‹ Jésus mieux connu et plus aimé dans son sacerdoceChapitre 49 sur 55 · XI. — La prière · texte numérisé non relu

XI. — La prière

!1 est une dernière condition indispensable dans l'étude de Jésus, la prière. Nous en parlons en dernier lieu, non pas qu'elle soit la dernière en importance, tout au contraire, mais parce qu'elle accompagne toutes les autres, les aide puissamment et leur donne leur valeur.

Il est admis que nous ne pouvons rien par nous-mêmes, et que tout ce que nous avons nous le recevons de la main de Dieu qui nous le donne gratuitement '. Plus le but à atteindre est élevé, plus l'œuvre entreprise est considérable, plus le travail à accomplir est étendu, plus les eflForts à faire embrassent l'ensemble de la vie, et plus aussi nous avons besoin du secours divin. Or, dans une étude comme celle qui regarde l'acquisition de la science même de Jésus, étude qui doit se poursuivre jusqu'à notre mort et pénétrer dans le plus intime de notre vie morale et spirituelle, nous devons reconnaître que nous avons un besoin absolu de l'assistance d'en-haut.

C'est par la prière que nous nous maintien-

' « Tout ce que nous pouTons vient de Dieu. » II Cor., ui, 5. « Qu'avez- vous que vous n'ayez point reçu » (de Dieu) ? I Cor., IV, 7.

drons dans les conditions voulues de pureté et de détachement, que nous raviverons en nous l'esprit surnaturel et le désir de la gloire de Jésus, que nous conserverons une attitude humble et courageuse et que, le zèle et l'amour vivifiant nos travaux, nous mériterons d'acquérir une connaissance plus grande de Jésus. En considérant notre petitesse et notre impuissance, en face de Jésus demeurant dans des hauteurs presque inaccessibles, l'humble supplication monte naturellement de notre cœur vers Celui qui nous attire mais que nous ne pouvons atteindre que par la grâce '.

Notre prière doit être d'abord une élévation fréquente de notre âme vers Jésus ; c'est en cela que consiste toute prière, mais particulièrement quand le motif est précisément d'établir un contact direct de notre âme avec Jésus et que le caractère de nos relations est de demeurer en Lui pour L'étudier et Le connaître. En étudiant, en méditant, en lisant, que notre âme s'envole donc d'instinct vers Jésus, pour en obtenir une lumière

I « Dieu nous accorde beaucoup de choses par sa libéralité, dit Saint Thomas, même sans que nous les lui demandions ; mais il y en a qu'il veut nous accorder sur notre demande, et cela dans notr« intérêt : c'est-à-dire, pour qu'en recourant à lui nous excitions noire confiance et que nous reconnaissions qu'il est l'auteur de nos biens. >> S. Thom., II II, q. 83. a. 2, ad 3.

plus vive, un secours plus grand, une conviction plus forte, un zèle plus ardent, un amour plus généreux. En multipliant ces élévations d'âme, on arrive à les rendre presque continues et à établir ainsi une union spirituelle ininterrompue entre Jésus et l'âme ••

C'est dans les difficultés, dans les ténèbres de l'esprit, les luttes du cœur, les affaissements de la volonté, les pesanteurs, les aridités et les ennuis de tout genre, qu'il nous faut prier avec plus de ferveur et de ténacité. Plus la connaissance de Jésus nous aura coûté d'efforts, de peines et de sacrifices, et plus elle nous sera précieuse et méritoire. Il entre donc dans les desseins de Jésus que nous achetions l'honneur, la gloire et la grâce inappréciable de Le connaître. Mais comme c'est encore Lui qui nous donne la monnaie pour nous acquitter de nos devoirs, de même que pour payer nos dettes, ne cessons de Le supplier de nous assister, de nous inspirer dans nos travaux, de nous diriger dans nos études, de nous éclairer sans cesse et de rendre nos efforts glorieux pour Lui et sanctifiants pour nous.

Ne craignons pas même d'interrompre parfois nos études proprement dites pour nous livrer

* « Il faut toujours prier et ne jamais se lasser. » Luc, xviii, i.

à la prière ou de consacrer trop de temps à nos oraisons. Ce que nous aurons accordé à des communications plus personnelles et plus intimes avec Jésus, ne sera pas perdu pour notre âme ni pour la science de Jésus que nous voulons acquérir ; loin de là, nous féconderons ainsi puissamment nos études.

L'âme a besoin de ces moments de tranquillité et de repos où elle savoure à son aise ce qu'elle a étudié, où elle contemple paisiblement en Jésus ce qu'elle en a appris et où elle goûte dans une union toute d'amour les douceurs et les suavités de son Bien-Aimé. Jésus, de son côté, attend et désire ces heures de colloque plus intime, où son Cœur s'épanche avec plus de tendresse dans l'âme qu'il aime et dont II est aimé.

Pour bien posséder une science, il faut l'étudier à fond, puis la féconder dans la réflexion, afin de lui faire porter des fruits. Or, la prière est la réflexion par excellence, où Jésus travaille activement en même temps et souvent plus que l'âme. Les savants qui ne prient pas ne le sont qu'à demi ; les saints, qui étudient en priant et qui prient en étudiant, sont les vrais savants qui comprennent ce qu'ils ont appris et qui savent mettre en pratique ce qu'ils comprennent.

On apprend souvent plus sur un prie-Dieu ou

CONDITIONS REQUISES POUR l'ÉTUDE DE JÉSUS 267

devant son Crucifix que dans les livres '. Quand l'esprit a fait son devoir, il faut laisser le cœur faire le sien ; et pour cela rien n'est plus fructueux que d'entrer dans la solitude 2, de trouver Jésus dans la prière, d'exposer notre âme à son action toute de lumière et d'amour, de Lui demander avec humilité et confiance de rendre ses vérités lumineuses pour notre esprit, de les graver profondément dans notre cœur avec le burin de l'amour, et d'y attacher notre volonté pour que notre vie tout entière soit un écho fidèle de ses enseignements et un rayonnement amoureux de ses vertus.

Ah ! quelle science divine et féconde que celle qui s'élabore et se développe non seulement sous le regard de Jésus, mais sur son Cœur et dans les flots d'amour qui en découlent !

Demandons souvent à Jésus de se révéler à notre âme, de nous animer d'un zèle ardent pour

' Sainte Thérèse, appelée à juste titre le docteur de l'oraison, ne craint pas de dire : « L'oraison m'en a plus appris sur Dieu, dans le temps que dure un Credo ou un Ave Maria, que ne l'eussent fait tous les livres. Une seule de ces heures, où le Seigneur m'a fait goûter sa délectable douceur, m'a surabondamment payée de toutes mes peines et dépasse tous les bonheurs dont on peut jouir ici-bas, » (Sa vie écrite par elle-même).

2 « Pour vous, quand vous voudrez prier, entrez dans votre chambre, fermez-en la porte et priez votre Père dans le secret. » Matth., VI, 6.

Le mieux connaître, afin de L'aimer davantage et de vivre de sa vie.

N'ouvrons aucun livre qui traite de Jésus sans commencer par une prière fervente, et ne le fermons point sans faire une dernière prière qui soit le couronnement de toutes celles que nous aurons multipliées dans le courant de nos études et de nos réflexions.

Faisons de notre étude une prière continuelle et nous la rendrons abondamment féconde en fruits de sainteté et de salut.

A Jésus, la grâce et le perfectionnement de ma science

O mon doux el aimable Jésus,

Vous que seuls les Anges et les Elus

connaissent sans ombre et aiment sans fln,

j'aspire ici-bas à percer les voiles

qui Vous cachent à mes contemplations

et à mon amour.

Je voudrais Vous connaître parfaitement,

ô Vous que je désire aimer sans mesure !

Enseignez-moi votre divine et adorable science ;

éclairez mon esprit et purifiez mon coeur ;

fortifiez mon courage et rectifiez ma volonté ;

réglez en moi l'intelligence et l'amour;

ranimez dans mon âme

les désirs et le zèle de votre gloire ;

harmonisez, dans ma vie,

les moyens d'arriver à la connaissance parfaite

de vos divines perfections.

Pour Vous mieux comprendre

dans vos sublimes Immolations

et votre Sacerdoce éternel,

je brûle du désir de pénétrer dans les divins secrets

de vos mystères et de vos vertus.

Ah ! daignez me dire tout ce que Vous êtes

et me brûler du feu de votre consumant amour,

ô mon Jésus que je ne veux cesser d'étudier

et que je veux seul aimer !

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