‹ Jésus mieux connu et plus aimé dans son sacerdoce (volume 4)Chapitre 29 sur 49 · I. — Les humiliations posthumes de Jésus Victime · texte numérisé non relu

I. — Les humiliations posthumes de Jésus Victime

Nous avons assisté à la dernière agonie du divin Crucifié, nous avons entendu le grand cri

1 « Ainsi donc, mes frères, puisque nous avons l'assurance d'entrer dans le sanctuaire par le sang du Christ, par la voie nouvelle et vivante qu'il a inaugurée pour nous à travers le voile, c'est-à-dire à travers sa chair, et que nous avons un grand prêtre établi sur la maison de Dieu, approchons-nous avec un cœur sincère, dans la plénitude de la foi, le cœur purifié des souillures d'une mauvaise conscience ; retenons fermement la

qu'il a jeté au monde ' pour lui dire son immense amour dans sa dernière douleur, et nous avons vu sa tête adorable retomber sur sa poitrine dans l'immobilité de la mort -.

En expirant, la mesure des humiliations satisfactoires du Sauveur a été comblée. Son âme s'est envolée et ne peut plus mériter; mais son corps est encore là, et il demeure le corps d'un supplicié. Jusque dans la inort Jésus reste Victime ; et s'il ne peut plus souflfrir, Il peut encore être humilié. En attendant l'heure triomphale du matin de la Résurrection, Il fera subir à son corps toute une série d'inconscientes mais réelles humiliations.

Il a donc vraiment terminé sa vie dans la mort, comiTie tous les hommes, cet Envoyé divin que les foules regardaient comme un prophète et qui se proclamait Lui-même le Messie ! Il est maintenant inerte et immobile, ce prodigieux thaumaturge qui semblait disposer à son gré des éléments et de la vie ! Ses yeux sont fermés, ses

confession de notre espérance, car celui qui nous a fait la promesse est fidèle. » Hébr., x, 19-23.

• « Mais Jésus, jetant encore un cri d'une voix forte, rendit l'esprit. » Matth., xxvii, 5o.

« Le centurion qui était debout en face, voyant qu'il avait expiré en jetant un tel cri, dit : Vraiment cet homme était le Fils de Dieu. » Marc, xv, 39.

2 « Et inclinant la tête, il rendit l'esprit. » Jean, xix, 3o.

lèvres sont closes, son cœur ne bat plus, ses veines sont vides de sang. Il n'y a plus rien qui vit dans ce corps pâle et défiguré ; son cerveau est sans pensée et son cœur sans sentiment ; l'âme qui l'animait s'est envolée et, en vérité, il n'est plus qu'un cadavre K

• L'expression « cadavre >> n'a ici rien d'inexact, car un corps est animé ou inanimé ; s'il est animé, c'est un corps vivant ; s'il ne l'est pas, c'est un corps mort, et un corps mort, ce n'est plus un homme mais un cadavre. « Pendant les trois jours de sa mort, dit Saint Thomas, le corps du Christ n'a été ni vivant, ni animé. Il n'a donc pas été homme ; mais on peut dire qu'il a été un homme mort pendant ce temps. » S. Thom., III p., q. 5o, a. 4.

Toutefois la mort n'a pas opéré une séparation entre le Verbe et le corps. Un corps mort gardant naturellement toujours son union avec la personne, on dit c'est le corps de tel ou tel individu. « C'est pourquoi, dit encore le même saint Docteur, comme avant la mort du Christ sa chair a été unie selon la personne et l'hypostase au Verbe de Dieu ; de même elle est restée unie après, de manière que Yhypostase du Verbe de Dieu et du corps du Christ n'était pas autre après sa mort. » Ibid., a. 2.

La séparation que la mort a opéré en notre auguste Victime n'a donc atteint que l'âme et le corps, mais aucunement la divinité. « Le Verbe de Dieu a pris l'âme et le corps unis ; c'est pourquoi cette assomption a fait Dieu homme et l'homme Dieu. Cette assomption n'a pas cessé, à la vérité, comme si le Verbe avait été séparé de l'âme et de la chair ; mais c'est Vunion de l'âme et du corps gui a cessé. » (Ibid., a. 4, ad 1). — Il n'y a aucune contradiction à ce que l'union de la divinité avec le corps subsiste, même si le corps n'est pas vivant, et en voici la raison profonde : « L'âme a la puissance de vivifier formellement ; c'est pourquoi quand elle est présente et qu'elle est unie formellement au corps, il est nécessaire qu'il soit vivant. Au lieu que la divinité n'a pas la puissance de vivifier formellement, mais à

On peut le transpercer d'une lance ', il n en soufiFrira point; et si l'on ne vient pas le descendre de la croix, il y restera suspendu. L'amour a pu l'y faire monter, mais l'humiliation seule l'y maintient et saura l'en arracher.

Des bras de la croix ce corps sacré et tout ensanglanté passe dans les bras de Marie qui, à ce moment, revit toutes les souffrances du Sacrifice

titre de cause efficicnie ; car elle ne peut être la forme du corps. C'est pourquoi /'/ n'est pas nécessaire que, quoique l'union de la divinité subsiste avec le corps, celui-ci soit vivant, parce que Dieu n'agit pas nécessairement, mais volontairement. » Ibid., a. 2, ad 3.

Le corps mort de Jésus sur la croix et dans le sépulcre reste donc uni à la personne du Verbe, comme son âme pendant sa descente aux enfers. « Quoique le Christ soit mort comme homme et que son âme sainte ait été séparée de son corps qui se trouvait sans souillure ; cependant la divinité est restée inséparable de l'un et de l'autre, c'est-à-dire de l'âme et du corps. » Ibid., a. 3.

* D'après la loi juive, les crucifiés ne devaient pas passer la nuit sur le gibet ; c'est pourquoi on avait l'habitude, pour hâter la mort, de leur briser les jambes. C'est ce que l'on fit aux deux larrons. « Les soldats vinrent donc et rompirent les jambes du premier et de l'autre qui avaient été crucifiés avec lui. » « Mais lorsqu'ils vinrent à Jésus, le voyant déjà mort, ils ne lui rompirent pas les jambes. Mais un des soldats avec une lance ouvrit son côté, et aussitôt il en sortit du sang et de l'eau. » (Jean, XIX, 32-34). — L'évangéliste prend soin d'en donner la raison : « Ces choses ont été faites pour que l'Ecriture fût accomplie : Vous ne briserez aucun de ses os. Et une autre parole encore de l'Ecriture dit : Ils verront celui qu'ils ont transpercé. » (Ibid., 36, 37).

de son Fils et savoure, à son tour, les humiliations de l'impuissance du Crucifié.

Ce Jésus, qui remuait les fouies au son de sa voix, ne peut plus se mouvoir. Cette Victime, qui portait les péchés du monde, ne peut plus se dresser elle-même. Ce tout-puissant, qui ressuscitait les morts, reste étendu et sans vie. La mort en a fait un cadavre qui ne doit plus rester exposé à la vue des hommes : il faut le cacher et l'enfouir dans un tombeau.

La lumière du monde entre dans les ténèbres, la parole éternelle emprunte au sépulcre son lugubre silence, la vie cherche le repos dans la mort. Celui qui avait promis d'attirer tout à Lui, une fois élevé de terre, disparaît dans l'enfoncement du rocher, et la pierre tombale vient sceller sa dernière humiliation K

' « Or, quand le soir fut venu, il vint un homme riche d'Arimathie, du nom de Joseph, qui était, lui aussi, disciple de Jésus. 11 se présenta à Pilate et lui demanda le corps de Jésus. Et Pilate ordonna que le corps lui fût remis. Et Joseph, ayant reçu le corps, l'enveloppa dans un linceul blanc. Et // /e déposa dans son sépulcre neuf qu'il avait fait tailler dans le roc, — oîi personne encore n'avait été déposé (Luc, xxni, 53 ; Jean, xix, 41). — Et il roula une grande pieire à l'entrée du sépulcre. » Matth., XXVII, 57-60.

Quelques jours avant sa mort, Jésus avait fait une allusion directe à sa sépulture, lorsque, à l'occasion du vase de parfum que Madeleine avait répandu sur sa tête, dans la maison de Simon le lépreux, il avait dit : « Pourquoi inquiétez-vous cette femme ? Car elle a accompli envers moi une bonne œuvre. En

Au dehors pourtant, les ennemis du Sauveur qui n'ont pas désarmé et ont résolu de poursuivre leur victime jusqu'à la fin, ont obtenu, sous prétexte de sécurité publique contre les impostures du supplicié, de garder à vue le tombeau et d'y installer des soldats armés pour empêcher tout enlèvement nocturne de Celui qu'ils avaient crucifié '.

Au lieu de l'adoration amoureuse et reconnaissante des foules, qui auraient dû accourir pour entourer le sépulcre du Rédempteur du

répandant ce parfum sur mon corps, elle l'a fait pour m ensevelir. » Matth., XXVI, 10, 12. — « Elle a d'avance parfumé mon corps pour la sépulture. » Marc, xiv, 8.

Jésus a voulu être enseveli, parce que, comme dit Saint Augustin (De Sepulcr. Dom.), « le sépulcre est la demeure de la mort », et que par là, ajoute Saint Thomas : « Il prouva la vérité de sa mort ; car on ne met quelqu'un dans un tombeau que quand il est constant qu'il est véritablement mort. D'où l'on voit (Marc, xv, 44) que Pilate, avant de permettre d'ensevelir le Christ, a fait examiner avec soin s'il était mort. » (S. Thom., III p., q. 5i, a. 1).

1 « Or, le jour suivant, les princes des prêtres et les Pharisiens vinrent ensemble à Pilate, disant : Seigneur, nous nous sommes rappelés que ce séducteur a dit, lorsqu'il vivait encore : Après trois jours je ressusciterai. Ordonnez donc que le sépulcre soit gardé jusqu'au troisième jour, de peur que ses disciples ne viennent et ne le dérobent et ne disent au peuple : Il est ressuscité d'entre les morts. Et cette dernière erreur serait pire que la première. Pilate leur dit : Vous avez des gardes ; allez, et gardez-le comme vous l'entendrez. Ils s'en allèrent donc et munirent le sépulcre de gardes et scellèrent la pierre. » Matth., xxvn, 62-66.

FIN DE LA MISSION DE JESUS Oui

monde et monter la garde auprès de ses restes adorables, la même soldatesque qui L'avait conduit au supplice insultera encore à ses abaissements extrêmes auxquels mettra fin sa glorieuse Résurrection.

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