III. — Le Sacrifice de la Loi nouvelle
Jésus est un sommet dans l'humanité ; Il occupe la cime de l'histoire du monde. Avant Lui l'humanité gravit la voie ascendante qui la dirige vers son Sauveur; après Lui elle s'avance dans la voie descendante qui la conduit à ses éternelles destinées.
Quatre mille ans d'aspirations, de supplications et d'espérance ont précédé sa venue ; des siècles de grâces, de miséricorde et de reconnaissance l'ont suivie. Son Incarnation, sa vie et sa mort contiennent en abrégé l'histoire du passé et celle de l'avenir ^ Jésus, le premier-né d'entre les créatures, reste le prototype de toute
soit parce que les membres du Christ l'ont touchée, et qu'elle a été couverte de son sang. C'est pour cela que nous nous adressons à la croix et que nous lui parlons comme au crucifié. » S. Thom., III p., q. 25, a. 4.
1 « Dans ces derniers temps Dieu nous a parlé par le Fils qu'il a établi héritier de toutes choses, par lequel aussi il a fait les mondes, et qui, étant la splendeur de sa gloire et l'empreinte de sa substance, et soutenant toutes choses par la parole de sa puissance, après avoir opéré la purification des péchés, s'est assis à la droite de la majesté au plus haut des deux. » Hébr., I, 2, 3.
perfection et de toute sainteté. Il est à Lui seul la religion de l'humanité qui trouve en Lui son terme et sa vivante expression '.
Tous les hommages rendus à la Divinité, depuis le Paradis terrestre, empruntaient leur valeur à ceux que Jésus devait rendre un jour à Dieu son Père ^. Tous les sacrifices anciens n'étaient que des sacrifices figuratifs du grand et sublime Sacrifice que Jésus devait offrir sur le Calvaire. S'ils ont été sanglants, pour la plupart, c'est que Jésus devait verser tout son sang ; s'ils ont exigé la destruction des victimes, c'est
' « Rendons grâces à Dieu le Père qui nous a arrachés à la puissance des ténèbres et nous a assujettis à l'empire de son Fils bien-aimé, en qui nous avons la rédemption, par son sang, et la rémisssion des péchés. C'est lui qui est l'image du Dieu invisible, le premier-né de toute créature. Tout a été créé par lui et pour lui ; il est avant tous et toutes choses subsistent en lui. C'est lui aussi qui est le chef du corps de l'Eglise ; lui qui est les prémices, le premier-né d'entre les morts, afin d'être en toutes choses le premier ; car il a plu à Dieu que toute plénitude résidât en lui, et de réconcilier par lui toutes choses avec lui-même, soit celles qui sont sur la terre, soit celles qui sont dans le ciel, en établissant la paix par le sang de sa croix. » Col., i, 12-20.
2 Comme le dit Saint Thomas, « l'Incarnation du Christ a régénéré toute la nature humaine ». C'est ainsi que le mystère de l'Incarnation est le principe du mérite ; parce que, comme dit Saint Jean (i, 16), « nous avons tous reçu de la plénitude du Christ ». (S. Thom., III p., q. 2, a. 11). — « C'est pourquoi les anciens patriarches, en observant les sacrements de la loi, se portaient vers le Christ par la foi et l'amour, comme nous nous y portons nous-mêmes. » (III p., q. 8, a. 3, ad 3).
que Jésus devait disparaître et s'anéantir jusque dans la mort.
Le sacrifice, comme nous l'avons vu, étant l'hommage suprême de toute religion à l'égard de la Divinité, exprime d'une part le souverain domaine de Dieu sur toute créature et de l'autre les devoirs sacrés de l'humanité vis-à-vis de son Créateur. Pour être parfait, le sacrifice doit offrir ce qui correspond le mieux à cette double fin ; et comme rien n'est plus précieux que la vie, c'est dans la mort et l'effusion du sang que consiste le vrai sacrifice. La religion juive consistait presque entièrement dans ces sacrifices multiples. Plus les fêtes étaient solennelles, et plus nombreuses étaient les victimes de tout genre que l'on immolait.
Certains sacrifices étaient destinés directement à l'expiation des péchés, d'autres à l'expression de la prière ou de l'action de grâces ; mais aucun naturellement ne possédait par lui-même une vertu surnaturelle quelconque de purification, toute leur valeur leur venant des mérites futurs du Sacrifice du Calvaire.
Les temps étant accomplis, Jésus apparaît. Venu non pour abolir la Loi mais pour la confirmer',
* « Ne pensez pas que je sois venu abolir la loi et les prophètes: je ne suis pas venu abolir mais accomplir, » Matth., y, 17.
II ne détruit pas le sacrifice, mais II remplace la figure par la réalité K Réunissant en Lui tous les devoirs de l'humanité exprimés dans les sacrifices de la loi écrite, Il est constitué la Victime universelle qui s'offre elle-même et qui restera offerte et immolée jusqu'à la fin des temps ^.
Soit pour expier le péché, soit pour remercier le ciel et en obtenir des grâces, soit pour protester de sa dépendance absolue à l'égard de Dieu et chercher à s'unir à lui dans une plus grande intimité, il n'y a plus qu'un sacrifice qui soit l'expression de ces divers sentiments, et c'est celui de notre adorable Victime. Ce Sacrifice unique a absorbé tous les autres et demeurera éternellement le Sacrifice du salut ^.
' « C'est pourquoi le Christ entrant dans le monde, après avoir dit d'abord : Vous n'avez pas voulu de sacrifices et d'offrandes, non plus que les holocaustes et les sacrifices pour le péché, et vous n'avez pas agréé ces choses qu'on offre selon la loi ; il ajoute : Voici, je viens, ô Dieu, pour faire votre volonté. li abolit ainsi la /jremière chose pour établir la seconde » (c'est-àdire il annule les sacrifices légaux et il leur substitue son propre sacrifice). Hébr., x, 5, 8, 9.
- « C'est en A'ertu de cette volonté que nous avons été sanctifiés par l'oblation du corps de Jésus-Christ, une fois pour toutes. » Hébr., x, 10.
3 « Parmi tous les dons que Dieu a accordés au genre humain depuis qu'il est tombé dans le péché, le premier de tous est le don qu'il lui a fait de son Fils, selon cette parole de Saint Jean (m, 16) : « Dieu a tellement aimé le monde qu'il lui a donné son Fils unique, afin que celui qui croit en lui ne périsse pas mais qu'il ait la vie étemelle. » C'est pourquoi le plus grand de tous
On voit par là l'importance capitale qu'il a dans la vie du Sauveur, puisqu'il est le terme nécessaire et indispensable de l'Incarnation. Si Jésus n'avait pas donné sa vie, il y aurait eu oblation mais non immolation, et, dès lors, il n'y aurait pas eu sacrifice proprement dit.
De même que la Loi nouvelle sans sacrifice n'eût point été la réalisation et le couronnement de l'ancienne ; ainsi la religion du Testament nouveau, dépourvue de sacrifice, eût été incomplète et imparfaite. C'est donc le Sacrifice de l'Homme-Dieu qui donne tout le mérite à la mission qu'il est venu accomplir sur cette terre ; et c'est bien en toute vérité autour de la croix du Calvaire que gravite le monde.
Une fois répandu, le sang du Sauveur ne peut plus couler. Son immolation sanglante ne sera
les sacrifices, c'est celui par lequel « le Christ s'est offert luimême à Dieu en odeur de suavité », selon l'expression de Saint Paul (Ephés., V, 2).
« C'est pour ce motif que tous les autres sacrifices étaient offerts dans l'ancienne loi pour figurer ce sacrifice unique et tout particulier, comme on représente ce qui est parfait par des choses imparfaites. C'est ce qui fait dire à l'Apôtre (Hébr.., x, 11, 12) : « que les prêtres de l'ancienne loi offraient plusieurs fois les mêmes hosties qui ne pouvaient jamais effacer les péchés, mais que le Christ n'en a offert qu'une seule pour tous les péchés ». Et comme la raison de la figure se prend de l'objet qu'elle représente, il s'ensuit que les raisons des sacrifices figuratifs de l'ancienne loi doivent se prendre du véritable sacrifice du Christ. » S. Tiiom., I II, q. 102, a. 3.
jamais renouvelée ' ; mais le même et unique Sacrifice sera offert d'une manière mystique sur tous les autels de l'univers. Les Prêtres de Jésus auront le pouvoir d'ériger partout de nouveaux Calvaires et d'offrir au Seigneur la Victime qui efface les péchés du monde ='.