‹ Jésus mieux connu et plus aimé dans son sacerdoce (volume 3)Chapitre 31 sur 45 · III. — La double réalité de la présence · texte numérisé non relu

III. — La double réalité de la présence

du Prêtre et de la Victime

dans l'Eucharistie,

tirée de la nature du Sacrement

En soi il n'y a qu'un seul Sacrifice, comme il n'y a qu'un seul Prêtre et une seule Victime : celui de la Croix '. Le Sacrifice de la Cène est une préparation et une anticipation du Sacrifice

1 Vérité que développe admirablement saint Thomas, lorsqu'il dit : « La passion du Christ, selon qu'elle se rapporte à sa divinité, agit à titre de cause efficiente. Selon qu'elle se rapporte à la volonté de l'âme du Christ, elle agit comme cause méritoire. Selon qu'on la considère dans la chair même du Christ, elle agit par manière de satisfaction, en ce sens que nous sommes délivrés par elle de la peine que nous avions encourue. Elle agit par manière de rédemption, selon qu'elle nous délivre de la servitude du péché. Enfin, elle agit par manière de sacrifice, selon que par elle nous sommes réconciliés avec Dieu. » III p., q. 48, a. 6, ad 3.

du Calvaire '. Le Sacrifice de l'Eucharistie est une continuation, sous une forme non sanglante, du Sacrifice sanglant de la Croix 2.

Ces trois Sacrifices, qui n'en font qu'un, réclament, pour les accomplir, la même intervention du Prêtre et de la Victime. C'est donc à l'un et à l'autre qu'est due toute l'efficacité du Sacrifice rédempteur. Le sang versé par la puissance sacerdotale de Jésus a opéré le salut du monde. L'immolation mystique du même Sacrifice appliquant, dans l'Eucharistie, les fruits de l'immolation sanglante du Calvaire, prolonge, à travers les siècles, la présence du même Prêtre immolant et de la même Victime immolée.

Comme l'état eucharistique de Jésus ne changera jamais de forme, le Sacrifice qui s'opère sur tous les autels du monde sera toujours dû à l'action simultanée du même Prêtre et de la même Victime. Ce n'est point parce que ce Sacrifice n'est pas sanglant, qu'il n'a pas les caractères essentiels du Sacrifice de la Croix. Ce dernier ne pouvait être offert deux fois sous cette forme ; le premier ne répondrait plus à la pen-

1 « Ceci est mon corps... Ceci est mon sang du Nouveau Testament qui sera versé pour un grand nombre en rémission des péchés. » Mat., xxvi, 26, 28.

2 « Chaque fois que vous mangerez ce pain et que vous boirez ce calice, vous annoncerez la mort du Seigneur. » I Cor., ii, 26.

sée de son institution, s'il ne pouvait être offert partout, par le ministère du même Souverain Prêtre.

Il y aura toujours des âmes à sauver et à sanctifier ; les mérites accumulés par le divin Sacrifice rédempteur seront appliqués à chaque âme suivant ses besoins. Le même Prêtre les tient en réserve, et l'immolation renouvelée de la divine Victime lui en fournira une source intarissable l.

Nous pourrons donc, en tout temps, en tout lieu, en toute circonstance, recourir au Prêtre Eternel que nous avons vu immoler la Victime sur la Croix et que nous retrouvons exerçant toujours auprès d'elle le même office à l'autel eucharistique 2.

1 « Le Christ, en souffrant par charité et par obéissance, a rendu à Dieu plus qu'il ne fallait pour faire compensation à toutes les offenses du genre humain : 1" A cause de la grandeur de la charité qui le faisait souffrir ; 2° à cause de la dignité de la vie qu'il a donnée pour satisfaire, car c'était la vie d'un homme-Dieu ; 3° à cause de la généralité de la passion et de la grandeur de la douleur dont il s'est chargé. C'est pourquoi la passion du Christ n'a pas été seulement une satisfaction suffisante, mais encore surabondante, pour les péchés du genre humain, d'après ces paroles de l'Ecriture (I Jean, h, 2) : « Il s'est fait victime de propitiation, non seulement pour nos péchés, mais encore pour ceux du monde entier. » S. Thom., III p., q. 48, a. 2.

2 « Nous avons en Jésus, le Fils de Dieu, un grand Prêtre qui a pénétré les cieux... capable de compatir à nos infirmités. Approchons-nous donc avec assurance du trône de sa grâce,

Ne laissons pas son Sacerdoce en partie infructueux, parce que pratiquement nous l'aurons ignoré. Dans notre intelligence, il doit y avoir maintenant une connaissance plus exacte de Jésus Prêtre et Victime au Très Saint Sacrement. Dans notre cœur, il doit s'être allumé un foyer plus ardent d'amour reconnaissant. Dans notre volonté, il a dû surgir des énergies nouvelles, en harmonie avec des convictions plus profondes, qui n'attendent que des résolutions pratiques pour porter des fruits *.

L'heure est venue d'aller à Jésus sans détour, de L'honorer comme Prêtre au Sacrement de

afin d'obtenir miséricorde et de trouver grâce, pour être secouru en temps opportun. » Hébr., iv, 14-16. — « Il peut sauver parfaitement ceux qui s'approchent de Dieu par lui, étant toujours vivant pour intercéder en leur faveur. » Ibid., vu, 25.

1 « La passion du Christ, nous dit encore saint Thomas, a été la cause de la rémission de nos péchés, selon que par elle nous sommes excités à la charité et que nous avons été rachetés... C'est par la charité qu'on obtient la rémission de ses péchés, puisqu'il est dit (Luc, vu, 47) : « Beaucoup de péchés lui ont été remis, parce qu'elle a beaucoup aimé. »... La foi par laquelle nous sommes purifiés du péché n'est pas la foi informe qui peut exister avec le péché, mais c'est la foi formée par la charité ; de manière que la passion du Christ nous soit appliquée non seulement quant à l'intellect, mais encore quant à son effet. Et, de cette manière, c'est aussi par la vertu de la passion du Christ que les péchés sont remis. » III p., q. 49, a. 1, c. et ad 5.

son amour et de L'aimer comme II s'aime Luimême dans les sublimités essentielles de son Sacerdoce.

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