‹ Jésus mieux connu et plus aimé dans son sacerdoce (volume 4)Chapitre 25 sur 49 · IX · texte numérisé non relu

IX

3 La crainte de la mort est une des plus grandes souffrances d'ici-bas ; elle comprend, outre l'appréhension naturelle de la séparation de l'âme et du corps, tout le cortège des douleurs, des tristesses et des angoisses qui accompagne ce châtiment du péché. Jésus est mort pour nous en délivrer. C'est un des motjf§

Vision terrible qu'éclaire sa prescience divine et à laquelle II donne une puissance inouïe de pénétration, afin d'en souffrir plus cruelleinent. C'est mourir cent fois que de vivre ainsi compénétré par les tortures et les angoisses de la mort.

La mort guette Jésus comme sa proie ; mais avant de se laisser saisir définitivement dans ses serres, Il a résolu de subir un long et cruel supplice. Et alors passe devant ses yeux la série interminable des souffrances et des opprobres de sa Passion.

Jésus ne sera pas envoyé à la mort dans le secret, mais une condamnation inique, prononcée

qu'en donne Saint Thomas. « Non seulement, dit-il, il a fallu que le Christ souffrît, mais encore qu'il mourût pour nous délivrer par là de la crainte de la mort. D'où l'Apôtre dit (Hébr., II, 14, i5) : « qu'il a participé à la chair et au sang pour détruire par sa mort celui qui avait l'empire de la mort, c'est-à-dire le diable, et pour mettre en liberté ceux que la crainte de la mort tenait dans la servitude pendant toute leur vie. » S. Thom., III p., q. 5o, a. 1.

Et ailleurs, envisageant plus spécialement la mort comme la peine du péché, il dit : « Le Christ a souffert pour nous ce que nous avions mérité de souffrir par le péché de notre premier père, en quoi le principal est la mort à laquelle toutes les autres passions humaines sont coordonnées comme à leur dernière fin. La solde du péché est la mort, comme le dit l'Apôtre aux Romains (vi, 23) : voilà pourquoi le Christ a voulu souffrir la mort pour nos péchés, afin de nous délivrer de la mort, en prenant, lui l'innocent, la peine qui nous était due, comme un coupable serait délivré de la peine qu'il devrait subir, si un autre se soumettait pour lui à cette peine. » S. Thom., Op. 2, c. 227.

par la plus grande autorité religieuse, proclamera publiqueinent sa culpabilité '.

C'est à Jérusalem, la Ville Sainte, la cité de Jéhovah, l'enceinte du Temple des oracles et des sacrifices, au cœur de la nation juive-, au moment des solennités pascales '■'', qu'il subira le plus ignoble des supplices.

Déjà la douce Victime, qui a permis à son amour de garrotter sa toute-puissance afin de boire jusqu'à la lie le calice des vengeances divines, est devenue le jouet de ses ennemis. Les calomnies, les sarcasmes, les outrages, les affronts, les injures et les opprobres s'abattent sur Jésus. Il souffle un vent infernal qui promène partout l'aveuglement et la haine. C'est une mer d'abominations et d'ignominies qui roule ses flots fangeux sur le malheureux pour L'engloutir.

Si Jésus parle, Il est souffleté ^ ; s'il se tait, Il

' « Or, le matin étant venu, tous les princes des prêtres et les anciens du peuple tinrent conseil contre Jésus pour le livrer à la mort.» Matth., xxvir, i.

« Tous le condamnèrent comme digne de mort. » Marc, xiv, 64.

2 « Comme Jésus-Christ, dit Saint Thomas, s'était choisi le geni'e de mort le plus ignominieux, il lui fallait, pour suivre ce plan jusqu'au bout, soufFrir cette confusion dans un lieu aussi fameux que Jérusalem. » S. Thom., Op. 53, c. 48.

3 « Vous savez que dans deux jours se fera la Pâque, et le Fils de l'homme sera livré pour être crucifié. » Matth., xxvi, 2.

'' « Un des serviteurs qui était présent donna un soufflet à Jésus, disant : Tu réponds ainsi au pontife ? » Jean, xvui, 22.

est injurié ' ; s'il paraît, Il est accueilli par des cris de mort - ; si un juge timide fait mine de Le défendre, on réclame pour l'accusé la peine horrible du crucifiement ^.

Traité comme un roi de théâtre, affublé comme un fou, condamné par lâcheté, dépouillé de ses vêtements, cruellement frappé, souillé par les crachats, couronné d'un diadème ensanglanté, Jésus est à la merci de qui veut L'humilier et L'insulter ''.

• « Et comme il était accusé par les princes des prêtres et les anciens, /'/ ne répondit n'en. Alors Pilate lui dit : N'entends-tu pas combien de témoignages ils profèrent contre toi ? Mais il ne lui répondit pas une parole. » Matth., xxvii, 12-14.

- « Pilate fit emmener Jésus dehors, et il dit aux Juifs : Voilà votre roi. Mais ils criaient : Enlevez-le, enlevez-le. Nous n'avons pas d'autre roi que César. » Jean, xix, i3-i5.

3 « Pilate sortit de nouveau et leur dit : Voici que je l'emmène dehors, afin que vous sachiez que je ne trouve en lui aucune cause de condamnation. Voilà l'homme. Quand les pontifes et les serviteurs l'eurent vu, ils crièrent, disant : Crucifiez-le, crucifiez-le. » Jean, xix, 4-6.

* « Alors ils lui crachèrent au visage et tombèrent sur lui à coups de poing (Matth., xxvi, 67) ; ils voilèrent sa face, et les serviteurs le meurtrissaient de soufflets (Marc, xiv, 65), disant : Prophétise-nous, Christ, dis-nous celui qui t'a frappé. (Matth., xxvi, 68). »

« Pilate leur livra Jésus flagellé pour qu'il fût crucifié. Alors les soldats du gouverneur, menant Jésus dans le prétoire, rassemblèrent autour de lui toute la cohorte ; et l'ayant dépouillé, ils l'enveloppèrent d'un manteau rouge; et ils tressèrent une couronne d'épines et la mirent sur sa tête, ainsi qu'un roseau dans sa main droite ; et, fléchissant le genou devant lui, ils se

Et personne autour de Lui pour Le protéger et Lui porter secours. C'est un être méconnu de ses concitoyens, un malfaiteur qui n'est digne d'aucune commisération, un criminel qui n'a plus un ami qui s'intéresse à lui, un condamné à qui on préfère un homicide ' et qui mérite d'être confondu avec les voleurs et les assassins -.

moquaient de lui, disant : Salut, roi des Juifs. Et ils crachèrent sur lui et prirent le roseau et en frappèrent sa tête. Et après qu'ils se furent joués de lui, ils le dépouillèrent du manteau et lui remirent ses vêtements et l'emmenèrent pour le crucifier. » Matth., xxvn, 26-3i.

' « Pendant le jour de la solennité, le gouverneur avait coutume d'accorder au peuple un prisonnier, celui qu'on voulait. Or, il y avait alors un insigne prisonnier qui s'appelait Barabbas (Matth., xxvn, i5, 16), qui était enchaîné avec des séditieux et qui, dans une sédition, avait commis un homicide. Et la foule étant montée, commença à réclamer ce qu'il faisait toujours pour eux (Marc, xv, 7, 8). Pilate dit : Qui voulez-vous que je vous accorde : Barabbas ou Jésus qui est appelé Christ ? Mais les princes des prêtres et les anciens persuadèrent au peuple de demander Barabbas et de faire périr Jésus. Le gouverneur donc leur dit : Qui des deux voulez-vous que je vous délivre? Et ils dirent : Barabbas. Pilate leur dit : Que ferai-je donc de Jésus qui est appelé Christ ? Tous dirent : Qu'il soit crucifié ! » (Matth., xxvii, 17, 20-23).

2 « On menait aussi avec lui deux autres malfaiteurs pour les mettre à mort. Et lorsqu'ils furent arrivés au lieu qui est appelé Calvaire, ils le crucifièrent, et les voleurs aussi, l'un à sa droite, l'autre à sa gauche. » (Ltc, xxni, 32, 33). — C'est ce qu'avait prédit Isaïe (lui, 12) : « 11 a été mis au nombre des scélérats ».

Saint Thomas fait, à ce sujet, les remarques suivantes. « Comme le Christ n'a pas dû souffrir la mort, mais qu'il s'y est soumis volontairement pour la vaincre par sa puissance ; de même il n'a pas mérité d'être mis au nombre des voleurs.

En vain Jésus cherche à apercevoir ses fidèles disciples; tous ont fui et L'ont abandonné '. Dans les ténèbres, II aperçoit le traître allant se pendre - ; dans le silence de la nuit, Il entend, mêlé au chant du coq, le triple reniement de Pierre^.

Délaissé des hommes, Il lève les yeux au ciel, et le ciel reste d'airain. Aucun secours ne vient Le réconforter. Son Père reste muet, et ce silence est pour Lui la plus horrible des réprobations '.

Pendant ce temps, Satan ricane et Jésus enmais il l'a voulu pour vaincre l'injustice par sa vertu. » S. Thom., III p., q. 46, a. 11, ad 1.

« Dans la pensée de Dieu, ajoute-t-il, le Christ a été crucifié avec des voleurs, parce que, comme le Christ s'est fait pour nous la malédiction de la croix, de même il a voulu, pour le salut de tout le monde, être crucifié entre deux coupables, comme s'il eût été coupable lui-même. » Et il cite Saint Augustin qui dit (Tract, xxxi, in fin.) : « Cette croix, si vous y réfléchissez, a été un tribunal ; car, au milieu se trouvait le Juge, et d'un côté celui qui a cru et qui a été délivré, et de l'autre celui qui l'a insulté et qui a été condamné. Il indiquait par là ce qu'il ferait des vivants et des morts, en montrant qu'il mettrait les uns à sa droite et les autres à sa gauche. » Ibid., c.

1 « Alors, tous les disciples, l'abandonnant, s'enfuirent. » Matth., xxvi, 56.

2 « Ayant jeté les trente pièces d'argent dans le temple, il s'éloigna et s'eir alla se pendre. » Matth., xxvii, 5.

3 Matth., xxvi, 69-75 ; Marc, xiv, 66-72 ; Luc, xxii, 55-62 ; Jean, xvni, i5-i8, 25-27.

^ « Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m'avez-vous abandonné? » Matth., x.wii, 46.

tend les grondements qui montent de l'enfer et le fracas terrible que font les démons avec les instruments de son supplice. Ce qui s'annonce est pire encore ; un nouveau gouffre s'ouvre et Jésus va y être précipité. N'importe, Il ira jusqu'au bout. Il s'est fait Victime pour glorifier son Père et sauver le monde, rien ne L'arrêtera ; Il a encore assez de force pour être crucifié et pour mourir.

Mais tout-à-coup une autre vision passe devant ses yeux, celle-là plus horrible que toutes les autres. Il souffre atrocement et II va donner sa vie au milieu de tourments indicibles ; Il aura absorbé des océans de souffrances, et il ne restera plus aux mains de la Justice divine une torture qu'il n'ait éprouvée ; et, malgré tout cela, II aura souffert en vain pour un grand nombre ! Beaucoup refuseront d'être ses rachetés, et sa inort qui devait leur fermer les portes de l'enfer ne servira qu'à les leur ouvrir plus grandes pour les y engloutir. Leur malice rendra pour eux ses mérites inutiles et enlèvera à son divin Père la part de gloire que leur salut était destiné à lui donner.

C'en est trop pour la tendresse miséricordieuse de la Victime ; l'intensité de la douleur en a un moment raison, et elle tombe en agonie, la face

contre terre, torturée par des angoisses inouïes '. Comme si devant tant d'horreurs, son cœur refusait de battre, il refoule au dehors le sang de ses veines et en inonde tout son corps ^.

Alors, du fond de l'âme de l'auguste Victime, monte un cri d'ineffable supplication que lui arrache la douleur : « Mon Père, s'il est possible, que ce calice s'éloigne de moi » 'K Court moment de répit accordé à la plus intense et à la plus atroce des tortures. Aussitôt, considérant l'inévitable issue de son Sacrifice, Jésus proteste de son acquiescement plénier aux volontés divines : « Père, non ma volonté, mais la vôtre » K

Jésus est fort pour de nouveaux combats. Encore un peu de temps, et 11 aura atteint le sommet du Calvaire où doit prendre fin son supplice rédempteur.

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