‹ Jésus mieux connu et plus aimé dans son sacerdoceChapitre 17 sur 55 · V. — Jésus, toujours présent dans l'Eucharistie · texte numérisé non relu

V. — Jésus, toujours présent dans l'Eucharistie

Jésus était venu parmi les hommes, non parce qu'ils le méritaient, mais parce que Lui les aimait. S'il les quitte visiblement après sa mort, ce n'est

résurrection. — 3 ■ Afin qu'en suppliant son Père pour nous, il lui montre quel genre de mort il a souffert. — 4" Pour faire voir à ceux qu'il a rachetés par sa mort, en leur mettant sous les yeux les marques de son supplice, avec quelle miséricorde il est venu à leur secours. — 5 ' Pour faire voir, au jugement, la justice de l'arrêt qu'il portera au sujet des damnés. Car, comme il les a montrées à Thomas qui ne voulait croire qu'à la condition de les toucher et de les voir, de même il les montrera aussi à ses ennemis, afin qu'après les avoir convaincus, il leur dise : Voilà l'homme que vous avez crucifié ; vous vovez les blessures que vous lui avez faites ; vous vovez le côté que vous avez percé; il a été ouvert par vous et à cause de vous, et cependant vous n'avez pas voulu y entrer. » Ibid.

pas pour les abandonner, mais uniquement parce que sa mission est accomplie ^ Il prétend si peu les délaisser, qu'il invente un moyen divin pour ne point s'en éloigner.

Ce n'est pas que les hommes eussent gagné son cœur par leurs procédés et qu'il voulût les en récompenser, lorsque, au contraire, ils ne L'avaient que trop méconnu et avaient poussé la malice jusqu'à Lui ravir une vie qu'il n'avait prise que pour la dépenser à leur service. Mais Jésus les aimait quand même, et uniquement parce qu'il voulait les aimer. Et les aimant jusqu'à la fin, c'est-à-dire jusqu'aux dernières limites de l'amour, 11 institue, au moment mêine où 11 va mourir, un Sacrement nouveau, plus auguste et plus saint que tous les autres, qui Lui permettra non seulement de vivre toujours dans l'humanité, mais encore de se multiplier à l'infini sur tous les points du globe, partout où il y aura des hommes à aimer, des cœurs à soulager, des âmes à sauver et à sanctifier-.

* « J'ai achevé l'œuvre que vous m'avez donnée à faire. Père, l'heure est venue, glorifiez votre Fils. » Jean, xvii, i, 4.

2 II est facile de comprendre que le Sacrement de l'Eucharistie est le plus auguste et le plus excellent de tous les sacrements ; le témoignage du Docteur angélique nous éclairera néanmoins davantage. « Absolument parlant, dit-il, le Sacrement de l'Eucharistie est le plus excellent de tous les sacrements. Ce qu'on peut rendre évident de trois manières :

« 1" Par ce qu'il renferme. - Car le Christ est substantiel-

L'Eucharistie, instituée au soir de la Cène, lorsque sonnait la première heure de sa Passion ', nous donne Jésus dans toute la réalité de sa Personne divine, enrichi des mérites infinis de sa Passion et de sa mort, et tout empourpré de l'im-

lemetit contenu dans le Sacrement de l'Eucharistie, tandis que les autres sacrements renferment une vertu instrumentale qui est une participation du Christ. Or, ce qui existe par essence l'emporte toujours sur ce qui existe par participation.

« 2" Par le rapport que les sacrements ont entre eux. — Car tous les autres sacrements paraissent se rapporter à celui-là comme à leur fin. En effet, il est évident que le sacrement de Xordre se rapporte à la consécration de l'Eucharistie, et le sacrement de baptême à sa réception. — On est fortifié par la confirmation pour qu'on ne soit pas excité par la crainte à s'éloigner de ce Sacrement ; — la pénitence et \ extrême-onction préparent l'homme à recevoir dignement le corps du Christ ; — enfin le mariage se rapporte, du moins par sa signification, à ce Sacrement, en ce sens qu'il signifie l'union du Christ et de l'Eglise, dont Yunité est figurée par le Sacrement de l'Eucharistie. D'où l'Apôtre dit (Eph., v, 32) : « Ce Sacrement est grand, je dis en Jésus-Christ et dans l'Eglise ».

« S'' Par le rite des sacrements. — Car presque tous les sacrements sont consommés dans l'Eucharistie, comme le dit Saint Denis. Ainsi ceux qui ont reçu les ordres communient, aussi bien que ceux qui ont reçu le baptême, s'ils sont adultes. » S. Thom., ni p., q. 65, a. 3.

■• « J'ai désiré d'un grand désir manger cette Pâque avec vous, avant de souffrir. » Luc, xxu, i5. — « Or, pendant qu'ils soupaient (la nuit où il était livré, ajoute Saint Paul, I Cor., xi, 23), Jésus prit du pain et le bénit et le rompit et le donna à ses disciples, disant : Prenez et mangez, ceci est mon corps. Et prenant le calice il rendit grâces et le leur donna, disant : Buvezen tous ; car ceci est mon sang, le sang du Nouveau Testament qui sera répandu pour un grand nombre en rémission des péchés. )) Matth., xwi, 26-28.

mense et divine charité qui brûle son Cœur au moment de l'offrande de son suprême Sacrifice.

Ce n'est plus Jésus souffrant, mais c'est toujours Jésus aimant, Jésus couronnant toutes ses souffrances par le don suprême de Lui-même. Ce n'est pas Jésus mourant, puisqu'il est ressuscité à une vie qu'il ne peut plus perdre et qu'il a remporté sur la mort une éternelle victoire ' ; mais c'est Jésus voulant nous rappeler constamment le souvenir de sa mort sur le Calvaire '^ et, pour cela, prenant un état qui ressemble extérieurement à la mort et renouvelant son existence eucharistique dans l'acte du Sacrifice mystique mais réel accompli à l'autel, reproduction exacte et essentielle de son Sacrifice sanglant offert sur la Croix.

Ce n'est pas Jésus glorieux dans tout l'éclat extérieur et visible de sa gloire, mais c'est Jésus vivant et à jamais glorifié, voilé cependant par les ombres du Sacrement.

Ineffable Mystère, le plus étonnant en amour et en anéantissement. Ce n'est plus un Dieu de Ma-

' « Le Christ ressuscité d'entre les morts ne meurt plus, /n mort n'aura plus d'empire sur lui. » Rom., vi, 9.

■■' « Faites ceci en mémoire de moi. » Luc, xxii, 19. — « Toutes les fois que vous mangerez ce pain, et que vous boirez ce calice, vous annoncerez la mort du Seigneur, jusqu'à ce qu'il vienne. » 1 Cor., xi, 26.

jesté qui se manifeste, ni même un être humain qui se meut et agit ; c'est une chose inerte qui n'a ni attrait ni beauté, qui semble impuissante et qui ne donne jamais aucun signe de sensibilité et de vie. L'amour L'a réduit à une apparence de mort, pour se mettre davantage à notre portée, se laisser approcher plus facilement, ne point nous terrifier par sa Majesté, se faire plus complètement notre propriété et devenir la nourriture de nos âmes.

Ce morceau de pain que voient mes yeux n'est pas du pain ; mes sens me trompent, mais ma foi me dit que c'est Jésus. Jésus dont les divins excès d'amour ne connaissent point de bornes ; Jésus qui ne se tait que pour me parler plus éloquemment dans l'intime de l'âme; Jésus dont je ne vois pas la physionomie, mais qui me laisse entrevoir ses divins attraits et ses infinies beautés ; Jésus qui ne vient pas vers moi, mais qui m'appelle sans cesse tout près de Lui ; Jésus qui ne me dit pas son amour, mais dont je pressens la divine charité aux ardeurs dont II embrase mon cœur.

Et ce Jésus-Eucharistie, je Le possède autant que Le possèdent les Bienheureux. Il est à moi ; Il s'est fait Sacrement pour mon amour ; je puis disposer de Lui, Le visiter à toute heure, m'en nourrirchaque jour, passer mes jours et mes nuits

à ses pieds, entretenir avec Lui un doux commerce d'amour et d'intimité, établir entre Lui et moi des relations continues de pensées, de sentiments, de désirs et de volontés.

Comme la vie s'illumine de douces clartés et de joies ineffables, en face de l'Eucharistie! Comme la terre change d'aspect, lorsque l'on pense à la présence de Jésus parmi nous ! Comme les créatures paraissent petites en promesses de bonheur et de fidélité, à côté de Jésus dont l'amour ne change pas et dont l'amitié n'a jamais faibli ! Comme le cœur est vite fatigué des affections terrestres, lorsqu'une fois il a goûté aux douceurs et aux suavités de l'amour eucharistique ! Comme l'exil, où l'on pleure, a pourtant des charmes, lorsque l'on considère que Jésus est toujours là pour nous renouveler les joies du Paradis ! Comme le ciel paraît moins loin, quand la vie s'écoule à l'ombre des Tabernacles et que l'on s'habitue à regarder l'éternité à travers l'Eucharistie ^ !

On comprend que les âmes se laissent ravir par les attraits enchanteurs de ce Sacrement qui transforme la vie en des douceurs comme on en

' « Dieu des vertus, qu'ils sont aimés tes tabernacles ! »

Ps. LXXXIII, 2.

goûte dans les cieux '. Il y a là une action directe et personnelle de Jésus qui s'exerce présentement sans recours au passé et sans vision d'avenir. L'Eucharistie est à elle seule tout Jésus : Jésus aussi complet dans sa double nature divine et humaine en l'unité de Personne que pendant sa vie mortelle ^ ; Jésus aussi réellement et substantiellement présent qu'au ciel où II réside au milieu des Anges et des Saints.

Le vrai Jésus de la terre, c'est le Jésus de l'Eucharistie. Il ne nous suffirait pas de connaître Jésus dans ses autres états, si nous négligions celui-là ; notre science de Jésus serait incomplète et découronnée, si l'Eucharistie ne venait pas nous révéler cette Présence permanente et vitale de Jésus qui en a fait le résumé de ses merveilles et l'apogée de son amour.

Le meilleur moyen d'avoir de Jésus une connaissance complète, c'est donc de L'étudier au Très Saint Sacrement. Faisons-en le principal objectif de notre vie.

* « Personne ne saurait exprimer la suavité de ce Sacrement, au moyen duquel nous goûtons la douceur spirituelle à sa propre source. » S. Thom., vi" leç., Off. du S' S.

2 « Quoi de plus admirable que ce Sacrement ? C'est le Christ Dieu et homme parfait qui est contenu sous les espèces d'un peu de pain et de vin. » S. Thom., v leç., Off. du S' S.

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