II. — Le détachement universel
La seconde condition pour acquérir la connaissance de Jésus et pour en profiter, c'est d'être détaché d'esprit et de cœur de tout ce qui est humain et terrestre. Pour se livrer à une étude comme celle de Jésus, qui demande tant de lucidité d'esprit et de paix du cœur, il ne faut aucunement être embarrassé par des attaches quelconques ou des préoccupations naturelles.
Jésus est une merveille de perfections et de vertus qui ne peut être comprise que dans le calme parfait, et lorsque l'âme est assez en possession d'elle-même pour n'avoir aucun lien qui la paralyse dans son élan et la retienne dans son vol.
Si Jésus est si peu compris d'un trop grand nombre, ce n'est pas qu'il refuse de se communiquer, mais c'est que les âmes ne sont pas disposées à L'étudier ni aptes à Le comprendre. Il en est qui voudraient avoir à la fois les deux sciences du bien et du mal, et qui n'ont pas le courage de rompre avec des attaches coupables qui leur enlèvent la compréhension de Jésus et
leur ferment le chemin de son Cœur '. A ces âmes, Jésus se cache dans le lointain et se drape dans un mystère impénétrable - ; elles sont malheureuses, parce qu'elles veulent faire le jeu de Satan qui leur ouvre bien les yeux sur les joies qu'elles convoitent, mais qui les leur ferme sur Jésus, le seul qui pourrait les rendre heureuses 2. Il en est qui ont des velléités de fidélité, mais qui ne prennent qu'une partie des moyens capables de la leur assurer, ou qui le font avec une telle mollesse et une telle insouciance qu'on peut se demander si vraiment elles sont sincères dans leur prétendu désir de connaître Jésus et de Le servir. Leurs résolutions manquent de fermeté et de constance ; elles se conserveraient peut-être fidèles si tout allait à souhait, mais elles n'ont pas la force de lutter et de vaincre les difficultés, et alors leur étude et leur amour de Jésus sont à la merci de leurs hésitations et de leur lâcheté*.
* « N'aimez pas le monde ni les choses qui sont dans le inonde. Si quelqu'un aime le monde, \amour du Père n'est point en lui. » I Jean, m, i5.
^ « Si je vous dis des choses terrestres et que vous ne croyez pas, comment croirez-vous si je vous dis des choses célestes ? » Jean, ni, 12.
•* « Ils n'ont pas reçu Yamour de la vérité pour être sauvés. C'est pourquoi Dieu leur enverra une puissance d'égarement, pour qu'ils croient au mensonge. » II Thess., ii, 10.
* « Celui qui hésite est semblable au flot de la mer qui est
C'est pourquoi il y en a tant qui commencent et qui s'arrêtent en route ; qui mettent à la voile et qui, faute de ramer avec énergie, vont bientôt se briser sur les écueils ; qui s'enthousiasment même, comme on le fait pour des expéditions lointaines, mais qui, à l'exemple des explorateurs imprudents et irréfléchis, ont bientôt peur des sacrifices et des dangers de l'inconnu, et abandonnent la partie. Contre ces âmes Jésus se tient en garde : Il croit peu à leurs paroles et se méfie de leurs sentiments superficiels qui expriment bien leurs dispositions du moinent mais n'ont point pris racine dans le fond de leur cœur. Elles sont attachées légèrement à trop de choses à la fois, et la multitude des fils qui les retiennent finit par tresser une chaîne qu'elles n'ont pas le courage de briser, et qui ne leur permet de faire que des soubresauts de surface sans pouvoir jamais s'envoler de terre.
Ce qui revient à dire que l'étude réfléchie et assidue de Jésus est complètement incompatible avec des attaches terrestres. Si l'esprit n'est pas
agité et emporté çà et là par le vent. Il ne faut donc pas qu'un tel homme se flatte d'obtenir quelque chose du Seigneur. Cet homme a l'esprit partagé ; /'/ est inconstant dans toutes ses voies. » Jac, I, 6-8. — Ce qui est éminemment vrai dans l'ordre de la grâce et de la correspondance à la grâce, comme au regard de l'esprit de prière.
libre, si le cœur n'est pas complètement détaché, non seulement les forces manquent pour persévérer dans ce travail long et souvent laborieux, mais encore Jésus reste dans des hauteurs inaccessibles où nos liens nous empêchent de nous élever. Autant alors Jésus se retire et se voile, autant, au contraire, Il se livre volontiers à la contemplation des âines généreuses qui, pour Lui, ne reculent devant aucun sacrifice et s'établissent dans un détachement universel afin de se donner sans réserve à la contemplation de ses infinies perfections et de ses divins attraits*.
Ce que nous avons dit de la pureté, nous le répétons pour le détachement. Pour comprendre Jésus, pour mériter d'en avoir l'intelligence, pour L'aimer souverainement et pour jouir de ses divines communications, il faut ne tenir à rien et ne pas souffrir dans sa vie une attache humaine que l'amour et la volonté de Jésus ne vivifie pas. Dans la mesure où nous serons détachés, nous faciliterons nos relations avec Jésus, nous les éclairerons de sa divine vérité et nous en assurerons la durée.
Ne nous illusionnons pas : pour se donner Lui-
1 « Le Seigneur est Esprit, et là où est l'Esprit du Seigneur, là est la liberté. C'est ainsi que nous, qui contemplons sans voile la gloire du Seigneur, nous sommes transformés en sa ressemblance, nous avançant de clarté en clarté par l'illumination du Seigneur. » II Cor., ui, 17, 18.
même Jésus nous demande tout ; l'échange en vaut la peine, sacrifions le néant et nous posséderons l'éternelle réalité.