‹ Jeunesse; comédie en trois actesChapitre 19 sur 99 · ACTE PREMIER · texte numérisé non relu

ACTE PREMIER

ANDRÉE

J'étais volontaire et pas patiente et pas commode... Et j'avais des idées, des idées sur la vie, sur les hommes, et sur tout .. Ah! mes pauvres idées I (Kiie rit.i Et je me croyais des droits, mais oui, des droits ! et j'étais décidée à les soutenir !... Mais la partie était trop inégale entre nous. A ma volonté active de le garder, il opposait sa volonté, au moins égale, mais inconsciente et naturelle de m'échapper. Il glissait. 11 était doux... sans méchanceté, sans colère... tenace. Que fallait-il faire?

CHARLES, violemment

Le tromper, parbleu! le tromper tout de suite!... vous reprendre, alors qu'il était encore temps.

ANDRÉE, grave et songeuse.

Je suis la femme d'un seul homme... Du }iremiDr instant où il m'a tenue dans ses brus, j'ai été à lui pour toujours.

Il fallait... il fallait...

ANDREE

Je me suis défendue comme j'ai pu.

CHARLES

Mal !

ANDRÉE

On ne se défend jamais bien contre ce qu'on aime. Je ne voulais pas le quitter, n'est-ce pas ? Alors, j'ai compris ce qu"il fallait devenir, le contraire de ce que j'étais!... L'ai-je compri.s? L'ai-je senti? L'ai je voiiLi? .Mais J'ai plié, j'ai plié lentement, insensiblement, sous l'écrasement de sa force, inconsciente. De semaine en semaine, je ne me reconnaissais pas... .\hl j'en ai fait du chemin! Et peu à peu,

je suis devenue telle qu'il me voulait, sans révolte, sans C'ilère, sans ainerlunie même, je vous assure... avec tout l'amour qu'une femme peut donner à un homme.

CHAULES.

Mais qu'est-ce qu'il a donc fait pour vous attacher ainsi! Ah! s'il y avait une justice...

ANDRÉE

En amour, il n'y en a pas!

CHARLES

Après vous avoir tellement méconnue, tellement trompée, tellement abandonnée...

ANDRÉE, vivement.

Oh! ça, jamais!

CHARLES

Vous dites?

ANDRÉE

Jamais!... Jamais il ne s'est complètement désintéressé de moi... Comment, vous aussi, Charles, qui suivez notre vie depuis des années, vous dites cela. Les auti'es, ah ! les autres peuvent le croire. Ils l'ont vu avec une femme... et puis avec une autre... amoureux de celle-ci, puis de celle-là!... Ils ne l'ont pas vu dans l'intervalle. Ils pensent que j'ai été l'éternelle sacrifiée, l'éternelle délaissée. Et ils ne comprennent pas ma fidélité stupide. ils ne savent pas comment, chaque fois il me revenait... il me revenait de tout son cœur et tel qu'il était venu la première fois, pas repentant, non, mais plein d'ardeur, plein d'une confiance qu'il finissait par m'inspirer à »moimême... Et tout le soin patient et cruel qu'il mettait à me reprendre!... C'était si facile... il était gentil, prévenant, attentif, amoureux. Et je ne parvenais

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