‹ Jésus mieux connu et plus aimé dans son sacerdoceChapitre 14 sur 55 · III. — Jésus, Sauveur du Retire humait · texte numérisé non relu

III. — Jésus, Sauveur du Retire humait

Lorsque, dans le conseil éternel des trois Personnes divines, l'Incarnation du Verbe tut décrétée, c'était en prévision de la chute future de l'homme et de sa complète réhabilitation. Dieu

' « Dieu a envoyé son Fils unique dans le monde, afin que nous vivions par lui. » I Jean, iv, g.

aurait pu abandonner l'homme à sa désobéissance et le punir irrévocablement, comme il l'avait fait pour les anges rebelles dans le ciel ; il ne l'a pas voulu et sa miséricorde, au contraire, s'est manifestée à son égard d'une façon merveilleuse '.

Pour purifier le genre humain de sa souillure originelle et pour le rétablir dans ses droits primitifs à la gloire et au bonheur éternels, il fallait un Sauveur et un mode déterminé de réhabilitation. L'amour et la miséricorde furent poussés à des limites que seul un Dieu peut atteindre, et il fut arrêté que ce Sauveur serait une des trois

* En traitant les hommes avec plus de miséricorde qu'il n'avait traité les anges, Dieu n'a blessé aucunement la justice, ces deux attributs en lui étant infiniment parfaits et n'étant soumis â d'autre loi que celle de sa volonté absolue et éternelle. D'ailleurs, comme l'explique fort bien Saint Thomas, Dieu est libre de faire ses dons à qui il lui plaît ; et c'est en cela que notre reconnaissance doit être sans bornes, nous qui avons été si gratuitement aimés et si raiséricordieusement pardonnes. << Dieu agit par miséricorde sans aller contre la justice, mais en faisant quelque chose de plus qu'elle ne demande. Aussi, celui qui donne deux cents deniers à un homme auquel il n'en doit qu'un cent, n'agit pas contre la justice, mais il agit avec libéralité et miséricorde. — Il en est de même si l'on pardonne à quelqu'un l'offense qu'on en a reçue. Car celui qui remet une offense fait une sorte de don. C'est pourquoi Saint Paul appelle la rémission des offenses une donation : « Vous donnant (c'est-à-dire pardonnant) mutuellement, comme Dieu aussi vous a donné dans le Christ » (Eph., IV, 32). D'où il est manifeste que la miséricorde ne détruit pas la justice, mais qu'elle en est la plénitude. C'est ce qui fait dire à Saint Jacques (n, i3) que la miséricorde surpasse la justice. » S. Tho.m., I p., q. 21, a. 3, ad 2.

Personnes divines et qu'il expierait les péchés de l'humanité par l'effusion de son Sang'.

Jésus vient donc pour mourir. Il a besoin d'une vie pour la perdre, et II naît; Il a besoin d'un Sacrifice pour nous sauver, et II meurt. Il Lui faut du sang pour nous purifier, et II en fait couler dans ses veines. 11 Lui faut un corps pour en faire une Victime, et II l'offre en holocauste.

L'objectif de sa vie, c'est sa mort. « Son heure », comme II l'appelle -, c'est celle où II pourra donner

* Quoique nous ne donnions que dans la deuxième partie de cet ouvrage, intitulée : o De la Condition de l' Homme-Dieu », les raisons diverses du choix de la Personne du Verbe dans le mystère de l'Incarnation, il peut être utile à la piété d'indiquer ici déjà les deux principales raisons qu'en donne le Docteur angélique.

Raison tirée de la création. — « La première création, dit-il, s'est faite par la puissance de Dieu le Père, au moyen du Verbe. Par conséquent, la création nouvelle a dû être faite aussi par la puissance du Père, au moyen du Verbe, pour qu'elle répondît à la première, d'après ces paroles de l'Apôtre (II Cok., v, 19) : « C'est Dieu qui par Jésus-Christ a réconcilié le monde avec lui. »

Raison tirée de l'exemplaire divin. — « Il est convenable que les choses qui se ressemblent s'unissent. Or le Verbe de Dieu, qui est son concept éternel, est la ressemblance exemplaire de toute la création. C'est pourquoi comme les créatures ont été établies dans leurs propres es|>èces, mais d'une manière changeante, par la participation de cette ressemblance, de même il a été convenable que la créature fût réparée relativement à sa perfection éternelle et immuable, par l'union du Verbe avec elle. Car si un objet d'art vient à être dégradé, l'artisan le restaure par la forme ou la conception d'après laquelle il l'avait d'abord produit.» S. Thom., III p., q. 3, a. 8, ad 2.

- « Mon heure n'est pas encore venue » dit Jésus à ses dis-

SUBLIMITÉ DE LA CONNAISSANCE DE JÉSUS "jS

sa vie pour ceux qu'il aime. La réalisation de tous ses désirs les plus ardents, c'est de parvenir à ce moment suprême, où, accablé de tristesse ', agonisant de douleur, couvert de plaies, meurtri de coups, baigné de sang'^, abreuvé d'humiliations et d'outrages, plongé dans d'insondables amertumes, submergé dans de mortelles angoisses, abandonné de Dieu - et des hommes, Il pourra subir le dernier supplice et mourir dans l'ignominie pour prouver au genre humain tout entier son amour indicible et ses infinies miséricordes^. Voilà où nos péchés ont réduit le plus beau des enfants des hoinmes, la gloire d'Israël, le thaumaturge du monde, le semeur de miracles, le tout-puissant commandant aux éléments et arrachant les trépassés aux bras de la mort, le prophète hier encore acclamé avec enthousiasme^

ciples. Jean, vu, 6. — « Mon heure est proche, fait-il dire au propriétaire du cénacle, je ferai la Pâque chez vous avec mes disciples. » Matth., xxvi, i8.

1 « Mon âme est triste jusqu'à la mort. » Matth., xxvi, 38.

2 « Pilate... après avoir fait flageller Jésus, le livra pour être crucifié. » Marc, xv, i5.

3 « Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m'avez-vous abandonné? » Matth., xxvn, 46.

^ « Dieu a fait éclater son amour envers nous, en ce que, lorsque nous étions encore pécheurs, le Christ est mort pour nous. » Rom., v, 8, 9. ,

5 « Hosanna au Fils de David ; béni soit celui qui vient au nom du Seigneur ; hosanna au plus haut des cieux. » Matth., XXI, 9.

et aujourd'hui devenu l'objet de la haine et des vociférations de la foule '.

Comment expliquer une telle lin après une semblable vie, une mort aussi cruelle et aussi humiliante venant couronner une existence divine dans un corps passible et mortel, si ce n'est par un acte formel de la volonté de Jésus se constituant librement et volontairement la rançon du genre humain vis-à-vis de la justice divine?

Autant Jésus est adorable en descendant du séjour de la gloire pour entrer dans l'humanité, autant II l'est en sortant de ce monde par cette voie ensanglantée où la souffrance L'a réduit à n'avoir plus figure humaine et à ressembler à un lépreux et à un ver de terre -.

Quel abîme de considérations dans cet ineffable mystère où la plus sublime Majesté est réduite à la plus désolante misère, où Jésus, l'adorable Fils de Dieu et l'ineffable Fils de Marie, n'est plus qu'un Crucifié que l'on regarde avec compassion et que l'on voit mourir en pleurant !

Ah ! quelle science que celle de Jésus Crucifié,

' i< Mais toute la foule criait à la fois : Enlevez- le... Mais ils criaient plus fort : Crucifiez-le, crucifiez-le ! » Luc, xxiii, 18, 2 1. , ^ « Il n'a ni apparence d'homme, ni beauté... nous l'avons pris pour un lépreux... » Isaie, lui, 2, 4.

« Je ne suis plus qu'un ver de terre et non un homme. » Ps. .\xi, 7.

de Jésus Sauveur venant éclairer le mystère de Jésus Verbe incarné ! Science nécessaire et suréminente, qui nous donne l'intelligence de l'économie du plan divin dans le salut du monde'. Si nous possédions cette science, nous pourrions nous passer de toutes les autres. Saint Paul se glorifiait de n'en point connaître d'autre, et il est le Docteur des nations -. Passons plutôt pour des ignorants par ailleurs, mais soyons savants de cette science qui est la véritable sagesse.

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