Saint Paul (Rom., vi, 4) : « Comme Jésus-Christ est ressuscité d'entre les morts pour la gloire de son Père, ainsi nous devons marcher dans une vie nouvelle. » Et plus loin : « Parce que le Christ ressuscité d'entre les morts ne meurt plus, de même pensez aussi que vous êtes morts au péché et que vous ne vivez que pour Dieu. » — 5" Pour la consommation de notre salut ; parce que, comme il s'est humilié par sa mort et qu'il a enduré tant de maux pour nous en délivrer, de même il a été glorifié dans sa résurrection pour nous porter au bien, d'après ces paroles de Saint Paul (Rom., rv, 25) : « Il a été livré à cause de nos péchés, et il est ressuscité pour notre justification. » S. Thom., III p., q. 53, a. 1.
2 Plusieurs fois Jésus avait prédit sa résurrection ; ses paroles
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temps et de l'espace, ni aux conditions des êtres corporels, mais ayant acquis, par sa propre puissance, les qualités des purs esprits, Il jouit d'un empire souverain sur tout ce qui est matériel et terrestre. N'ayant plus, comme pendant sa vie, à retenir sa toute-puissance dans les bornes de la condition humaine qu'il s'était imposée, Il se manifeste le maître absolu de toutes choses '. C'est un triomphateur que ne peuvent plus atteindre ni la malice des hommes ni la haine de l'enfer. C'est un Dieu qui se joue dans les manifestations de sa toute-puissance, après s'être révélé dans les suprêmes excès de son amour. C'est un Sauveur, tout de gloire éclatant, qui laisse rayonner, comme des trophées d'amour, les plaies de son
sont formelles sur ce point. « Le Fils de l'homme doit être livré entre les mains des hommes ; ils le tueront et, le troisième jour, il ressuscitera. » Matth., xvii, 21, 22.
« Ne parlez à personne de cette vision, dit-il à ses Apôtres témoins de sa transfiguration, jusqu'à ce que le Fils de l'homme ressuscite d'entre les morts. » Matth., xvii, 9.
« Après que je serai ressuscité, je vous précéderai en Galilée. » Matth., xxvi, 32.
Et, après sa résurrection, il rappelle encore cet enseignement à ses Apôtres : « Il fallait que le Christ souffrit et qu'il ressuscitât d'entre les morts le troisième jour. » Luc, xxiv, 46.
1 « Vous l'avez pour un temps rendu inférieur aux anges, et puis vous l'avez couronné de gloire et d'honneur, vous lui avez donné l'empire sur les œuvres de vos mains ; vous avez mis toutes choses sous ses pieds. Du moment que Dieu lui a soumis toutes choses, il n'a donc rien laissé qui ne lui soit assujetti. » Hébr., 11, 7, 8.
dernier supplice. C'est le Verbe de Dieu qui, dégagé des entraves de son existence mortelle, a comme reconquis son antique et universelle souveraineté, à laquelle II associe pour toujours sa sainte Humanité l.
C'en est fait : II est Dieu et II le prouve plus que jamais. Les générations tomberont à genoux devant Lui ; et, après avoir baisé avec respect les plaies du divin Crucifié, elles entonneront à jamais des chants d'allégresse et de louange en l'honneur du glorieux Ressuscité -.
Jésus, étant Dieu, venait du ciel. Il nous avait révélé son divin Père et le Mystère de la Trinité Sainte immuable dans les splendeurs de l'éternité. Sa mission étant accomplie sur la terre, Il devait retourner dans le sein de l'Eternel. Il ne suffisait ni à sa gloire ni à notre foi qu'il soit sorti triomphant du tombeau. Lui-même avait
1 « Maintenant le Christ est ressuscité... ; quand il aura anéanti tout empire, toute domination, toute 'puissance, il remettra son royaume à son Père : /'/ faut donc qu'il règne. » I Cor., xv, 20, 24, 25.
2 « Que les gentils glorifient Dieu pour sa grande miséricorde, ainsi qu'il est écrit : C'est pourquoi, Seigneur, je publierai vos louanges dans les nations, et je chanterai à la gloire de votre nom. Et l'Ecriture dit encore : Réjouissez-vous, nations, avec son peuple. Et ailleurs : Nations, louez toutes le Seigneur, peuples, glorifiez-le tous. » Rom., xv, 9-1 1.
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annoncé qu'il retournerait à son Père ' et qu'il irait là-haut nous préparer une place2. Il fallait ce complément à tous ses Mystères pour ne plus pouvoir jamais douter de sa Divinité. Il veut en donner l'assurance aux hommes ; si après cela ils ne croient pas en Lui, ils s'attireront la suprême malédiction qui les éloignera à jamais de sa divine et éternelle béatitude.
C'est par sa propre puissance que Jésus était descendu du ciel, ce sera par la même divine puissance qu'il y remontera8. Il laisse à la terre son Eucharistie avec son Sacerdoce qui en assu-
1 « Je m'en vais à mon Père. » Jean, xiv, 12.
2 « Dans la maison de mon Père il y a beaucoup de demeures... Je vais vous préparer une place. » Jean, xiv, 2.
3 Saint Thomas nous dit que Jésus est monté au ciel par une double vertu personnelle, sa vertu divine et la vertu de son âme glorifiée. « Le corps dans la gloire sera tellement soumis à l'âme bienheureuse que, comme le dit Saint Augustin {De civ. Dei, lib. xxii, cap. ult.), le corps sera immédiatement où l'esprit voudra, et l'esprit ne voudra rien qui ne puisse convenir à luimême et au corps. Or, comme il convient qu'un corps glorieux et immortel soit dans un lieu céleste, il s'ensuit que le corps du Christ est monté au ciel d'après la vertu de son âme qui le voulait. Et comme le corps devient glorieux par la participation de l'âme, de même l'âme devient bienheureuse par la participation de Dieu. Par conséquent la cause primitive de l'ascension du Christ au ciel, c'est la vertu divine.
« Ainsi donc il y est monté par sa vertu propre : par sa vertu divine premièrement, et secondairement par la vertu de l 'âme glorifiée qui meut le corps comme elle veut. » S. Thom., III p., q. 57, a. 3.
DEl'X NATURES ET l'NE PERSONNE EN JÉSVS 67
rera la perpétuité, mais II doit à son Humanité une récompense que le ciel seul peut lui donner ' ; et II s'envole, par delà les nues, dans le
1 « Par des mérites antérieurs à sa passion, enseigne Saint Thomas, le Christ a mérité son exaltation relativement à son âme dont la volonté était rendue parfaite par la charité et les autres vertus. Mais, dans sa passion, /'/ a mérité son exaltation relativement à son corps par manière de récompense ; car il est juste que le corps qui avait été soumis à la souffrance par charité reçoive dans la gloire sa récompense. » S. Thom., III p., q. 49, a. 6, ad 2.
Dans le corps de l'article, il déduit les raisons de l'exaltation de Jésus, des humiliations subies dans sa passion. « Le Christ, dit-il, s'est humilié lui-même dans sa passion au-dessous de ce qu'il devait, sous quatre rapports : 1° Quant à sa passion et à sa mort qu'il ne devait pas souffrir. — 2" Quant au lieu, parce que son corps a été placé dans un sépulcre et que son âme est descendue aux enfers. — 3" Quant à la confusion et à pYoprobre dont il a été couvert. — 40 Quant à ce qu'/7 a été livré à la puissance humaine.
« C'est pourquoi par sa passion il a mérité son exaltation de quatre manières : 1° Quant à sa résurrection glorieuse. D'où il est dit (Ps. i38, 1): « Vous avez connu mon abaissement (c'est-à-dire l'humilité de ma passion) et ma résurrection. » — 2° Quant à son ascension au ciel. Ainsi Saint Paul dit (Eph., iv, 9) : « Qu'il est descendu d'abord dans les parties les plus basses de la terre, et celui qui est descendu est le même que celui qui est monté au-dessus de tous les cieux. » — 3° Il a été élevé parce qu'/V est assis à la droite de son Père et qu'il a manifesté sa divinité, d'après ces paroles du Prophète (Is., lu, 13) : « Il sera grand et élevé et il montera au comble de la gloire, parce qu'il a fait l'étonnement de plusieurs et que son visage a été défiguré plus que celui d'aucun autre homme. » Et c'est ce qui fait dire à l'Apôtre (Phil., h, 8) : « Il s'est fait obéissant jusqu'à la mort et jusqu'à la mort de la croix ; c'est pourquoi Dieu l'a élevé et lui a donné un nom qui est au-dessus de tout nom », de telle sorte que tout le monde l'appelle Dieu et
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royaume de sa gloire où II régnera éternellement '.
A moins de vouloir tout nier en Jésus, il est indispensable, après cette dernière et divine merveille de son Ascension, de reconnaître et de confesser sa Divinité. Le divin Soleil de Justice est rentré dans l'éternel foyer des clartés divines. Il a illuminé le monde des splendeurs de l'éternité, et les âmes en refléteront à jamais les célestes beautés. Gloire éternelle à Jésus, Dieu et Homme, vivant et régnant dans les siècles des siècles !
lui rend les honneurs divins. — 40 II a été élevé par rapport à la puissance judiciaire qu'il a reçue, car il est dit (Job, xxxvi, 17) : « Votre cause a été jugée comme celle d'un impie, vous recevrez en retour la puissance et le jugement. » S. Thom., III p., q. 49, a. 6.
1 « Le Seigneur Jésus, après avoir parlé à ses disciples, fut élevé dans le ciel, où il est assis à la droite de Dieu. » Marc, xvi, 19.
Sur ces dernières paroles. Saint Thomas fait les remarques suivantes : « On dit que le Christ est assis à la droite de son Père, en ce sens que d'après sa nature divine il lui est égal, et que d'après sa nature humaine il est en possession des biens divins d'une manière plus excellente que toutes les autres créatures. Ces deux choses ne conviennent l'une et l'autre qu'au Christ. » S. Thom., III p., q. 58, a. 4.
Et plus loin : « Parce que la droite est la béatitude divine, s'asseoir à la droite ne signifie pas simplement être dans la béatitude, mais avoir la béatitude avec une certaine puissance de domination, et l'avoir pour ainsi dire comme une chose propre et naturelle ; ce qui ne convient qu'au Christ et ce qui ne peut convenir à aucune autre créature. » Ibid., ad 2.