III. — Relations entre l'Institution
de l'Eucharistie et le Sacrifice de Jésus sur la Croix
Le seul fait du moment de l'Institution de l'Eucharistie, la veille de la mort du Sauveur, à l'heure où va commencer sa passion, nous indique déjà les relations étroites qui existent entre ces deux grands mystères *.
1 C'est encore le Docteur angélique qui, avec sa clarté habituelle, fera ressortir les trois raisons de l'Institution de l'Eucharistie, le soir de la Cène, au seuil de la Passion du Sauveur.
« Il est convenable que l'Eucharistie ait été instituée dans la Cène, où le Christ s'est trouvé pour la dernière fois avec ses disciples. 1" — En raison de ce que ce Sacrement renferme. Car le Christ lui-même est contenu dans l'Eucharistie, comme Sacrement. C'est pourquoi quand le Christ devait s'éloigner de ses disciples sous sa propre forme, il s'est laissé lui-même à eux sous l'espèce sacramentelle.
« 2° — Parce qu'on n'a jamais pu être sauvé sans avoir foi dans la passion du Christ, d'après ces paroles de Saint Paul (Rom., m, 25) : « Dieu l'a destiné pour être la victime de propitiation par la foi qu'on aurait en son sang. » C'est pourquoi il a fallu quV« tout temps il y eût parmi les hommes quelque chose qui représentât la passion du Seigneur. — Dans l'Ancien Testament, son principal sacrement était l'agneau pascal. D'où l'Apôtre dit (I Cor., v, 7) : que « le Christ, notre pâque, a été immolé ». — Dans le Nouveau Testament, il a été remplacé par le Sacrement de l'Eucharistie, qui rappelle la passion passée, comme l'Agneau pascal a figuré à l'avance la passion future. C'est pourquoi il a été convenable, qu'au moment où la passion était imminente, il établit le nouveau Sacrement lorsqu'on célébrait l'ancien.
« 3° — Parce que c'est surtout ce que disent les amis en
Jésus a intentionnellement rapproché cette sublime Institution de son dernier Sacrifice. S'il n'avait pas eu la pensée de les réunir dans un même acte de suprême amour, Il aurait pu choisir un autre moment plus en harmonie apparemment avec la joie et l'allégresse qui ressortent d'un semblable Sacrement.
Mais, sans rien enlever aux douces suavités de la présence vivante et permanente de Jésus dans ce mystère, c'est précisément parce que l'Eucharistie doit perpétuer dans le monde le souvenir de sa passion et de sa mort, que le crucifié du Calvaire entre en scène par l'inauguration du plus grand Sacrement l. A la Cène II
dernier lieu, lorsqu'ils se retirent, qui se grave plus profondément dans la mémoire ; parce qu'alors on leur est plus attaché et que ce sont les choses pour lesquelles nous avons le plus d'affection, qui s'impriment dans l'esprit le plus vivement. Car, comme le dit le Pape Alexandre Iel (Epist. i, cap. 4), dans les sacrifices rien ne peut être plus grand que le corps et le sang du Christ, et aucune offrande n'est préférable à celle-là. C'est pourquoi, pour qu'on l'eût en plus grande vénération, le Seigneur a institué ce Sacrement au moment où il allait se séparer de ses disciples. Et c'est la pensée de Saint Augustin, dans les réponses qu'il adresse à Janvier (Epist. liv, cap. 6) : Le Sauveur, pour mieux faire connaître la profondeur de ce mystère, a voulu que cette action étant la dernière fût plus profondément gravée dans les cœurs et dans la mémoire de ses disciples, qu'il quitta pour aller accomplir le sacrifice de sa passion.» S. Thom., III p., q. 73, a. 5.
1 II est de foi que Jésus a établi l'Eucharistie dans la dernière cène, la veille de sa passion. « Or, lisons-nous en saint