CHAPITRE CINQUIEME
De la présence du Prêtre à côté de la Victime dans l'Eucharistie
« Nous avons un grand Prêtre qui est établi pour offrir des oblations et des sacrifices, toujours vivant pour intercéder pour nous. »
Hêbr., VII, 25 ; VIII, 3.
Nous sommes entrés au Cénacle avec Jésus et nous avons assisté à l'acte sublime de son Sacerdoce, par lequel II a transformé son état visible et mortel en son état caché eucharistique. Ce n'est pas seulement d'une manière provisoire qu'il a institué ce Sacrement, mais c'est bien avec la volonté formelle d'y perpétuer sa présence adorable.
S'il n'avait pas institué en même temps le Sacerdoce nouveau, avec l'obligation pour tous ses Prêtres de renouveler le même acte sacerdotal, la présence de Jésus Prêtre et Victime n'aurait duré à la dernière Cène que juste le temps voulu avant la consommation des espèces sacramentelles. Mais évidemment, telle n'était pas l'intention de Jésus, puisqu'il se constituait des
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successeurs et leur donnait le pouvoir d'opérer les mêmes merveilles.
Il n'y a donc point d'Eucharistie sans Prêtre.
II n'y a point de réelle consécration du corps et du sang de Jésus, sans qu'il intervienne une puissance égale et de même nature que la puissance du Souverain Prêtre instituant le Sacrement eucharistique. Il n'y a point de Sacrifice mystique qui soit la répétition du Sacrifice de la Cène et de la Croix, s'il n'y a pas la présence et la parole consécratrice du même Prêtre et de la même Victime l.
Aucun Prêtre à l'autel, tout saint qu'il puisse être, ne peut parler et agir en son nom. Son
1 Le Docteur angélique explique ainsi cette double opération de Jésus et du Prêtre dans les sacrements : « Quoique Dieu opère l'effet intérieur des sacrements, comme agent principal, néanmoins l'homme peut aussi y coopérer comme ministre. L'on peut opérer un effet de deux manières : 1° comme agent principal ; 2° comme instrument. De la première manière il n'y a que Dieu qui opère l'effet intérieur des sacrements ; soit parce que seul il pénètre dans l'âme dans laquelle l'effet du sacrement existe, et que l'on ne peut pas opérer immédiatement quelque chose là où on n'est pas ; soit parce que la grâce qui est l'effet intérieur du sacrement ne vient que de Dieu. — De la seconde manière l'homme peut contribuer à l'effet intérieur des sacrements, selon qu'il agit comme ministre. Car le ministre et l'instrument ont la même nature, puisque l'action de l'un et de l'autre s'applique extérieurement ; mais l'effet intérieur résulte de la vertu de l'agent principal qui est Dieu. »
III p., q. 64, a. 1.
caractère sacré n'est qu'un prolongement du caractère de l'unique Prêtre qui seul possède essentiellement le Sacerdoce. Les paroles qu'il prononce n'ont de valeur que celle que leur donne le Souverain Prêtre, qui lui commande de parler en son nom. L'efficacité du Sacrifice qu'il offre vient de la réalité de la puissance sacerdotale du vrai et unique Sacrificateur qui immole sa propre Victime !.
Le Sacrifice eucharistique qui serait offert par tous les Prêtres du monde réunis n'aurait pas plus de valeur et de réalité qu'offert par un seul Prêtre2. Le Prêtre, quel qu'il soit, qui a reçu
1 « Le sacrement de l'Eucharistie est si noble, qu'il n'est confectionné que dans la personne du Christ. Or, quiconque fait une chose au nom d'un autre, doit nécessairement la faire par la puissance qu'il en a reçue. Or, comme le Christ accorde à celui qui est baptisé la puissance de recevoir l'Eucharistie, de même il accorde au prêtre, dans son ordination, le pouvoir de le consacrer en son nom. Car par là le prêtre se trouve placé au rang de ceux auxquels le Seigneur a dit (Luc, xxii, 19) : « Faites ceci en mémoire de moi. » C'est pour ce motif qu'on doit dire qu'il appartient en propre aux prêtres de consacrer ce sacrement. » S. Thom., III p., q. 82, a. 1.
2 « De ce que le Christ a prononcé les paroles de la consécration, elles ont acquis une puissance consécratrice qu'exerce tout Prêtre qui les prononce, absolument comme si le Christ était présent et qu'il les prononçât lui-même. » S. Thom., III p., q. 78, a. 5. — Et plus loin, il ajoute : « Parce que le Prêtre ne consacre qu'au nom du Christ, et que plusieurs sont un dans le Christ, il importe peu que ce sacrement soit consacré par un seul ou par plusieurs. » Ibid., q. 82, a. 2, ad 2,
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l'onction sacerdotale, possède un pouvoir qui lui est sans cesse maintenu par Jésus et dont l'exercice réclame la présence de son principe sacrificateur '.
Il lui suffit de prononcer, et avec la même intention, les paroles de Jésus à la Cène, et aussitôt, là où il n'y avait que du pain et du vin, se trouvent présents, en corps et en âme, le Prêtre et la Victime du premier grand Sacrifice 2.
Avec quelle foi et quelle piété ne devons-nous pas nous habituer à considérer Jésus Prêtre s'offrant à l'autel par les mains du Prêtre ! Avec quel amour ne devons-nous pas Lui rendre un culte de profonde adoration pour L'honorer en tant que Prêtre et Victime au Très Saint Sacrement !
1 « Il est évident que le Christ consacre lui-même tous les sacrements de l'Eglise... Il est lui-même le vrai Prêtre qui s'est offert sur l'autel de la croix, et par la puissance duquel son corps est consacré tous les jours sur l'autel. » S. Thom., Contr. Gent., 1. 4, c. 76.
* « Cette conversion est produite par les paroles du Christ que le Prêtre prononce, de telle sorte que le dernier instant où ces paroles sont prononcées, est le premier instant où le corps du Christ existe dans le sacrement... le sens des paroles qui rend la force des sacrements efficace étant complet. » S. Thom., III p., q. 75, a. 7, c. et ad 3.