I. — Jésus, Verbe de Dieu
Pour connaître pleinement Jésus, il faut remonter à son origine. Avant de naître dans le temps, Il existait déjà et II existait de toute éternité. Son existence n'était pas une existence contingente, mais une existence nécessaire et indispensable ; elle n'était pas davantage une existence à commencement, mais une existence sans commencement comme sans fin.
Nécessaire et éternel dans sa nature divine, le Verbe est la seconde Personne de la Très Sainte Trinité. Engendré éternellement par le Père ', Il est son image parfaite et substantielle, dans laquelle le Père se reconnaît essentiellement et s'aime divinement '-. Le Fils, recevant tout du Père, auquel II doit d'être éternellement engendré dans l'essence de ses perfections divines,
^ « Je suis sorti du Père. » Jean, xvi, 28.
- « C'est lui qui est Vitnage du Dieu invisible (Col., 1, i5), la splendeur de sa gloire et la figure de sa substance (Hebr., i, 3).»
SUBMMfTÉ DE LA CONNAISSANCE DE JÉSUS 67
l'aime du même amour infini dont II est aimé ; et de cet amour mutuel et divinement ineffable du Père et du Fils procède le Saint-Esprit.
Connaître Jésus, le Verbe Eternel, c'est donc pénétrer dans les profondeurs de l'essence divine. C'est se rapprocher de la Divinité autant qu'il est donné à une simple créature de le faire ; c'est lever le voile des mystères cachés dans le sein de Dieu ; c'est entrevoir des abîmes insondables de beautés et de perfections ; c'est contempler des océans de bonheur et de délices ; c'est être attiré par des charmes infinis ; c'est pressentir des douceurs ineffables et d'éternelles suavités.
L'éternité ne sera pas de trop pour contempler et adorer de telles sublimités. Et pourtant, quand nous avons Jésus, nous les possédons toutes. En Lui nous pouvons les étudier et les contempler de plus près ; Il est venu pour nous les révéler et nous faire ainsi goûter par anticipation les joies éternelles de la Patrie '.
Avant de Le considérer sous d'autres aspects, Jésus veut que nous Le connaissions dans son essence divine. Lorsque nous aurons bien compris que Jésus est tout parce qu'il est Dieu, qu'il est infiniment parfait et infiniment aimable, qu'il est souverainement bon et juste, qu'il est infini
* « Dieu nous a donné la vie étemelle et cette vie est dans son Fils. » I Jean, v, 11.
en miséricorde comme en sainteté, qu'il est la beauté suprême et la charité par essence : nous aurons acquis la science primordiale ; nous reconnaîtrons que Jésus a des droits imprescriptibles aux hommages, à l'adoration et à l'amour des hommes ; nous nous ferons ses disciples et nous nous efforcerons d'avoir de Lui une connaissance admiratrice et amoureuse, qui nous enchaîne à son adorable Personne et nous fasse trouver notre suprême bonheur à Le contempler et à L'aimer.
Dans toutes nos considérations subséquentes sur Jésus, nous ne devrons jamais perdre de vue qu'il est Dieu, et que tout ce qu'il fait comme tout ce qu'il dit est inspiré et vivifié par l'esprit divin qui L'anime et par la charité divine qui Le consume.
H. — Jésus, Verbe incarné
Ce Verbe de Dieu, qui existe de toute éternité dans le sein du Père, est le même que le Verbe incarné qui prend naissance dans le sein de Marie. Tout ce qu'il y a d'adorable et d'infiniment parfait dans le Fils éternel de Dieu, nous le retrouvons et l'adorons dans le Fils mortel de Marie.
La Divinité, dans ce mvstère, s'est abaissée
SUBLIikUTÉ DE LA CONNAISSANCE DE JÉSUS 69
jusqu'à notre bassesse ; l'Infini s'est renfermé dans des limites ; l'Eternel s'est rapetissé aux dimensions de la durée ; l'infiniment Parfait s'est réduit à l'infirmité ; le Créateur s'est fait créature et le souverain Seigneur est devenu esclave.
Le Dieu sans commencement est apparu sur la terre à une époque déterminée, sous une forme nouvelle, et II a commencé à exister dans l'humanité, comme le font tous les hommes. Le Dieu principe de toutes choses a voulu dépendre d'une créature pour devenir homme. Le Dieu qui demeure dans les siècles des siècles s'est fait mortel, Il a pris une vie qu'il devra un jour abandonner.
Jésus porte en Lui toutes les perfections de l'Eternel ; Il est vraiment Homme, mais II ne cesse pas d'être Dieu. Se suffisant pleinement à Lui-même, en tant que Dieu, Il est obligé de dépendre en tant qu'Homme. Sous des dehors de pauvreté et d'humilité. Il continue quand même d'être l'objet des complaisances de son divin Père. Et Lui, qui jouit constamment de la vision béatifique. Il tempère sa gloire et voile sa majesté'.
' Quand Jésus, dans l'Evangile selon saint Jean, dit « Personne n'a vu le Père, mais celui qui est de Dieu, celui-là a vu le Père » (vi, 46), et plus loin : « Moi, je dis ce que j'ai vu auprès de mon Père » (viii, 38) ; il rend témoignage comme homme et fait allusion à la vision béatifique. Car voir le Père c'est jouir de la vision intuitive de l'essence divine : ce qui convenait à l'àme
yO CONNAISSANCE DE JESUS LE VERBE INCARNE
En apparence c'est un homme qui parle et qui agit ; en réalité c'est un Dieu qui vit.
Pour réduire à un tel excès d'abaissement une aussi sublime grandeur, pour harmoniser ainsi l'existence divine avec les nécessaires humiliations de l'existence humaine, pour restreindre de la sorte les perfections infinies d'un Dieu aux dimensions étroites d'une vie terrestre, il fallait une intervention divine directe ; il fallait la Sagesse de Dieu lui-même pour concevoir une
de Jésus à cause de son union intime et parfaite avec la Personne du Verbe, par l'union hypostatique. Cette vision de Dieu toutefois était limitée à l'âme de Jésus, et Saint Thomas dit à ce sujet : « Par la vertu de la divinité du Christ la béatitude était contenue dans l'âme, de manière qu'elle ne rejaillissait pas sur le corps, et qu'elle ne détruisait ni sa /}assibiiité ni sa mortalité. Pour la même raison, la délectation de la contemplation était retenue dans l'âme, de telle sorte qu'elle ne s'étendait pas aux facultés sensitives et qu'elle n'excluait pas la douleur l?liysiquc.n S. Thom., III p., q. i5, a. 5, ad 3.
Dans un autre passage, il tire une raison de convenance de cette vision béatiiique en Jésus limitée à son âme, en ce que son âme était unie immédiatement au Verbe, tandis que son corps ne l'était que par l'intermédiaire de l'âme : « Par un ordre spécial de la volonté de Dieu, il est arrivé dans le Christ que la gloire de l'âme avant la passion ne rejaillissait pas sur le corps, afin qu'il obtînt ])lus honorablement la gloire corporelle quand il l'aurait méritée par ses souffrances, mais il ne convenait pas t|ue la gloire de l'âme fût ainsi différée, parce que l'âme était unie directement au Verbe. Par conséquent il était convenable qu'elle fût remplie de gloire par le Verbe lui-même ; tandis que le corps était uni au Verbe par X intermédiaire de l'âme. » S. Thom., III p., q. 49, a. 6, ad 3.
telle merveille, et sa Puissance illimitée pour la réaliser.
Jamais aucun esprit créé n'aurait pu imaginer un mystère si élevé qui dépasse les conceptions de tout entendement humain. De toutes les manifestations de la Divinité, il n'en est pas de comparable à celle-là. La distance qui sépare Dieu de l'homme, le Créateur de l'œuvre de ses mains, le souverain Bien de la créature destinée à en jouir est tellement infinie, qu'avec nos seules forces naturelles il nous est impossible de la parcourir.
On saisira plus facilement le concept de Dieu en lui-même, que celui de Dieu fait Homme. Il y a dans cette idée des termes qui semblent s'exclure et des notions qui semblent se détruire mutuellement. Ce mystère contient tant de choses qui font contraste, que l'âme tombe à genoux et qu'elle sent le besoin de se taire pour adorer silencieuse et recueillie d'aussi sublimes merveilles.
N'y aurait-il à étudier en Jésus que ce mystère incomparable, que nous devrions en être souverainement heureux et nous passionner pour mieux connaître Celui que, dans les décrets éternels, la Trinité Sainte a donné à la terre, que Dieu le Père a envoyé à l'humanité coupable et que l'Amour incréé a fait l'un de nous afin qu'il
s'assimilât plus intimement notre nature et, par là, la réhabilitât plus parfaitement '.
Oh ! comme nous sommes grandis, nous les enfants des hommes, par ce fait de l'Incarnation du Verbe ! Comme notre humanité, auparavant si vile et si rabaissée, est maintenant honorée et glorieuse ! Jésus en est l'honneur impérissable et la gloire immortelle. En s'unissant à la nature humaine, Il lui a octroyé des titres de noblesse divine, Il l'a associée à ses gloires éternelles et Il a déposé en elle des germes de résurrection et des promesses d'immortalité.
Plus nous posséderons la science de Jésus, Verbe incarné, plus nous nous élèverons dans les sublimités des mystères éternels et dans les hauteurs inaccessibles de la Divinité. Puisse cette étude devenir la grande préoccupation de notre vie !