IV. — L'universalité de la présence
du Prêtre et de la Victime
dans tous les Tabernacles du monde
Jésus Prêtre et Victime a pris naissance au moment précis de 1 Incarnation, dans le sein de la Vierge Marie. Sa Mère a d'abord été la seule à Le posséder et à Le contempler. A sa naissance, Il a été vu et adoré par quelques privilégiés, sans toutefois se révéler dans la réalité de son Sacerdoce et de son état de Victime '. Trente années de sa vie se sont écoulées dans le silence et le mystère, en compagnie des deux êtres choisis du ciel pour former avec Lui la plus pure et la plus sainte famille qu'il y aura jamais sur terre2.
Les révélations intimes de Jésus Prêtre et Victime à Marie et à Joseph restèrent le secret de la maison de Nazareth. Et lorsque commença la vie publique du Sauveur, on ne connaissait de
1 Allusion à la visite des bergers (Luc, n, 8-17) et des mages (Mat., 11, 1-12).
2 « Et il descendit avec eux et vint à Nazareth, et /'/ leur était soumis. » Luc, 11, 5i.
Lui que son humble origine ', sans savoir encore la mission qu'il allait accomplir 2. A mesure qu'il se dévoilait, surtout à ses apôtres, Il faisait bien pressentir ce qu'il était venu faire, mais c'était dans des termes assez vagues, au point que même les siens n'en purent saisir le sens précis 3.
Toutefois Jésus, en s'approchant du terme de sa vie, paraissait anxieux de se révéler plus complètement, et les allusions à sa mort prochaine ne laissaient plus de doute 4 : Il allait donner sa vie, comme il convenait à une victime vouée à toutes les ignominies, mais Lui seul la sacrifierait par sa propre puissance d'immolation 5.
1 « Et venant à sa patrie, il les enseignait dans leurs synagogues, de sorte qu'ils s'étonnaient et disaient : D'où vient à celui-ci cette sagesse et cette puissance ? N'est-ce pas le fils du charpentier ? Sa mère ne s'appelle-t-elle pas Marie? » Mat., xiii, 54, 55.
2 « Vous ne savez ni d'où je viens, ni où je vais. » Jean, vin, 14.
3 « Mais Jésus prit à part les douze et leur dit : Voilà que nous montons à Jérusalem, et que s'accomplira tout ce qui a été écrit par les prophètes touchant le Fils de l'homme... Et eux ne comprirent rien à cela, et cette parole était cachée pour eux, et ils ne comprenaient pas ce qui leur était dit. » Luc, xxxi, 34.
4 « Le Fils de l'Homme doit être livré entre les mains des hommes, et ils le mettront à mort. » Mat., xvii, 21.
5 « Voilà pourquoi le Père m'aime, parce que je donne ma vie. Personne ne me la ravit, mais je la donne de moi-même ;
Les paroles consécratrices de la Cène et le consummatum est de la Croix vinrent éclairer d'une dernière lumière la vérité de l'état sacerdotal et immolé du grand Crucifié.
La révélation était complète. Jésus s'était offert dans le suprême Sacrifice du Cénacle et du Calvaire, parce qu'il était Prêtre et Victime à la fois. Depuis lors, la Croix sur laquelle II est mort est restée un mémorial, devant lequel on tombe à genoux ; mais l'Hostie consacrée à l'autel chaque matin nous livre dans sa réalité vivante le Prêtre Eternel immolant mystiquement la Victime qui ne peut plus mourir.
Celui que Marie a possédé dans son sein et à qui son Fils-Prêtre s'est ensuite tendrement révélé, je Le possède et je Le connais1. Celui qui s'est annoncé comme le pain de la vie éternelle, je m'en nourris 2. Celui qui, au soir de sa vie, a
j'ai le pouvoir de la donner, et j'ai le pouvoir de la reprendre. » Jean, x, 17, 18. — C'est ce qu'avait déjà annoncé le prophète Isaïe (lui, 7), lorsqu'il disait : « Il s'est offert, parce qu'il l'a voulu. » — Saint Thomas fait ainsi ressortir comment Jésus s'est livré volontairement à la mort : « Nous mourons comme sujets à la mort par la nécessité ou de notre nature ou de quelque violence qui nous est faite. Le Christ, au contraire, est mort non par nécessité, mais par sa puissance et sa propre volonté. » (Op. 2, c. 23o).
1 « Je vous salue vrai corps né de la Vierge Marie. » Hymne de l'Eglise (Ave verum).
2 « En vérité, en vérité, je vous le dis : si vous ne mangez la
institué le sacrement de son perpétuel Sacerdoce, je L'adore et Le contemple dans tous les Tabernacles qui m'entourent l.
Partout où je tourne mes regards, j'aperçois des Cénacles qui L'abritent ; j'entends les paroles consécratrices de la Cène se répercuter sur tous les autels où II s'incarne de nouveau ; je vois se remplir des ciboires qui Le contiennent ; j'assiste, dans le silence du sanctuaire, à l'adoration des anges invisibles qui rendent leurs hommages au même Prêtre Eternel qu'ils contemplent dans la gloire. Pas une Hostie où II ne demeure ; pas une parcelle qui ne Le contienne tout entier 2 ;
chair du Fils de l'homme et si vous ne buvez son sang, vous n'aurez pas la vie en vous. Celui qui mange ma chair et boit mon sang a la vie éternelle. » Jean, vi, 54, 55.
1 « La foi catholique croit que les fidèles ont reçu et reçoivent chaque jour le corps du Seigneur, sans que celui-ci soit diminué en quelque chose par la communion, sans même qu'il puisse être diminué alors que le monde tout entier le recevrait au même moment. Et la raison du prodige consiste en ce que le corps du Christ n'est ni accru ni amoindri par la consécration d'un ou plusieurs pains et leur transsubstantiation. Quel que soit en effet le nombre des hosties, consacrées et transsubstantiées, le corps du Christ n'est pas multiplié ; il demeure toujours le même, toujours unique... Il reste toujours un, il persévère toujours dans son intégrité et sa perfection. » S. Thom., Op. 58, c. 9.
2 « Le Christ est tout entier non seulement dans chacune des hosties, mais encore dans chacune des parties perceptibles ou sensibles de chaque hostie. Son corps tout entier, son vrai corps immolé sur la croix se trouve très réellement et substantiellement dans l'Hostie. » S. Thom., Op. 58, c. 8.
l5û JÉSUS PRÊTRE ET VICTIME DANS l'eUCHARISTIE
pas un Sacrifice qui ne renouvelle celui du Calvaire, et ne me livre, dans toute la réalité de son divin Sacerdoce, le Prêtre qui s'immole et donne la vie au monde.
Je peux parcourir tous les pays de l'univers : partout je rencontrerai le Souverain Prêtre dressant sa tente au milieu des hommes, en compagnie de la divine Victime offrant perpétuellement son Sacrifice.
Ce n'est pas là affaire de dévotion : c'est une réalité qui s'impose ; c'est une vérité, la plus essentielle de toutes, la plus consolante et la plus sanctifiante. Si nous étions parfaitement animés de cet esprit de foi, l'Eucharistie nous apparaîtrait un mystère vivant qui serait la plus grande joie de notre exil. Si nous nous habituions à voir Jésus, en tant que Prêtre au Très Saint Sacrement, et à rendre à son Sacerdoce les hommages qui lui sont dus, nous répondrions à son plus ardent désir et nous donnerions à son amour la vraie réponse qu'il attend pour s'être constitué dans l'Eucharistie notre Prêtre et notre Victime.
Noblesse oblige. Vivons pour accomplir le plus beau et le plus impérieux de nos devoirs.
A Jésus, Prêtre et Victime,
toujours et universellement présent
dans l'Eucharistie
O Jésus, mon divin Prêtre,
qui Vous êtes enchaîné pour toujours
dans votre prison d'amour,
je m'y enferme avec Vous
pour Vous y tenir amoureusement compagnie.
O Jésus, mon adorable Victime,
qui par votre sacrifice perpétuel,
faites de tous les tabernacles
autant de calvaires
où Vous Vous immolez,
je veux m'unir à votre amour
et partager vos immolations.
La science de votre Sacerdoce
et la contemplation de votre état crucifié
feront mon bonheur.
J'y puiserai les ardeurs de mon amour.
J'y apprendrai à Vous aimer
Vous seul,
et à m'immoler à mon tour.
Soyez mon Prêtre, je serai votre hostie.