IV. — A l'offrande sans cesse renouvelée
de la Victime dans l'Eucharistie,
correspond notre amour crucifié
L'offrande perpétuelle que la divine Victime fait d'elle-même, par les mains du Souverain Prêtre, dans l'Eucharistie, est un enseignement
constant de l'amour qu'elle nous porte. Son offrande, sans doute, n'a pas un caractère sanglant ; mais ce n'est là qu'une forme de l'amour, sans en être une nécessité essentielle. De sorte que Jésus-Victime est tout aussi aimant dans l'Eucharistie qu'il l'était sur la cfoîx.
Son existence sacramentelle, toutefois, sans rien ajouter à l'essence de son Sacrifice, nous Le livre dans un état perpétuel d'immolation qui, par sa durée et son universalité, prend un langage spécial d amour crucifié. La Victime force en quelque sorte le Prêtre à demeurer à ses côtés et à la maintenir dans son état immolé.
Ce qu'elle fit sur la Croix, elle le renouvelle sans cesse ; et il ne se célèbre pas une messe sur toute la surface du globe, sans qu'elle intervienne aussitôt pour obéir à son Prêtre et se faire l'Hostie de son Sacrifice.
Cet amour qui la pousse à 1 immolation n'est pas souffrant, puisque, en tant que Victime glorifiée, elle ne peut plus souffrir, mais il en a tous les caractères apparents ; et si la foi ne nous enseignait que Jésus Prêtre et Victime est aussi glorieux dans l'Eucharistie qu'il l'est au ciel ',
1 « C'est le vrai corps glorieux de Jésus-Christ qui est sous l'espèce sacramentelle. Bien que sensiblement il ne nous apparaisse pas tel, nous ne devons pourtant pas croire avec moins de certitude qu'il en est ainsi. » S. Thom., Op. 58, c. 4.
nous croirions à un état de souffrance, en voyant ces apparenees d'humiliation et de mort dont s'enveloppe notre divine Victime.
Il suffit pour nous que ce soit la forme qu'elle daigne donner à son amour, pour y puiser les leçons de sacrifice qu'elle nous y enseigne. Evidemment, nous ne pouvons aimer Jésus-Victime autrement qu'il nous a aimés Lui-même et qu'il nous aimera dans l'Eucharistie jusqu'à la fin des temps.
Nous sommes tenus de L'aimer, et cela fait notre bonheur ; mais nous ne devons pas craindre de souffrir pour Lui prouver notre amour *. Autrement notre amour ne ressemblant pas au sien, nous ne serions point à l'unisson, et l'union d'intimité qui doit s'établir entre Lui et nous ne pourrait pas se faire.
C'est là malheureusement ce qui se rencontre trop souvent dans la vie spirituelle. On voudrait bien aimer, à condition de n'avoir pas à faire de grands sacrifices. On choisirait volontiers les roses sans les épines ; on se ferait gaiement à une vie pieuse toute de douceur, à condition d'en écarter les peines et les trop grands efforts. De ces prétendus dévots, Jésus n'en a que faire,
1 « N'aimons pas de parole et de langue, mais par les œuvres et en vérité. » I Jean, ih, 18.
parce qu'il ne peut rien en tirer pour les conduire à la sainteté l.
Avouons que c'est humiliant pour Jésus Victime de se voir entouré de semblables adorateurs, qui prétendent au fond ne cueillir que des fleurs sur la route du Calvaire, et qui ne savent vibrer sous l'influence de l'amour qui souffle de tous les Tabernacles où II se tient enfermé.
Nous au moins comprenons que l'amour d'une Victime ne peut être qu'un amour tout pétri de sacrifices, et que le seul amour qui lui convienne, en retour, est un amour crucifié 2. Ressemblons à la divine Victime sans cesse immolée au Sacrement de l'Eucharistie, et ayons le courage de nous offrir avec elle au glaive du Prêtre Sacrificateur pour qu'il nous confonde dans un même Sacrifice3.
1 « Le royaume des cieux souffre violence, et les violents le ravissent. » Mat., xi, 12.
2 « Si quelqu'un veut venir après moi, qu'il se renonce soimême, qu'il prenne sa croix et qu'il me suive. Car celui qui voudra sauver sa vie la perdra, et celui qui perdra sa vie pour l'amour de moi la retrouvera. » Mat., xvi, 24, 25.
3 « Si donc vous êtes ressuscites avec Jésus-Christ, recherchez les choses du ciel ; n'ayez de goût que pour les choses du ciel, et non pour celles de la terre, car vous êtes morts et votre vie est cachée en Dieu avec Jésus-Christ. » Col., m, 1-3. — « J'ai un ardent désir d'être dégagé des liens du corps et d'être avec Jésus-Christ. » Phil., i, 23,
Nous voulons aimer Jésus Prêtre et Victime au Très Saint Sacrement. Tout nous y invite et tout nous le commande. Prenons-en les vrais moyens : aimons en souffrant et souffrons en aimant. Que le Cénacle, d'où s'acheminent les âmes aimantes vers le sacrifice, nous devienne un foyer d'amour ! Que la croix sur laquelle meurent les victimes, soit la consommation de notre amour !