‹ Jésus mieux connu et plus aimé dans son sacerdoce (volume 4)Chapitre 8 sur 49 · IV. — Jésus est Victime en tout soi? être · texte numérisé non relu

IV. — Jésus est Victime en tout soi? être

Jésus ne peut pas être Victime sans être une Victime parfaite, et II ne serait pas une Victime parfaite s'il ne l'était en tout son être. Nous ne devons point perdre de vue que, tout en s'incarnant, le Verbe de Dieu n'a cessé de glorifier infiniment son Père. Or, dans l'éternité, cette gloire était parfaite non seulement à cause de la perfection absolue de tout ce qui est en Dieu, mais encore parce que la Personne du Verbe tout entière coopérait à cet acte de glorification divine. En se revêtant de l'humanité, le Verbe continue à glorifier Dieu de la même manière, si ce n'est qu'il le glorifie à la fois dans ses deux natures divine et humaine ; mais il n'y a pas plus de réserve et d'imperfection dans cette glorification terrestre qu'il n'y en a dans la glorification céleste. Nous avons vu, en outre, que c'est par son état de Victime que Jésus glorifie parfaitement son divin Père sur la terre; il est donc nécessaire que rien en Lui n'échappe à cet état, sous peine de rendre sa glorification imparfaite '.

' « Le Christ s'est offert parce qu'il l'a voulu d'une volonté divine et d'une volonté humaine délibérée. » S. Thom., III p., q. 14, a. 2,

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Comme Victime Jésus tient à ce que tout, dans la constitution de son être, coopère à accomplir dans le temps la mission qui Lui a été confiée. Il veut pouvoir s'offrir à chaque instant et tout entier à son divin Père et réclamer pour chaque partie de son être humain, comme pour son être divin, l'honneur de le louer et de le glorifier.

Il fait consister son amour pour son Père dans cette immolation totale de Lui-mêine qu'il ne cesse de renouveler et qu'il rend permanente ^ S'il y avait en Lui quelque chose qui ne fut sujet à cette immolation, il y aurait par là même quelque chose que ne vivifierait pas aussi parfaitement son amour. Nous sommes donc forcés d'admettre, ou que Jésus est totalement Victime en tout son être, ou qu'il ne l'est pas du tout.

En considérant la seconde fin de l'état de Victime en Jésus, à savoir le salut du genre humain, nous arrivons aux mêines conclusions. Jésus vient pour réparer les péchés des hommes et rétablir l'huinanité dans sa sainteté primitive. Mais tout a péché dans l'homme et le péché a

' « Le Christ a souffert par amour pour son Père, d'après ce passage de l'Evangile (Jean, xiv, 3i) : « Afin que le monde connaisse que j'aime le Père, et que je fais ainsi que le Père m'a ordonné, levez-vous, sortons d'ici » ; c'est-à-dire allons au lieu de ma passion. » S. Thom., III p., q. 47, a. 2,

vicié la nature iiumainc dans sa source; le corps et l'âme ont coopéré h l'offense faite à Dieu, et tous deux portent la peine due au péché. Jésus ne peut les purifier qu'en expiant leur faute commune ; et comme II se substitue à eux, il est nécessaire qu'il le fasse tout entier, afin que l'expiation atteigne en Lui tout ce qu'elle aurait atteint dans l'homme, si celui-ci eût dû subir lui-même le châtiment de ses péchés*.

En tant que Victime de réparation, Jésus l'est absolument dans tout son être, aussi bien qu'il l'est dans sa qualité de ^^ictime de louange à la gloire de son Père. A cause de cette double fin de son Incarnation, il ne peut en être autrement-. Tout ce que le Verbe a pris de l'humanité, Il ne l'a pris que dans cette vue. Il ne peut

' « Dieu seul a une dignité infinie et pouvait offrir pour l'homme une satisfaction suffisante en se revêtant de sa chair. Il a donc dû prendre la nature humaine dans des conditions telles qu'/V pût souffrir jyour l'homme ce que l'homme avait mérité par son péché, pour que ses souffrances pussent satisfaire pour l'homme... Comme l'homme, par le péché, était tombé dans la nécessité de mourir et de souffrir dans son corps et dans son âme, le Christ a voulu prendre ces défauts, afin de racheter le genre humain en souffrant la mort pour les hommes. » S. Thom., Op. 2, c. 226.

- Saint Paul nous le dit clairement. C'est à Dieu son Père que Jésus s'offre, et par là il le glorifie ; mais il s'offre pour expier les péchés du monde, et c'est ce qui le constitue Victime. « Il s'est livré lui-même pour nous, en s'offrant à Dieu, comme une oblation et une victime d'agréable odeur. » Eph., y, 2.

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y avoir aucun autre motif, puisqu'il vient expressément et uniquement pour se sacrifier et s'immoler. Sa Sagesse exigeait qu'il ne prît rien d'inutile, rien qui ne pût concourir à la fin proposée ; ce qui serait arrivé, si tout en Lui n'avait été destiné à l'immolation. Et dans ce dernier cas, il faudrait admettre que, tout en Jésus n'ayant pas coopéré à son Sacrifice, la Rédemption n'aurait pas été obtenue par la Personne tout entière du Verbe incarné, mais que nous ne la devrions qu'à une partie de Lui-même, ce qui serait absurde.

Nous nous trouvons donc bien en face d'une Victime totale et complète, à l'immolation de laquelle rien ne peut échapper de ce qui la constitue essentiellement. C'est d'ailleurs la notion exacte que nous nous formons immédiatement d'une victime parfaite, puisque de sa nature la victime est intrinsèquement vouée à la destruction par la mort.

Lorsqu'il s'agit d'une victime raisonnable et que cette victime s'offre librement en sacrifice, elle se livre dans la perfection de son être ; elle expose à la mort tout ce qui en elle est susceptible de mourir, son corps ; puis elle fait supporter à son âme immortelle tout ce qui dans la

mort peut l'atteindre et la faire souffrir '. C'est sous l'influence de l'âme et par sa volonté que le corps est immolé, et la séparation d'avec lui, qu'elle s'impose, est son genre de mort, sans parler des tristesses, des douleurs et des angoisses qui peuvent l'assaillir directement et qui dépassent considérablement les souffrances de la mort corporelle -.

' « Les douleurs que le Christ a souffertes ont dépassé tontes les douleurs que les hommes peuvent endurer en cette vie, non seulement à cause de la violence et de l'étendue de sa passion, mais encore à cause de la constitution du Christ qui a souffert, et de l'acceptation volontaire de la souffrance qui a été proportionnée, sous le rapport de l'étendue, à la fin qu'il se proposait. Sous le rapport du corps, il avait une complexion parfaite ; puisque son corps a été formé miraculeusement par l'opération du Saint-Esprit. C'est pourquoi le sens du tact, dont la perception produit la douleur, était parfaitement développé en lui. — Pour Yàme, elle perçoit aussi d'autant plus vivement toutes les causes de tristesse que ses puissances intérieures sont plus parfaites. » S. Thcvî., III \)., q. 46, a. 6.

2 Le Docteur angélique s'exprime ainsi : « On dit que l'âme entière souffre, quand elle souffre selon son essence ou selon toutes ses puissances. Si nous comprenons l'âme entière en raison de son essence, il est évident que toute l'âme du Christ a souffert. Car toute l'essence de l'âme est unie au corps, de manière qu'elle est tout entière dans tout le corps et tout entière dans chacune de ses parties. C'est pourquoi quand le corps souffrait et qu'il était prêt à se séparer de l'âme, l'âme entière souffrait. — Si nous comprenons l'âme entière selon toutes ses puissances, et que nous parlions des souffrances propres à chacune d'elles, elle souffrait selon toutes ses puissances inférieures... car toutes les puissances de l'âme ont leur fondement dans son essence, à laquelle parvient la douleur, quand le corps dont elle est l'acte souffre. » Ibid., a. 7.

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C'est quand tout a été immolé, qu'il ne reste plus aucune partie intacte de la victime et qu'elle est réduite à l'état de mort, que le sacrifice est complet. Soustraire la moindre partie dans la victime ou diminuer tant soit peu la perfection de son oblation, c'est l'amoindrir et la réduire à une immolation subie plutôt qu'à une immolation voulue.

Or, notre adorable Victime a choisi elle-même cet état, elle l'a voulu librement, et dans son ensemble et dans chacune de ses phases ; aucun détail ne lui a échappé, aucune circonstance ne lui a été ignorée ; c'est d'elle-même qu'elle en a établi les conditions, qu'elle a fixé l'heure de son sacrifice et les moyens de l'opérer.

Victime parfaite, elle a voulu, pour l'honneur de son divin Père et à cause de l'amour qu'elle lui portait ainsi qu'aux âmes, que rien en elle ne fût épargné, mais que tout, dans son corps et dans son àme, pût servir à son sacrifice.

Victime toute puissante, elle s'est donné ellemême un corps et une âme faits pour la douleur et le sacrifice. C'est à cette fin qu'elle les a unis et qu'elle a établi entre eux cette harmonie parfaite qui inspirait à l'âme de vouloir la souffrance pour le corps et qui portait le corps à s'associer aux souffrances de l'âme. Se sachant voués l'un et l'autre au sacrifice, ils s'entr'aidaient dans la voie

douloureuse qui devait les conduire à l'inuTiolation suprême. Jamais la moindre divergence entre eux ; le corps était totalement soumis à la direction crucifiante que l'âme lui imprimait ; l'âme, à son tour, ne restait indifférente à aucune douleur qu'éprouvait le corps, de même qu'elle le faisait participer aux souffrances dont elle se plaisait à se saturer.

Cette communication mutuelle de souffrance n'étant en aucune manière l'effet d'un désordre intérieur, comme chez les autres hommes qui sont soumis à la guerre de la chair contre l'esprit, mais étant le résultat d'une double action harmonieuse concourant simultanément à la même fin, se faisait avec une intensité proportionnée à la grandeur du motif qui l'avait inspirée. L'âme et le corps devenaient pour ainsi dire des instruments de souffrance l'un pour l'autre : l'âme, trouvant dans le corps matière au sacrifice, l'immolait ; et le corps entraînait irrésistiblement l'âme à se sacrifier avec lui. Le corps était matériellement victime, en ce qu'il avait du sang à verser et une vie à donner; l'âme l'était spirituellement, en ce qu'elle concourait formellement à l'immolation matérielle par la volonté avec laquelle elle vouait le corps au sacrifice. De sorte que tous deux coopérèrent également au sacrifice sanglant et qu'ils formèrent

les éléments indispensables et essentiels de l'iminolation de notre divine Victime.

Comme cette harmonie est admirable et comme notre adoration est spontanée, lorsque nous contemplons ce mystère ineffable de l'Union hypostatique qui met à la disposition d'une Personne divine une Victime qu'elle s'est miséricordieusement choisie et que sa toute-puissance a rendue aussi parfaite !

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