V. — L'humilité
En considérant attentivement la grandeur de l'œuvre à accomplir pour arriver à la connaissance la plus élevée qu'il y ait sur terre, celle de Jésus, le souverain Bien, le Créateur de toutes choses, le Sauveur des hommes, le Prêtre éternel et la divine Victime, le Dieu d'amour du Sacrement et le Roi immortel des siècles : l'âme se sent accablée par une telle majesté, perdue dans cet océan immense de perfections, éblouie par l'éclat d'une si haute sainteté, et presque déconcertée à la vue de semblables excès de charité.
Elle voit Jésus tellement au-dessus d'elle, qu'elle ose à peine lever les yeux sur Lui ; la grandeur
' « l'ils d'obéissance, ne preifez plus comme règle de conduite les convoitises de votre ignorance passée; mais soyez saints dans tout le cours de votre vie, comme celui qui vous a appelés est saint, selon ce qui est écrit : So^ez saints, parce que je suis saint. » I Pierre, i, 14-16.
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de Jésus écrase tellement sa petitesse, qu'elle disparaît presque dans le néant ; la sainteté de Jésus fait un tel contraste avec sa misère et son indigence, qu'elle n'aspire qu'à se cacher et à se mépriser ; l'amour de Jésus brille de tels feux, qu'elle a honte de sa froideur et de sa lâcheté.
Jésus apparaît à l'âme qui Le contemple un Tout unique si divinement adorable et si infiniment aimable, qu'elle se sent comme absorbée par cette Divinité qui est essentiellement le commencement et la fin de tout, le principe nécessaire et éternel, la fin suprême et absolue.
L'âme comprend qu'elle n'a aucun droit à connaître Jésus, et que c'est par un pur effet de sa bonté qu'elle arrive à sa connaissance. Elle se reconnaît indigne, par nature et par culpabilité, de s'occuper de Jésus, d'en recevoir des lumières, d'en acquérir une science quelconque ; et elle ne doute point que Jésus n'use à son égard de condescendance et de miséricorde, en lui permettant de Le contempler et de L'étudier. Si elle arrive à pénétrer plus avant dans ce Saint des saints et à avoir de Jésus, de ses mystères, de ses perfections et de ses vertus une intelligence plus grande qui la conduise à une union amoureuse plus intime avec Lui, elle ne cesse de reconnaître sa bassesse et son indignité, de s'humilier dans son néant, de se confondre en
reconnaissance et en actions de grâces d'être ainsi privilégiée K
Comme si son humilité pouvait grandir Jésus, l'âme se diminue jusqu'à se perdre de vue, pour ne plus voir que Jésus, n'admirer que ses vertus, ne contempler que ses perfections, n'approfondir que ses mystères, ne se nourrir que de ses enseignements et ne vivre que de son amour. Chaque lumière que Jésus lui donne ne fait que mettre plus en relief à ses yeux sa propre misère; chaque ascension qu'il lui fait faire dans le champ des contemplations divines lui montre les abîmes d'impuissance et d'ignorance où elle serait plongée, si la main du Tout-Puissant ne venait l'en arracher ^ ; chaque révélation plus intense et plus lumineuse que Jésus lui fait de Lui-même lui fait comprendre qu'il est la source de tout bien et le seul auteur de tout ce qu'il y a de bon en elle ^.
* « Continuez donc à vivre en Jésus-Christ, notre Seigneur, se/on les connaissances que vous en avez reçues, attachés à lui comme à votre racine, édifiés sur lui comme sur votre fondement, vous affermissant dans la foi, selon ce que vous avez appris, croissant de plus en plus en Jésus-Christ et le remerciant par de continuelles actions de grâces. » Col., ii, 6, 7.
- « Pour nous, nous ne sommes pas capables de former de nous-mêmes une bonne pensée comme venant de nous-mêmes ; mais c'est Dieu qui nous en rend capables. » II Cor., ni, 5.
3 « C'est Dieu qui opère en vous et le vouloir et le faire, selon son bon plaisir. » Phil., n, i3.
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Tels sont les sentiments qui doivent nous animer dans notre étude de Jésus ; faute de quoi, nous nous égarerions bien vite dans nos recherches, pour n'aboutir qu'à une honteuse déception de notre sot orgueil. Si nous osions jamais prétendre avoir quelque droit à la connaissance de Jésus, en dehors de ceux que comporte le devoir sacré que Jésus nous a fait de Le connaître et de L'étudier, nous nous ferions illusion comme les pauvres gueux de grand chemin qui voudraient d'office pénétrer jusqu'au trône des rois. Si nous nous imaginions que par nos propres forces nous pouvons monter jusqu'à Jésus et en avoir une pleine intelligence, nous ressemblerions au ver de terre qui rampe péniblement et qui pourtant aurait l'idée de s'envoler sur les cimes des montagnes.
Non, non, sans Jésus nous ne pouvons rien, absolument rien * ; et s'il est une occasion où il nous est à la fois facile et important de le reconnaître, c'est lorsqu'il s'agit de traiter directement avec Jésus, de pénétrer pour ainsi dire sur ses domaines, de nous avancer jusqu'au sanctuaire oii II se tient, de Le considérer face à face, de chercher à Le comprendre, d'analyser ses sentiments, de nous instruire à son école, de nous
1 « Sans moi, vous ne pouvez rien faire. » Jean, xv, 5.
éclairer de ses vérités et de nous vivifier de son amour.
Pendant tout le temps que durent nos études, c'est-à-dire tout le cours de notre vie, conservons cet esprit d'humilité qui s'allie parfaitement avec la nature de l'objet divin que nous contemplons. L'intelligence même dont nous nous servons pour Le comprendre, le cœur qui nous sert à L'aimer et la volonté qui nous détermine à L'imiter, c'est Jésus qui nous les a donnés ; servons-nous en dans une dépendance absolue et une amoureuse reconnaissance.