TEMPO DI RUBATO
A MA SŒUR Marguerite.
ES nobles roses trémières Montent dans le matin rose, Ivres d'air et de lumière, Des infantes les dernières, Fieras comme au temps des preux,
Trajets verts sur le ciel bleu.
Jaillissent les tiges feuillues, Les corolles translucides Sont les cratères splendides Orfévris par le bon Dieu ;
C'est la neige du nuage D'or pétri, d'ombre et de feu.
Les dentelles où l'Aurore, Parfilant un lent trésor.
Goutte à goutte sème l'or...
Un beau rêve y tourne et vire,
Et s'ébruite un décor :
Et cela dure le rire
D'un vieux merle ostentieux
Quand midi trépide aux cieux :
Des nobles roses trémières Qui bercent les jardins vieux, Voient nos rêves s'agiter Les multicolores ailes, Menuet silencieux,
Où des marquises Louis quinze
S'embravourent les parures.
Soufre traversé de rose,
Rose écartelé d'azur,
Mauves blêmissants qui tremblent ;
Blancheurs, feux, pourpres diffuses, Nacres, givres, tout s'irise, Tendres braises apaisées ; Un parfum suprême en fuse.
Des élégances passées :
Les nobles roses trémières Balancées vers le soir bleu.
Des infantes les dernières, Sont les âmes en prière De nos rêves trépassés.
L'immobile ronde oscille :
Effort d'ailes d'un phalène Qui mollement ivre-mort, Roule des fleurs qui se ferment Sur une feuille et s'endort.
Et les mourantes haleines Des brises voluptueuses Emeuvent le sang des veines :
Sous leurs caresses dormeuses Les corolles s'abandonnent ;
Molles lèvres d'amoureuses Qu'un tiède vent fit trembler, Comme des femmes heureuses Toutes les roses frissonnent Et notre cœur est troublé.
Mais Dame Lune se dresse Et la paix se rétablit ; Sur l'horizon qui- pâlit, Se renaissent les princesses D'un passé triste et joli :
Je me vois ressouvenir De l'angélique manière Dont ta paupière se voile.
Ma douce amie, au venir Du sommeil parmi tes 3'eux :
Sous l'extase des étoiles Au ciel portant la prière Des univers endormis.
Les nobles roses trémières Se balancent dans la nuit.
BcUeviU