I. — Etat immolé mais glorieux de Jésus dans l'Eucharistie
Jésus a accompli sur le Calvaire sa mission rédemptrice. La vie ne Lui avait été donnée que
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pour cela l ; en l'offrant sur la croix, Il cesse d'être passible et II mérite de n'être plus jamais sujet à la mort 2. La vie qu'il reprend au matin de la Résurrection est encore sa vie propre, mais dégagée de tous les caractères d humiliation et de souffrance qui en avaient fait la vie d'une victime et d'un crucifié 3.
Aussi, ses droits à une gloire immortelle Lui assurent-ils un état nouveau où II trouve dans la Béatitude une récompense éternelle 4. Rien désormais ne devra plus assombrir l'éclat de sa gloire, et dans les siècles des siècles II sera acclamé comme le Libérateur de l'humanité, le Vainqueur de l'enfer, le Prêtre éternel et l'Agneau toujours immolé \
1 « Le Fils de L'homme est venu pour donner sa vie. » Mat., xx, 28.
2 « Le Christ ressuscité d'entre les morts ne meurt plus ; la mort n'a plus d'empire sur lui. » Rom., vt, 9.
3 « Sa mort est une mort au péché une fois pour toutes. La vie qu'il a maintenant demeure en Dieu. » Ibid., 10.
i « Ce Jésus qui pour un peu de temps a été abaissé audessous des anges, nous le voyons couronné de gloire et d' honneur , à cause de la mort qu'il a soufferte, ayant, selon la grâce de Dieu, goûté la mort pour tous. » Hébr., ii, 9.
5 « Je vis au milieu du trône un Agneau qui était debout comme immobile... et les vingt-quatre vieillards se prosternèrent devant l'Agneau, ayant chacun des harpes et des coupes d'or pleines de parfums... et ils chantaient un cantique nouveau, en disant : Vous êtes digne, Seigneur, de recevoir le livre et d'enlever les sceaux, parce que vous avez été mis à mort.
58 JÉSUS PRÊTRE ET VICTIME DANS l'eUCHARISTIE
Et pourtant Jésus a formé un autre dessein. Tout en étant le triomphateur couronné du ciel, Il a résolu de ne pas quitter les hommes. Comment accomplira-t-Il ce mystère? Il ne peut rien perdre de sa gloire, qui est éternelle, et II ne peut davantage revivre une vie mortelle. S'il réapparaissait parmi les hommes comme l'un d'eux, Il devrait reprendre une existence incompatible avec son état glorieux. S'il se présentait dans la majesté de sa gloire, les vivants ne pourraient en supporter l'éclat.
Il ne reste plus qu'une possibilité, celle d'unir ces deux états, glorieux d'une part, humilié de l'autre. Jésus conservera intacte toute sa gloire, mais II la voilera ; Il se présentera sous d'humbles dehors d'emprunt, mais sans porter atteinte à l'état glorieux qui Lui est essentiel.
Tout ce qu II pourra prendre de sa condition
et que vous nous avez rachetés pour Dieu, par votre sang, de toute tribu, de toute langue, de tout peuple et de toute nation.
« Je vis et j'entendis autour du trône la voix d'une multitude d'anges, et leur nombre était des milliers de milliers. Ils disaient d'une voix forte : « L' 'Agneau qui a été immolé est digne de recevoir la puissance, la divinité, la sagesse, la force, l'honneur, la gloire et la bénédiction. » Et toutes les créatures qui sont dans le ciel, sur la terre, sous la terre et dans la mer, et toutes les choses qui s'y trouvent, je les entendis qui disaient : « A celui qui est assis sur le trône et à Y Agneau, bénédiction, honneur, gloire et puissance dans les siècles des siècles. » Apoc, v, 6, 8, 9, ii-i3.
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mortelle antérieure, Il s'en servira. Sa gloire n'étant connue que des anges, Il se revêtira extérieurement de tous les caractères d'un état d'humiliation et d'abaissement qui Lui donneront l'aspect non seulement d'une victime, mais d'une victime immolée *. Tout ce que la mort pourra Lui fournir d apparences, Il s'en entourera et II se condamnera au silence, à l'immobilité et à l'impuissance d'un être sans vie.
On pourra Lui parler, Il ne répondra pas ; on voudra L'appeler, Il ne bougera pas ; on osera L'outrager, Il ne se défendra pas. Pour croire à sa présence, il faudra renoncer à l'usage de ses sens -. Pour Le considérer comme un être vi-
1 « On appelle la célébration de l'Eucharistie Yimmolation du Christ pour deux raisons : 1°) Parce que, comme le dit saint Augustin à Simplicius (L. 2, q. 3), les images ont coutume d'être appelées du nom des choses qu'elles représentent. Or, la célébration de l'Eucharistie est une image représentative de la passion du Christ, qui est sa véritable immolation. D'où saint Ambroise dit (Sup. Ep. ad Hebr., c. 10) : « Dans le Christ, l'hostie qui est toute-puissante pour le salut éternel n'a été offerte qu'une fois; que faisons-nous donc? Ne l'offrons-nous pas tous les jours ? mais en mémoire de sa mort. » — 2") Quant à l'effet de la passion du Christ. Car ce sacrement nous fait participer aux fruits de la passion du Seigneur. C'est pour cela qu'il est dit dans une oraison : que toutes les fois qu'on célèbre la mémoire de cette victime, on exerce l'œuvre de notre rédemption.» S. Thom., III p., q. 83, a. 1.
2 « La foi n'est pas contraire aux sens, mais elle a pour objet une chose à laquelle les sens ne peuvent s'élever. » S. Thom., III p., q. 75, a. 5, ad 3.
vant, il faudra recourir à des actes purement surnaturels. Pour Le confesser le même Jésus glorieux que celui de la Patrie, il faudra détruire toutes les apparences dont II se revêt et tomber en adoration devant sa parole infaillible proclamant que ce pain c'est Lui, Lui, la vie éternelle qu'il donne à ceux qui Le mangent *.
Si le mystère de l'Incarnation, nous cachant un Dieu, est grand et adorable ; si le mystère de la Rédemption, enlevant la vie à la victime, est divinement miséricordieux; que dire du mystère eucharistique qui nous voile à la fois le Dieu et l'Homme, et prolonge dans les siècles l'actualité toujours renouvelée de la présence vivante du Sauveur du monde ! 2
1 « Quoique les sens, dit encore saint Thomas, ne puissent reconnaître que le corps et le sang du Christ sont véritablement dans l'Eucharistie, cependant notre foi sappuyant sur l'autorité divine, nous devons le croire, puisque cela convient à la perfection de la loi nouvelle, que cela est très conforme à la charité du Christ et tout à fait d'accord avec la foi que nous avons dans son humanité... Si vous avez compris spirituellement les paroles du Christ à l'égard de sa chair, dit saint Augustin (Tract. 27 sur S. Jean), elles sont pour vous esprit et vie ; si vous les avez entendues charnellement, elles sont encore esprit et vie, mais elles ne le sont pas pour vous. » S. Thom., III p., q. /5, a. 1, c et ad 4.
2 « Sur la croix se cachait seule la Divinité, mais ici se cache aussi l'Humanité. » S. Thom., (Adoro te).
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II. — Sacrifices qu'impose l'état d'immolation de Jésus dans l'Eucharistie
L'état d'immolation de Jésus dans l'Eucharistie peut être envisagé par rapport à Jésus et par rapport à nous. D'un côté comme de l'autre, il comporte des sacrifices, sacrifices glorieux pour Jésus, sacrifices méritoires pour nous.
Pour établir ce Sacrement, Jésus a non seulement renversé les lois de la nature qu'il avait Lui-même établies, mais II s'est imposé des conditions telles, qu'il a lésé, en quelque sorte, des droits personnels qui sembleraient imprescriptibles.
Comme pendant sa vie mortelle, Il a relégué sa Divinité dans le secret et le mystère. Une fois sa mission accomplie, pas n'était besoin de continuer ce sacrifice, puisqu'il disparaissait sous une forme sensible. Bien plus, la gloire accidentelle à laquelle II avait droit du fait de l'accomplissement de sa mission terrestre, venant s'ajouter à sa gloire essentielle, motivait une manifestation éclatante de sa Divinité. Et cependant, Il juge de devoir la tenir encore dans l'ombre, pour Lui permettre de se faire Sacrement1.
1 C'est pourquoi, lorsque Jésus, à i'approche de sa Passion, demande à son Père de Le glorifier, Il n'entend parler que de
Tout au moins, Jésus va-t-Il conserver la vue de son Humanité sainte? Il n'y a plus les mêmes raisons que pour voiler sa Divinité. Il est apparu parmi les hommes, Il a vécu comme eux, Il leur a parlé et les a instruits ; Il a gagné les sympathies et ravi les cœurs ; Il a exercé autour de Lui une véritable influence, et par la bonté de son regard, et par la douceur de sa voix, et par l'attrait de toute sa personne i. Qu'il continue à
sa gloire du ciel : celle qu'il a comme Dieu de toute éternité et à laquelle II a droit de participer comme Homme, par le fait de l'union hypostatique de sa nature humaine à sa Personne divine. Ce qui s'est parfaitement réalisé, en récompense de 6on immolation et de sa mort, d'après ces paroles de l'Apôtre : « Jésus-Christ ayant offert une seule hostie pour les péchés, est assis pour toujours à la droite de Dieu » (Hébr., x, 12). C'est-à-dire, d'après saint Thomas (III p., q. 58, a. 4, ad 2) : « Ce qui ne signifie pas simplement être dans la béatitude mais avoir la béatitude avec une certaine puissance de domination, et l'avoir pour ainsi dire comme une chose propre et naturelle, ce qui ne convient qu'au Christ. »
En maints endroits du saint Evangile, Jésus Lui-même proclame la majesté et le pouvoir judiciaire de son second avènement. « Alors le signe du Fils de l'homme paraîtra dans le ciel ; et tous les peuples de la terre seront dans les gémissements ; et ils verront le Fils de l'homme venant sur les nuées du ciel avec une grande puissance et une grande majesté. » Mat., xxiv, 3o. — Voir également Mat., xxvi, 64 ; Marc, xiii, 26 et xiv, 62 ; Luc, xxi, 27.
1 « Vous savez ce qui est arrivé dans toute la Judée, en commençant par la Galilée, après le baptême que Jean a prêché : comment Dieu a oint de l'Esprit saint et de force Jésus de Nazareth, qui passa en faisant le bien et en guérissant tous ceux qui étaient sous la puissance du diable, parce que Dieu