III. — Jésus est Dieu
szs enseignements le démontrent
Si Jésus avait manifesté sa Divinité aux hommes par ses Mystères et par ses oeuvres, Il devait également le faire par ses enseignements. Il ne pouvait se contenter de poser des actes qui révélassent son origine divine ; étant venu pour enseigner les hommes ', Il devait leur donner une doctrine sûre et complète, et lorsqu'il s'agissait d'une vérité aussi essentielle et fondamentale que celle de sa Divinité, la précision s'imposait. En un pareil sujet, d'où dépend toute la Religion, tous les mystères du temps et toutes les vérités éternelles, il fallait une science positive et indiscutable ; et la croyance de l'humanité devait pouvoir s'appuyer sur les assertions formelles de la parole divine-.
Jésus n'a aucunement négligé de donner au monde cette divine doctrine, et II en a fait la base de ses enseignements. Lui, qui était venu pour pratiquer l'humilité et donner aux hommes
1 « Il est écrit dans les prophètes : Us seront tous enseignés de Dieu. » Jean, vi, 45.
2 « La doctrine, ayant été premièrement annoncée par le Seigneur lui-même, a été ensuite confirmée parmi nous par ceux qui l'ont entendu de sa propre bouche. » Hébr., h, 3.
l'exemple de toutes les vertus1; Lui, qui ne veut même pas être appelé bon, en tant qu'homme-, et qui renvoie constamment à son Père les louanges et la gloire qui Lui reviennent, Il se pose néanmoins en Maître souverain 3 et II se décerne des titres divins quand il s'agit d'affirmer sa Divinité 4.
Il est peu de sujets que Jésus se plaise à développer comme celui-là ; Il y revient en toute occasion, pour bien inculquer dans les âmes cette adorable vérité. Il trouve dans sa Divinité un thème admirable qu'il varie sans cesse et dont II fait une lumière pour éclairer les esprits, un feu pour réchauffer les cœurs, une règle de vie pour diriger et fortifier les volontés. Devant cette vérité divine les objections trouvent leurs solutions, les mystères s'éclaircissent, les résistances s'évanouissent, les cœurs sont touchés, les âmes se livrent et s'abandonnent.
C'est en gagnant l'amour que Jésus veut instruire ; aussi rien n'est lumineux et touchant à la
1 « Le Fils de l'homme n'est point venu pour être servi, mais pour servir et donner sa vie pour la rédemption d'un grand nombre. » Matth., xx, 28.
2 Jésus lui dit : « Pourquoi m'appelles-tu bon ? Il n'y a de bon que Dieu seul. » Matth., xix, 17.
3 « Vous m'appelez Maître et Seigneur ; et vous dites bien, car je le suis. » Jean, xiii, i3.
'' « Jésus-Christ n'a point cru que ce fût pour lui une usurpation d'être égal à Dieu. » Philip., h, 6.
fois comme cette doctrine du ciel enseignée aux hommes. On assiste en quelque sorte à la demeure éternelle du Verbe dans la Trinité Sainte, à sa sortie du sein du Père, à la mission qu'il en reçoit, à son entrée dans le monde, aux affirmations nombreuses de sa divine origine, aux communications constantes que Lui fait son divin Père, à l'amour mutuel qui les unit dans une intimité ineffable et unique, aux déclarations solennelles où Jésus proclame sa Filiation divine, aux annonces de son retour prochain vers son Père et de la gloire divine dont II y jouira éternellement.
Le cœur est ému et l'âme tombe en adoration, quand on entend Jésus proclamer bien haut : « qu'il vient de Dieu et qu'il retourne à Dieu ' » ; « que Dieu a tellement aimé le monde, qu'il lui a donné son Fils unique - » ; « qu'il n'est venu que pour faire la volonté de son Père3 » ; « qu'il s'en tient expressément à tout ce que son Père Lui a ordonné4»; «qu'il ne dit ni ne fait rien qu'il
1 <■ Je suis sorti du Père, et je suis venu dans le monde ; maintenant je quitte le monde et je vais au Père. » Jean, xvi, 28.
2 Jean, m, 16.
3 « Je suis descendu du ciel pour faire, non ma volonté, mais la volonté de celui qui m'a envoyé. » Jean, vi, 38.
4 « J'agis selon le commandement que le Père m'a donné. » Jean, xiv, 3i.
ne l'ait entendu ou vu faire par son Père ' » ; surtout lorsque, pénétrant plus profondément dans le mystère, Il nous dit avec une assurance communicative et une tendresse divinement filiale : « que Lui et son Père ne font qu'un - » ; « que tout ce qui est à l'un appartient à l'autre'»; « qu'il est en son Père et que son Père est en Lui'' » ; que, dès lors, « qui Le voit, voit le Père, qui Le connaît, connaît le Père5 » ; et, à cause de cette incession divine, « que personne ne peut aller au Père que par le Fils, ni aller au Fils si le Père ne l'y attire" ».
Jésus, en d'autres circonstances, se proclame plus explicitement encore le Fils de Dieu7. A la
1 « Celui qui m'a envoyé est véridique, et ce que j'ai entendu de lui, je le dis au monde. » Jean, viii, 26. — « Je ne fais rien de moi-même, mais je dis ce que mon Père m'a enseigné. » Ibid., 28.
- « Mon Père et moi nous sommes une même chose. » Jean, x, 3o.
a « Tout ce que le Père a est à moi. » Jean, xvi, i5. — « Tout ce qui est à moi est à vous, et tout ce qui est à vous est à moi. » Jean, xvii, 10.
4 « Le Père est en moi, et je suis dans le Père. » Jean, x, 38.
— « Ne crovez-vous pas que je suis dans le Père, et que le Père est en moi? » Jean, xiv, 10, 11.
5 Celui qui me voit, voit celui qui m'a envoyé. » Jean, xii, 45.
— Celui qui me voit, voit aussi le Père. » Jean, xiv, 9.
6 « Nul ne vient au Père que par moi. » Jean, xiv, 6. — « Nul ne peut venir à moi si le Père qui m'a envoyé ne l'attire. » Jean, vi, 44.
" En neuf passages différents du Saint Evangile, Jésus fait
Samaritaine, Il dit qu'il est Lui-même le Messie promis1. A l'aveugle de Jéricho, qu'il vient de guérir et qui Lui demande qui est le Fils de Dieu, II répond : « Celui qui te parle, c'est Lui - ». Quand Saint Pierre Le confesse publiquement le Christ, Fils du Dieu vivant, Il le confirme dans sa croyance, en lui disant que c'est son divin Père qui lui a révélé ce mystère ;t. Quand II se met en route pour aller ressusciter son ami Lazare, Il dit ouvertement aux siens que Lazare est mort afin que le Fils de Dieu soit glorifié i. Et pour mettre un dernier sceau à cet enseignement de toute sa vie publique, Jésus proclame plus hautement encore sa Divinité, à l'heure la plus solennelle de sa vie, lorsqu'il va mourir pour attester la vérité de sa doctrine : « Es-tu le Christ, Fils du Dieu béni » ? Lui dit le Grand-Prêtre. — « Je le suis », répond-Il avec majesté \
Les hommes ne peuvent s'y méprendre ; ces expressions ne sont ni des images ni des méta-
une mention précise de son titre de Fils de Dieu : Jean, ni, 16, 17, 18 ; v, 25, 28 ; ix, 35-37 ! x, 36 ; xi, 4. — Marc, xiv, 62.
1 « La femme lui dit : Je sais que le Messie (qui est appelé le Christ) doit venir... Jésus lui dit : Je le suis, moi qui vous parle. » Jean, iv, 25, 26.
2 Jean, ix, 36, 37.
3 Matth., xvi, 16, 17.
4 Jean, xi, 4.
' Marc, xiv, 61, 62.
phores. Jésus prétend dire une vérité exacte et indiscutable, et ceux qui L'entendent le comprennent ainsi, soit pour croire en Lui, soit pour Lui en faire un crime. Les foules L'acclament comme le Messie • ; les démons eux-mêmes Le proclament le Fils de Dieu '-. Cette déclaration
1 « Et la foule criait, disant : Hosanna, béni soit celui qui vient au nom du Seigneur. » Matth., xxi, 9.
- « Les démons sortaient de plusieurs, criant et disant : Tu es le Fils de Dieu. Et les réprimandant il ne leur permettait pas de dire qu'ils savaient qu'il était le Christ. » Luc, rv, 41.
Nous ne devons pas prendre ces paroles de Jésus trop à la lettre, la connaissance que les démons avaient de sa divinité étant très imparfaite et reposant plutôt sur des faits étonnants qui leur faisaient supposer que Jésus pouvait bien être Dieu, ce dont ils n'avaient évidemment aucune certitude, sans quoi ils n'auraient point poussé les Juifs à le mettre à mort. Le commentaire suivant de Saint Thomas nous le fera mieux comprendre.
•' Le Christ ne s'est manifesté aux démons qu'autant qu'il l'a voulu, et il ne l'a voulu qu'autant qu'il l'a fallu... D'ailleurs, il ne s'est pas montré à eux comme aux saints anges, par ce qui constitue la vie éternelle (c'est-à-dire la lumière surnaturelle de la grâce), mais par des effets temporels de sa puissance. D'abord, en vovant que le Christ avait faim après avoir jeûné, ils ont pensé qu'il n'était pas le Fils de Dieu. C'est pourquoi, à l'occasion de ces paroles : « Si vous êtes le Fils de Dieu » (Luc, rv, 3), Saint Ambroise dit : Que signifie cette manière de s'exprimer, sinon que le démon savait que le Fils de Dieu viendrait, mais qu'il n'a pas pensé qu'il était venu, à la vue de ses infirmités corporelles ?
« Mais ensuite, après avoir été témoin de ses miracles, il a commencé à conjecturer d'après certains soupçons qu'il était le Fils de Dieu. C'est pour ce motif que sur ces paroles : « Je sais que vous êtes le saint de Dieu » (Marc, i, 24), Saint Jean Chrysostôme dit : qu'il n'avait pas une connaissance certaine et ferme de l'avènement de Dieu, mais qu'il savait qu'il était le Christ
formelle de sa Divinité, tombée si fréquemment de ses lèvres, paraît à ses ennemis une telle monstruosité, que Jésus ne peut s'empêcher un jour de le leur reprocher : « Pourquoi dites-vous que je blasphème parce que j'ai dit : Je suis le Fils de Dieu ' » ; et lorsqu'ils voudront essayer de voiler leur haine et de justifier le crime déicide dont ils vont se rendre coupables, ils rappelleront au juge inique qui doit Le condamner, que Jésus mérite la mort parce qu'il s'est fait le Fils de Dieu -.
Aucun enseignement n'est plus clair et plus précis. Ou Jésus enseigne l'erreur, ou il faut
promis dans la loi. C'est ce qui fait dire (Luc, iv, 41) : « Qu'ils savaient qu'il était le Christ. »
« Mais en confessant qu'il était le Fils de Dieu, ils parlaient plutôt d'après des soupçons qu'avec certitude. D'où le Vén. Bède observe : « Que les démons confessaient le Fils de Dieu », comme on dit plus loin « qu'ils savaient qu'il était le Christ », parce que le diable l'ayant vu fatigué par le jeûne, il crut qu'il était un homme véritable, mais parce que, en le tentant, il ne put pas le vaincre, il se douta qu'il était le Fils de Dieu. Par la puissance de ses miracles il comprit ou plutôt il soupçonna aussi ce qu'il était. C'est pourquoi il a conseillé aux Juifs de le crucifier, non parce qu'il a pensé que le Christ n'était pas le Fils de Dieu, mais parce qu'il n'a pas prévu que sa mort serait sa propre ruine.
« Car c'est de ce mystère, caché dès le commencement des siècles, que l'Apôtre dit : qu'aucun des princes de ce siècle ne l'a connu ; parce que « s'ils l'eussent connu, ils n'auraient jamais crucifié le Seigneur de la gloire. » S. Thom., III p., q. 44, a. 1, ad 2.
1 Jean, x, 36.
3 « Nous avons une loi, et selon la loi il doit mourir, parce qu'il s'est fait le Fils de Dieu. » Jean, xix, 7.
76 DE LA CONDITION DE l'hOMME-DIEU
reconnaître qu'il est Dieu. S'il n'était pas Dieu, Il n'aurait point parlé de la sorte et II n'aurait jamais pu faire les œuvres merveilleuses qu'il a opérées pour confirmer sa doctrine et forcer les hommes à croire à sa parole '. C'est également pour donner à ses miracles leur véritable sens, en faire comprendre l'origine divine et la fin toute de sagesse et de bonté, que Jésus ne cesse de répéter qu'il est Dieu, que tout pouvoir Lui a été donné au ciel et sur la terre-, et qu'il n'opère d'aussi grandes merveilles que pour forcer les hommes à croire en Lui et en Celui qui L'a envoyé1.
1 La première et la principale raison que donne Saint Thomas pour expliquer les miracles de Jésus, c'est de confirmer la vérité que Jésus enseigne. « Les choses qui sont de foi surpassent la raison humaine ; on ne peut les prouver par des raisonnements, mais il faut les prouver par l'argument de la puissance divine ; de manière que, quand on fait des œuvres que Dieu seul peut faire, on croie que les choses que l'on dit viennent de Dieu. » S. Thom., III p., q. 43, a. 1. C'est pourquoi Jésus dit : « Si vous ne voulez pas me croire, croyez à mes œuvres. » (Jean, x, 38). Et encore : « Les œuvres que je fais au nom de mon Père rendent témoignage de moi. » (Jean, x, 25).
Saint Thomas ajoute : « Le Christ a fait des miracles pour confirmer sa doctrine et pour montrer la vertu divine qui était en lui. » Ibid., a. 3. Et c'est la raison, d'après lui, pour laquelle Jésus n'a commencé à faire des miracles que lorsqu'il a commencé à enseigner : « Il n'a pas dû faire de miracles avant de commencer à enseigner, et il n'a pas dû commencer à enseigner avant l'âge mûr. » Ibid.
- Matth., xxviii, 18.
3 « J'ai fait devant vous beaucoup d'œuvres excellentes par la vertu de mon Père. » Jean, x, 32. — « Les œuvres que mon