VIII
Aimé capable de satisfaire toutes les aspirations de notre cœur *. Si notre volonté chancelle, Il accourt pour nous préserver et nous affermir2.
Et tout cela, parce que l'humilité de sa présence ne nous effraye pas, parce que son état d'abaissement gagne notre confiance, parce que les excès de son amour nous attirent impérieusement à L'aimer à notre tour3.
En Le voyant descendre si bas et se condamner à de telles immolations, lorsqu'il a tous les droits à régner et à être le souverain Seigneur de tous les hommes, on comprend mieux les raisons essentielles qui Lui ont fait choisir cet état.
Ne pouvant plus vivre d'une vie humble et passible comme celle de sa vie mortelle, Il en prend toutes les apparences d'humiliation qui peuvent se concilier avec son état glorieux. Ne
1 « Celui qui m'aime sera aimé par mon Père, et moi je l'aimerai. » Jean, xiv, 21. — « Comme le Père m'a aimé, moi aussi je vous ai aimés. » Id., xv, 9.
2 « Sans moi vous ne pouvez rien faire. » Jean, xv, 5. — « Ayez confiance, j'ai vaincu le monde. » Jean, xvi, 33.
3 « Dieu, à cause de l'amour extrême dont il nous a aimés, nous a vivifiés dans le Christ. » Eph., ii, 4, 5. — « Nous triomphons, à cause de celui qui nous a aimés. Car je suis certain que ni la mort, ni la vie, ni les anges, ni les principautés, ni les puissances, ni les choses présentes, ni les choses futures, ni la violence, ni aucune hauteur, ni aucune profondeur, ni aucune créature ne pourra nous séparer de l'amour de Dieu qui est en Jésus-Christ Notre Seigneur. » Rom., viii, 37-3g.
devant plus mourir, Il se réduit quand même à un état extérieur de mort qui trompe les sens et est comme un défi jeté à la raison '.
Si la foi ne venait à notre secours, nous nierions que Jésus est là 2. Si nous ne comprenions le motif d'amour qui L'a poussé à paraître si petit, lorsqu'il est si grand, nous finirions par douter même de notre foi.
Mais c'est Jésus î Jésus le tout-puissant, Jésus le souverainement aimant, Jésus le Prêtre Eternel qui réclame une Victime pour l'immoler, Jésus la Victime toujours offerte pour le salut du monde ! C'est Jésus, tel que nous L'a livré son amour. Jésus, tel qu'il nous convient dans l'exil. Jésus, tel que nous voulons L'aimer et L'adorer ! C'est Jésus, le Jésus de la Cène, le Jésus crucifié
1 Le Docteur angélique, dans son traité de l'Eucharistie, au sujet de la Communion des Apôtres à la Cène, explique comment les espèces sacramentelles peuvent subir des altérations, sans que pour cela le corps du Christ en soit aucunement atteint. Et cela parce que, dit-il : « Le corps du Christ, selon qu'il existe dans ce Sacrement (d'après ce qui a été dit, q. 76, a. 4, 5 et 6) n'est pas mis en rapport avec les choses qui l'environnent par l'intermédiaire de ses propres dimensions au moyen desquelles les corps se touchent, mais par l'intermédiaire des dimensions des espèces du pain et du vin. C'est pourquoi ce sont ces espèces qui pâtissent et que l'on voit, et non le corps lui-même du Christ. » (III p., q. 81, a. 3.)
2 « Croyez en Dieu, et croyez en moi. » Jean, xiv, 1. — « Ceci est mon corps, ceci est mon sang. » Mat., xxvi, 26, 28.
96 JÉSUS PRÊTRE ET VICTIME DANS l'eUCHARISTIE
du Calvaire, le Jésus des glorieuses immolations, que nous adorons et mangeons. Le Jésus pour qui nous voulons vivre et mourir.