‹ Jésus mieux connu et plus aimé dans son sacerdoceChapitre 38 sur 55 · VII. — Puiser à sa source le vrai bonheur · texte numérisé non relu

VII. — Puiser à sa source le vrai bonheur

Il est dans l'ordre que tous ici-bas cherchent le bonheur, parce que le bonheur est, dans les desseins de Dieu, le terme vers lequel nous tendons nécessairement. Dieu ne nous a pas créés pour être malheureux, ni dans le temps ni dans l'éternité. Si nous le sommes, la faute en est à nous, et cela vient de ce que nous nous trompons, tant sur la nature même du bonheur que sur les moyens employés pour nous le procurer.

Ce n'est pas parce que le monde est rempli de malheureux, que le bonheur est une chimère et qu'il est impossible, en pratique, d'être heureux; pas plus qu'il est impossible de jouir de la vue parce qu'il y a beaucoup d'aveugles, ou que l'on doive être condamné au repos complet parce qu'il y a des paralytiques. Ce n'est pas davantage parce que hélas ! un trop grand nombre mettent le bonheur là où il n'est pas et vivent dans de continuelles alternatives d'illusions et de déceptions, qu'il faut nier l'existence du vrai bonheur.

Il est admis que tous les yeux ne regardent pas dans la même direction et que, entre plusieurs

routes qui conduisent au même point, chacun a la liberté de prendre celle qui lui plaît.

Les impressions intérieures de l'âme influent sur les sentiments, comme les climats agissent sur les tempéraments ; on ne poursuit pas toujours sa course dans la même lumière et avec le même entrain ; on s'attarde souvent h cueillir les fleurs du chemin qui vite se dessèchent dans les mains ; on s'amuse à respirer des parfums que la moindre brise emporte ; on met sa joie et ses espérances dans des frivolités qui échappent sans cesse ; on se délecte dans des douceurs qui se tournent en poison ; et l'on vicie ainsi ses aspirations normales vers le bonheur, en leur substituant le mensonge et la vanité.

Pour éviter ces erreurs profondes du cœur humain à la recherche du bonheur, il n'y a qu'à rectifier ses vues et à le maintenir dans la notion exacte et essentielle du vrai bonheur.

Or, le bonheur est en Jésus seul, comme tout ce à quoi nous sommes éternellement destinés. Nous ne pouvons être heureux que par Jésus, de même que nous ne pouvons être saints que par Lui. Il est Lui-même la source unique et le terme final de notre bonheur : au point que toutes les joies, quelles qu'elles soient, que nous irons puiser en dehors de Lui, dussent-elles nous donner

momentanément la sensation du bonheur, devront se convertir infailliblement ou en remords ou en déceptions K

Par contre, le bonheur inondera notre âme dans la mesure où nous nous rapprocherons de Jésus et où nous ferons l'intimité plus grande entre Lui et nous. Il nous est impossible de n'être pas heureux, si nous sommes dans l'amitié de Jésus par l'état de grâce et si nous restons inviolablement unis à Lui, malgré les tentations et en dépit des mille entraves que l'enfer, le monde et notre mauvaise nature viennent mettre à notre fidélité et à notre amour. Une âme qui souffre et qui lutte, mais qui est fidèle à Jésus, est mille fois plus heureuse qu'une autre qui jouit de tous les biens et de tous les prétendus plaisirs de ce monde, mais qui est privée de l'amitié de son Dieu-.

Que dire de l'âme qui ne se contente pas de

1 « Je vous avertis et vous conjure, par le Seigneur, de ne pas marcher comme les gentils qui marchent selon la vanité de leurs pensées; qui ont l'esprit plein de ténèbres; qui sont étrangers à la vie de Dieu, à cause de l'ignorance où ils sont et de l'aveuglement de leur cœur ; qui sont sans espérance... Pour vous ce n'est pas ainsi, car vous avez compris le Christ. » Eph., IV, 17-20.

2 « Béni soit Dieu, le Père de notre Seigneur Jésus-Christ, Père de miséricorde et de toute consolation, qui nous console dans toutes nos tribulations... Car à mesure que les souffrances du Christ abondent en nous, le Christ fait abonder en nous la consolation. » II Cor., i, 3-5,

rester fidèle à Jésus mais emploie sa vie et met toute son ambition à étudier son divin Maître, à obéir à ses volontés et au moindre de ses désirs, à se remplir de son esprit, à approfondir ses enseignements, à méditer ses mystères, à reproduire généreusement dans sa vie quotidienne ses exemples et ses vertus, à s'embraser aux sources de son amour infini et à ne plus chercher sur cette terre d'autre joie que celle de se redonner sans cesse à Jésus et de s'immoler pour Lui !

Si le bonheur du ciel se trouve quelque part ici-bas, c'est dans cette âme. Elle possède Jésus et elle se L'assimile constamment par son amour et ses contemplations. Chaque pensée qu'elle a de Jésus, chaque regard amoureux sur Lui, chaque désir de Le posséder davantage, chaque élan du cœur vers Lui, chaque adhésion à ses divines volontés, chaque protestation d'amour et de fidélité, chaque hommage rendu à ses divines perfections, chaque reconnaissance pour ses infinies bontés, chaque imitation de ses vertus et chaque aspiration vers la perfection : c'est quelque chose de Lui-même que Jésus dépose dans cette âme. Il y grandit, y rayonne, s'y complaît, y établit sa demeure et y règne en maître dans la paix, la sainteté et l'amour.

On peut courir le monde mais on ne trouvera jamais un bonheur qui approche de celui-là ou

FIN A SE PROPOSER DANS LA SCIENCE DE JÉSUS i^S

qui y ressemble. Voilà ce que peut produire la connaissance parfaite et amoureuse de Jésus.

En se révélant ainsi à l'âme et en se communiquant à elle avec une intensité toute divine, Jésus se grave dans l'âme et y laisse l'empreinte de ses perfections. C'est cette vue constante de Jésus, qu'elle contemple en elle-même, qui fait son ineffable bonheur et l'empêche de goûter d'autres joies que celles qui lui viennent de son amour et de son intimité avec Jésus.

Ce bonheur inappréciable, partage ici-bas des âmes aimantes et généreuses, n'est pas un bonheur accidentel et surérogatoire à notre condition de créature humaine ; il est de même nature, a la même origine et nous conduit à la même fin que le bonheur que nous goûterons dans l'éternité'.

Il n'est pas davantage un bonheur inaccessible à la majorité des âmes et le partage d'un petit nombre ; il est à la disposition de tous, puisqu'il est un acheminement au bonheur sans fin auquel toutes les créatures sont destinées.

Il est même facile à conquérir, pourvu que l'on veuille être pur, avoir le sens du surnaturel et le

1 « Dieu seul est la béatitude des bienheureux, parce qu'ils n'ont de bonheur qu'autant qu'ils le comprennent. » S. Thom., I p., q. 26, a. 3.

courage de rompre avec les plaisirs trompeurs de ce monde, pour ne plus se contenter que de Jésus, le modèle de toutes les vertus et l'unique source du vrai bonheur *.

^ « J'ai renoncé à tout pour gagnei' le Christ... afin de le connaître lui et la vertu de sa résurrection et la participation à ses souffrances, en devenant conforme à sa mort, pour parvenir, si je le puis, à la résurrection d'entre les morts... je cours vers le prix auquel Dieu nous a appelés d'en haut dans le Christ Jésus. Nous tous donc qui sommes parfaits ayons ce sentiment... Notre vie est dans le ciel d'où nous attendons comme Sauveur notre Seigneur Jésus-Christ. » Phil., ni, passim.

A Jésus, Tunique fin de ma vie

O mon incomparable Jésus,

tout est à Vous et tout vient de Vous.

C'est pour Vous que j'existe et c'est a Vous que je vais.

C'est par Vous que je vis,

c'est pour Vous que je veux mourir,

et c'est en Vous que je revivrai éternellement.

» Vous êtes mon unique raison d'être

et Vous serez mon éternelle félicité.

Vous me sufîsez, ô Jésus, mon Tout.

Je ne veux soupirer et me consumer que pour Vous.

Si je désire tant Vous connaître,

c'est pour pouvoir mieux Vous aimer,

et Vous rendre ainsi des hommages

que ma science

sans mon amour ne saurait Vous donner.

Lorsque je Vous aurai amoureusement contemplé

dans vos perfections infinies,

j'entrerai dans le sanctuaire de votre Sacerdoce

et de vos divines Immolations ;

et je ne me lasserai de Vous étudier

que quand je ne pourrai plus Vous aimer.

Oh ! préparez mon cœur et soyez à jamais l'unique f?n de ma vie.

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