‹ Jésus mieux connu et plus aimé dans son sacerdoceChapitre 42 sur 55 · III. — L'esprit surnaturel · texte numérisé non relu

III. — L'esprit surnaturel

La pureté de notre vie et notre détachement universel sont d'une nécessité absolue pour nous livrer à l'étude fructueuse de Jésus ; néanmoins ces conditions, toutes fondamentales qu'elles soient, sont des conditions plutôt négatives, en ce sens qu'elles déblaient le terrain et qu'elles le préparent à recevoir une destination spéciale '. Ce travail préalable est nécessaire et indispensable, mais il en faut un autre qui agisse encore plus directement sur l'âme pour y laisser une empreinte plus forte de Jésus. C'est ce que produit l'esprit surnaturel que nous devons apporter à l'acquisition de la science de Jésus.

Jésus devient par là l'objet direct de nos désirs et de nos efforts. On veut connaître Jésus, c'est le but que l'on poursuit ; on cherche à pénétrer en Lui, pour en avoir une science plus complète ; on n'a qu'un désir, celui de faire de Jésus le

* « Vous étant donc défjouillés de toute malice... comme des enfants nouveau-nés, désirez ardemment le lait spirituel et pur, afin que par lui vous croissiez pour le salut, si toutefois vous avez goûté combien le Seigneur est doux. » I Pierre, m, 1-3,

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centre de sa vie, d'en nourrir son esprit et son cœur, et de ne plus soupirer qu'après le bonheur de croître dans la connaissance et l'amour de cet adorable Maître.

Le but est élevé et sublime, l'intention pure et sainte, le travail noble et sanctifiant. C'est Jésus et Jésus seul qui nous attire et nous détermine ; et quand une fois on Le connaît et Le possède dans sa vérité et son amour, on voit tout en Lui, on trouve tout en Lui et on ne désire rien de plus '. L'âme se repose en Jésus mieux connu et plus aimé ; et si elle a encore des désirs, c'est de faire de nouveaux progrès dans cette science incomparable qui la spiritualise et la divinise.

* « Nous voyons tout en Dieu, dit Saint Thomas, et nous jugeons de tout par lui, en ce sens que nous recevons de lui la lumière qui nous permet de connaître et de juger. Car notre raison naturelle n'est qu'un rayon de la lumière divine ; et nous disons que nous voyons et que nous jugeons tout en Dieu, comme nous disons que nous voyons et que nous jugeons toutes les choses sensibles dans le soleil, parce que c'est sa lumière qui nous éclaire. C'est ce qui fait dire à Saint Augustin {Sol., lib. i, cap. 8) qu'on ne peut voir les objets des sciences qu'autant qu'ils sont éclairés de la lumière divine, et que Dieu est pour eux ce que le soleil est pour les choses matérielles. » S. Thom., I p., q. 12, a. 11, ad 3.

Et ailleurs, après avoir cité Saint Augustin, qui dit {Trin., lib. XV, cap. i6) : « Les pensées de ceux qui voient tout en Dieu ne vont pas d'un objet à un autre, mais ils comprennent tout dans une même lumière », il ajoute : « C'est pourquoi on dit que ceux qui voient Dieu ont la vie éternelle, d'après ces paroles de Saint Jean (xvii, 3) : La vie éternelle consiste à vous connaître, vous qui êtes le seul Dieu véritable. » I p., q. lo, a. 3.

Cet esprit surnaturel, qui doit nous guider dans notre étude de Jésus, écarte loin de nous les pensées de vaine curiosité qui pourraient surgir de notre mauvais fond. Ce ne sont pas des surprises que nous cherchons, mais des vérités ; ce ne sont pas davantage des impressions de sentimentalité, mais bien des visions de réalité'.

Que pourrait bien nous faire une science de Jésus qui ne servirait que notre vanité ou notre frivolité ! Quel non-sens ce serait de vouloir connaître Jésus pour jouir humainement de cette connaissance toute divine ! Quelle profanation de la science de Jésus ce serait que de s'en servir uniquement pour en bien discourir et faire valoir ses talents et ses connaissances ! Quel abus de tout ce qu'il y a de plus sacré ce serait que d'en faire comme un véhicule à son amour-propre ou à ses satisfactions purement naturelles, pour aligner cette science divine à la suite des autres sciences profanes et terrestres de son arsenal intellectuel !

Jésus veut être étudié saintement, avec foi et avec amour, sans autre motif que des mo-

' « Ne soyons plus flottants, comme des enfants, et ne nous laissons pas emporter à tout vent de doctrine... mais, demeurant fidèles à la vérité dans la charité, croissons en toute manière en Jésus-Christ, notre Chef. » Ei»h., iv, 14, i5.

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tifs d'ordre surnaturel, comme ceux que nous avons indiqués dans le chapitre <( De la fin à nous proposer dans l'étude de Jésus ». Nous serions répréhensibles même de laisser trop libre cours à notre esprit dans nos études et de le faire fonctionner comme une machine automatique, dont on aurait déclanché le mouvement, et qui avancerait uniquement par l'impulsion reçue.

L'esprit doit savoir se ressaisir et surnaturaliser sans cesse ses diverses opérations ; il ne peut y avoir ni routine ni affaire d'habitude, quand il est question d'étudier Jésus et de chercher à Le faire pénétrer dans notre vie, jusqu'à en régler les moindres mouvements.

Le surnaturel d'intention, d'esprit et d'action doit nous accompagner tout le temps pendant nos travaux. Nos regards fréquents sur Jésus doivent raviver notre esprit de foi ; nos considérations renouvelées sur son adorable Personne doivent nous jeter dans l'admiration et l'adoration ; notre rapprochement croissant de son Cœur doit nous enflammer et nous faire multiplier nos actes d'amour; nos sacrifices faits généreusement pour Lui rester fidèles doivent nous Le faire préférer à tout ; notre union de volonté, dont nous faisons notre loi suprême, doit nous remettre sans cesse en sa divine présence pour Le consul-

ter et en faire le guide souverain de notre vie.

La vie s'écoule ainsi dans un va-et-vient continuel de tout notre être vers Jésus. Chaque réflexion sur Lui nous ramène à Lui comme à notre centre ; chaque union de notre âme avec Lui nous vaut de nouvelles lumières et nous conduit à d'autres réflexions plus élevées encore que les premières.

Maintenons-nous délicatement dans cet esprit surnaturel qui ne nous fait voir que Jésus en tout, nous Le fait étudier et aimer avec passion, et nous acquerrons la science qui fait les Bienheureux.

IV. — Le désir de la gloire de Jésus dans nctre sanctification personnelle

Un puissant moyen d'entretenir en nous l'esprit surnaturel qui doit nous inspirer constamment dans nos études sur Jésus, c'est de considérer notre sanctification personnelle qui en est le résultat et la gloire que Jésus en retire.

Nous devons tout d'abord étudier Jésus pour Lui-même, pour participer à la connaissance adorable qu'il a de ses inlinics perfections, pour rendre hommage à sa divine majesté et à ses suprêmes grandeurs, pour reconnaître ses droits

souverains et absolus, pour mieux comprendre son amour infini et pour satisfaire ses divins désirs d'être connu et aimé des hommes.

La pensée seule de rendre nos devoirs à Jésus et de correspondre ainsi à ses desseins adorables, qui sont de nous rendre participants de ses qualités, de ses vertus, de ses grâces et de son immense amour, en nous les assimilant par l'étude que nous en faisons, prédispose notre âme à travailler avec plus d'ardeur à l'acquisition de la science suréminente de Jésus.

Si nous voulons nous maintenir dans des efforts généreux et constants, si nous voulons conserver toujours la ferveur de notre premier élan, il n'est pas de moyen plus efficace que de ne pas perdre de vue le divin idéal que nous avons entrevu au commencement. Jésus nous est apparu plus beau et plus aimable que tout ; ses attraits vainqueurs ont eu raison de toutes nos attaches ; Il est devenu le préféré et l'unique ; Il a fait naître en notre âme ravie un désir immense de Le mieux connaître ; Il nous a donné le courage de sacrifier tout ce qui pourrait ralentir notre marche, obscurcir notre esprit, diviser notre cœur et paralyser notre volonté ; Il a ouvert devant nos yeux des horizons immenses et fait surgir en nous des ambitions grandes comme Lui : nous avons voulu L'atteindre, nous avons essayé de Le saisir,

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nous avons espéré pénétrer en Lui pour Le contempler en pleine lumière et, dans notre amour, nous avons rêvé nous unir à Lui dans une union indissoluble et éternelle.

C'est là l'idéal qui nous a fascinés ; dans cette vision sur l'infini, c'est Jésus et sa gloire qui nous ont attirés. Jésus est infiniment parfait, et nous avons voulu le comprendre et le Lui dire ; Jésus est souverainement aimable, et nous avons voulu l'expérimenter et Lui en rendre hommage ; Jésus est divinement adorable, et nous nous sommes abîmés dans la contemplation de sa majesté ; Jésus est éternellement aimant, et nous avons aspiré à L'aimer uniquement ; Jésus est infiniment saint, et nous avons entrepris, avec sa grâce, de faire revivre ses vertus dans notre vie.

C'est en cela surtout que consiste la gloire de Jésus : que nous devenions des saints '. C'est dans notre sanctification personnelle que doit se concréter et se réaliser notre désir de glorifier

1 Dans sa sublime prière après la Cène (Jean, xvn, 10, 17, 19), Jésus, après avoir dit à son divin Père qu'il a été glorifié dans « ceux qu'il Lui avait donnés » : « J'ai été glorifié en eux », le supplie aussitôt de les garder et de les sanctifier, faisant entendre par là que sa glorification était inséparable de leur sanctification : « Père Saint, conservez-les... sanctifiez-les... Je me sanctifie moi-même |>our eux, afin qu'eux aussi soient sanctifiés dans la vérité ».

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Jésus ; c'est à ce résultat nécessaire que doivent aboutir nos travaux et nos études. Nous ne pourrons jamais mieux rendre hommage à Jésus et prouver que nous Le connaissons et L'avons compris, qu'en imitant ses vertus, en marchant sur ses traces, en Le suivant pas à pas, et en nous appliquant à reproduire exactement dans notre vie tout ce que nous avons observé en Lui. Nos désirs Lui sont agréables, nos protestations d'amour et de fidélité Le touchent, mais ce qui Le glorifie vraiment, ce sont nos vertus K

Si Jésus voit que nous sommes fidèles à tous nos devoirs ; s'il constate que nous ne laissons passer aucune occasion de pratiquer la vertu ; s'il est témoin de nos efforts constants pour nous corriger de nos défauts ; s'il observe que nous apportons un grand soin à nous prémunir contre les ennemis de notre âme, à fuir les dangers et à nous éloigner des occasions ; s'il nous voit forts dans la lutte, humbles dans la tentation, résignés dans l'épreuve, courageux dans la souffrance, persévérants dans la prière ; s'il remarque que notre amour pour Lui va au-devant du sacrifice,

1 « Nous vous supplions et nous vous conjurons parle Seigneur Jésus, qu'ayant appris de nous comment vous devez marcher dans la voie de Dieu, pour lui plaire, vous y marchiez de telle sorte que vous progressiez de plus en plus. Vous savez en effet quels préceptes nous vous avons donnés de la part du Seigneur Jésus ; /a volonté de Dieu est que vous soyez saints. » I Thess., IV, 1-3.

nous rend pleins de délicatesse à son égard et nous tient paisiblement soumis à toutes ses saintes et adorables volontés : Jésus est content, Il est honoré parce qu'il est imité, Il retrouve quelque chose de Lui-même dans nos vertus et notre amour. Notre étude a porté des fruits : Jésus est glorifié dans notre sanctification '.

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