EN QUOI CONSISTE CETTE PARFAITE DÉVOTION
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qu’il ne communique ordinairement que par la très sainte Vierge; .on ne peut même, sans témérité, nier qu'il ne le fasse quelquefois ; cependant, selon l’ordre que la divine Sagesse a établi, il ne se communique ordinairement aux hommes que par Marie dans l'ordre de la grâce, comme dit saint Thomas ; il faut, pour monter et s'unir à lui, se servir du même moyen dont il s'est servi pour descendre à nous, pour se faire homme et pour nous communiquer ses grâces. Le moyen donc pour trouver la grâce et une grâce abondante, c'est une vraie dévotion à Marie.
Mais il faut remarquer qu'il y a plusieurs véritables dévotions à la très sainte Vierge: car je ne parle pas ici des fausses.
La première consiste à s'acquitter des devoirs du chrétien, évitant le péché mortel, agissant plus par amour que par crainte, et priant de temps en temps cette divine Reine, l’'honorant comme la Mère de Dieu, sans aücune dévotion spéciale envers Elle. |
La. seconde consiste à avoir pour Elle des sentiments plus parfaits d'estime, d'amour, de confiance et de vénération. Elle porte à se mettre de ses confréries, à réciter le chapelet et le saint rosaire, à honorer ses images et ses autels, à publier ses louanges, à s’enrôler dans ses congrégations. Si, en faisant cela, on s’abstient du péché, cette dévotion est bonne, sainte et louable; mais elle n’est pas aussi
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parfaite que la suivante, ni aussi capable de retirer les âmes des créatures et de les détacher d’elles-mêmes pour les unir à Jésus-Christ.
La troisième dévotion à la sainte Vierge,
connue et pratiquée de très peu de personnes, est celle que je vais maintenant vous décou.
vrir, âme prédestinée, Elle consiste à se donner tout entier à Marie pour être tout entier à Jésus-Christ par Elle; puis à faire toutes choses avec Marie, en Marie, Par Marie, et pour Marie, afin de les faire plus parfaitement avec Jésus, en Jésus, par Jésus et Dour Jésus, notre dernière fin. J'explique ces paroles.
Pour pratiquer cette excellente dévotion, je dis d’abord qu'il faut choisir un jour remarquable ”, afin de nous consacrer à Jésus par Marie, sans aucune réserve; lui donnant notre corps et notre âme : otre corps avec ous ses membres et tous ses sens; notre âme avec toutes ses puissances ; nos biens extérieurs de fortune, nos biens intérieurs de l'âme, savoir : nos méri- Les, n0S grâces, nos vertus, nos bonnes œuvres Passées, présentes ét futures : en un mot, tout ce que nous avons dans l’ordre de la nature et dans l’ordre de la grâce, et tout ce que nous pourrons avoir à l'avenir dans l’ordre de la nature, de la grâce ou de la gloire ; et cela sans réserve aucune, pas même d’un denier, d’un cheveu, ni de la moindre action, et pour
* Par exemple, un jour de fête de la sainte Vierge, surtout l’Annonciation, le 25 mars,
toute l'éternité ; et cela sans prétendre aucune autre récompense de notre offrande que l’honneur d'appartenir à Jésus-Christ par Elle et en Elle, quand même cette divine Reine ne serait pas, comme Elle l’est toujours, la plus libérale et la plus reconnaissante des créatures !,
Il faut remarquer ici que, par cette dévotion, l’âme sacrifie à Jésus, par les mains de Marie, tout ce qu’elle a de plus cher, et dont aucun ordre religieux n’exige le sacrifice, savoir : le droit qu’on a de disposer de la valeur de ses prières, de ses aumônes, de ses mortifications, en sorte qu'on en laisse l'entière disposition à la sainte Vierge pour être appliquée, selon sa volonté, à la plus grande gloire de Dieu, qu’Elle seule connaît parfaitement.
On laisse en sa disposition toute la valeur satisfactoire et impétratoire de ses bonnes œuvres: ainsi, après l'oblation qu’on en a faite, quoique sans aucun vœu, on n'est plus maître de tout le bien qu’on fait ; la très sainte Vierge peut l'appliquer, tantôt à une âme du purgatoire pour la soulager ou la délivrer, tantôt à un pauvre pécheur pour le convertir, etc.
On met aussi, par cette dévotion, ses mérites entre les mains de la très sainte Vierge, non pour les communiquer à d’autres, car nos mérites sont, à proprement parler, incommunicables, mais pour que cette bonne Mère daigne
1 Voir le Traité de la vraie dévotion du bienheureux Montfort, pour plus amples renseignements.
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DÉVOILÉ À L'Amx PIEUSE 9
les garder, les augmenter et les embellir. On lui donne toutes ses prières et ses bonnes œuvres, en tant qu'elles sont impétratoires et satisfactoires, pour les distribuer et appliquer à qui il lui plaira ; et si, après nous être ainsi consacrés à la sainte Vierge, nous désirons soulager quelque âme du purgatoire, sauver quelque pécheur, soutenir quelqu'un de nos parents Ou amis par nos prières, nos aumônes, nos mortifications, nos sacrifices, il faudra le lui demander humblement, et s’en tenir à ce qu’Elle en déterminera, sans le connaître, bien persuadés que la valeur de nos actions, étant dispensée par la même main dont Dieu se sert Pour nous distribuer ses grâces et ses dons,
elle ne peut manquer d'être appliquée à sa plus grande gloire.