‹ Jésus mieux connu et plus aimé dans son sacerdoce (volume 4)Chapitre 5 sur 49 · IV. — Epuisement de la Puissance · texte numérisé non relu

IV. — Epuisement de la Puissance

et de la Bonté de Dieu,

dans le Mystère de l'Incarnatiop

et de la Rédemption

Nous employons une expression qui peut paraître un peu osée, en disant que, dans ce Mystère, Dieu a pour ainsi dire épuisé sa Puissance et sa Bonté ; cependant cette expression, qui rend bien notre pensée, est amplement justifiée, et nous allons l'expliquer. Nous ne pouvons naturellement vouloir dire qu'il peut y avoir des limites imposées à la Puissance comme à la Bonté divines, en ce sens que la source de ces deux perfections puisse être jamais tarie, ou que dans l'ordre de la nature et de la grâce il y ait des limites qu'elles ne puissent franchir ; mais quand il s'agit de Mystères aussi élevés qui prennent naissance dans l'essence divine, il y a de ces sublimités ineffables qui ne peuvent être dépassées. C'est ainsi que dans la Très Sainte Trinité, le principe du Père, la génération du Verbe et la procession du Saint-Esprit sont des mystères éternels qui ne peuvent être ni plus élevés ni plus parfaits. Bien plus, ces opérations substantielles de l'essence divine sont tellement

éternelles et nécessaires, qu'elles ne peuvent pas ne pas être, et en ce sens elles atteignent une limite qui est l'eft'et de leur perfection infînie. Quelque chose d'approchant se produit dans le Mystère de l'Incarnation du Verbe.

Le Verbe, en efFet, est l'image adéquate et parfaite du Père ; il n'est rien de plus, mais il est tout ce qu'est le Père. C'est en se contemplant en lui-même, dans la perfection suprême de son Etre divin, que le Père engendre son Fils, qui est cette connaissance parfaite de son essence ^ De même que Dieu ne peut pas ne pas être, il ne peut pas davantage ne pas se connaître ; et se connaissant, il doit nécessairement se connaître parfaitement dans toutes ses perfections infinies. Il n'y a rien au-delà, et quand le Père, dans les clartés éblouissantes de cette contemplation de son Etre, engendre son Fils, sa puissance d'intelligence et de génération divines atteint les limites de l'infini ^. Son Verbe devient

' « En Dieu, le comprendre est la substance même de son entendement. En conséquence, le Verbe qui en procède est de même nature et il est substantiel comme le principe qui le produit. » S. Tho.m., I p., q. 27, a. 2, ad 2.

"^ C'est ce qui fait dire à Saint Thomas : « Il ne peut y avoir en Dieu qu'M/;e seule procession dans l'intelligence, parce que son acte de connaître est un, simple et parfait, puisqu'en se connaissant lui-même il connaît tous les êtres. Et ainsi une seule procession du Verbe est possible en Dieu. » S. Thom., Contr, Gent., L. 4, c. 26,

le terme de sa toute-puissance ; terme égal au principe d'où il émane, toute-puissance finale parce qu'elle est la toute-puissance absolue.

Or, de même que Dieu ne peut produire rien de plus parfait que son Verbe, il ne peut non plus nous donner rien de plus grand, de plus saint, de plus divin que son Fils. S'il s'agissait de multiplier ses grâces, il le pourrait faire à l'infini, la source n'en pouvant jamais être tarie. Egalement, s'il était question de trouver un sauveur parmi les créatures angéliques ou humaines, il pourrait indéfiniment en faire surgir de plus parfaits, sans épuiser jamais sa puissance d'en produire de nouveaux. Mais en donnant son propre Fils et en l'offrant à l'humanité pour la racheter, il atteint les dernières limites de sa toute-puissance, au point qu'il ne peut faire davantage. Il n'y a qu'un Verbe divin, qu'un Fils de Dieu éternellement engendré, qu'une image substantielle du Père, qu'une seconde Personne de la Très Sainte Trinité : et c'est Celui que Dieu nous livre et qu'il sacrifie pour nous sauver! Son Fils adorable est à nous comme il est à lui, il en fait notre Victime et nous pouvons en disposer ; sa puissance infinie a opéré cette merveille, que la créature soit maîtresse de son Créateur.

Si le Verbe de Dieu est le terme de la toute-

puissance divine, il l'est aussi de son amour. Pour les mêmes raisons pour lesquelles le Père se voit parfaitement en son Fils, il s'aime infiniment en lui, l'amour étajit aussi nécessaire en Dieu que la connaissance. Le Verbe devient ainsi l'objet des éternelles complaisances du Père, en même temps que le \'erbe, égal en toutes choses au Père, aime en soi-même le Père qui est son principe ; amour mutuel, d'où procède le Saint-Esprit. Cet amour néanmoins, selon notre manière de concevoir les choses, et quoique tout soit éternel et simultané en Dieu, prend naissance d'abord dans la Personne du Verbe, puisque c'est en se contemplant que le Père engendre son Fils et qu'il s'aime en lui. Le Père est pour ainsi dire le principe de l'amour et le Fils en est comme le réceptacle.

Quand Dieu envoie son Verbe à l'humanité pour la sauver, il lui donne la source même de l'amour éternel ; il épuise sa Bonté, car non seulement il ne peut être plus miséricordieux et plus aimant, inais encore, tout en possédant des trésors infinis de puissance et de bonté, il ne peut donner rien de plus. Et c'est en toute vérité qu'il peut nous dire : « Qu'ai-je pu faire pour vous, et que je n'aie point fait ? ' »

Comme ces considérations grandissent et élèvent le mystère de l'Incarnation du Verbe ! Comme la Miséricorde qui nous a valu notre Sauveur, est sublime et mystérieusement adorable ! Comme notre divine Victime acquiert une valeur incomparable lorsque l'on considère que Dieu ne pouvait littéralement faire plus pour nous qu'il n'a fait, et que c'est lui-même, dans la Personne de son V^erbe, qui s'est constitué l'Hostie de notre suprême Sacrifice ! En réfléchissant davantage à ces vérités, vivons de reconnaissance et d'amour, et attachons-nous par toutes les fibres de notre être à ce Jésus qui s'est fait notre Victime, pour qu'à notre tour nous nous fassions victimes avec lui.

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