CHAPITRE CINQUIEME
De la fii> à se proposer
dans Tacquisitioi)
de la connaissance de Jésus
« Que Dieu vous donne l'esprit de sagesse et de révélation pour le connaître de plus en plus ; qu'il éclaire les yeux de votre cœur. »
Eph.. I, 17, 18.
Jésus possède des perfections infinies et, sous ce rapport, Il habite un sanctuaire réservé et quasi inaccessible où l'on ne peut pénétrer qu'en compagnie de la Divinité ; c'est-à-dire qu'il nous faut la grâce pour monter jusqu'à Lui et surtout pour nous approcher de sa divine essence '.
Dans son immense bonté pour nous, Jésus vient au-devant de notre impuissance et II nous
^ « Dans les opérations de l'âme, dit Saint Thomas, l'objet connu est dans le sujet qui le connaît, et l'objet désiré dans le sujet qui le désire. C'est ainsi que Dieu e.xiste spécialement dans la créature raisonnable qui le connaît et Vanne actuellement et habituellement. Et parce que c'est /a grâce qui détermine dans les créatures ces sentiments et ces dispositions, on dit qu'il est dans les saints par la grâce. » S. Thom., I p., q. 8, a. 3.
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facilite raccomplissement du devoir rigoureux qu'il nous a imposé de Le connaître et de L'aimer. Il nous réitère ses divines invitations à nous rapprocher de Lui, à Le considérer attentivement, à en faire le modèle constant de nos vertus, l'objet suprême des aft'ections de notre cœur et le centre de notre vie. Il nous rappelle qu'il veut bien trouver sa gloire dans cette connaissance croissante que nous avons de Lui, comme nous devons y puiser nous-mêmes et notre bonheur et notre sanctification.
Ce sont tous ces aperçus réunis qui doivent nous guider dans la fin que nous nous proposons en étudiant Jésus, le Verbe incarné. Nous ne pouvons aller à l'aventure dans une question de cette importance. Notre but doit être précis et nos moyens bien déterminés.
De même que ce ne sont pas les conditions accessoires et les circonstances éventuelles de notre vie qui nous créent l'obligation d'acquérir la science de Jésus, mais bien sa volonté formelle et la constitution même de notre nature humaine ; de même les mobiles qui nous déterminent et les fins qui nous font agir, dans ce travail constant de l'étude de Jésus, ne dépendent ni du hasard ni de notre mentalité personnelle, mais ils correspondent à la nature même de cette science et aux relations essentielles
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que nous avons avec Jésus qui en est l'objet.
Il est aussi important de comprendre pourquoi nous nous dirigeons dans une voie que de savoir où cette voie nous conduit. Le but que nous voulons atteindre, en restant toujours devant nos yeux, nous est une lumière ainsi qu'un excitant et un encouragement. Comprenons bien les raisons fondamentales qui nous obligent à acquérir la connaissance parfaite de Jésus, et nous aurons donné à cette étude capitale son vrai sens, en même temps que nous lui aurons fourni les motifs essentiels de la poursuivre sans relâche et avec tout l'amour de notre cœur.
La fin que nous devons nous proposer en étudiant Jésus est double : elle regarde d'abord Jésus, qui a tous les droits d'être connu, qui le veut, qui y prend sa gloire et y trouve une satisfaction à son amour ; elle nous regarde ensuite, puisque c'est pour nous la science du salut, le moyen de notre sanctification et le gage assuré de notre bonheur terrestre comme de notre félicité éternelle.
l. — Reconnaître les droits de Jésus
Dieu est infiniment parfait et il se suffit à luimême. S'il n'avait pas créé d'oeuvres en dehors de lui, rien ne lui aurait jamais manqué ; mais
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du moment qu'il existe des créatures sorties de ses mains, il exerce nécessairement sur elles des droits, que non seulement les créatures ne peuvent pas méconnaître, mais que lui-même ne peut pas ne pas vouloir, puisqu'il est la raison essentielle de toutes choses.
Jésus, en tant que Verbe Incarné, n'a rien perdu des perfections nécessaires et infinies qu'il possède comme Dieu. Il a conservé tous ses droits divins, et II y a ajouté des droits nouveaux qui tiennent à son union hypostatique et à sa mission divine parmi les hommes.
Jésus, sans doute, se connaît parfaitement et se complaît en Lui-même, et c'est là la plus sublime des connaissances comme l'hommage le plus parfait qui puisse jamais Lui être rendu. Mais cela ne suffit pas ; Jésus a essentiellement des droits souverains à être connu, honoré, adoré et aimé ; ses perfections réclament des hommages en rapport avec leur grandeur et leur dignité.
La pensée de satisfaire à ces exigences divines est la première qui doive nous guider dans l'étude que nous voulons faire de Jésus. Nous reconnaissons que Jésus possède en Lui-même toute perfection, toute beauté, toute sainteté. Il est pour Lui et pour les autres la source intarissable et éternelle de tout ce que l'esprit peut
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concevoir de vérité, de tout ce que le cœur peut éprouver d'amour, de tout ce que la volonté peut désirer de bon et faire de bien.
Que les hommes le veuillent ou ne le veuillent pas, Jésus reste ce qu'il est ; notre méchanceté ne peut rien Lui enlever, nos négations ne peuvent rien Lui ravir. Jésus est souverainement adorable ; Il est la raison et la fin de toute science ; Il est la connaissance parfaite de toutes choses K C'est Lui qui donne aux êtres leur existence, qui maintient la vie et qui la retire ^ ; Il est à la base et au sommet de toute création ^ ; Il exerce son empire sur tout ce qui existe '• ; Il trace à chaque être sa voie et sa fin ' ; Il est pour les âmes leur
^ « Je désire que tous les cœurs... unis ensemble par l'amour, soient remplis de toutes les richesses d'une parfaite intelligence pour connaître le mystère de Dieu le Père et du Christ Jésus, en qui sont renfermés tous tes trésors de la sagesse et de la science. » Col., ii, 2, 3.
2 « C'est par Lui, en effet, que tout a été fait au ciel et sur la teiTe, les choses visibles comme les invisibles. Tout a été créé par Lui et en Lui, et toutes choses subsistent en Lui. » Col., 1, i6.
3 « Je suis l'alpha et l'oméga, le Principe et la Fin. » Apoc., i, 8. '^ « Vous lui avez donné Vempire sur les ouvrages de vos
mains ; vous avez mis toutes choses sous ses pieds... Du moment que Dieu lui a soumis toutes choses, il n'a donc rien laissé qui ne lui soit assujetti. » Hebr., n, 7, 8.
"' « Si vous voulez entrer dans la vie, observez les commandements. » Matth., xix, 17.
« Entrez par la porte étroite, parce que la porte large et la
règle de vie, le principe de leur vitalité et l'objet de leur éternelle félicité '.
Et un Jésus qui tient ainsi tout dans sa main, de qui tout dépend et sans lequel rien n'existe ni ne vit ; un Jésus qui embrasse de la sorte le ciel et la terre et qui domine tous les mondes ; un Jésus aussi infiniment parfait, qui tire tout de son fond et qui donne à chaque être sa perfection, ne serait pas connu, ne deviendrait pas l'objet constant de nos études et de nos contemplations ? Nous ne nous appliquerions point à Le connaître toujours mieux, nous ne nous passionnerions point pour cette étude sublime capable de nous donner une intelligence plus grande de Celui qui est ce qu'il est, parce qu'il l'est nécessairement et éternellement ?
Ce serait une honte pour les hommes de ne pas connaître Jésus, ce serait une négligence coupable et une basse ingratitude de ne pas L'étudier. Quand même nous n'ajouterions rien à la gloire extérieure de Jésus et que nous ne devrions nous-mêmes n'y trouver aucun avantage,
voie spacieuse est celle qui conduit à la perdition... Qu'elle est étroite la porte et resserrée la voie gui conduit à la vie ! » Matth., VII, i3, 14.
< « Celui qui croit en moi, de son sein couleront des fleuves d'eau vive. » Jean, vii, 38. — « En vérité, en vérité, je vous le dis : celui qui croit en moi a la i>ie éternelle. » Jean, vi, 47.
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nous serions encore tenus de tendre à la connaissance de Jésus et de tout faire pour acquérir cette science suréminente, par le seul fait que Jésus a des droits essentiels, étant ce qu'il est en Luimême et ce qu'il est pour nous, à ce que ses créatures intelligentes Le connaissent et rendent hommage à ses divines perfections.
Ayons donc cette noble ambition de rendre à Jésus ce qui Lui est dû, de nous rendre compte de chacun de ses droits pour y répondre par des devoirs correspondants, de chercher à avoir de Lui une connaissance sérieuse et approfondie, afin de Lui donner la satisfaction de constater que ses droits ne sont pas méconnus et qu'au contraire nous nous eflForçons de leur rendre l'honneur qui leur est dû.
Connaître Jésus, L'étudier attentivement sans jamais nous lasser, pour avoir le bonheur de Lui dire sans cesse et sur tous les tons qu'il est infiniment parfait, souverainement aimable, divinement adorable, et qu'il mérite les louanges, les hommages, l'adoration et l'amour de tous les hommes : c'est déjà un but admirable et digne d'envie. Ayons le zèle des droits sacrés de Jésus, et pour l'honneur de Celui que nous aimons, étudions-Le sans relâche afin d'en avoir une connaissance moins imparfaite.
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