‹ Jésus mieux connu et plus aimé dans son sacerdoceChapitre 50 sur 55 · CHAPITRE SEPTIEME · texte numérisé non relu

CHAPITRE SEPTIEME

De rameur dû à Jésus dans ses perfections infinies

« Tout homme qui aime connaît Dieu. Celui qui n'aime point ne connaît pas Dieu, car Dieu est amour. •

/ Jean. IV, 7, 8.

Ce chapitre sera le couronnement de notre Première Partie. Il en est une conséquence naturelle : car, outre que tout doit commencer et se terminer dans l'amour, il a ici une particulière raison d'être.

En eflfet, ce que nous avons considéré en Jésus, la nécessité et l'excellence de l'étude constante que nous devons faire de Lui, la fin que nous devons nous y proposer et l'amour que nous devons y apporter, comme les conditions requises pour assurer une connaissance plus exacte et plus fructueuse de Jésus, tout relève à nos yeux la grandeur, la perfection, la sainteté et la charité

divine de Celui que nous faisons l'objet de nos pieuses considérations. A ce Jésus contemplé dans les splendeurs de sa Divinité et dans les mystères de sa vie mortelle, il faut plus que de l'admiration, de la louange et de l'adoration : il faut par-dessus tout de l'amour.

Nous traiterons plus tard de l'amour que nous devons à Jésus en son état d'Homme-Dieu, de Victime et de Prêtre ; présentement, nous arrêterons nos réflexions sur l'amour dû à Jésus pour ce qui fait, en Lui, l'objet de nos réflexions et de nos études, à savoir : ses perfections infînies.

Avant d'examiner la nature, le devoir et les fruits de cet amour en nous, nous le considérerons en Dieu Lui-même, puis dans les anges et les saints. Commençons par un acte d'amour qui nous unisse à Jésus, et continuons-le pendant toute la lecture de ce dernier chapitre.

L — Dieu s'aime à cause de ses perfections

La seule idée de Dieu comporte une idée de perfection. Nous ne pouvons concevoir un Etre divin qui ne soit pas essentiellement parfait ; être Dieu et n'être pas parfait sont deux notions

qui se détruisent réciproquement. De même que l'idée de perfection est essentielle en Dieu, elle est également éternelle, pour la raison bien simple que tout ce qu'est Dieu, il l'est absolument et en nécessité et en durée.

Or, cette nécessité absolue, essentielle et éternelle en Dieu d'être infiniment parfait, en entraîne une autre : celle de se connaître et de se comprendre dans la même perfection, d'une façon aussi essentielle et aussi éternelle que son existence elle-même. Dieu ne peut pas ne pas être parfait, sous peine de n'être pas Dieu ; il ne peut pas non plus ne pas se connaître parfaitement, sous peine de n'être pas essentiellement parfait et, dès lors, de n'être pas Dieu.

Un être qui ne se comprendrait pas dans toute l'étendue de ses perfections serait par là même privé d'une perfection, celle de l'intelligence complète de lui-même, ce qui supposerait une imperfection en lui ; deux termes contradictoires, être parfait par nature et être imparfait dans ses connaissances.

Par le fait que Dieu se connaît et se comprend parfaitement, il admire et il aime en lui ses divines perfections ; l'admiration et l'amour qu'il leur porte étant de nouveau aussi nécessaires que ces perfections elles-mêmes et la connaissance qu'il en a. S'il en était autrement, il fau-

drait en conclure que ces perfections ne sont pas essentielles en Dieu ; car ce qui est essentiel, d'une nécessité éternelle aussi absolue, est nécessairement voulu et voulu d'une même essentielle nécessité. Or, cette volonté d'une perfection nécessaire en Dieu, est une volonté affectueuse; il veut en lui cette perfection infinie, parce qu'il se veut et s'aime infiniment, et il s'aime et se veut nécessairement parce que sa perfection est infinie. C'est-à-dire que tout en Dieu est infiniment parfait, et son existence, et l'intelligence qu'il a de lui-même, et la volonté par laquelle il se veut éternellement, et l'amour avec lequel il se veut et se comprend.

Mais ce que Dieu aime en lui-même, c'est ce qui le constitue, c'est-à-dire ses perfections infinies : perfection dans la nécessité de son existence, perfection dans les grandeurs, les attributs et les sublimités de sa nature divine, perfection dans les opérations adorables de son essence, perfection dans la génération éternelle du Verbe et dans la procession non moins éternelle du Saint-Esprit, perfection dans les communications ineffables des trois Personnes divines, perfection dans sa toute-puissance créatrice, perfection dans le principe éternel qui est en lui la raison d'être de tout ce qui existe, perfection dans cet amour incréé qui s'aime lui-même de toute éter-

nité et qui aime toutes choses en lui et pour lui.

Ces considérations sur la sublimité de l'amour dont Dieu aime en lui-même ses perfections sont de nature à nous donner de ces mêmes perfections une idée des plus élevées et à nous jeter à genoux pour les adorer, les louer et les aimer.

Comprenons par là la grandeur de notre destinée, nous qui sommes appelés à unir éternellement nos humbles hommages et notre faible amour à l'amour et aux hommages éternels de Dieu lui-même pour ses perfections infinies.

Comprenons aussi et apprécions la faveur insigne que nous fait Jésus de pouvoir Le connaître ici-bas et de devoir L'étudier dans les manifestations de ses divines et adorables perfections.

II. — Amour des an^es et des élus peur les perfections infinies de Jésus

Jésus, en s'incarnant, s'est fait sur la terre la manifestation vivante des perfections divines ; c'est pourquoi II est devenu dans l'humanité le centre nécessaire des hommages, des adorations et de l'amour des hommes envers la Divinité. Longtemps auparavant. Il avait été pour les

anges fidèles le même objet de leurs adorations et de leur amour, puisque, suivant une opinion reçue et fondée, c'est en vue de l'Incarnation du Verbe qu'ils ont passé par l'épreuve et que c'est pour Lui rester fidèles qu'ils ont combattu *. Pendant la vie mortelle de Jésus, les anges Lui rendirent leurs devoirs comme ils le faisaient dans le ciel avant l'Incarnation ; et, lorsque Jésus rentra dans le royaume de sa gloire, ils adorèrent dans la personne de l'Homme-Dieu toutes les perfections infinies que Dieu possède éternellement dans son essence'-'.

Cette adoration de leur part est une adoration toute d'amour. Ce qu'ils aiment en Jésus, c'est d'abord ce qu'il est nécessairement et de toute éternité ; leur amour est à l'égal de leur adoration ; et comme, en tant que purs esprits d'une nature supérieure et parfaite, leur intelligence est très développée, ils comprennent Jésus et ses perfections d'une façon merveilleuse

* Nous traitons cet intéressant sujet dans le deuxième volume de notre ouvrage, où sa place est plus indiquée ; nous y renvoyons le lecteur.

2 Chaque jour à la Sainte Messe, dans la Préface, le Prêtre, au nom de l'Eglise et des âmes qui participent au Saint Sacrifice, formule la même pensée et la met en pratique en sollicitant de Dieu la faveur d'unir nos voix humaines aux voix des Anges qui louent, des Domina/ions qui adorent, des Puissances qui chantent dans un saint tremblement, par Jésus-Christ Notre Seigneur, la Majesté trois fois sainte du Dieu des armées.

et ils L'aiment autant qu'ils Le comprennent. Ce sont des myriades d'esprits angéliques qui entourent le trône de l'Agneau et qui éternellement aimeront Jésus, Lui rendront grâces et Le glorifieront dans ses adorables et infinies perfections '.

A côté des anges, mêlant leurs voix à leurs concerts et brûlant du même amour, il y a la multitude innombrable des élus qui contemplent Jésus dans la beauté et la sublimité de ses perfections divines ^. Tout ce qu'ils ne Lui ont pas rendu d'hommages et donné d'amour sur la terre, soit à cause de l'infirmité de la nature humaine, soit à cause de leur infidélité, ils le Lui donnent maintenant sans mesure et sans entrave. Plongés dans la lumière indéfectible, ravis devant les perfections infinies de Jésus, consumés par le feu de son amour, ils ne cesseront éternellement de

* « Je regardai et j'entendis autour du trône la voix d'une multitude d'anges : ils étaient des milliers de milliers et ils disaient d'une voix éclatante : Il est digne, l'Agneau qui a été immolé, de recevoir la puissance, la divinité, la sagesse, la force, l'honneur, la gloire et la bénédiction. » Apoc., v, il, 12.

2 « Je vis une grande multitude, que personne ne pouvait compter, de toute nation, de toute tribu, de tout peuple, et de toute langue ; ils se tenaient devant le trône et en face de l'Agneau, vêtus de robes blanches, et ils avaient des palmes dans leurs mains. Et ils criaient d'une voix forte, et disaient : Le salut est à notre Dieu, qui est assis sur le trône, et à l'Agneau. » Apoc., vu, 9, 10.

contempler, d'adorer, de chanter et d'aimer leur divin Sauveur '.

Mettant leurs louanges et leur amour à l'unisson de l'admiration et de l'amour éternel que Dieu lui-même porte à ses perfections infinies, ils participent en quelque sorte à la sublimité de cet amour divin. C'est ainsi que Jésus est dignement et divinement honoré dans la Patrie ; Il y recevra éternellement une compensation d'adoration et d'amour pour les abaissements de son Incarnation et les humiliations de sa Passion, comme pour les non moins grands abaissements et les immolations perpétuelles de son Eucharistie.

Unissons-nous souvent à ces contemplations amoureuses et à ces chants de gloire des Bienheureux, pour donner de la valeur aux trop faibles hommages que nous rendons à Jésus et pour raviver l'amour que nous Lui avons juré.

' La louange et l'adoration des Bienheureux sont d'autant plus parfaites que leur amour eet plus grand, parce qu'ils aiment autant qu'ils peuvent. Saint Thomas dit à ce sujet : « La charité est parfaite quand le cœur de l'homme tout entier est toujours actuellement porté vers Dieu. Cette perfection est celle de la charité céleste. Elle n'est pas possible ici-bas, parce qu'il est impossible à la faiblesse humaine de penser toujours actuellement à Dieu et d'être toujours porté vers lui par l'amour. » S. Thom., II II, q. 24, a. 8.

Et ailleurs : « Dieu veut que l'homme lui soit totalement uni, ce qui aura lieu dans le ciel, quand « Dieu sera tout en tous », comme le dit l'Apôtre (I Cok., xv., 28). C'est pourquoi le précepte de la charité s'accomplira pleinement et parfaitement dans le ciel. » Ibid., q. 44, a. 4, ad 6.

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