PANTOUM
HER moi-même amoureux (le savoir qu(M nous sommes Et notre ambition, Chante-nous \e De Profiindis des jeunes hommes, Ma génération.
— Hélas, hélas, la fi axiiiclle
Vainement fleurit Dans la prairie, Vers la venelle !
Enfants, enfcints piteux, plus vieux que les vieillards,
Nous vivons sans vivre, Abstèmes que beauté, gloire, amoureux hasards,
Ni nul vin n'enivrent ;
— Les cloches de la cathédrale Tremblent dans V air frais dit matin;
Par les jardins la digitale Se balance aux vents clandestins ;
i6 jruNHS i-i.i:;:rs
Quoi nous a décrépits avant d'avoir été.
Quel ennui nous tue, Que faire, tenter quoi, que n'aient d'autres tenté,
Toi qui t'évertue...
— L i rosée en gouttelettes DUiroreiit, d' or et de cristal.
S'évapore des fleurettes Au soleil de Floréal...
... A de soi extirper ce vieux frisson nouveau.
Gai ! sachant d'avance.
Sachant ton gluant cœur et ton flasque cerveau
Racornis et rances ?
— Se m nient les cicindeles Au creux hrûlarJ du sillon ;
Sti'id ulent les sauterelles Ht les grillons...
Or pressurer ce cœur comme une anticjue orange.
Qu'en va-t-il sortir, Hors un dégoût de soi, ver triste qui le mange. Oui le fait pourrir ?
— Ruisselets. filtre:^ sous le^ feuilles^ Sinueux réseaux d\irge/it ; Les poissons d\)r, (ambres qui brillent . Vont plongeants, frétillants, nageants
JEUXl-.S FLEURS 1"]
Plus de fièvres, vers quoi ? les vieux ont tout usé
Jusqu'à l'espérance !
Sous nous un sable fuit, qui tout avons brisé Par indifférence !
— Le ciel tout or et toutes flammes
Vibre et vibre, délirant luth, Arpèges, trilles, fébriles gammes De lumière, tournent sans but !
Gai, croisons-nous les bras, laissons donc fuir le temps
Tel un mauvais rêve, Comme fuient au reflux, les flots cataractants
Au loin de la grève !
— Sourdre voici Vapotéose Du matin clair incandescent ; Tout ccartèle de flots roses ^ Tout s'empourpre de jeune sang !
Ou fuyons-le plutôt, ce temps qui ronge et vide
Tel le rat son œuf, Quêtons, rats affamés, hors de ce globe vide
Quelque univers neuf!
— Evoké, le soleil est né !
Epique enfant crachant ses langes
Il éparpille les nuages Et (rravit son trône enchanté !
l8 JHUNl-S FLEURS
Du neuf, ah c'est en nous et non ])as au dehors
Qu'il gît, l'afFable havre Où nous dirons : Enfin ! nous qui sommes plus morts
Qu'un pauvre cadavre I
— Voici qu'on sonne V introït,
La messe hante se célèbre Dîc jour qni chasse la ténèbre, Et V astre s'adresse au \énith !
Mais qu'une bonne fois un hoquet nous d.élivre
De ce vieux moi vil :
Alors, peut-être, alors, oui saurons-nous revivre :
Oh, qu'ainsi soit-il î
Tout est lumière, tout est joie.
Evanouissez-vous, douleurs !
E arche vertigineuse é ploie Lécharpe aux vingt mille couleurs ;
De la sylve silencieuse.
De la campagne ensonnneillée, S\'Sso/-e Vodeîir bienheureuse De V aube aurore ensoleillée ;
Les moUiJirs d'or dansent la ronde Dans nn rovon du soleil d\u\
Les fourmis dévalent en bande Conquérir un limaçon mort ;
JEUNFS FLHURS ' I^
Les moineaux francs caquettent^ piaillent Sur la handière des vieux bois, La mésange livre bataille Au hibou, et dans la broussaille Un merle sifflote à mi-voix :
Et c est le printemps en gala^ Alléluia!!!
— JVlaîs, si le moribond ne voit plus clair déjà ?
20 TFL'NIS FI.l URS