SCÈNE X
Les Mêmes, MAURICETTE.
ANDRÉE
Je vous demande pardon, mademoiselle. (Avec un geste d'accueil )... Entrez, mais entrez donc! (Mauricette
avance de quelques pas avec gêne. Andrée la prend doucement par la main et la conduit jusqu'à un fauteuil.) Je VOUS demande pardon de cet étrange accueil, mais avant que vous n'entriez, nous avions fait, mon ami le docteur Aubert (Elle le présente.) et moi, des suppositions sur votre pei sonne. Et vous ressemblez si peu à celle que nous nous attendions à voir...
MAURICETTE.
Ahl Je ne ressemble pas... t.
CHARLES, souriant.
La différence est toute à votre avantage.
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AC TE PUKMIER 33
MAUHI CETTE.
Enûn, vous ne vous moquiez pas de moi, non... ohl alors vous pouvez vire tant que voua voudrez.
Elle rit d'un rire très clair.
ANDRÉE, la regardant avec un boa sourire.
Et alors... c'est vous mademoiselle Mauricette?
MAURIGETTE.
Mauricette Lelière, oui, madame... Tiens, a^ fait, j'ai oublié de mettre mon nom de famille, sur la carte... parce que je vais vous dire, madame, ce sont des cartes pour m'amuser, des cartes quand j'étais jeune tille I
ANDRÉE
Quand vous étiez jeune fille... Mais il me semble qu'aujourd'hui encore...
MAURICETTE.
Oh ! non, j'étais jeune lille, quand je vivais avec pauvre papa... Maintenant, je suis seule, je vis seule,
je suis sérieuse! (Andrée et Charles rient légèrement.)
Vous ne croyez pas, madame, que je suis sérieuse? Monsieur non plus ne croit pas...
CHARLES
Mais si, mais si ! Nous sommes sûrs que vous êtes une petite demoiselle très sérieuse.
Je ne suis pas triste, mais je suis sérieuse !... Pour en revenir à ces cartes, c'est pauvre papa qui me les avait faites. Il était graveur... oh! pas graveur en boutique... artiste, grand artiste!,., il a eu une seconde médaille au salon...
ANDRÉE
Si j'ai bien compris... votre père est mort, mon
enfant?
MAURIGETTE.
Oui, madame, il y a treize mois...
Ellô baisRe la tête.
ANDRÉE, doucement.
Je VOUS demande pardon... mais madame Lorbin m'a écrit, sans me donner aucun détail, alors...
MAURIGETTE, relevant la têtô.
Oh ! Ça ne fait rien. Je suis bien habituée à présent. Seulement, quand on m'en parle... C'est passé 1
ANDKÉE.
Et votre mère ?
MAURIGETTE, très posément.
Je ne l'ai pas connue, madame. Je suis fille naturelle.
GHARLES, se levant, à Andrée.
Je vais vous laisser.
MAURIGETTE.
Oh ! Si c'est par discrétion que monsieur s'en va, il ne me gêne pas. Je n'ai rien à cacher dans ma vie. On naît comme on naît. Il n'y a pas de mal, n'est-ce pas?
CHARLES, vivement.
Aucun, aucunl
MAURIGETTE.
Pauvre papa m'a toujours dit qu'il n'y. avait pas à rougir de cela. C'est naturel. Et puis d'abord je n'ai jamais eu besoin de mère, parce qu'il m'aimait comme un papa, comme une maman, et puis comme tout... Ce qu'il me gâtait 1
ANDRÉE
Vous l'aimiez baaucoup?
ti^ i 1^ l' ., L M , L .i 3 ï
MAURIGETTE.
Plus que beaucoup. Je n'ai jamais eu une autre amie. Quand j'étais petite, je ne jouais qu'avec lui. On ne s'était jamais quittés, même un jour. Et on était si heureux ensemble... Nous avions une jolie petite maison rue Baudin, tout en haut de la rue Lepic, vous savez, avec un petit jardin... C'était comme la campagne en haut de Paris! Papa gagnait beaucoup d'argent, des huit, neuf cents francs tous les mois. Ah I Je peux dire que je n'ai jamais su ce que c'était qu'un souci avec lui... Il disait toujours : Il faudrait pourtant que je mette un peu d'argent de côté, que je fasse une assurance... s'il m'arrivait quelque chose!... Mais on ne croit jamais qu'il arrivera quelque chose, papa n'avait que trente-huit ans... on allait à la campagne, on dépensait tout ce qu'il gagnait... Et tout de même, madame, c'est arrivé. Il est mort de la diphtérie en trois jours.
ANDRÉE, avec pitié.
Ma pauvre petite,
MAURIGETTE.
Ah! oui, j'ai eu bien du chagrin, j'en ai toujours... Mais quoi, il faut mourir. C'est naturel, comme disait pauvre papal... C'est alors que ça n'a plus été. Oh! mais là, pas du tout! Il n'y avait pas trois cents francs à la maison, figurez-vous, quand il est mort. Vous voyez l'aria... Oh ! les amis ont été très gentils, ils se sont cotisés. On a fait une vente aux enchères, avec des tableaux qu'ils donnaient et ça a rapporté d<^ l'argent... un peu... pas des tas. Et puis, ils m'embrassaient, ils disaient : « Tu es notre pupille... tu n'as à t'inquiéter de rienl... Ils disaient cela. Mais vous connaissez les artistes. Ils sont très
gentils, ils s'emballent sur le moment, et puis ils oublient, ils se fatiguent. Ils ne sont pas riches non plus. Je voj'ais bien que ça ne les amusait pas; quand je venais traîner chez eux, chercher de l'argent; ça ne m'amusait pas non plus. Enfin, ce n'était pas un avenir, n'est-ce pas ?
ANDRÉE
Naturellement!
MAURIGETTE.
Alors, on a cherché à me caser. L'un disait : « Fautquetu sois artiste! » parce que je dessinote un peu, je pianote aussi. L'autre disait . « Faut que tu sois ceci, » et le troisième : « Faut que tu sois cela! » Il y en avait aussi qui voulaient que je me fasse modèle .. oh! la tête seulement... Mais ça, je n'ai pas voulu parce que, n'est-ce pas, quand on est la fille d'un artiste... Ils se chamaillaient même entre eux, sur tout cela. Mais le malheur, c'est que je ne savais rien faire du tout et que je n'étais bonne à rien! (Elle rit.) Et puis la galette,, pardon, l'argent... enfin, ça filait, ça filait. J'étais restée dans la maison qui coûtait cher. Et puis j'avais toujours notre vieille bonne qui m'aimait bien...
ANDRÉE
Ah ! Elle était restée.
MAURIGETTE.
D'abord, d'abord I Tant qu'il y a eu de l'argent. Après il a bien fallu qu'elle se place. Ça lui a fait du chagrin. Moi aussi. Elle disait: « Qu'est-ce que tu vas devenir, mon coco? » Seulement, chacun a son intérêt. C'est naturel. Et alors je suis restée seule dans la maison. Ça, ce n'était pas drôle. J'avais peur. Seulement, où aller?