PRÉFACE
place à une autre vie immortelle et éternelle '. Si l'amour de^ Jésus se fût limité à l'accomplissement de sa mission terrestre, c'est au ciel seulement que nous L'aurions retrouvé. Mais un second mystère d'amour, succédant au premier, nous a conservé dans V humanité la présence réelle et vivante du Prêtre-Victime qui nous a sauvés : V Eucharistie est devenue le ciel des vivants, comme le Paradis l'est des élus.
Au Très Saint Sacrement, nous possédons Jésus tel qu'il est au ciel2. Il n'est pas plus Prêtre et Victime là-haut qu'il ne l'est dans l'Eucharistie. Il mérite donc ici-bas les mêmes hommages, les mêmes adorations et le même amour. Ce à quoi 11 a droit au ciel, dans les siècles des siècles, de la part des bienheureux, Il y a droit également sur la terre de la part de ceux dont 11 est le Prêtre et le Sauveur.
Dès lors, non seulement il nous est loisible d'honorer Jésus en tant que Prêtre et Victime
1 « Je vis quelqu'un qui ressemblait au Fils de l'homme... Il posa sa main droite sur moi en disant : Je suis le premier et le dernier. Je suis vivant, et j'ai été mort, et voici que je vis pour les siècles des siècles. » Apoc, i, i3, 17, 18.
2 « La foi catholique croit, et la sainte Eglise enseigne que le corps glorieux du Christ est réellement dans le Sacrement de l'autel, et qu'il y est vraiment dans son état de gloire.» S.Thom., Op. 58, c. 11.
dans l'Eucharistie, mais ce devoir est le plus sacré gui nous incombe. Nous serions grandement coupables d'attendre le ciel pour établir entre Jésus Prêtre-Victime et nous les relations divines capables de nous donner une intelligence plus grande de son Sacerdoce et de nous fournir les moyens de Lui rendre les hommages gui Lui sont dûs.
Jésus, Prêtre et Victime dans l'Eucharistie, doit donc faire l'objet de nos études, de nos méditations et de nos contemplations, avant de Le contempler dans le royaume de sa gloire.
L'existence sacramentelle de Jésus Prêtre et Victime est intermédiaire entre son existence mortelle pendant sa vie et son existence glorieuse au ciel. Quoigue simultanée avec celle de la gloire, elle est plutôt la nôtre, elle est faite pour nous i ; elle comporte des droits actuels de la part de Jésus et des devoirs non moins rigoureux et précis de notre part.
C'est pour en faire ressortir les raisons essen-
1 « Le Christ ne montre pas à nos yeux corporels cet état glorieux, cette manière d'être, parce qu'il nous en réserve la vision pour la patrie, et que cette ostension glorieuse ne conviendrait ni au Sacrement ni à notre foi, puisque nous marchons encore vers le terme, sous le voile de l'énigme, et ne percevons qu'à travers un miroir la divine lumière. » S. Thom., Op. 58, c. 11.
tielles et les aspects divers que nous écrivons ces pages, destinées à apporter un complément aux considérations contenues dans les volumes antérieurs de cet ouvrage.
Nous le faisons avec d'autant plus de bonheur, que nous espérons, par là, pouvoir aider à combler une lacune, évidente pour tous, provenant de V inadvertance et de l'indifférence du grand nombre à l'égard du culte dû à Jésus en tant que Prêtre et Victime dans l'Eucharistie.
La foi en V Eucharistie est souvent plus théorique que pratique ; elle est une foi vague et sans réflexion, lorsqu'elle devrait être une foi raisonnée et méditée. Elle n'est aussi que trop une affaire de dévotion, sans conviction approfondie ni attention soutenue. Même, chez les âmes les plus pieuses, elle est parfois l'effet d'une intelligence peu éclairée du plus grand des mystères, plus ou moins étrangère à la réalité vivante de la présence adorable du Prêtre et de la Victime, qui ne peuvent être justement honorés, que s'ils sont connus et aimés l.
1 « Tout le mystère de notre salut étant compris tout entier dans l'Eucharistie, on célèbre pour ce motif ce sacrement avec plus de solennité que les autres... On exige pour l'Eucharistie une dévotion plus- grande que pour les autres sacrements, parce que le Christ y est contenu tout entier ; et on demande aussi une dévotion plus générale, parce que à l'égard de ce
8 JÉSUS PRÊTRE ET VICTIME DANS l'eUCHARISTIE
Si Jésus est ce qu'il est par son Sacerdoce, donc son Sacerdoce, c'est Lui. D'où, L'honorer, L'aimer, L'adorer, Le servir vraiment, c'est le faire en tant qu 'Il est Prêtre ; sans quoi, ce service de foi et d'amour reposerait sur des données imprécises qui, laissant dans l'ombre ce qu'il y a de plus essentiel en Jésus, ne Lui rendrait qu'un culte incomplet.
Il est donc souverainement important d'étudier Jésus en l'Eucharistie, en tant que Prêtre et Victime ; de chercher les raisons de sa présence eucharistique ; de comprendre la nature de son état sacramentel, et comment 11 continue d'y exercer son Sacerdoce et de se maintenir, quoique glorieux, dans une attitude de Victime.
Puissent ces pages favoriser cette étude de lumière et d'amour, et inspirer aux âmes un culte précis, fervent, habituel, envers notre adorable Jésus, le Prêtre Eternel et la Victime toujours immolée de nos autels !
Nous rappelant que c'est à Marie que nous devons notre Prêtre, et que c'est en s' immolant,
sacrement on requiert la dévotion du peuple chrétien tout entier pour lequel on offre le sacrifice, et on ne demande pas seulement la dévotion de ceux qui le reçoivent, comme dans les autres sacrements. » S. Thom., III p., q. 83, c. et ad. 5.
sur le Calvaire, avec la divine Victime, qu'elle est devenue la coopératrice de notre salut éternel, nous déposons cet humble ouvrage à ses pieds, pour qu'elle le bénisse et lui fasse porter beaucoup de fruits.
Jésus seul !
Cénacle Saint -Pierre Jeudi-Saint, 1937
P. Marie Eugène de la Croix
de la Congrégation de la Fraternité Sacerdotale