VII. — La constance
Jésus veut être connu, adoré, aimé, imité. C'est pour cela qu'il est venu vers nous et qu'il s'est fait si petit pendant sa vie, et surtout au Très Saint Sacrement. Il ne peut se mettre davantage à notre portée ; et tout ce qu'il a fait. Il ne pouvait le faire avec plus de bonté et d'amour.
Mais de ce qu'il s'est humilié et rabaissé, il ne s'ensuit pas qu'il ait perdu de ses droits. Ce que Jésus est de toute éternité, Il l'a été pendant sa vie mortelle, et II continue de l'être dans l'Eucharistie ; ce qu'il a associé à sa divinité en s'incarnant. Il le conservera éternellement ; et la nature humaine qu'il a unie à la nature divine dans sa Personne adorable d'Homme- Dieu, Il l'offre à nos adorations sous les voiles du Sacrement, comme II le faisait ostensible-
ment lorsqu'il vivait au milieu des hommes.
Dès lors, tous les devoirs que Lui rendent au ciel les Anges et les Saints, nous les Lui devons sur la terre ; ils sont absolus et durables comme ses droits. De même qu'il n'y a pas en Jésus d'interruption de perfection, de sainteté et d'amour, de même il ne doit pas y en avoir dans les hommages que nous Lui rendons. Ce n'est pas parce que notre infidélité et notre ingratitude pourraient refuser quelquefois à Jésus l'accomplissement d'un devoir, qu'il serait privé d'un droit quelconque. Ses perfections demeurent, et éternellement ses droits à l'adoration et à l'amour de ses créatures demeureront aussi, sans subir jamais le plus léger amoindrissement*. Pour la même raison, la perfection des âmes et leur bonheur essentiel consisteront éternellement dans l'accomplissement de leurs devoirs vis-à-vis de Jésus "^.
Or, Jésus étant notre fin suprême et les
1 « Et voici qu'au milieu du trône... et des vieillards, un agneau était debout, comme égorgé... et tous chantaient disant d'une voix forte : L'Agneau qui a été immolé est digne de recevoir la puissance, la divinité, la sagesse, la force, l'honneur, la gloire et la bénédiction. Et toutes les créatures qui sont dans le ciel et sur la terre, et sous la terre et dans la mer, et tout ce qui s'y trouve, je les entendis toutes qui disaient : A celui qui est assis sur le trône et à l'Agneau, bénédiction, honneur, gloire et puissance dans les siècles des siècles. » Apoc, v, 6, 12, i3.
2 « Sois fidèle jusqu'à la mort, et je te donnerai la couronne de la vie. » Apoc., ii, io.
23o CONNAISSANCE DE JÉSUS LE VERBE INCARNÉ
hommes ayant été destinés à Le connaître et à L'aimer éternellement, toute notre perfection comme tout notre bonheur sur cette terre consistent à vivre le plus possible de ce qui fera notre félicité éternelle. Donc, pour nous comme pour Jésus, pour satisfaire à notre devoir comme pour reconnaître les droits de Jésus, pour acquérir la seule vraie science qui suffît à tout comme pour répondre aux ardents désirs de Jésus de se révéler à nos âmes, pour nous remplir d'un amour qui fasse notre souverain bonheur comme pour permettre à Jésus de nous manifester le sien, nous ne devons cesser de faire de Jésus l'objet constant de nos études et de nos contemplations.
L'accomplissement de ce devoir capital ne peut en aucune manière être laissé à nos appréciations personnelles, encore moins à nos caprices ou à la mobilité de nos impressions et de nos sentiments.
De même qu'il n'y a pas un temps pour servir Jésus et un autre pour L'abandonner, un âge pour L'aimer et un autre pour L'offenser^ des situations où on Le glorifie et d'autres où on Le déshonore, des genres de vie où Jésus conserve ses droits et d'autres où II les perd; de même, il n'y a pas de moment dans la vie où cessent
CONDITIONS REQUISES POUR l'ÉTUDE DE JÉSUS 23l
nos devoirs essentiels et où nous pouvons nous justifier de ne plus faire de Jésus l'objet suprême de nos méditations et de notre amour. Toute notre vie doit être employée à ce divin commerce avec Jésus ; et, pour y être fidèles, nous devons consulter moins nos dispositions et nos attraits actuels que notre devoir et les intérêts supérieurs de Jésus.
C'est ainsi que rien ne doit ralentir nos efiforts et notre zèle dans l'acquisition de cette divine connaissance ' : ni les difficultés du dehors, ni nos ennuis du dedans, ni les ténèbres de notre esprit, ni les amertumes de notre cœur, ni les angoisses de notre âme, ni les épreuves et les souffrances de tout genre qui, à certaines époques ou dans certaines circonstances, peuvent nous assaillir et nous tourmenter ^. C'est, au contraire, l'heure de rester calmes, de regarder fixement au but, de ramer avec courage vers le port, de soupirer après le divin Consolateur, de nous eftbrcer de Lui être agréables, de L'étudier à fond pour mieux profiter de ses exemples, de ne point détourner notre esprit de sa vérité, de réchauffer notre cœur au contact du sien, de nous attacher
* « Celui qui met la main à la charrue, nous dit Jésus, et regarde en arrière, n'est pas propre au royaume de Dieu. » Luc, IX, 62.
2 « Celui-là qui persévérera jusqu'à la fin, celui-là sera sauvé. » Matth., xxiv, i3.
à ses volontés saintes et de courir, guidés et réconfortés par Lui, à la conquête de toutes les vertus '.
Plus nous serons persévérants dans nos généreux efforts pour acquérir une connaissance toujours plus grande de Jésus, et plus nous goûterons de suavité divine dans l'étude déifique de ce tendre et divin Maître.