V. — Jésus est homme
sa mort le confirme
Si par impossible on pouvait douter de l'Humanité de Jésus, en Le contemplant pendant sa vie, sa mort viendrait bien vite dissiper toute incertitude. Jésus avait mené la vie ordinaire que mènent tous les hommes ; Il devait donc arriver, Lui aussi, au terme fatal de toute vie humaine : la mort. Ses années s'étaient ajoutées les unes aux autres, et plus II vivait plus II s'acheminait vers la fin de son existence terrestre. Il devait mourir ! Et c'est à ce moment suprême, qui termine sa vie, qu'il faut donner rendez-vous aux hérétiques qui oseraient nier la réalité de l'Humanité du Sauveur.
Un corps qui souffre, un sang qui coule, une voix qui s'éteint, une vie qui s'épuise, un cœur qui s'arrête, un dernier soupir qui fait d'un être
1 « Vous n'avez pas reçu l'esprit de servitude, mais vous avez reçu l'Esprit de l'adoption des enfants... Si nous sommes enfants, nous sommes aussi héritiers : héritiers de Dieu, cohéritiers du Christ, pourvu que nous souffrions avec lui, afin d'être glorifiés avec lui. >• Rom., viii, i5, 17.
vivant un cadavre : voilà des signes incontestables de l'humain qui s'allie au divin dans la Personne de l'Homme-Dieu. Il faudrait n'avoir pas suivi Jésus sur le chemin du Calvaire ; il faudrait tout ignorer des scènes douloureuses et sanglantes de sa Passion et n'avoir pas vu disparaître dans un épuisement général cette vie du divin Crucifié, laissant la place à la mort qui l'envahit, pour pouvoir douter un seul instant que Jésus fut réellement Homme.
Lorsque le grand Prophète marquait son passage par les miracles qu'il semait à pleines mains, lorsque le Prédicateur de l'Evangile subjuguait les foules par l'ascendant de sa parole et la sublimité de sa doctrine, lorsque l'Envoyé du Seigneur était triomphalement acclamé par la multitude, on était porté à voir en Lui plutôt le côté divin que le côté humain. Mais lorqu'on Le verra accablé de tristesses mortelles, de dégoûts insondables et de douleurs indicibles, comme dans son agonie ; lorsqu'on Le considérera bafoué et meurtri de coups, couronné d'épines, ployant sous le poids de sa croix et suspendu au gibet de son supplice ; lorsqu'on n'entendra plus tomber de ses lèvres que des paroles entrecoupées ; lorsque les angoisses suprêmes, rompant leurs digues sous la pression intense de la douleur, laisseront échapper ce cri d'infinie souf-
88 DE LA CONDITION DE l'hOMME-DIEU
franco et de mortelle agonie : « Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m'avez- vous abandonné ' ? » ; lorsque tout s'éteindra, de cette vie de Thaumaturge, dans l'impuissance totale de l'agonisant et dans la froideur glaciale de la mort : non, non, on ne pourra douter qu'il est Homme.
Sans oublier les preuves éclatantes qu'il nous a données de sa Divinité, nous serons forcés de reconnaître qu'il n'y avait en Lui rien de fictif, que le corps qu'il avait pris était bien un corps matériel animé par une âme humaine, que ce corps et cette âme étaient sujets à la souffrance et destinés à la suprême douleur de la séparation opérée par la mort '-'.
C'est bien le temps de dire avec l'Apôtre, que Jésus nous a été assimilé en toutes choses, sauf le péché1. 11 a pris de notre nature humaine tout
1 Matth., xxvii, 46.
'-' « Afin que le Christ, dit Saint Thomas, satisfît pour les péchés du genre humain, qu'il fit croire à son Incarnation, et qu'il fût pour tous les hommes un exemple de patience, il a été convenable qu'il prît un corps soumis aux faiblesses et aux défauts de l'humanité. » S. Tho.vi., III p., q. 14, a. 1.
« Dieu, dit Saint Paul, a envoyé son Fils revêtu d'une chair semblable à la chair du péché. » (Rom., mu, 3). « Or, la chair du péché, ajoute Saint Thomas, est dans une condition telle qu'elle supporte nécessairement la mort et les autres souffrances de cette nature. » Ibiu., a. 2.
'■'■ « Il a connu comme nous toutes sortes d'épreuves, hormis celle du péché. » Hébr., iv, |5.
ce qui Lui permettait de vivre et tout ce qu'il Lui fallait pour mourir. Il a fait couler dans ses veines un sang qui Lui conservait la vie et dont la disparition devait Lui causer la mort. Il s'est créé une âme qui a animé son corps tout le temps nécessaire à l'accomplissement de sa mission sur la terre, et qui l'a ensuite abandonné pour un moment, lorsque l'heure fut venue de changer sa vie du temps en une vie éternelle.
Aussi réellement que Jésus est Dieu, aussi réellement II est Homme. Rendons à l'Homme- Dieu, adorable dans son Humanité comme dans sa Divinité, nos éternels hommages d'adoration et d'amour, et bénissons-Le de nous avoir révélé quelque chose de cet insondable Mystère de son Incarnation.