IV. — Jésus Victime dans sa Vie publique
Il y a trente ans que Jésus est apparu dans le monde, trente ans qu'il vit dans le secret, trente ans qu'il savoure les humiliations de sa condition de créature, trente ans qu'il se tient devant son Père comme une Victime pour arrêter le bras de sa Justice et implorer sa Miséricorde.
Dans le cours de ces trente années, que de regards vers le ciel, que de soupirs enflammés à la pensée de Dieu son Père, que d'élans de charité divine, que d'incessantes aspirations vers l'éternelle Patrie dont son amour pour les hommes L'avait exilé * ! Egalement, que de larmes versées sur l'ingratitude humaine, que de visions crucifiantes à l'approche des grands jours de douleur, que de désirs sans cesse renaissants de payer de son sang le salut de l'humanité !
Aussi, avec quel empressement Jésus sort de
^ Si, comme Dieu, Jésus n'a pas quitté le sein de son Père, où il demeure de toute éternité, selon ce qu'il dit, en Saint Jean (m, i3) : M Personne n'est monté au ciel, si ce n'est celui qui est descendu du ciel, le Fils de l'homme qui est dans le ciel » ; cependant, en tant qu'Homme-Dieu, il ne séjourne encore que sur la terre et il attend l'heure de son Sacrifice sanglant pour ensuite faire participer son Humanité à sa gloire divine, ce qu'il exprimera plus tard par ces paroles (Jean, xvn, 5) : « Maintenant, Père, glorifiez-moi en vous-même, de la gloire que j'ai eue en vous avant que le monde fût. »
sa solitude pour se mêler davantage aux pécheurs ! Avec quelles ardeurs II s'élance au-devant de la souffrance qui Lui tend les bras ! Avec quelle joie divine II entre sur ce nouveau théâtre hérissé de douleurs, où la malice des hommes finira par s'en emparer pour Le conduire au supplice ! C'est une Victime qui fait son apparition, une Victime assoiffée d'opprobres et de souffrances, une Victime qui accourt vers ses ennemis pour en être méprisée, vers ses bourreaux pour en être crucifiée.
Trois années vont s'écouler pour Jésus dans un labeur incessant, au milieu de contradictions sans nombre, en compagnie de gens incultes et grossiers, en contact immédiat avec le péché sous toutes ses formes ; Il sera témoin de l'ignorance profonde des masses, en butte aux manœuvres déloyales de ses adversaires, exposé à la malice et à la haine des pharisiens, sujet aux persécutions et aux outrages, contraint de combattre les préjugés les plus faux sur sa Personne, sa mission et sa doctrine.
Il parlera un langage que les hommes, trop terrestres et trop sensuels, ne comprendront pas*. Il cherchera à détacher de la terre les âmes
1 « Si je vous dis des choses terrestres et vous ne me croyez pas, comment croirez-vous si je vous dis des choses célestes ? » Jean, m, 12,
créées pour les biens éternels, et II ne réussira que dans une faible mesure à les arracher à la matière et aux biens périssables de ce monde '. Il montrera le ciel, où la possession de Dieu est complète et le bonheur sans fin, et peu voudront sacrifier leurs plaisirs éphémères pour des jouissances éternelles '^.
Il annoncera une doctrine toute divine, qui paraîtra trop sévère et trop difficile ^. Il invitera les pécheurs au repentir, et un trop grand nombre hélas ! refuseront de faire les sacrifices qu'impose la conversion '*. Il tracera aux justes la voie
' « En lui était la vie, et la vie était la lumière des hommes. Et la lumière luit dans les ténèbres, et les ténèbres ne l'ont pas comprise. » Jean, i, 4, 5.
'^ « La lumière étant venue dans le monde, /es hommes ont mieux aimé les ténèbres que la lumière, car leurs œuvres étaient mauvaises. » Jean, m, 19.
3 L'Evangile est plein de ces attitudes hostiles à la doctrine de Jésus, de la part des ennemis du Sauveur. Les hommes étaient trop sensuels, trop attachés aux biens de la terre et trop ambitieux des honneurs de ce monde, pour goûter une doctrine qui ne leur parlait que de renoncement, de pénitence, de sacrifice, d'amour de Dieu et de surnaturel. Aussi, comme pour justifier leur lâcheté et leur opposition, mettaient-ils en avant le prétexte de l'ignorance de celui qui les enseignait : « Comment connaît-il les lettres, lui qui n'a pas étudié?» (Jean, vu, i5) ; quand ils n'allaient pas jusqu'à l'accuser d'erreur et de mensonge : « Il égare la multitude » (Ibid., 12).
"* « Faites pénitence » (Matth., m, 2). — « Si vous ne faites I pénitence, vous périrez tous » (Luc, xiii, 3). « Vous mourrez dans votre péché » (Jean, viii, 21).
de la vertu et de la perfection, et II sera forcé de déclarer que peu entrent par la porte étroite qui introduit au ciel '.
Il attirera à Lui les foules subjuguées par sa parole '^ et II deviendra, en revanche, l'objet de l'astuce haineuse de ses contradicteurs-'. Il s'entourera de toutes les misères accourues pour être soulagées \ et ses bienfaits souvent ne fe-
* « Entrez par la porte étroite, parce que la porte large et la voie spacieuse est celle qui conduit à la perdition, et ils sont nombreux ceux qui entrent par elle. Qu'elle est étroite la porte et resserrée la voie qui conduit à la vie, et il y en a peu qui la trouvent. » Matth., vu, i3, 14.
- « Il commença de nouveau à enseigner auprès de la mer, et une grande foule se rassembla autour de lui. » Marc, iv, 1 .
« La foule admirait sa doctrine. » JMatth., vu, 28.
« Tous dans la sj-nagogue avaient les yeux fixés sur lui. Et ils admiraient les paroles de grâce qui sortaient de sa bouche. » Luc, IV, 20, 22.
« Ils étaient ravis de sa doctrine, parce qu'il parlait avec autorité. » Ibid., 32.
« Tous lui donnaient de grandes louanges. » Ibu)., i5.
'' « Les pharisiens et les docteurs de la loi commencèrent à le presser fortement pour lui fermer la bouche sur une foule de questions, lui tendant des pièges et cherchant à tirer de sa bouche de quoi l'accuser. » Luc, xi, 53, 54.
« Les princes des prêtres et les scribes l'observant, envoyèrent des gens qui feignaient d'être justes pour lui tendre des embûches et le surprendre dans ses paroles. » Luc, xx, 19, 20.
* « Une grande multitude de peuple de toute la Judée et de Jérusalem et des bords de la mer et de Tyr et de Sidon, étaient venus pour l'entendre et pour être guéris de leurs langueurs. Et ceux qui étaient tourmentés par des esprits immondes étaient aussi guéris. Et toute la foule cherchait à le toucher, parce qu'une vertu sortait de lui et les guérissait tous. » Luc, vi, 17-19'
JÉSUS VICTIME PENDANT SA VIE 2tD
ront que multiplier les ingrats'. Il entendra les propos de la foule voulant Le faire roi -, auxquels feront écho plus tard les outrages de ceux qui se moqueront de Lui comme d'un roi de théâtre '■'.
Il se laissera acclamer un moment par la multitude enthousiaste S pour en être peu après insulté
' « Dix lépreux vinrent au-devant de lui, qui se tinrent éloignés et qui élevèrent la voix, disant : Jésus, Maître, aie pitié de nous. Dès qu'il les vit, il dit : Allez, montrez-vous aux prêtres ; et il arriva que pendant qu'ils allaient ils furent purifiés. Or, un d'entre eux, dès qu'il vit qu'il était purifié, retourna glorifiant Dieu à haute voix. Et il tomba la face contre terre à ses pieds en rendant grâces ; et il était Samaritain. Et Jésus prenant la parole dit : Est-ce que dix n'ont pas été purifiés ? Et les neuf oit sont-ils ? Il ne s'en est point trouvé qui soit revenu et qui ait rendu gloire à Dieu, sinon cet étranger. » Luc, XVII, 12-18.
- « Lorsqu'ils eurent vu le miracle qu'avait fait Jésus ils dirent : Il est vraiment le prophète qui doit venir dans le monde. Jésus donc ayant connu qu'ils devaient venir pour l'enlever et le faire roi, s'enfuit de nouveau sur la montagne, tout seul. » Jean, vi, 14, i3.
3 « Alors les soldats du gouverneur, menant Jésus dans le prétoire, rassemblèrent autour de lui toute la cohorte. Et, l'ayant dépouillé, ils l'enveloppèrent d'un manteau rouge. Et ils tressèrent une couronne d'épines et la mirent sur sa tête, ainsi qu'un roseau dans sa main droite ; et, fléchissant le genou devant lui, ils se moquaient de lui, disant : Salut, roi des Juifs. Et ils crachèrent sur lui et prirent le roseau et en frappèrent sa tête. » Matth., .\xvii, 27-30.
* « Une foule nombreuse étendit ses vêtements sur le chemin, d'autres coupaient des branches d'arbres et en jonchaient le chemin. Et la foule qui précédait et celle qui suivait criait, disant : Hosanna au Fils de David, béni soit celui qui vient
2l6 DE JÉSUS DANS SON ÉTAT DE VICTIME
et traité comme un malfaiteur et un criminel '. Et lorsque cet infatigable apôtre des foules, après avoir semé à pleines mains ses bienfaits, éclairé les intelligences, réchauffé les cœurs, rectifié et affermi les volontés, soulèvera un autre coin du voile qui cache l'horizon immense de son infinie charité, et qu'il montrera au grand jour, dans l'annonce du Sacrement de la vie éternelle, la condescendance divine qui porte l'Homme- Dieu à se faire la nourriture des âmes, presque tous ceux que la puissance d'un récent miracle figuratif avait éblouis^ s'éloigneront incrédules en face d'une aussi grande merveille ' ; et Jésus se
au nom du Seigneur ! Hosanna au plus haut des deux ! Et lorsqu'il entra dans Jérusalem, toute la ville fut émue, disant : Oui est celui-ci ? Mais le peuple disait : C'est Jésus, le prophète de Nazareth en Galilée. » Matth., xxi, S-u.
1 « Ils amenèrent Jésus de chez Caïphe dans le prétoire. Pilate donc vint à eux et dit : Quelle accusation portez-vous contre cet homme? Ils lui répondirent : S'il n'était pas un malfaiteur, nous ne vous l'aurions pas livré... Enlevez-le, enlevez-le, crucifiez-le. » Jean, xvni, 28-3o ; xix, i5.
2 La première multiplication des pains, où Jésus avait nourri cinq mille hommes, sans compter les femmes et les enfants, avec cinq pains et deux poissons. Voir Mattii., xiv, i3-21 ; Marc, vi, 3o-44; Luc, ix, 10-17 ! Jean, vi, t-i3.
3 « Les Juifs murmuraient contre lui parce qu'il avait dit : Je suis le pain vivant qui suis descendu du ciel. » Jean, vi, 41.
« Beaucoup de ses disciples, en l'entendant, dirent : Cette parole est dure, et qui peut l'écouter ?... Dès lors, beaucoup de ses disciples se retirèrent et ils n'étaient plus avec lui. » Jean, VI, 61, 67.
trouvera isolé, entouré seulement de quelques disciples '. En réponse à la générosité divine qui Le pousse à donner sa chair à manger et son sang à boire-, Il entendra un jour les clameurs déicides de tout un peuple en délire réclamant son sang pour en inonder eux et leurs descendants^. Quel ensemble de souffrances, quels sujets d'humiliations, quel océan d'amertumes dans cette vie d'apostolat traversée par tant d'obstacles, contrecarrée par tant d'oppositions systématiques, aux prises avec tant d'éléments divers d'ignorance, de faiblesse, de contradiction, de résistance et de malice !
Il semble qu'il eût été naturel que Jésus rencontrât une tout autre attitude de la part des
1 « Jésus donc dit aux Douze : Est-ce que vous voulez, vous aussi, vous en aller ? » Jean, vi, 68.
- « En vérité, en vérité, je vous le dis : si vous ne mangez la chair du Fils de l'homme et si vous ne buvez son sang, vous n'aurez pas la vie en vous. Celui qui mange ma chair et boit mon sang a la vie éternelle, et je le ressusciterai au dernier jour. Car ma chair est vraiment une nourriture, et mon sang est vraiment un breuvage. » Jean, vi, 54-56.
3 « Pilate leur dit : Que ferai-je donc de Jésus qui est appelé Christ ? Tous dirent : Qu'il soit crucifié ! Le gouverneur leur dit : Mais quel mal a-t-il fait ? Mais ils crièrent encore plus : Qu'il soit crucifié ! Or, Pilate voyant qu'il ne gagnait rien et que le tumulte allait croissant, prit de l'eau et se lava les mains devant le peuple, disant : Je suis innocent du sang de ce Juste, c'est à vous de voir. Et tout le peuple répondit : Que son sang soit sur nous et sur nos enfants I » Matth., xxvii, 22-25.
hommes et qu'à ses multiples bienfaits répondissent des procédés pleins d'égard et de gratitude. Comment, en effet, un semblable thaumaturge, distribuant à profusion les miracles comme en étant le souverain détenteur, n'a-t-Il pas groupé autour de Lui autant d'admirateurs qu'il avait de témoins? Comment un Dieu, descendu dans l'humanité et enseignant une doctrine aussi céleste, n'a-t-Il pas rencontré partout la soumission et l'adhésion des intelligences et n'a-t-Il pas fait de tous ses auditeurs autant de disciples? Comment un Dieu Sauveur, si plein de bonté et de charité, n'a-t-Il pas gagné le cœur de tous les hommes ?
Il ne pouvait en être ainsi. Car Jésus n'était pas venu pour jouir, Lui qui possède essentiellement la félicité parfaite ; Il n'aspirait pas à être acclamé, Lui qui est l'objet des louanges éternelles ; Il ne cherchait pas la gloire de ce monde, Lui qui est la gloire unique du Père. Sans doute, Il voulait éclairer, convertir et sauver tous les hommes, mais sans violenter leur liberté. Sans doute, sa mission était de prêcher, d'enseigner, d'agir divinement sur les esprits et les cœurs ; néanmoins II devait l'accomplir non dans le triomphe extérieur mais dans l'humiliation S
* « Le Fils de l'homme n'est point venu pour être servi, mais pour servir. » Matth., xx, 28. — « Il s'est anéanti lui-même, en
non par le succès incontesté mais par la contradiction ', non par la paix mais par le glaive-, non par l'admiration mais par la souffrance '.
Jésus, Victime dans sa conception, dans sa naissance, dans son enfance et sa vie cachée, demeure Victime dans sa vie publique ; et, dès lors, ses démarches, ses paroles, ses actes doivent en porter le cachet.
Il souffre dans l'exercice même de sa mission, parce que c'est la mission d'une Victime. Il souff^re en distribuant ses bienfaits et en multipliant ses miracles, parce qu'il sait qu'il fait des ingrats ^ Il souff're en prêchant les vérités éternelles, parce qu'il voit le nombre considérable de
prenant la forme d'un esclave. Il s'est humilié lui-même, se faisant obéissant jusqu'à la mort, et la mort de la croix.» Phil., II, 7, 8.
^ Le prophète Isaïe avait annoncé que « le Christ serait pour les deux maisons d'Israël une pierre d'achoppement et de scandale » (Is., VIII, 14). Et le saint vieillard Siméon, tenant l'Enfant Sauveur dans ses bras, n'avait pas craint de dire à sa Mère : « Cet enfant-là a été établi pour la ruine et la résurrection d'un grand nombre en Israël et pour être un signe de contradiction » (Luc, II, 34). Ce que proclament, à leur tour. Saint Pierre (I Pierre, ii, 8) et Saint Paul (Rom., ix, 33).
' « Je ne suis pas venu apporter la paix, mais le glaive. » Matth., X, 34.
^ « Il faut que le Fils de l'homme souffre beaucoup et qu'il soit mis à mort. » Luc, ix, 22.
* « Quoiqu'il eût fait de si grands miracles devant eux, ils ne croyaient pas en lui, » Jean, xii, 37.
ceux qui les rejettent '. Il souffre en se révélant Lui-même ainsi que son Père qui est dans les cieux, parce que tous deux demeurent quand même inconnus et méprisés de beaucoup '-. Il souftre en prodiguant son amour, parce que trop de cœurs glacés restent inaccessibles à son immense charité ^.
Que Jésus parle aux foules ou se retire à l'écart pour prier, qu'il parcoure les villes et les bourgades ou qu'il s'entretienne dans le secret avec ses disciples, qu'il montre sa toute-puissance universelle ou qu'il semble à certaines heures devenir la proie de ses ennemis, qu'il parle en maître ou qu'il subisse l'outrage, qu'il soit respecté ou qu'il soit injurié, qu'il accepte les honneurs ou qu'il affronte les humiliations, qu'il paraisse destiné à la gloire ou qu'il soit
* « Si je vous dis la vérité, pourquoi ne me croyez-vous pas ? » Jean, viii, 46.
« Si je ne fusse pas venu et ne leur eusse point parlé, ils n'auraient pas de péché; mais maintenant, ils n'ont point d'excuse de leur péché. » Jean, xv, 22.
2 « Vous ne savez ni d'ow je viens ni oii je vais ; vous jugez selon la chair. » Jean, viii, 14, i5.
« Celui qui m'a envoyé est vrai, et vous ne le connaissez pas. » Jean, vu, 28.
« Ils ne connaissent pas celui qui m'a envoyé. » Jean, xv, 21. « Père juste, le inonde ne vous a pas connu. » Jean, xvii, 25. « Ils ont haï et moi et mon Père. » Jean, xv, 24.
3 « Et vous ne voulez pas venir à moi pour avoir la vie. » Jean, v, 40.
voué au mépris : partout et toujours il y a pour Lui un sujet de souffrance et II se trouve dans son rôle de Sauveur et de Victime.
Il est d'autres souffrances inhérentes à sa mission et dont Jésus s'est abondamment abreuvé pendant cette période de sa vie de Victime.
La première est celle qui Lui est venue de la séparation de sa Mère. Trente ans d'intimité et d'amour mutuel, comme il n'en existera jamais sur la terre, avaient cimenté divinement ces deux cœurs faits l'un pour l'autre et créé entre eux une harmonie de pensées, de sentiments et de volontés que la séparation, sans doute, ne pouvait briser, mais que l'éloignement allait rendre douloureuse. Les tête-à-tête seront interrompus, les épanchements intimes du cœur seront espacés. La souffrance restera le partage de cette tendre Mère et de ce Fils incomparable, mais ils souffriront à distance. L'un et l'autre porteront dans leur âme le calvaire de douleur devenu leur commune destinée et sur la croix duquel ils doivent ensemble être crucifiés.
Jésus ne verra plus sa Mère que par intervalles, mais II sentira au loin les battements de son cœur ; Marie n'entendra plus son Fils, mais elle lira à distance dans son âme. Mère de douleur, elle conservera dans son cœur les révéla-
tions crucifiantes de son Fils Victime ; et Jésus emportera dans le sien les sentiments de compassion et les ardents désirs d'immolation qui préparaient sa Mère à devenir la Reine des martyrs et la co-rédemptrice du genre humain. La souflfrance d'amour qui les unit les fera vivre encore l'un pour l'autre, jusqu'à l'heure où, s'offrant comme une seule Victime, ils s'immoleront dans un même et suprême Sacrifice.
Jésus a fait ses adieux à sa Mère et s'est retiré dans une solitude profonde pour se préparer plus directement à la vie d'apostolat qui Lui réserve tant de déboires, de peines et de sacrifices.
Il commence par infliger à son corps la rude pénitence d'un long jeûne de quarante jours. Sans encore se livrer à la mort, Il se réduit à une faiblesse extrême et se refuse le plus léger soulagement, afin d'expier tous les péchés de sensualité que les hommes commettent si facilement '. Et, humiliation suprême, dans cet état déjà si mortifiant, Jésus permet au tentateur de s'approcher de Lui, Il laisse Satan Lui adresser
' « Lorsqu'il eût jeûné quarante jours et quarante nuits, il eut faim. » ÎMattii., iv, 2.
« // ne mangea rien pendant ces jours, et après qu'ils furent passés il eut faim. » Llc, iv, 2,
la parole ', Il souffre que celui-ci Le transporte
' «Jésus fut conduit dans le désert par l'Esprit, afin d'être tenté par le diable... Et le tentateur s'approchant de lui, lui dit : Si tu es le Fils de Dieu, dis que ces pierres deviennent des pains. » Matth., iv, i, 3.
Remarquons tout d'abord, avec Saint Thomas, que Jésus n'a pas subi la tentation du démon, ni qu'il l'a simplement prévue, mais qu'il l'a voulue comme entrant dans le plan général de ses suprêmes humiliations. « Le Christ, dit-il, s'est soumis au démon par sa volonté propre pour être tenté, comme aussi il s'est volontairement soumis à ses suppôts pour être mis à mort. » (S. Thom., III p., q. 41, a. 2). — C'est ce qu'exprime d'ailleurs clairement le texte ci-dessus de Saint Matthieu. Jésus s'est donc livré au tentateur ; comme dit Saint Grégoire, dans son Hom. XVI in Evang. : « Son Esprit l'a conduit là où l'esprit malin l'a trouvé pour le tenter ». Et, continue Saint Thomas, « le démon tente plus fortement celui qui est solitaire ; d'où il suit que le Christ est allé dans le désert comme dans un champ de bataille, pour y être tenté par le diable. C'est ce qui fait dire à Saint Ambroise (Sup. Luc, c. 4) que le Christ se retirait à dessein dans le désert pour y provoquer le démon ».
Le Docteur angélique ajoute : « Autrement le diable n'aurait pas osé venir à lui » ; et il en donne la raison, dans l'article précédent. « Comme le dit Saint Augustin (De civ. Dei, L. 9, c. 21), le Christ s'est fait connaître aux démons autant qu'il l'a voulu, non par ce qui est la vie éternelle, mais par des effets temporels de sa vertu, d'après lesquels ils conjecturaient qu'il était le Fils de Dieu. Mais comme d'ailleurs ils voyaient en lui des signes de faiblesse humaine, ils ne savaient pas avec certitude qu'il était le Fils de Dieu, et c'est pour cela qu'ils voulurent le tenter. C'est ce qu'exprime l'Evangile (Matth., iv, 2, 3) quand il dit (\n'après que le Seigneur eût faim, le tentateur s'approcha de lui ; parce que, selon la remarque de Saint Hilaire, le démon n'aurait pas osé tenter le Christ, s'il n'eût reconnu en lui, d'après l'infirmité de la faim, ce qui appartient à l'homme. Ce qui est évident d'après la manière dont il l'a tenté, puisqu'il dit : Si tu es le Fils de Dieu ; ce que Saint Ambroise explique, en disant : Pourquoi emploie-t-il cette manière de s'exprimer, sinon parce
dans les airs ' et II se rabaisse au point de l'autoriser à L'inciter au péché ^.
qu'il savait que le Fils de Dieu viendrait, mais, à cause de cette infirmité corporelle, il ne pensait pas qu'il était venu. » S. Thom., m p., q. 41, a. 1, ad 1.
* « Alors le diable le transporta dans la cité sainte et le plaça sur le pinacle du temple... Le diable de nouveau le transporta sur une montagne très élevée. » JSIatth., iv, 5, 8.
« Il a souffert que le démon l'enlevât sur le faîte du temple, ou sur une montagne très élevée. Il n'est pas étonnant, ajoute Saint Grégoire, qu'/7 lui ait permis de le conduire sur une montagne, puisqu'il a permis à ses membres de le crucifier. On entend qu'il s'est laissé transporter par le démon, non par nécessité, mais, selon l'expression d'Origène (Sup. Luc, hom. 3i), il le suivait pour être tenté, comme un athlète qui s'offre de luimême au combat. » S. Thom., III p., q. 41, a. 1, ad 2,
2 Ce qui fait dire à l'Apôtre : « Nous n'avons pas un pontife qui ne puisse compatir à nos faiblesses ; au contraire, /'/ a été tenté comme nous en toutes choses, sans commettre le péché. » Hébr., IV, i5.
Citons encore Saint Thomas. « Le Christ pouvait satisfaire sa faim autrement que par un miracle ; c'est pourquoi le diable pensait que le Christ pécherait si, étant homme comme les autres, il cherchait à faire des miracles pour apaiser sa faim. — On cherche souvent dans Xhumiliation extérieure la gloire dont on s'enorgueillit au sujet des biens spirituels. C'est pour cela que le démon a conseillé au C^hrist de se jeter corporellement en bas pour rechercher la gloire spirituelle. — Le démon s'est efforcé d'amener le Christ du désir d'un péché dans un autre. C'est ainsi que du désir de la nourriture il s'est efforcé de le faire tomber dans la vaine gloire en l'engageant à faire des miracles sans motif, et du désir de la vaine gloire il s'est efforcé de l'amener à tenter Dieu en se précipitant du haut du temple. »
Relativement à la troisième tentation, il dit : « C'est un péché de rechercher les richesses et les honneurs, quand on le fait dérèglement ; ce qui se manifeste principalement, quand pour acquérir ces biens, on fait quelque chose qui n'est pas honnête.
Quelle scène que celle-là ! Quelle humiliation sans nom pour Jésus ! Quelle honte pour le Fils de Dieu de se trouver un instant entre les mains de son mortel ennemi et d'être souillé de son souffle ! Quelle effroyable puissance d'abaissement dans le Verbe incarné qui se livre ainsi à celui qui est la négation totale de toutes ses perfections !
On conçoit que Jésus ait cherché la solitude
C'est pourquoi le diable ne s'est pas contenté de conseiller le désir des richesses et des honneurs, mais il a porté le Christ à l'adorer pour les obtenir, ce qui est le plus grand criine et ce qui est contre Dieu. » S. Tho.m., Ibid.
Saint Paul, dans le passage cité plus haut, dit que Jésus « a été tenté comme nous eu toutes choses » ; ce qui à première vue ne paraît pas exact, puisqu'il y a sept vices capitaux et qu'ici la tentation ne s'est rapportée qu'à la gourmandise, la vaine gloire et la cupidité. Saint Thomas répond ainsi à cette objection : « Selon la remarque de Saint Ambroise, l'Ecriture n'aurait pas dit qu'après avoir achevé toutes ses tentations, le diable s'était éloigné de lui, si les trois tentations précédentes n'embrassaient la matière de tous les péchés ; parce que les causes de ces tentations sont les causes de toutes les convoitises ; c'est-à-dire les jouissances de la chair, Xespérance de la gloire et Xavidité de la puissance. » S. Thom., Ibid., ad 4.
Une dernière remarque, pour la consolation des âmes tentées, c'est que la tentation non seulement ne fait pas le péché, puisque Jésus, le Saint des saints, a été tenté ; mais encore elle peut être sujet à mérite, et c'est pourquoi « le Christ a voulu être tenté, pour nous servir d'exemple et d'aide contre les tentations et nous apprendre de quelle manière nous pourrions les vaincre. » (S. Thom., Ibid., a. 1). « C'est, nous dit Saint Paul, par les souffrances et les tentations qu'il a lui-même subies, qu'il peut secourir ceux qui sont tentés. » Hébr., ii, 18.
pour se soumettre à de pareils avilissements. Si les hommes L'eussent vu dominé de la sorte par l'esprit du mal, auraient-ils cru en Lui ? N'auraient-ils pas été tentés de voir dans cet assujettissement déshonorant comme une abdication, au moins momentanée, de sa mission de Messie et de Sauveur? Quoique de semblables raisonnements ne soient que l'effet des apparences, avouons que, dans ce mystère de la tentation de Jésus, il y a matière à des étonnements capables de jeter dans la stupéfaction. Comprenons par là ce que comporte d'insondables abîmes d'humiliation et de souffrance la condition de Victime en notre divin Sauveur.
Pendant les années d'apostolat qui vont suivre, Jésus ne changera rien à ce caractère essentiel de sa mission. Précisément à cause de l'œuvre qu'il a à accomplir. Il devra paraître avec dignité', parler avec autorité-, agir avec puissance^
1 « Tous glorifiaient Dieu, disant : Vn grand prophète a paru parmi nous et Dieu a visité son peuple. » Luc, vu, 16.
2 Les Evangélistes mettent 48 fois sur les lèvres de Jésus l'expression « en vérité » : Saint Matthieu, 25 fois ; Saint iMarc, 12 fois; Saint Luc, 11 fois; la même expression répétée «en vérité, en vérité » i3 fois en Saint Jean ; et celle, affirmant une autorité plus personnelle encore, « et moi je vous dis », 6 fois en Saint Matthieu et 1 fois en Saint Luc.
3 « Une vertu sortait de lui et les guérissait tous. » Luc, vi, ig-
et souveraineté ' ; mais dans ce décor de grandeur -, de sagesse, de science ", de prestige ' et de sainteté "', Il saura faire surgir des contrastes, rester pauvre et humble, se complaire avec les petits et les misérables, s'entourer de disciples d'humble origine comme Lui, montrer avec évidence qu'il est Homme autant qu'il est Dieu ''.
Les hommes ne sauront pas comprendre ces abaissements voulus du Verbe incarné, abaissements qui, pour un grand nombre, deviendront une pierre d'achoppement et un signe de contradiction. Les uns Le rabaisseront au rang de simple créature et se raidiront devant les témoignages frappants qu'il donnera de sa Divinité'. Les autres, et parmi eux ses Apôtres particuliè-
* « Dans ces derniers temps, Dieu nous a parlé par le Fils qu'il a établi héritier de toutes choses, par lequel aussi il a fait les mondes, soutenant toutes choses par la parole de sa puis- \sartce. » Hébr., f, 2, 3.
] 2 « La foule était dans l'admiration, disant : Jamais rien de pareil n'a été vu dans Israël. » Matth,, ix, 33.
3 « Tous les trésors de ta sagesse et de la science sont cachés dans le Christ Jésus. » Col., n, 3.
■* « Sa renommée se répandait par tout le pays. » Luc, iv, 37.
5 « Ils l'admiraient d'autant plus, disant : // a bien fait toutes choses. » Marc, vu, 37.
•• « Le Christ fonda son empire sur Y humilité et la pauvreté, les adversités, les peines et les souffrances. » S. Thom., Op. 20, c. t5.
' « Celui-ci nous savons d 'où il est ; or, quand le Christ viendra, personne ne saura d'où il est, » Jean, vu, 27.
rement, confesseront bien qu'il est le Messie \ mais ramenant la conception qu'ils s'en font à leurs idées terrestres, ils verront dans leur Maître un roi appelé à rétablir le royaume temporel d'Israël ^.
1 « Nous avons trouvé le Messie », dit André à son frère Simon. Jean, i, 41. — « Nous l'avons entendu nous-mêmes, et nous savons qu'il est vraiment le Sauveur du monde », disent les Samaritains. Jean, iv, 42.
« Jésus leur dit : Et vous, qui dites-vous que je suis ? Simon Pierre répondant, dit : Vous êtes le Christ, Fils du Dieu vivant. » Matth., XVI, i5, 16.
- Lorsque, après la première multiplication des pains, le peuple émerveillé eut l'idée de s'emparer de Jésus pour le faire roi, le Sauveur qui craignait que ses Apôtres, imbus des mêmes préjugés nationaux, ne voulussent prendre part au mouvement populaire, leur ordonna de s'éloigner. « Aussitôt Jésus, lisonsnous en Saint IMattliieu (xiv, 22), ordonna à ses disciples de monter sur une barque et de le précéder sur l'autre bord, pendant qu'il renverrait la foule ».
Pour comprendre jusqu'à quel point l'espérance d'un roi- Messie était ancrée dans le cœur des Apôtres et des disciples, il n'y a qu'à suivre les deux disciples sur la route d'Emmaûs, le jour de la Résurrection, et les écouter parler. « Nous espérions, disent-ils, que c'était lui qui devait racheter Israël ; et maintenant, après tout cela, voilà le troisième jour aujourd'hui que ces choses se sont passées » (Luc, xxiv, 21).
Les apparitions de Jésus, pendant les quarante jours qui suivirent la Résurrection, ne les instruisirent pas davantage, puisque, au moment de voir remonter leur divin Maître au ciel, ils l'interrogèrent encore sur l'avènement prochain d'un royaume terrestre. Jésus venait de leur dire : « Jean a baptisé dans l'eau, mais A'ous, vous serez baptisés dans l'Esprit-Saint dans peu de jours ». Et le texte sacré ajoute : « Ceux donc qui se trouvèrent réunis l'interrogèrent en disant : Seigneur, est-ce maintenant que vous rétablirez le royaume d'Israël? » Actes, i, 5, 6.
Avec les premiers Jésus entrera en lutte ouverte S et sa condescendance à vouloir les éclairer n'aboutira qu'à ranimer leur malice et leur haine, au point qu'il devra parfois subir l'humiliation de les fuir pour se mettre à l'abri de leurs coups 2. Avec les seconds, Jésus s'évertuera à les instruire et à les pénétrer du caractère de sa véritable mission ; mais combien II aura à souffrir de leur inintelligence des choses célestes, jusqu'à
* A ce sujet, Saint Thomas fait cette juste remarque : « Le salut de la multitude doit être préféré à la paix de quelques individus en particulier. C'est pourquoi, quand il y a des hommes qui par leur perversité empêchent le salut de la multitude, celui qui prêche ou qui enseigne ne doit pas craindre de les offenser pour pourvoir au salut de la multitude. Or, les scribes, les pharisiens et les princes des Juifs étaient un grand obstacle au salut du peuple ; soit parce qu'ils étaient les ennemis de la doctrine du Christ qui était le seul moyen par lequel on pouvait être sauvé ; soit parce qu'ils corrompaient la vie du peuple par leurs mœurs déréglées. C'est pourquoi le Seigneur, sans craindre de les offenser, enseignait publiquement la vérité qu'ils haïssaient et leur reprochait leurs vices. » S. Tkom., III p., q. 42, a. 2.
2 « Jésus parcourait la Galilée, car il ne voulait pas séjourner en Judée, parce que les Juifs cherchaient à le faire mourir. » Jean, vu, 1.
« Ils prirent des pierres pour les jeter contre lui ; mais Jésus se cacha. » Jean, vin, Sg.
« De ce jour ils pensèrent à le tuer. C'est pourquoi Jésus n'allait plus en public parmi les Juifs, mais /'/ se retira dans une contrée près du désert, en une ville qui est appelée Ephrem, et il demeurait là avec ses disciples. » Jean, xi, 53, 54.
« Jésus dit ces choses, puis il s'en alla et se cacha d'eux. » Jean, xii, 36.
se voir obligé de leur en faire un reproche après quasi trois ans passés en leur compagnie '.
Rien n'aura été pour Jésus une souftrance plus grande que celle de l'incrédulité des hommes à l'égard de sa Personne divine. Comme tout repose sur la vérité de l'Incarnation et que le monde ne peut être sauvé que par la foi en la Divinité de son Sauveur, Jésus ne cesse de montrer la nécessité de croire en Lui ^, d'avoir foi
' « l'^oiis aussi, êtes-vous encore sa/is iiitelligeuce? » ISIatth., XV, 16.
« Il y a si longtemps que je suis avec vous, et vous ne me connaissez pas ! » dit Jésus à Philippe. Jean, xiv, 9.
11 faut placer ici l'étrange discussion survenue entre les Apôtres, au moment solennel de la dernière Cène, lorsqu'ils se querellèrent pour savoir quel serait le plus grand dans le royaume terrestre qu'ils espéraient voir fonder par leur Maître. « Il se fit parmi eux ////e contestation : lequel d'entre eux serait estimé le plus grand » (Luc, xxii, 23) « dans le royaume des cieux » (Matth., xviii, 1); la hiérarchie du roj-aume des cieux, d'après leurs préjugés, devant correspondre à la hiérarchie du royaume terrestre. Jésus répond à leur esprit d'orgueil et d'ambition en leur donnant une leçon d'humilité : « Et Jésus, appelant un petit enfant, il le plaça au milieu d'eux, et dit : En vérité, je vous le dis, si vous ne vous convertissez et ne devenez comme de petits enfants, vous n'entrerez point dans le rojaume des cieux. Quiconque donc s'humiliera comme ce petit enfant, celui-là sera le plus grand dans le royaume des cieux » (Matth., Ibid., 2-4).
- « Dieu a tant aimé le monde qu'il lui a donné son Fils unique, afin que tout homme qui croit en lui ne périsse point, mais qu'/7 ait la vie éternelle. » Jean, ni, 16.
« Celui qui croit au Fils a la vie éternelle ; quant à celui qui
JESUS VICTIME PENDANT SA VIE 2Jt
en sa parole S de considérer que ses œuvres ne peuvent être que l'effet d'une puissance divine -. Mais II a beau parler de sa céleste origine •, faire connaître que son Père est dans les cieux S répéter qu'il ne fait qu'un avec lui % qu'il est sorti de son sein et qu'il y retourne '', que seul II a la
ne croit pas au Fils, /'/ ne verra pas la vie, mais la colère de Dieu demeure sur lui. » Jean, m, 36.
« Si vous ne croyez pas à ce que je suis, vous mourrez dans votre péché. » Jean, vui, 24.
• « Je vous parle, et vous ne croyez pas. » Jean, x, 25.
« Si je vous dis la xérité, pourquoi ne me croyez-vous pas?» Jean, vui, 46.
« Qui écoute ma parole et croit à celui qui m'a envoyé, a la vie éternelle. » Jean, v, 24.
« En vérité, en vérité, je vous le dis : si quelqu'un garde ma parole, il ne verra jamais la mort. » Jean, vm, 5i.
2 « Les œuvres que je fais au nom de mon Père rendent témoignage de moi. » Jean, x, 25.
« Si vous ne voulez pas me croire, croyez aux œuvres, afin que vous connaissiez et croyiez que le Père est en moi et moi dans le Père. » Jean, x, 38.
3 « Je suis descendu du ciel. » Jean, vi, 38.
« C'est de Dieu que je suis sorti et que je suis venu. » Jean, VUI, 42.
^ « Quiconque me confessera devant les hommes, moi aussi je le confesserai devant mon Père qui est dans les cieux. » Matth., x, 32.
Et en huit autres endroits du même évangile.
^ « Moi et mon Père nous sommes une seule chose. » Jean, X, 3o.
6 « Je suis sorti du Père et je suis venu dans le monde ; maintenant je quitte le monde et je vais au Père. » Jean, XVI, 28.
puissance de juger les vivants et les morts ', et qu'un jour II apparaîtra dans sa gloire sur les nuées du ciel pour récompenser les justes et punir les pécheurs - ; on continue de Le regarder comme le fils du charpentier ^, on L'insulte en vojant qu'il se fait plus grand qu'Abraham ^ et on Le traite de blasphémateur parce qu'il se dit le Fils de Dieu ^.
On constate sa puissance, mais on doute qu'elle soit divine, parce qu'il n'observe pas la loi du
1 « Le Père lui a donné le jjouvoir de juger, parce qu'il est le Fils de l'homme. » Jean, v, 27.
« Le Père ne juge personne, mais /'/ a remis au Fils tout pouvoir de juger. » Jean, v, 22.
2 « Toutes les tribus de la terre verront le Fils de Dieu venant sur les nuées du ciel avec une grande puissance et une grande majesté. » Matth., xxiv, 3o.
« Et alors il rendra à chacun selon ses œuvres. » Matth., XVI, 27.
3 « N'est-ce pas là le fils du charpentier ? » Matth., xhi, 55.
« Celui-ci n'est-il pas Jésus, fils de Joseph, dont nous connaissons le père et la mère? Comment donc dit-il : Je suis descendu du ciel ? » Jean, vi, 42.
■* « Est-ce que tu es plus grand que notre père Abraham ? Qui prétends-tu être ? — Abraham votre père a tressailli pour voir mon jour ; il l'a vu et s'est réjoui. — Les Juifs lui dirent : Tu n'as pas encore cinquante ans et tu as vu Abraham ? Jésus leur dit : En vérité, en vérité, je vous le dis : avant qu'Abraham lût fait, je suis. Ils prirent donc des pierres pour les jeter contre lui. » Jean, vhi, 53, 56-59.
5 « Nous ne te lapidons pas pour une œuvre bonne, mais pour un blasphème, et parce que, étant homme, tu te fais Dieu. » Jean, x, 33.
sabbat '. On est bien témoin de ses miracles, mais on ose les attribuer au démon -. On pousse la haine, par deux fois, jusqu'à vouloir Le lapider^; on interdit de Le reconnaître comme le Messie sous peine d'être chassé de la synagogue^, et on prend occasion d'un de ses plus grands prodiges pour décréter sa mort"*.
Jésus aura raison de dire que les hommes L ont pris en haine gratuitement et qu'ils L'ont injustement persécuté". Malheureusement ils sont inexcusables, parce qu'ils L'ont vu et qu'ils ne L'ont pas reçu ".
* « 11 n'est pas de Dieu, cet homme qui ne garde pas le sabbat. » Jean, ix, i6.
- « Mais les pharisiens dirent : 11 ne chasse les démons que par Béelzébud, prince des démons. » Matth., xii, 24.
•^ Jean, viii, Sg ; x, 3i.
^ « Les Juifs s'étaient concertés pour que si quelqu'un proclamait Jésus le Christ, // fût chassé de la synagogue. » Jean, IX, 22.
^ Jésus venait d'opérer le grand miracle de la résurrection de Lazare. Alors « les pontifes et les pharisiens assemblèrent le conseil et dirent : Que faisons-nous, car cet homme fait beaucoup de miracles ? Si nous le laissons aller ainsi, tous croiront en lui, et les Romains viendront et détruiront notre pays et notre nation. Or, un d'eux nommé Caïphe, étant le pontife de cette année, leur dit : Vous ne savez rien ; et vous ne pensez pas qu'il est expédient pour vous qu'un homme seul meure pour le peuple, et que la nation ne périsse pas tout entière. De ce jour donc, ils pensèrent à le tuer. » Jean, xi, 47-5o, 53.
•^ « Ils m'ont pris en haine gratuitement. » Jean, xv, 25.
' « Si je ne fusse pas venu et ne leur eusse point parlé, ils
Maltraité et rejeté des hommes, Jésus voit du même coup son Père méconnu et méprisé '. L'obscurcissement des intelligences, la corruption des cœurs et la malice des volontés humaines ont empêché ce Fils adorable, dévoré du zèle de la gloire de son Père, de révéler Celui qui L'a envojé et de faire comprendre l'excès d'amour qui l'a poussé à livrer son Fils en Victime. A côté du petit nombre de ceux qui ont cru à sa parole, il y a la masse des incrédules qui ne veulent rien savoir ni de Lui ni de son Père.
Il faudrait pouvoir pénétrer dans le cœur même de Jésus pour comprendre toute l'étendue de cette douleur. Sa vie s'était écoulée à glorifier son Père -, Il n'avait vécu que pour faire sa volonté ^, II avait proclamé qu'il avait tout reçu de lui ', en maintes circonstances II s'était présenté comme son Envoj'é "■ et II pro-
n'auralent pas de péché ; mais maintenant i/s n'ont point d'excuse de leur péché. » Jean, xv, 22.
* « Ils ne connaissent pas celui qui ma envoyé. » Jean, xv, 21.
« Vous ne connaissez ni moi ni mon Père. » Jean, vni, 19.
2 « Je vous ai glorifié sur la terre. » Jean, xvii, 4.
3 « Je fais toujours ce gui lui plaît. » Jean, vnr, 29,
'' « Toutes choses m'ont été données par mon Père. » Matth., XI, 27.
•'• Jésus dit quarante-trois fois, dans l'Evangile, qu'il est \ Envoyé de son Père.
testait qu'il ne faisait rien que par lui ', ïl avait constamment cherché à lui attirer les foules et à les gagner à son amour ; et voilà qu'il se voit forcé de dire aux Juifs qu'ils ne connaissent pas son Père, et, l'âme pleine de tristesse, de faire à ses Apôtres le douloureux aveu que beaucoup vont jusqu'à les haïr Lui et son Père-.
Mais rien n'égale l'amertume de la plainte que fait entendre notre douce Victime, la veille de sa mort, lorsque, promenant son regard sur la multitude des infidèles et des ingrats, elle dit à son divin Père ces paroles d'une indicible douleur ; « Père Juste, le monde ne vous a pas connu '. »
Comme alors l'âme de Jésus dût éprouver un besoin intense de réparer pour tant d'aveuglement et d'ingratitude, et de prouver à son Père un amour plus ardent qui lui fût une juste compensation !
L'occasion ne tardera pas. L'heure du grand Sacrifice a sonné, la Victime est prête et la croix du Calvaire se dresse déjà pour la recevoir et l'immoler. C'est demain le Vendredi Saint !
' « Le Père, qui demeure en moi, /au lui-même les œuvres. » Jean, xiv, lo.
2 « Celui qui me hait, hait aussi mon Père... Ils ont haï et moi et mon Père. » Jean, xv, 23, 24.
3 Jean, xvii, 25.