VII. — La perfection de riniiiiclatioti
en Jésus
par l'effusion de son san^
Si l'immolation de Jésus, pour être parfaite, ne pouvait être partielle, mais devait s'étendre à son être tout entier, elle ne pouvait davantage être incomplète et ne pas contenir tout ce que comporte, absolument parlant, la notion de victime. Etre victime, c'est s'immoler ; mais s'immoler, c'est s'oftrir, se livrer, se sacrifier, se détruire. Pour tout être animé, ce qu'il y a de plus précieux, c'est la vie ; le sacrifice de sa vie comprend tous les autres. Tant qu'il reste dans la victime un souffle de vie, l'immolation n'est pas complète. Donc, pour offrir un sacrifice parfait, il faut mourir.
C'est pourquoi Jésus devait passer par la mort, Lui qui était la divine Victime envoyée au monde pour être offerte à la Divinité au nom de l'humanité coupable '. Néanmoins, il n'était point in-
' « Non seulement il a fallu que le Christ souffrît, mais encore qu'il mourût, pour satisfaire pour les péchés de tous les hommes, d'après ces paroles de Saint Pierre (I Pierre, m, l8) : « Le Christ est mort une fois pour nos péchés. » S. Thom., III p., q. 5o, a. 1.
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dispensable, pour cela, que Jésus versât son sang. Et quoiqu'il n'eût pas pu mourir de maladie, à cause de la perfection de sa complexion physique ', son âme aurait pu se séparer de son corps sans effort et sans violence, mais doucement, insensiblement, comme en un paisible sommeil.
Dans ce cas, il y aurait eu évidemment l'essentiel du sacrifice, puisque l'offrande aurait été couronnée par la suprême immolation, la mort. Mais ce genre de mort n'aurait pas convenu à notre divine Victime que des décrets éternels avaient vouée à toutes les douleurs et à tout ce qu'il y a de plus aigu dans la souffrance. Jésus Victime ne se comprend que quand on Le considère vivant de souffrance et mourant pour ainsi dire tous les jours dans son âme jusqu'à ce que, parvenu au paroxysme de la souffrance. Il meure dans un dernier soupir arraché à la fois par l'amour et la douleur.
Jusqu'à la fin, l'humiliation et la souffrance devront L'escorter ; et, pour couronner sa vie de Victime, on conçoit qu'il Lui faille mourir dans un abîme insondable d'angoisses, de tortures et d'ignominies. C'est d'ailleurs dans cette vue qu'il
• « Le Christ n'a pas supporté la mort qui provient de la maladie, de peur qu'il ne parût mourir nécessairement par suite de l'infirmité de sa nature. » S. Thom., III p., q. 5o, a. i, ad 2.
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a voulu mourir de la main des hommes. Quoiqu'il ait offert Lui-même sa vie et qu'il ait choisi l'heure de sa mort, Il a cependant permis à ses créatures de Le torturer, Il a laissé ses bourreaux Le crucifier et II a enduré tous les genres d'opprobres et de souffrances que leur rage infernale a osé Lui infliger '.
Toutefois cette mort cruelle de notre adorable Victime n'exigeait pas nécessairement l'effusion de son sang. Il aurait pu mourir d'une mort même violente, tout en conservant dans ses veines et dans son cœur le sang qui y avait jusque-là maintenu la vie. Mais Jésus voulait que son Sacrifice fût l'expression la plus sensible et la plus frappante de l'acte de suprême amour qu'il posait en faveur de l'humanité en même temps que de l'immolation qu'il faisait de tout Lui-même. Et rien ne donne plus l'idée de la vie qui s'en va que de voir le sang couler et se répandre. S'ouvrir les veines, c'est se condamner infailliblement à la mort. Une victime qui s'immole elle-même, n'a qu'à laisser couler
1 « Le Christ a souffert violence pour mourir, et néanmoins il est mort tout à la fois volontairement ; parce que la violence a été infligée à son corps, et que cependant elle n'a prévalu sur lui qu'autant qu'il l'a voulu. » S. Thom., III p., q. 47, a. 1, ad 3.
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son sang pour introduire sûrement en soi la mort prenant la place de la vie.
Les victimes baignées dans le sang paraissent davantage victimes. Les yeux et l'imagination en sont plus frappés, et les cœurs plus touchés. Jésus donne ainsi à son immolation comme un cachet de plus grande authenticité et d'indiscutable sacrifice.
Longtemps à l'avance Jésus nous avait fait connaître que son Sacrifice suprême s'opérerait par l'efîtusion de son sang. Le Seigneur avait institué dans l'Ancienne Loi des sacrifices qui n'étaient que la figure du Sacrifice futur du Sauveur du monde, et qui consistaient dans l'immolation sanglante des animaux. Jésus voulut signifier par l'effusion de son sang qu'il abolissait tous les sacrifices antiques et les remplaçait par son propre Sacrifice '.
Cette allusion au sacrifice légal d'autrefois nous rappelle que la purification qu'il signifiait parfois était purement matérielle, tandis que le sang qui coule des plaies du Sauveur sur le Calvaire est comme un bain dans lequel l'humanité
^ « Le Christ étant venu comme pontife des biens futurs, est entré une fois pour toutes dans le sanctuaire, non avec le sang des boucs ou des veaux, mais avec son propre sang. » Hébr., jx, 11, 12,
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tout entière est plongée et lavée de ses souillures'. Le sang répandu de notre divine Victime devient ainsi pour nous un véhicule de purification et de salut. Oh ! comme nous devons remercier Jésus de n'en avoir pas laissé une goutte dans ses veines, puisque, par là, Il nous prêche si éloquemment son amour et nous incite à Le payer de retour.
J'adore à genoux ce Jésus d'incompréhensible amour suspendu sans vie au gibet de son supplice, après avoir aspergé le monde de son sang. Je bénis mon Sauveur d'avoir choisi ce genre de mort qui, malgré les blessures dont la cruauté des bourreaux L'a meurtri, laisse tout entier son Corps adorable, aux pieds duquel viendront s'agenouiller toutes les générations d'âmes chrétiennes, et qu'elles baiseront avec amour sur leur crucifix devenu leur talisman divin, l'objet sacré de leur espérance et de leurs plus chères consolations.
* « Si le sang des boucs et des taureaux sanctifie ceux qui sont souillés, de manière à procurer la pureté de la chair, combien plus le sang du Christ, qui par l'Esprit-Saint s'est offert lui-même à Dieu, purifiera-t-il notre conscience des œuvres mortes. » Hébr., ix, i3, 14.
« Jésus-Christ nous a lavés de nos péchés dans son sang. » Apoc, I, 5,
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