III. — Amour rendu à Jésus
à cause de l'anicur
qu'il se porte à Lui-même
Nous avons vu que Dieu s'aime nécessairement et éternellement. Tout en se revêtant de la nature humaine, Jésus n'a donc pas cessé ni de se contempler, ni de se connaître parfaitement, ni de s'aimer infiniment. Il se considère, par conséquent, dans sa Personne d'Homme- Dieu, et II admire en Lui ce qu'il est comme Dieu et ce qu'il est comme Homme. Ayant élevé jusqu'à la perfection divine ce qu'il a pris de notre humanité et, sur la terre, ayant agi, souffert, pratiqué la vertu et mérité en tant que Personne divine, Il a rendu divin tout ce qu'il est et tout ce qu'il a fait ; de sorte qu'en Jésus tout est infiniment parfait, en tant qu'Homme- Dieu comme en tant que Verbe éternel.
Tout ce que Jésus reconnaît en Lui, Il l'aime infiniment. Il aime ce qu'il est de toute éternité ; Il aime son Incarnation, sa Rédemption et tous ses mystères ; Il aime ce qu'il a fait ici-bas pour la gloire de son divin Père ; Il aime la manifestation aux hommes de ses adorables perfections ; Il aime ce qu'il leur a enseigné et ce
qu'il a fait pour eux dans sa puissance, dans sa bonté, dans sa justice, dans sa miséricorde, dans sa sainteté et dans son amour ; Il aime toutes les souffrances qu'il a endurées, toutes les humiliations qu'il a subies, tous les opprobres dont II a été abreuvé, tout le sang qu'il a versé ; Il aime son divin Sacerdoce qui Lui a permis de s'offrir en Victime et d'être immolé pour le salut du monde ; Il aime son Sacrement adorable, dont II a fait le foyer de l'amour, la nourriture des âmes et le gage de l'immortalité ; Il aime enfin la gloire dont II jouit et qui est la récompense due à ses humiliations et à ses souffrances.
Toutes ces perfections réunies en Jésus font et feront éternellement l'objet de son amour. Il les voit, Il les comprend parfaitement, Il ne peut pas ne pas les admirer ni, dès lors, ne pas les aimer.
Voilà notre suprême consolation, de penser que Jésus se rend à Lui-même les hommages qui sont dûs à ses perfections infinies. Si les hommes hélas ! les Lui refusent, si nous-mêmes nous nous sentons incapables de L'honorer dignement et de L'aimer comme nous le voudrions, pensons que Jésus s'aime souverainement, faisons nôtre l'amour qu'il se porte à Lui-même, substituons Jésus à notre misère et. Lui prêtant le concours
de nos facultés, supplions-Le de s'en servir pour penser par notre esprit, pour aimer par notre cœur et pour vouloir par notre volonté.
Nous entrerons ainsi en participation de la perfection avec laquelle Jésus se connaît et de l'amour par lequel II s'aime. Puissions-nous mériter, par notre assiduité à étudier Jésus dans cet esprit de sainteté et d'amour, de Le connaître dans une lumière sans ombre et de nous unir à Lui dans une union sans fin !
IV. — Notre amour de Jésus dans sQs perfections infinies est up devoir
Notre premier devoir et le plus sacré est d'aimer Dieu de tout notre esprit, de tout notre cœur, de toute notre âme et de toutes nos forces *. Aimer Jésus, c'est rendre à la Trinité tout entière
' « C'est avec raison, dit le Docteur angélique, qu'il nous est ordonné d'aimer Dieu : de fout notre cœur, c'est-à-dire de rapporter à lui notre intention tout entière ; de tout notre esprit, c'est-à-dire de lui soumettre entièrement notre intelligence ; de toute notre âme, c'est-à-dire de régler tous nos appétits conformément aux siens ; de toutes nos forces, c'est-à-dire de lui soumettre tous nos actes extérieurs. » S. Thom., II II, q. 44, a. 5.
Sur le même sujet, Saint Augustin a dit une belle parole qui est à retenir comme bouquet spirituel : « Le mode d'aimer Dieu, c'est de l'aimer de tout son coeur, c'est-à-dire l'aimer autant qu'on le peut. » Conf., S. Alg., cap. 8 et 11.
nos hommages, nos adorations et notre amour ; Jésus étant dans l'humanité la manifestation vivante et immédiate de la Divinité.
Notre amour va d'ailleurs plus directement à Jésus, parce qu'il est en même temps notre Sauveur et Rédeinpteur, notre « Emmanuel » dans l'Eucharistie, et qu'il sera la raison et la source de notre gloire au ciel. Le cœur de l'homme, avec tout ce qu'il peut contenir d'amour et de tendresse, appartient de droit à Jésus, parce que Jésus en est l'auteur, qu'il l'a purifié dans son Sang et l'a rendu de nouveau capable d'aimer Dieu éternellement '. Nous ne pouvons pas plus
' Saint Thomas nous montre comment notre cœur doit aimer Dieu sur la terre et comment il l'aimera au ciel. « Nous pouvons aimer Dieu de tout notre cœur de deux manières : t» e« acte, c'est-à-dire de sorte que le cœur de l'homme soit toujours actuellement porté tout entier vers Dieu, c'est ce qui constitue l'état de perfection de ceux qui sont dans le ciel ; 2» habituellement, c'est-à-dire que le cœur de l'homme soit tout entier porté vers Dieu, sans s' attacher à rien qui soit contraire à son amour. Cette perfection existe ici-bas. Le péché véniel ne lui est pas contraire, car il ne détruit pas \habitude de la charité, puisqu'il ne tend pas à un objet qui lui soit opposé, mais il en empêche seulement \ usage. » S. Thom., II II, q. 44, a. 4.
Au sujet de l'action du péché véniel sur la charité, nous ne pouvons mieux faire que de citer cet autre passage qui donnera des notions exactes sur ce point de doctrine. « Le péché véniel ne peut être ni la cause efficiente ni la cause méritoire de Yaffaiblissemcnt de la charité. Il n'en est pas la cause efficiente, puisqu'il n'atteint pas la charité elle-même ; car la charité se rapporte à la fin dernière, tandis que le péché véniel est un dérèglement qui porte sur les moyens. Or, l'amour de la fin n'est
nous passer d'aimer Jésus que de Le connaître ; la constitution même de notre nature humaine réclame l'exercice de ces deux facultés faites pour la vision et l'union éternelles.
Il ne s'agit pas toutefois d'aimer Jésus au hasard et par pure impression ; notre amour doit être un amour éclairé et raisonné, Il doit être un amour calqué sur l'amour que Dieu se porte à lui-même et, dans son développement, en suivre pour ainsi dire les opérations. Mais, à cause de l'infirmité de notre intelligence, nous sommes obligés de procéder par progression ; nous ne pouvons comprendre Jésus d'un seul coup d'œil, nos pensées doivent se succéder avant d'arriver à une science complète. Notre cœur suit la même marche, il aime successivement, selon que l'esprit lui fournit matière à son amour.
pas moindre parce qu'un individu commet une faute à l'égard des moyens.
« Il n'en est pas non plus la cause méritoire. En effet, quand quelqu'un pèche dans un point secondaire, il ne mérite pas de subir une perte principale. Car Dieu ne se détourne pas plus de l'homme que l'homme ne se détourne de lui. Par conséquent celui qui se conduit d'une manière déréglée vis-à-vis des moyens, ne mérite pas de subir une perte dans sa charité qui le met en rapport avec sa fin dernière.
« Toutefois, la charité peut être affaiblie indirectement, et on peut préparer sa ruine, soit en faisant des péchés véniels, soit en cessant de faire des œuvres de charité. » S. Thom., II II, q. 24, a. 10. — Ajoutons qu'il n'en faut pas davantage pour que les âmes qui veulent sincèrement aimer Jésus, comme elles le doivent, fuient le péché véniel et l'aient en horreur.
Quoique en Jésus tout soit également parfait et également aimable, nous sommes obligés, d'après notre méthode de concevoir les choses, de procéder par principe, de mettre de l'ordre dans nos conceptions, et de distribuer nos opérations intellectuelles selon l'importance intrinsèque des sujets, si nous voulons arriver à une connaissance judicieuse et parfaite. Notre amour est soumis aux mêmes lois ; et c'est ainsi qu'il y a en Jésus des raisons principales pour nous de L'aimer et des fondements à notre amour qui doivent avoir la priorité.
Ce que nous devons aimer avant tout en Jésus, c'est ce qu'il est en Lui-même, ses qualités essentielles, ses attributs divins, ses perfections infinies. Avant de se manifester, Jésus existait ; avant d'agir. Il possédait la puissance ; avant d'enseigner. Il était toute vérité ; avant de se montrer miséricordieux. Il était divinement bon; avant de prouver aux hommes son amour infini. Il était l'éternelle charité.
Le Jésus que nous possédons et que nous aimons n'a pas commencé à être parfait en même temps que son existence terrestre, Il l'était déjà de toute éternité. Ici-bas, Il n'a fait que nous révéler ce qu'il est essentiellement. Si donc nous Lui devons tant d'amour pour avoir daigné se
manifester à nous, que ne Lui en devons-nous pas pour les perfections mêmes qui sont en Lui la raison et l'objet de son amour ?
Avant donc d'aimer Jésus pour ce que nous en avons reçu, nous devons L'aimer pour ce qu'il est ; et notre amour doit être d'autant plus pur et plus ardent que ce que nous considérons et aimons en Jésus est, suivant notre manière de concevoir et de parler, plus parfait et plus essentiel.
Nous passerons notre éternité à accomplir ce suprême devoir de louange et d'amour à l'égard de Jésus. Accomplissons-le dès maintenant dans l'exil avec joie et avec ferveur.
Empruntons à Jésus ses propres sentiments et que notre amour soit un écho et un rayonnement du sien.