VI. — Le zèle
Pour étudier fructueusement Jésus et en avoir une connaissance pratique, s'il est nécessaire de comprendre l'excellence de cette étude, il n'est pas moins utile d'en avoir le goût '. L'attrait qu'on
1 L'apôtre Saint Pierre, dans sa première Epître, faisant écho à ce passage du Psalmiste (Ps. xxxiu, 9) : « Goûtez et voyez combien le Seigneur est bon », nous fait entendre clairement combien est importante l'action qu'exercent, sur les désirs de l'âme, l'amour et l'attrait de Jésus. « Désirez ardemment, dit-il, le lait spirituel et pur ; afin que par lui vous croissiez pour le salut, si toutefois vous avez goûté que le Seigneur est doux. (I Pierre, 11, 2, 3). » Ce qui revient à dire que pour désirer une chose il faut d'abord en avoir expérimenté la bonté, et que notre zèle pour connaître Jésus et croître dans son amour est proportionné à notre attrait pour cet adorable et divin Maître,
CONDITIONS REQUISES POUR l'ÉTUDE DE JÉSUS 225
y apporte fait à peu près l'effet de l'assaisonnement qui aide à l'assimilation des aliments. Une chose aimée est ardemment recherchée; un travail entrepris avec joie est un travail auquel on apporte plus de soin ; une étude où le cœur joue son rôle à côté de celui de l'intelligence, conduit à un bien meilleur résultat que si on ne la fait que par acquit de conscience.
Il en est de la science de Jésus comme de toutes les sciences ; on n'y devient savant qu'en y mettant tout son cœur. Quand une fois la volonté s'est bien déterminée à poursuivre cette étude que tant de motifs supérieurs lui imposent comme un devoir sacré ; quand l'âme s'est établie intellectuellement et spirituellement dans les conditions requises pour un travail aussi élevé, en écartant tous les obstacles qui pourraient lui être préjudiciables : il reste encore à déterminer et à développer en nous l'attrait qui nous attachera plus fortement à notre devoir et nous fera supporter plus courageusement les difficultés et les sacrifices qui se présenteront inévitablement dans le cours de nos travaux. Le devoir et l'attrait combinés nous donneront le zèle sacré qui nous portera comme d'instinct vers Jésus, nous fera aimer notre étude, doublera nos énergies et nous maintiendra dans un désir continu et une volonté ferme de poursuivre jusqu'au bout
la fin sublime que nous nous sommes proposée*.
Il se rencontrera des jours sans soleil, la route ne sera pas toujours large et facile, il y aura parfois de véritables pics à escalader; l'horizon, après s'être ouvert sur l'immensité, se rétrécira tout à coup et nous encerclera ; l'aridité nous refusera la goutte de rosée qui pourrait nous rafraîchir ; il montera de notre propre fond plus d'une cause de lassitude et d'ennui.
Si alors nous n'avons pas le zèle de notre devoir, ce quelque chose qui de notre cœur monte à l'intelligence pour ensoleiller ses pensées et exerce sur la volonté cette douce pression qui lui fait aimer son devoir en l'entourant d'attraits, nous serons exposés à plus d'un recul et à des arrêts momentanés. Avec le zèle, les difficultés sont plus vite surmontées, les peines sont moins amères, le courage est plus soutenu et la fidélité plus assurée 2.
Dans une question comme celle qui nous oc-
^ « Ayez du goût pour les choses d'en haut, non pour celles qui sont sur la terre. » Col., ni, 2.
2 « Le zèle, comme s'exprime Saint Thovais, provient de l'intensité de l'amour. Car il est évident que plus une puissance tend avec énergie vers un objet, et plus elle repousse avec force tout ce qui lui répugne ou lui est contraire. Par conséquent, l'amour étant un mouvement vers l'objet aimé, comme le dit Saint Augustin, quand il est intense il cherche à écarter tout ce qui lui résiste. » S. Thom., I II, q. 28, a. 4.
cupe, le zèle est tout naturel, et l'on peut dire que son absence ne s'expliquerait pas. Il y a des sciences ardues, arides en elles-mêmes et ne possédant d'autre attrait que celui du devoir accompli ; l'étude de ces sciences ne comporte guère l'enthousiasme. Il en est d'autres qui plaisent par certains côtés, mais qui restent quand même dans le domaine des jouissances relatives et passagères ; c'est plutôt l'impression et les dispositions du moment qui nous y poussent.
Mais une science, comme celle de Jésus, qui comprend les sujets les plus sublimes, qui réunit les connaissances les plus élevées sur la Divinité et sur les plus grands mystères de notre sainte Religion ; une science qui nous apprend l'essence des choses et la raison dernière de tout ce qui existe, qui nous révèle notre origine et notre divine destinée, qui met à notre disposition la source même de la vérité et le principe de toute sainteté ; une science qui nous livre, dans un amour ineffable, le Dieu qui s'est fait notre Sauveur, le Prêtre qui nous a conservé la divine Victime pour nous faire ensuite bénéficier de son Sang, le Jésus de l'Eucharistie qu'une miséricorde infinie a lié à notre existence terrestre ; une science, en un mot, qui nous rend participants des perfections infinies de Dieu et nous plonge pour ainsi dire dans sa divine charité,
n'est pas une science comme les autres, elle n'a que des attraits et des attraits divins, elle mérite plus que notre zèle, elle doit déterminer en notre âme une passion divine qui absorbe toutes les autres et soit capable de nous conduire à l'héroïsme de toutes les vertus, pour mettre notre vie en harmonie avec l'objet divin de nos sublimes et passionnantes études.