‹ Jésus mieux connu et plus aimé dans son sacerdoce (volume 3)Chapitre 39 sur 45 · I. — A la présence permanente · texte numérisé non relu

I. — A la présence permanente

du Prêtre et de la Victime

dans l'Eucharistie

correspond notre foi

Jésus est là ! C'est de foi ; nous le croyons '. Jésus est là comme Prêtre ; nous en avons la même garantie. Jésus est là comme Victime ; notre certitude est la même. Si nous étions interrogés sur ces vérités, nous répondrions avec assurance. Si nous devions fournir des preuves de notre foi, nous en apporterions probablement d'incomplètes ; et cela, parce que nous nous contentons trop facilement de croire vaguement à la présence sacramentelle de Jésus,

1 « C'est un dogme donné aux chrétiens, que le pain est changé en la chair du Christ et le vin en son sang. » S. Thom., ( La ud 'a Sion).

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sans réfléchir à l'état pourtant bien caractérisé dans lequel II s'y trouve.

Notre foi, pour être éclairée, doit considérer Jésus tel qu'il est et approfondir les conditions essentielles de sa présence. Nous ne possédons pas dans l'Eucharistie un Jésus diminué et amoindri l. A moins de L'y reconnaître comme Prêtre et comme Victime, nous nous forgerions une conception de Jésus qui ne correspondrait pas complètement à la réalité. Mais cette foi ne doit pas rester pratiquement dans le vague et l'imprécis ; elle doit être agissante, actuelle, profonde, constante.

Jésus y est constamment Prêtre et Victime ; Il y a donc droit à être reconnu comme tel. Nos hommages et nos adorations doivent porter ce caractère. Il nous faut penser à cette vérité indiscutable, lorsque nous nous présentons devant Lui ; nous devons fixer notre attention sur la nature même de ce mystère ; nous devons formuler des actes précis de foi en la présence sa-

1 « Nous croyons fermement et nous tenons pour vrai que le vrai corps de Jésus-Christ existe sous ce Sacrement d'une manière véritable et essentielle, le même numériquement qu'il est né de la Vierge, qu'il a souffert sur la croix, qu'il est ressuscité le troisième jour d'entre les morts, qu'il est monté au ciel et qu'il s'est assis à la droite du Père tout-puissant. » S. Thom., Op. 58, c. 11.

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cerdotale de Jésus l ; nous devons réfléchir que Jésus n'y peut demeurer ainsi que dans un état de véritable immolation 2.

A cette condition seule, les desseins de Jésus, en se faisant Sacrement, produiront leur effet dans nos âmes et nous rendront des adorateurs tels qu II en désire. Cette foi intelligente et pratique deviendra ainsi le fondement et la raison de notre amour.

II. — A l'amour immense de Jésus Prêtre et Victime dans l'Eucharistie correspond notre amour

Croire en Jésus, c'est le principe ; aimer Jésus, c'est la conséquence. Il est en effet difficile d'aimer beaucoup un être que l'on ne connaît qu'imparfaitement3. C'est pourquoi nous avons tenu à

1 « La volonté ne peut se porter vers Dieu d'un amour parfait, si l'intellect n'a pas en lui la foi qu'il doit avoir.» S. Thom., II II, q. 4, a. 7, ad 5.

2 « Le corps entier de Jésus-Christ est véritablement et substantiellement dans l'Eucharistie tel qu'il fut immolé sur la croix, de même qu'il est très vrai que l'âme est tout entière dans tout le corps et dans chacune de ses parties. » S. Thom., Op. 58, c. 8.

3 « On ne peut aimer ce qu'on ne connaît pas ; Yamour est le terme de la connaissance. » S. Thom., II II, q. 27, a. 4, ad 1.

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établir, dans le paragraphe précédent, la réalité et les raisons de notre foi.

Toutefois, de même qu'une connaissance vague de Jésus ne rend pas notre foi ferme et vigoureuse, une connaissance froide et simplement raisonnée ne produit qu'un amour imparfait *. Pour bien connaître Jésus et L'aimer comme nous devons L'aimer, il est donc indispensable d'avoir de son amour une science parfaite.

Ne considérer que les actes de Jésus, sans

1 Quoique nous ne puissions arriver au parfait amour de Dieu que quand nous le verrons face à face et le connaîtrons tel qu'il est, comme s'exprime saint Jean (I Jean, m, 2), le Docteur angélique explique toutefois comment nous pouvons icibas aimer Dieu totalement. « Puisque l'amour, dit-il, se conçoit comme un milieu entre le sujet qui aime et l'objet aimé, quand on se demande si Dieu peut être aimé totalement, cette question peut s'entendre de trois manières : 1° Le mot totalement peut se rapporter à l'objet aimé. Dans ce sens on doit aimer Dieu totalement, parce que l'homme doit aimer tout ce qui appartient à Dieu. 2° On peut entendre que le mot totalement se rapporte au sujet qui aime. De la sorte on doit encore aimer Dieu totalement, parce que l'homme doit aimer Dieu de tout son pouvoir, et il doit rapporter à son amour tout ce qu'il possède, d'après ces paroles de la Loi (Deut., vi, 5) : « Vous aimerez le Seigneur votre Dieu de tout votre cœur. » 3° On peut l'entendre selon le rapport du sujet qui aime avec l 'objet aimé, c'est-à-dire de façon que le mode de celui qui aime égale le mode de la chose aimée, ce qui ne peut avoir lieu. Car, puisque chaque être est aimable en proportion de sa bonté, Dieu, dont la bonté est infinie, est infiniment aimable. Or, aucune créature ne peut aimer Dieu infiniment, parce que dans la créature toute puissance naturelle ou infuse est finie. » S. Thom., II II, q. 27, a. 4.

connaître l'intention qui les a inspirés, serait leur enlever ce qui avant tout peut nous en donner l'intelligence. Etudier en Jésus ses divines perfections, sans les associer nécessairement à son éternelle charité, serait n'en avoir qu'une science incomplète. Adorer Jésus dans ses mystères et laisser dans l'ombre le motif déterminant de ses actions divines, serait se priver du plus puissant moyen de les comprendre et d'y correspondre.

Or, l'amour, en Jésus, est l'esprit qui Le vivifie et nous Le représente dans toute la réalité et toute la perfection de sa Personne adorable *. Tant que nous n'avons pas pénétré dans son cœur, pour connaître l'ardeur de sa charité divine, nous nous condamnons à une ignorance forcée de ses perfections essentielles et à une incompréhension inévitable de sa mission de Prêtre et de Victime 2.

L'amour seul, en effet, poussé à ses extrêmes limites, peut nous révéler Jésus dans toute sa splendeur et sa beauté. Ne pas le comprendre, serait un grand malheur, car ce serait ignorer

1 « Comme mon Père m'a aimé, moi aussi je vous ai aimés. » Jean, xv, 9.

2 « Celui qui n'aime point ne connaît pas Dieu ; car Dieu est charité. » I Jean, iv, 8.

le principe vital qui a fait de Jésus notre Prêtre et notre Victime.

Jésus est Prêtre, et son amour est un amour essentiellement sacerdotal. Jésus est Victime, et son amour est un amour essentiellement immolé. La seule constatation de l'amour en Jésus, jette un jour lumineux sur tout ce qu'il a dit et tout ce qu'il a fait. En avoir l'intelligence, c'est comprendre tout Jésus, et c'est donner à Jésus, en tant que Prêtre et Victime, son véritable et essentiel caractère '.

Voilà pourquoi, en considérant l'amour de Jésus dans l'Eucharistie, il nous est plus facile d'avoir l'intelligence de son Sacerdoce et de son Sacrifice. Nous sommes forcés de reconnaître que dans ce Sacrement ineffable II nous prouve plus d'amour encore que dans l'exercice de ses fonctions sacerdotales pendant sa vie et à sa mort, par le fait de cet état nouveau qu'il a embrassé et auquel II n'était pas tenu, et de la durée indéfinie de son existence sacramentelle.

Est-il possible vraiment de considérer ces vérités, de constater un tel mystérieux amour et d'en entrevoir la prolongation jusqu'à la fin du monde, sans en être impressionné et sans éprou-

1 « Nous avons connu X amour de Dieu à notre égard en ce qu'il a donné sa vie pour nous. » I Jean, m, 16.

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ver un besoin intime de vouloir rendre à Jésus autant d'amour qu'il nous en a donné ! Nous pouvons ne pas nous croire appelés à faire de grands sacrifices, mais nous ne pouvons pas ne pas aimer l. Nous pouvons négliger bien des oeuvres extérieures de zèle, mais nous ne pouvons ralentir les ardeurs de notre amour *. Nous pouvons ne pas exceller dans toutes les vertus, mais nous devons tendre incessamment à un accroissement continu d'amour3. Nous pouvons sacrifier bien des dévotions et des formes diverses de piété, mais jamais nous n'aurons le droit, et sous aucun prétexte, de diminuer notre amour au profit d'une spiritualité quelconque i.

Il n'y a qu'un Jésus, et c'est le Jésus de

1 « Mais surtout ayez la charité qui est le lien de la perfection. » Col., m, 14.

2 « Veillez, demeurez fermes dans la foi, agissez courageusement, et fortifiez-vous. Que toutes vos œuvres se fassent dans la charité. » I Cor., xvi, i3, 14. — « La charité du Christ nous presse. » II Cor., vu, 14.

3 « Pratiquant la vérité dans la charité, croissons de toutes manières en Jésus-Christ, notre chef. » Ephés., iv, i5.

4 « Marchez dans la charité, à l'exemple du Christ qui nous a aimés et s'est livré pour nous. » Ephes., v, 2. — « Je demande à Dieu que votre charité croisse de plus en plus en lumière et en toute intelligence. » Philip., i, 9. — « Tout me semble perte au prix de Yéminente science de Jésus-Christ mon Sauveur, pour l'amour duquel je me suis privé de toutes choses, les regardant comme du fumier, afin de gagner Jésus- Christ. » Philip., iv, 8.

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l'amour; ne Le déformons pas. Il n'y a qu'un Jésus d'amour, et c'est Jésus Prêtre et Victime ' ; ne Lui enlevons ni son caractère ni sa gloire. Il n'y a qu'un Jésus Prêtre et Victime, et c'est le Jésus de l'Eucharistie2 ; conservons-Lui son auréole et vivons dans les clartés lumineuses de sa présence d'amour au Très Saint Sacrement.

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