IV. — Jésus, l'unique Victime
Si le Sacrifice de la Loi nouvelle est désormais l'unique Sacrifice de la religion de l'humanité, c'est parce qu'il n'y a pas et ne peut y avoir d'autre Victime que Jésus.
' « Le Christ ne meurt plus, la mort n'a plus d'empire sur lui. Car en tant qu'il est mort pour le péché, // est mort une fois pour toutes. » Rom., vi, 9, 10.
2 « Faites ceci en mémoire de moi. Car toutes les fois que vous mangerez ce pain et que vous boirez ce calice, vous annoncerez la mort du Seigneur. » I Cor., xi, 25, 26.
« Le Christ, dit Saint Thomas, est la source de tout Sacerdoce ; car le prêtre de l'ancienne loi était sa figure, et le prêtre de la nouvelle opère en son nom. » S. Thom., III p., q. 22, a. 4.
« Ce sacrement est si noble, qu'il n'est confectionné que dans la personne du Christ. Or, quiconque fait une chose au nom d'un autre, doit nécessairement le faire par la puissance qu'il en a reçue. Or, comme le Christ accorde à celui qui est baptisé la puissance de recevoir l'Eucharistie, de même // accorde au Prêtre, dans son ordination, le pouvoir de la consacrer en son nom. » III p., q. 82, a. 1.
« Comme la célébration de l'Eucharistie est une image qui représente la passion du Christ, de même l'autel est la représentation de la croix sur laquelle le Christ a été immolé dans son espèce propre. » III p., q. 83, a. 1, ad 3.
Jusqu'à l'immolation de Jésus sur le Calvaire, les formes diverses de sacrifice dans la religion du peuple de Dieu n'étaient qu'une expression très imparfaite de la reconnaissance des droits de Dieu et des devoirs de l'humanité à son égard ; aussi ne pouvaient-ils durer qu'un temps '. Dieu réclamait davantage de sa créature, mais l'homme était impuissant à le lui donner. Pour offrir un sacrifice qui satisfît pleinement la Divinité et rendît parfaite la religion de l'humanité, il fallait une autre Victime, une Victime qui fût puissante et sainte comme Dieu, une Victime qui personnifiât l'humanité et dont le inérite d'immolation rétablît complètement les rapports primitifs du Créateur avec sa créature ^.
Une fois ce Sacrifice offert, il n'y a plus lieu de continuer les sacrifices figuratifs qui n'auraient désormais aucun sens ^. Il n'y a pas davantage à attendre un perfectionneinent quelconque au Sacrifice nouveau, rien ne pouvant
' « Il y ainsi abolition de la première ordonnance, à cause de son impuissance et de son inutilité ; car la loi n'a rien amené à la perfecrion. » Hébr., vu, 18, 19.
2 « Le Christ est mort pour nos péchés, le Juste pour les injustes, afin de nous offrir à Dieu. » I Pierre, m, 18.
3 « Voici, je viens pour faire, ô Dieu, votre volonté. // abolit ainsi la première chose, pour établir la seconde... Là où il y a rémission des péchés, /'/ n'est plus besoin d'oblation pour le péché. » Hébr., x, 9, 18.
être ajouté ni à la perfection essentielle de la Victime ni au mérite infini de son Sacrifice. Tout ce que le ciel pouvait donner à la terre et tout ce qu'il pouvait en recevoir est renfermé en Jésus '.
Victime éternelle, elle a pris naissance dans le sein de Dieu. Victime sacro-sainte, elle possède toutes les perfections de l'essence divine. Victime humano-divine, elle associe en elle-même toutes les grandeurs de Dieu et toutes les infirmités de l'homme. Victime d'holocauste, elle rend à Dieu toute la gloire qu'il est susceptible de recevoir de la part de ses créatures. Victime pour le péché, elle expie dans son sang. Victime pacifique, elle obtient par sa propre vertu le pardon et le salut.
Jésus ne peut rien faire de plus ; le ciel n'a plus rien à exiger, ni l'humanité rien à offrir. Eternellement Jésus restera Victime. Certaines formes extérieures de son Sacrifice seront changées, mais l'essence demeurera : la gloire de Dieu et le bien des âmes. Jamais Dieu ne sera davantage glorifié, jamais les âmes n'auront besoin d'être de nouveau sauvées K
1 « Après avoir offert une seule victime pour les péchés, il s'est assis Ijour toujours à la droite de Dieu. Qar, par une seule ablation, il a amené à la perfection pour toujours ceux qui sont sanctifiés. » Hébr., x, 12, 14.
2 « Il est entré une fois pour toutes dans le sanctuaire, avec
Tous les sacrifices qui seront offerts jusqu'à la fin des temps seront identiques à celui de l'auguste Victime du Calvaire. Non seulement ils lui emprunteront leur valeur, mais ils en seront une exacte reproduction ou, pour mieux dire, un véritable prolongement. Ce sera toujours la même Victime qui sera offerte, comme ce sera le même Prêtre qui l'offrira K L'immolation ne sera plus sanglante mais mystique : et c'est préciséinent parce qu'il n'y a qu'une Victime unique et que cette Victime ne peut mourir deux fois, que le Sacrifice de nos autels est essentiellement le
son propre sang, ayant obtenu une rédemption éternelle. Ce n'est pas dans un sanctuaire fait de main d'homme que Jésus est entré, mais dans le ciel même, afin de se présenter pour nous devant la face de Dieu. Et ce n'est pas pour s'offrir soimême plusieurs fois qu'il y est entré, comme le grand-prêtre entre chaque année dans le sanctuaire avec du sang étranger ; autrement il aurait fallu qu'il souffrît plusieurs fois depuis la création du monde, tandis qu'il n'a paru (\v!une seule fois à la fin des siècles, jiour abolir le péché par son sacrifice. » Hébr., IX, 12, 24-26.
' « Jésus est le Prêtre qui s'offre et il est l'oblation. » Conc. de Trente, Sess. 22, c. 1.
« Il est évident que le Christ consacre lui-même tous les sacrements de l'Eglise ; car c'est lui-même qui baptise, c'est luimême qui remet les péchés, il est lui-même le vrai Prêtre qui s'est offert sur la croix et par la puissance duquel son Corps est consacré tous les jours sur l'autel. Et cependant, comme il ne devait pas rester corporellement présent avec tous les fidèles, il a choisi des ministres pour dispenser ces sacrements aux fidèles. » S. Thom., Contr. Gent., L. 4, c. 76.
même, moins l'efifusion du sang qui, au lieu d'être matérielle, n'est que mystique K
Si le Sacrifice de l'autel était inférieur soit en dignité soit en efficacité à celui du Calvaire, une atteinte serait portée à la perfection de la divine Victime. Or, elle ne peut être diminuée pas plus que perfectionnée. Elle est ce qu'elle est, et elle l'est parfaitement, divinement, éternellement. Ses mérites demeurent comme son essence ; ils ne seront jamais amoindris ni augmentés ; leur perfection est infinie et comprend tous les mérites possibles.
De même qu'il n'y a qu'une Victime, il n'y
1 « On appelle, dit Saint Thomas, la célébratfon de l'Eucharistie V immolation du Christ pour deux raisons, i" Parce que, comme le dit Saint Augustin, les images ont coutume d'être appelées du nom des choses qu'elles représentent, comme lorsqu'en considérant un tableau ou une fresque, nous disons : c'est Cicéron, c'est Salluste. Or, la célébration de l'Eucharistie est une image représentative de la passion du Christ, qui est sa véritable immolation. 2" Quant à l'effet de la passion du Christ. Car ce sacrement nous fait participer aux fruits de la passion du Seigneur. C'est pour cela qu'il est dit dans une oraison : que toutes les fois qu'on célèbre la mémoire de cette victime, on exerce l'œuvre de notre rédemption. » S. Thom., III p., q. 83, a. i.
Répondant ensuite au premier argument, et citant Saint Ambroise, il ajoute plus expressément : « Il n'y a qu'une hostie celle que le Christ a offerte et que nous offrons ; il n'y en a pas plusieurs, parce que le Christ n'a été offert qu'une fois. Ce sacrifice est le modèle de celui-ci. Car, comme ce qui est offert partout n'est qu'un seul corps et n'en forme pas plusieurs ; de même il n'y a qu'un seul sacrifice, » Ibid., ad 1.
a que les mérites de cette Victime qui aient quelque valeur devant Dieu et quelque efficacité pour les hommes. Tous les pécheurs sont purifiés dans son sang ; tous les justes sont sanctifiés par sa vertu ; toutes les âmes n'acquièrent un droit à la récompense que par sa grâce \
C'est donc adorablement vrai que Jésus est tout, qu'il est essentiellement et nécessairement Victime, que sa mission ici-bas repose tout entière sur son immolation, que son Sacrifice est perpétuel, qu'il reste l'unique Victime de Dieu et des hommes, et qu'il est pour tous ses rachetés l'unique et surabondante source de salut.
Le ciel s'est ouvert pour laisser descendre le Fils de Dieu -, la terre L'a possédé sous une forme humaine ^, la mort nous L'a ravi pour nous donner le salut ^ et le Paradis est à jamais
1 « Ainsi donc, mes frères, puisque nous avons /'assurance d'entrer dans le sanctuaire par le sang du Christ, approchonsnous avec un cœur sincère, dans la plénitude de la foi, le cœur purifié des souillures d'une mauvaise conscience. » Hébr., x, 19, 22.
- « Je suis descendu du ciel. » Jean, vi, 38.
« C'est de Dieu que je suis sorti et que je suis venu. » Jean, vin, 42.
•'* « Le Verbe s'est fait chair et il a habité parmi nous. » Jean, i, 14.
"* « Le Christ est mort une fois pour nos péchés. » I Pierre, m. 18.
le lieu de son éternelle demeure '. Mais c'est une Victime que le Père nous a offerte 2, c'est une Victime qui a vécu parmi nous ^, c'est une Victime qui s'est livrée à la mort S c'est une Victime qui, après avoir offert son Sacrifice, est retournée dans le sein de son Père -^ pour y introduire à sa suite toutes les âmes teintes de son sang**. Et, mystère non moins adorable, ce Jésus,
1 « Celui qui est descendu est le même que celui qui est monté au-dessus de tous les deux. » Ephés., iv, lO.
^ « C'est lui que Dieu avait destiné à être une victime de propitiation. » Rom., m, 25.
3 « Il s'est anéanti \ui-mème, en prenant la forme d'esclave. Il s'est humilié lui-même, se faisant obéissant jusqu'à la mort, et la mort de la croix. » Phil., ii, 7, 8.
A cause du péché qu'il était venu expier, tout saint qu'il fût, il devait forcément être livré à la souffrance. « Puisque, dit Saint Thomas, il y a pour les hommes trois états, celui de Yinnocence, celui du péché et celui de la gloire, comme le Christ a pris de l'état de la gloire la vision et de l'état d'innocence Yexemption de tout péché ; de même il a pris de l'état du péché la nécessité de se soumettre aux peines de cette vie. » S. Thom., III p., q. i3, a. 3, ad 2.
* « Je donne ma vie. Personne ne me la ravit, mais je la donne de moi-même. » Jean, x, 17, 18.
s « Je suis sorti du Père et je suis venu dans le monde; maintenant je quitte le monde et/e vais au Père. » Jean, xvi, 28.
^ « Dans la maison de mon Père il y a beaucoup de demeures. Je vais vous préparer une place. » Jean, xiv, 2.
« Père, je veux que là où je suis, ceux que vous m'avez donnés soient aussi avec moi. » Jean, xvii, 24.
« Dieu nous a rendu la vie dans le Christ, et avec lui il nous a ressuscites, et nous a fait asseoir dans les deux, en Jésus- Christ, » Ephés., ii, 5, 6.
Prêtre de son propre Sacrifice et Victime de son éternel Sacerdoce, continue au Sacrement de l'Eucharistie de vivre au milieu de nous, de se faire notre perpétuelle Hostie de louange et de supplication, notre incessante Victime de réparation et de salut K
Aimons-Le, car II nous aime ! Sacrifions-nous pour Lui, car II s'est immolé pour nous ! Devenons les Victimes de son amour, car II s'est fait, pour nous sauver, la Victime de son éternelle charité !
* « On n'a jamais pu être sauvé, dit Saint Thomas, sans avoir foi dans la passion du Christ. C'est pourquoi il a fallu qu'en tout temps il y eût parmi les hommes quelque chose qui représentât la passion du Sauveur. Dans l'Ancien Testament son principal sacrement était l'agneau pascal ; d'où l'Apôtre dit (I Cor., V, 7) : « Le Christ notre pâque a été immolé ». Dans le Nouveau Testament il a été remplacé par le Sacrement de l'Eucharistie, qui rappelle la passion passée, comme l'agneau pascal a figuré à l'avance la passion future. » S. Thom., III p., q. 73, a. 5.
L'Eucharistie est le sacrement parfait de la passion du Seigneur, en ce sens qu'/7 renferme le Christ qui a souffert. Ce sacrement a été institué dans la Cène pour être à l'avenir le mémorial de la passion du Seigneur, après qu'elle a été consommée. » Ibid., ad 2 et 3.
A Jésus, Victime de Justice et de Miséricorde
O Jésus, divine et adorable Victime,
que l'amour a conduit au Calvaire,
que la Justice a frappé a cause de nos péchés,
et que la Miséricorde
a fait le Sauveur de l'humanité :
je m'abîme devant Vous pour Vous adorer,
je m'agenouille au pied de votre croix
pour Vous bénir et Vous remercier,
je bois avec délice votre sang purificateur
et je me blottis dans votre cœur
pour Vous aimer et y demeurer à jamais.
Que la terre Vous loue
et que les anges Vous chantent
leurs éternels hosannas,
ô Vous, qui avez voulu mourir
pour glorifier votre Père
et m'arracher à la mort !
O Vous, qui demeurez sur nos autels
pour rester notre Victime
et nous sauver encore !
O Vous, qui serez éternellement
Prêtre et Victime
dans les siècles des siècles !