CHAPITRE QUATRIÈME
De l'acte du Sacerdoce de Jésus dans l'Institution de l'Eucharistie
s Ceci est mon corps qui est donné pour vous. Ce calice est le nouveau testament en mon sang qui sera répandu pour vous. Faites ceci en mémoire de moi. »
Luc, XXII, 19, 20
Après avoir étudié l'état d'immolation de Jésus dans l'Eucharistie, nous sommes en mesure de saisir avec plus d'évidence la nécessité de la présence du Prêtre Eternel et de son action sacrificatrice pour opérer une telle merveille.
La puissance sacerdotale dont Jésus est doué doit nécessairement trouver son exercice plénier dans l'acte d'un sacrifice proportionné à la dignité et à la souveraineté de son Sacerdoce. Non pas que tous les actes de sa vie aient le cachet essentiel d'un sacrifice, quoique tous émanent de son caractère sacerdotal, mais en ce sens que tout étant ordonné en Jésus au Sacrifice suprême de la Victime qu'il est chargé d'immoler, à son
Sacerdoce seul reviennent l'honneur et la puissance d'accomplir cette immolation divine.
Jésus-Prêtre apparaît dans l'humanité au moment précis de l'Incarnation, et II reçoit alors du Père, qui L'envoie !, la mission sacerdotale qui devra Le conduire à l'accomplissement de ses desseins de miséricorde sur l'humanité 2. Toute la vie du Sauveur du monde sera inspirée par l'esprit sacerdotal qui L'anime. Il dirigera ses pensées, ses désirs, ses paroles et ses actes vers le terme final de son existence mortelle. D'accord avec la divine Victime, dont II a la garde, Il s'avancera résolument vers la montagne du Sacrifice, où se dresse dans le lointain la Croix de son supplice.
Mais avant de gravir le Golgotha, le divin Sacrificateur fera une halte au Cénacle, et II y accomplira le Sacrifice mystique, prélude du prochain Sacrifice sanglant, par le même pouvoir et avec le même amour puisés dans l'essence de son éternel Sacerdoce.
1 « Je suis venu au nom de mon Père. » Jean, v, \Z. — « Ce n'est pas de moi-même que je suis venu... mais c'est lui qui m'a envoyé. » Jean, vu, 28, 29.
2 « Dieu n'a pas envoyé son Fils dans le monde pour condamner le monde, mais pour que le monde soit sauvé par lui. » Jean, in, 17.
L'Hostie qu'il offrira à la Cène contiendra le même sang rédempteur qui coulera le lendemain sur le corps du divin Crucifié. Les paroles consécratrices du mystère eucharistique, proférées par le Souverain Prêtre, auront la même efficacité divine que sa mort sur la Croix. Il n'est pas plus Prêtre en sacrifiant sur le Calvaire qu'au Cénacle. Il n'est pas plus Victime en donnant sa vie par l'effusion de son sang, qu'en la prolongeant dans l'état d'immolation qu'il s'impose dans l'Eucharistie *.
Nous allons assister à cet acte solennel de son Sacerdoce, nous allons considérer la part égale d'amour et d'efficacité qu'y prennent le Prêtre et la Victime, nous allons contempler la sublimité du Mystère qui nous livre pour toujours la présence adorable du Souverain Prêtre, que l'Eucharistie nous conserve dans l'exercice constant de ses divines fonctions sacerdotales.
Hâtons-nous d'entrer dans ses propres sentiments et prenons notre place au banquet de la Cène, pour assister à l'Institution du plus grand des mystères.
1 « Le sacrement de Y Eucharistie est un mémorial de la passion, dans laquelle le Christ est prêtre et victime. » S. Thom., III p., q. 84, a. 7, ad 4.